Philippe Aubert de Gaspé

| Shérif |
|---|
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 84 ans) Québec |
| Sépulture |
Saint-Jean-Port-Joli (d) |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités | |
| Père | |
| Mère | |
| Conjoint |
Susanne Allison (d) (à partir de ) |
| Enfants |
Philippe Aubert de Gaspé, fils Charlotte Elmire Aubert de Gaspé (d) |
| Adjectifs dérivés | |
|---|---|
| Distinction |
Philippe Aubert de Gaspé (né le à Québec, mort le à Québec) est le dernier seigneur de Saint-Jean-Port-Joli et un écrivain canadien-français, auteur du roman Les Anciens Canadiens[2]. Cette œuvre gaspéenne[3] eut un durable succès (on compte une trentaine de retirages), fut traduite en anglais et en espagnol et portée à la scène. Aubert de Gaspé est souvent considéré comme le premier romancier québécois[4], honneur aussi attribué à son fils, Philippe-Ignace-François Aubert de Gaspé, auteur de L'Influence d'un livre[5]. Après les Anciens Canadiens, il rédige également ses Mémoires.
Biographie

Philippe Aubert de Gaspé descend de l'homme d'affaires Charles Aubert de La Chesnaye. Fils du seigneur Pierre-Ignace Aubert de Gaspé et de Catherine Tarieu de Lanaudière, il naît et grandit à Québec, passant son enfance au manoir de son père à Saint-Jean-Port-Joli. Sous le Régime français et le Régime britannique, les de Gaspé s'allient aux familles de l'aristocratie les plus influentes du pays et deviennent grands propriétaires terriens avec des seigneuries dans la vallée du Saint-Laurent[6]. Il fait ses études au petit Séminaire de 1798 à 1806. Il devient avocat en 1811 et épouse la même année la fille d'un capitaine de l'infanterie britannique ; le couple aura treize enfants[6]. De 1804 à 1816, il est tour à tour lieutenant de milice de Québec, puis capitaine et major, et enfin shérif du district de Québec. Puis il se trouve de l'autre côté de la barrière puisque reconnu coupable de détournement de fonds. Destitué de ses fonctions, il se réfugie au domaine de sa mère à Saint-Jean-Port-Joli. De 1836 à 1841, il est emprisonné pour dette.
Philippe Aubert de Gaspé revient à Québec en 1842 et réintègre la société mondaine ; il fréquente notamment le Club des Anciens, où il côtoie François-Xavier Garneau et d'autres amateurs d'histoire[6]. Ce n'est qu'en 1863, alors qu'il est âgé de soixante-quatorze ans, qu'il publie Les Anciens Canadiens, roman qui se déroule dans la Seigneurie de Saint-Jean-Port-Joli au moment de la Conquête. La sortie du livre est un succès retentissant. La publication des Anciens Canadiens sera suivi en 1866 par celle de ses Mémoires, qui contient une foule d'anecdotes sur la société québécoise de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
Philippe Aubert de Gaspé décède à Québec en janvier 1871. Il est inhumé sous le banc seigneurial en l'église de Saint-Jean-Port-Joli[6].
Il est le père de Philippe-Ignace-François Aubert de Gaspé[2] et l'arrière-grand-père du poète et journaliste Jean-Aubert Loranger.
Le fonds d'archives de Philippe Aubert de Gaspé est conservé au centre d'archives de Québec de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[7].
Influence culturelle
Les Anciens Canadiens met en scène deux protagonistes : Jules d'Haberville, fils du seigneur de Saint-Jean-Port-Joli, et Archibald of Locheill, orphelin écossais arrivé au pays en 1746. Le roman se structure en trois temps : une description des moeurs et coutumes de la fin du Régime français (fêtes de la plantation du mai, fête de la Saint-Jean-Baptiste, légendes des sorciers de l'île d'Orléans), la guerre de 1759 durant laquelle Archibald reçoit l'ordre d'incendier les habitations de la Côte-du-Sud (dont le manoir de ses amis), puis la lente réconciliation entre les deux communautés[6].
