Perroquet stochastique

Dans le domaine de l'apprentissage automatique (ou machine learning), le terme perroquet stochastique est une métaphore, introduite par Emily Bender et ses collègues dans un article de 2021, qui présente les grands modèles linguistiques comme des systèmes qui assemblent de manière aléatoire des formes linguistiques à partir d’un vaste corpus d’entraînement, sans modélisation explicite du sens ou de l’intention[1],[2].

Origine et définition

Le terme a été utilisé pour la première fois dans l'article « On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big? » de Bender, Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Margaret Mitchell (sous le pseudonyme « Shmargaret Shmitchell »)[1],[2]. Les autrices y soutiennent que les grands modèles de langage (LLM) présentent des dangers tels que des coûts environnementaux et financiers élevés, et une opacité qui rend difficiles à détecter leurs biais potentiellement dangereux. Elles affirment également que ces modèles sont incapables de comprendre les concepts sous-jacents à ce qu’ils apprennent[3].

Le mot « stochastique » – du grec ancien "στοχαστικός" ( stokhastikos, "basé sur des suppositions") – est un terme issu de la théorie des probabilités signifiant « déterminé aléatoirement »[2]. Le mot « perroquet » fait référence à la capacité des perroquets à imiter le langage humain, sans en comprendre le sens[2].

Dans leur article, Bender et al. soutiennent que les LLM relient de manière probabiliste des mots et des phrases sans tenir compte du sens. Par conséquent, ils sont qualifiés de simples « perroquets stochastiques »[1]. Selon les spécialistes de l'apprentissage automatique Lindholm, Wahlström, Lindsten et Schön, cette analogie met en évidence deux limites essentielles[4],[5] :

  • Les grands modèles de langage (LLMs) sont limités par les données sur lesquelles ils ont été entraînés et se contentent de répéter de manière stochastique le contenu de ces corpus.
  • Comme ils génèrent des sorties à partir de leurs données d’entraînement, les grands modèles de langage (LLMs) ne savent pas s’ils produisent des contenus incorrects ou inappropriés.

Lindholm et al. ont souligné que, lorsqu’un système d’apprentissage est entraîné sur des jeux de données de mauvaise qualité ou confronté à d’autres limitations, il peut produire des résultats « dangereusement erronés »[4].

Licenciement de Gebru par Google

À la suite d'une revue interne, Google a demandé à Timnit Gebru de retirer l’article ou d’en supprimer les noms des employés de l’entreprise. En réponse, Gebru a formulé des exigences, parmi lesquelles la divulgation des commentaires des évaluateurs internes, faute de quoi elle quitterait l'entreprise. Google a décliné. Peu après, elle a reçu un email indiquant que l’entreprise « acceptait sa démission », bien qu’elle n’ait pas officiellement démissionné. Cet événement a provoqué une vague de protestation parmi les employés de Google, qui y ont vu une tentative de censure des travaux critiques sur l’IA[6].

Usage

« Perroquet stochastique » est un néologisme utilisé par les sceptiques de l'IA pour signifier que les LLM ne comprennent pas le sens de leurs résultats. La véracité de cette affirmation est sujette à débat[7],[8]. Le terme a une connotation négative[2]. Sam Altman, PDG d'OpenAI, l'a utilisé lorsqu'il a tweeté : « je suis un perroquet stochastique, et toi aussi. »[2] Ce terme a été désigné mot de l'année 2023 lié à l'IA par l'American Dialect Society[9],[10].

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Stochastic parrot » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) Emily M. Bender et Timnit Gebru « On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big? » () (DOI 10.1145/3442188.3445922 Accès libre, consulté le )
    « (ibid.) », dans Proceedings of the 2021 ACM Conference on Fairness, Accountability, and Transparency
  2. (en-US) Ben Zimmer, « 'Stochastic Parrot': A Name for AI That Sounds a Bit Less Intelligent », Wall Street Journal,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. (en) Karen Hao, « We read the paper that forced Timnit Gebru out of Google. Here's what it says. » [archive du ], sur MIT Technology Review, (consulté le )
  4. Lindholm et al. 2022, p. 322–3.
  5. (en-US) Muhammad Saad Uddin, « Stochastic Parrots: A Novel Look at Large Language Models and Their Limitations », Towards AI,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. Kim Lyons, « Timnit Gebru's actual paper may explain why Google ejected her », sur The Verge,
  7. (en) Maximilian Schreiner, « Stochastic parrot or world model? How large language models learn », sur The Decoder, (consulté le )
  8. (en) « Experts Debate: Do AI Chatbots Truly Understand? », sur IEEE Spectrum, (consulté le )
  9. (en-US) Sam Corbin, « Among Linguists, the Word of the Year Is More of a Vibe », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. (en-US) « All of the Words of the Year, 1990 to Present », American Dialect Society (consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

  • icône décorative Portail de l’intelligence artificielle
  • icône décorative Portail des données