L'œuvre de Philippe Aubert de Gaspé laisse une empreinte durable dans la représentation collective que l'on se fait du régime seigneurial au Québec. Selon l'historien Benoît Grenier, « multitude d'auteurs [ont] adopté ou subi l'influence de la vision gaspéenne du régime seigneurial[8] », une vision qui représentait les rapports entre seigneurs et censitaires comme harmonieux. Selon le chercheur Maurice Lemire, de Gaspé cherche moins à faire une revue des us et coutumes qu'à réhabiliter un passé marqué par la domination des seigneurs : l'abolition du régime seigneurial en 1854 aurait porté un dur coup au vieux seigneur, et ses écrits constitueraient un plaidoyer en faveur de l'ancien régime[6].
Œuvre


Roman
- Les Anciens Canadiens (1863)
Autobiographie
- Mémoires (1866)
Autres publications
- Divers (1893)
- Note : Certaines nouvelles, éditées par son fils, Alfred Aubert de Gaspé, ont paru en 1866 dans le Foyer canadien : Femme de la tribu des Renards ; Le Loup-Jaune ; La Statue du général Wolfe ; Le Village indien de la Jeune-Lorette.
Le manoir seigneurial
Le manoir de Saint-Jean-Port-Joli, qualifié de « sans doute le plus célèbre manoir seigneurial du Québec », est détruit par un incendie en 1909. Sa première représentation, sous forme de gravure, paraît dans le journal L'Opinion Publique en 1873 ; son image est ensuite diffusée tout au long du XXe siècle par le biais de cartes postales. L'historien Marcel Trudel l'utilise comme modèle pour illustrer le régime seigneurial dans la vallée du Saint-Laurent[6].
En 1924, la Commission des monuments historiques du Québec inaugure une série de 50 plaques commémoratives, dont l'une des toutes premières est érigée sur le site du domaine seigneurial[6]. En 1986, la Société historique de la Côte-du-Sud publie Le Manoir Aubert de Gaspé : son histoire, son architecture, un timbre à l'effigie de l'écrivain est émis par le gouvernement du Canada pour son deux centième anniversaire, et la Corporation Philippe-Aubert-de-Gaspé se porte acquéreur du site de l'ancien domaine. Au tournant des années 1990, trois campagnes de fouilles archéologiques mettent au jour des milliers d'artefacts ainsi que les vestiges du manoir et de certaines dépendances[6].
Le projet de reconstruction est relancé en 2004 avec un nouveau concept muséologique axé sur la collecte et la mise en valeur des récits et témoignages de vie. Le site est reconnu comme site archéologique et historique patrimonial en vertu de la Loi sur les biens culturels du Québec. En juin 2008, le Musée de la mémoire vivante est inauguré dans le manoir reconstruit à l'identique dans son apparence extérieure, près de cent ans après sa destruction[6].
Hommages

- Le Musée de la mémoire vivante, à Saint-Jean-Port-Joli, dispose d'une exposition permanente sur sa vie et son œuvre.
- Le prix littéraire Philippe-Aubert-de-Gaspé, créé en 1985, est nommé en son honneur. Ce prix vise à récompenser un auteur de la Côte-du-Sud s'étant distingué sur la scène littéraire ou historique.
- Les sculpteurs de Saint-Jean-Port-Joli, menés par Jean-Julien Bourgault, se sont inspirés de l'œuvre de Philippe Aubert de Gaspé pour perpétuer la mémoire et les traditions des Anciens Canadiens[6].
Ville de Québec
- Une rue Aubert dans l'arrondissement de Beauport depuis 1966 et une rue De Gaspé, depuis 1917, dans l'arrondissement La Cité-Limoilou sont nommées en son honneur dans la ville de Québec.
- Une rue des Anciens Canadiens est nommée dans la ville de Québec.
- Une plaque "Ici véçut" de la ville de Québec est présente au 1, rue Ferland, en son honneur de son ancien lieu de résidence[9].
Ville de Montréal
- À Montréal, la rue De Gaspé est voisine de la rue Henri-Julien dans Villeray et le Plateau, et à deux rues de celle-ci dans Petite-Patrie. (Henri Julien ayant été illustrateur pour une réédition du livre Les Anciens Canadiens)
- Sur cette même rue De Gaspé se situe une école appelée Philippe-Aubert-de-Gaspé qui existe depuis plus de 100 ans. Elle fut au fil du temps une école d'enseignement primaire et secondaire (aujourd'hui l'école Sainte-Cécile de la CSDM), abritant même pendant les années 1960 une section dite classique où l'enseignement des classes des Éléments latins jusqu'à la Versification était offert à des élèves du quartier doués pour les études mais dont les parents, aux revenus modestes, ne pouvaient leur payer l'accès aux grands collèges classiques.
Notes et références
- ↑ Gabriel Martin, « Un hommage gaspéen ou gaspésien? », L'Actualité langagière (Bureau de la traduction du Canada), vol. 9, no 3, , p. 33-34 (lire en ligne)
- Luc Lacoursière, « Aubert de Gaspé, Philippe-Joseph », dans Dictionnaire biographique du Canada en ligne, consulté le 27 mai 2009
- ↑ Relativement à Philippe Aubert de Gaspé, il est préférable d'employer l'adjectif gaspéen et non l'adjectif gaspésien, selon Gabriel Martin, « Un hommage gaspéen ou gaspésien? », L'Actualité langagière (Bureau de la traduction du Canada), vol. 9, no 3, , p. 33-34 (lire en ligne)
- ↑ [1]
- ↑ [2]
- Serge Saint-Pierre, « Philippe-Aubert de Gaspé, Des Anciens canadiens au Musée de la mémoire vivante », sur Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française (consulté le )
- ↑ Fonds Philippe Aubert de Gaspé (MSS42) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
- ↑ Grenier, Benoît, « Régime seigneurial au Québec », Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française. En ligne. http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-404/
- ↑ Ville de Québec, « Plaques ici véçut », sur ville.quebec.qc.ca (consulté le )
Bibliographie
- L'Encyclopédie de L'Agora, « Dossier Philippe Aubert de Gaspé », dans L'Encyclopédie de L'Agora, , 2006
- Samuel Baillargeon, « Un conteur des temps anciens », Littérature canadienne-française, 2e édition, Montréal, Fides, 1960, pp. 127–132.
- Marc-André Bernier et Claude La Charité (dir.), Philippe Aubert de Gaspé mémorialiste, Québec, Presses de l'Université Laval, coll. Cultures québécoises, 2009.
- Jacques Cardinal, La paix des Braves. Une lecture politique des Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé, XYZ Éditeur, coll. « Documents », 2005.
- Henri-Raymond Casgrain, Philippe Aubert de Gaspé, Québec : Léger Brousseau, 1871, 125 p. (en ligne)
- Jacques Castonguay, Philippe Aubert de Gaspé : seigneur et homme de lettres, Sillery, Septentrion, 1991, 202 p. (ISBN 292111450X) (aperçu) [biographie]
- Luc Lacoursière, « Aubert de Gaspé, Philippe-Joseph », dans Dictionnaire biographique du Canada en ligne, 2000 [paru dans DBC, vol. X, Québec, PUL, 1972, p. 19-24.]
- Luc Lacoursière, « Philippe Aubert de Gaspé, 1786-1841 », Les Cahiers des Dix, Montréal, vol. 41, 1976, pp. 191–204.
- Roger Le Moine, « Philippe Aubert de Gaspé ou les affaires du bon gentilhomme », Les Cahiers des Dix, vol. 57, 2004, pp. 299–323.
- Jacques Saint-Pierre, « Philippe Aubert de Gaspé, le chantre de la Côte-du-Sud », dans Encyclobec,
Annexes
Article connexe
Liens externes
- Archives conservées par : BAnQ Vieux-Montréal
- Ressources relatives à la littérature :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Serge Saint-Pierre, « Philippe-Aubert de Gaspé, Des Anciens canadiens au Musée de la mémoire vivante », sur Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française
- Les Anciens Canadiens aux éditions de La Bibliothèque électronique du Québec (PDF)
- Mémoires aux éditions de La Bibliothèque électronique du Québec (PDF)
- Divers aux éditions de La Bibliothèque électronique du Québec (PDF)
- Rue dans la ville de Québec : http://www.ville.quebec.qc.ca/toponymie/repertoire/fiche.aspx?idFiche=4186
- Site historique du manoir seigneurial de Saint-Jean-Port-Joli où a vécu Philippe Aubert de Gaspé: https://www.memoirevivante.org/
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