Philosophie de l'amour

La philosophie de l'amour est la branche de la philosophie des émotions qui vise à expliquer la nature de l'amour[1].

Théories actuelles

De nombreuses théories cherchent à expliquer la nature et la fonction de l’amour. Le concept demeure difficile à définir et peut paraître irrationnel, notamment pour une personne qui ne l’aurait pas expérimenté ou qui n’aurait jamais fait l’expérience d’être aimée.

Parmi les approches dominantes figurent :

  • des théories d’inspiration psychologique, étudiées notamment en philosophie de la psychologie, qui considèrent majoritairement l’amour comme un comportement naturel ;
  • des théories évolutionnistes intégrant l’amour au processus de la sélection naturelle ;
  • des théories spirituelles ou religieuses, pour lesquelles l’amour peut être interprété comme un don divin ;
  • des approches qui envisagent l’amour comme un phénomène difficilement explicable, parfois rapproché de l’expérience mystique.

Traditions occidentales

Racines classiques

En mettant de côté des points de vue de l'Eros d'Empédocle comme une force liant le monde[2], nous trouvons les racines de la philosophie classique de l'amour dans le Symposium de Platon[3].

  1. L'idée de deux amours, l'un céleste, l'un terrestre. Comme l'Oncle Toby a été informé, deux millénaires plus tard, « de ces amours, selon le commentaire de Ficinus sur Valesius, l'une est rationnelle, l'autre est naturelle ; la première excite le désir de la philosophie et de la vérité, la seconde excite le désir, tout simplement »[4].
  2. Le mythe de l'androgyne chez Platon faisant de l'homme le produit de la division en deux d'un entier original : Freud s'inspirera plus tard de ce mythe - « tout sur ces hommes était double : ils avaient quatre mains et quatre pieds, deux visages »[5] à l'appui de sa théorie de la compulsion de répétition.
  3. Dans la théorie de la sublimation de l'amour de Platon - « monter vers le haut, à partir d'une à deux, et de deux à toutes les formes justes, et des formes justes aux actions justes, et des actions justes aux notions justes, jusqu'à ce qu'il arrive à la notion de beauté »[6].

Aristote, par contraste, met davantage l'accent sur la philia (amitié, affection) que sur l'eros (l'amour)[7] ; et la dialectique de l'amitié et de l'amour continuera à être jouée dans et à travers la Renaissance[8], avec Cicéron qui soulignait que « c'est l'amour (amor) à partir duquel le mot « amitié » (amicitia) est dérivé »[9]. Pendant ce temps, Lucrèce, s'appuyant sur le travail d'Épicure, a salué le rôle de Vénus, en tant que « guide du pouvoir de l'univers », et critiqué ceux qui deviennent « malades de l'amour… les meilleures années de la vie sont dilapidées dans la paresse et à la débauche »[10].

Pétrarquisme

Entre ses cibles des malades de l'amour, Catulle, de concert avec d'autres, comme Héloïse, se sont retrouvés convoqués au 12C des assises de l'amour[11]. À partir des rangs de ces chiffres, et peut-être aussi sous les influences islamiques, il allait émerger le concept de l'amour courtois[12] ; et à partir de cette forme de pétrarquisme, la rhétorique et les premiers fondements philosophiques de l'amour romantique ont commencé dans le monde moderne[13].

Scepticisme gaulois

Aux côtés de la passion pour la fusion qui a marqué l'amour romantique[14], les traditions françaises plus sceptiques peuvent être remontées à partir de Stendhal. La théorie de la cristallisation de Stendhal implique l'imagination de l'état amoureux, qui avait besoin d'un seul déclencheur pour que l'objet soit imprégné de tous les fantasmes de perfection[15]. Proust est allé plus loin, en traitant l'absence, l'inaccessibilité ou la jalousie amoureuse[16]. Lacan serait presque une parodie de la tradition selon laquelle « l'amour c'est donner quelque chose que vous n'avez pas à quelqu'un qui n'existe pas »[17]. La post-lacanienne Luce Irigaray pense qu'il s'agirait alors d'une lutte pour trouver sa place dans un monde qui va « réduire les autres, en mettant l'accent sur l'érotisme au détriment de l'amour, sous couvert de la libération sexuelle[18] ».

Les philosophes occidentaux de l'amour

Traditions orientales

  1. Compte tenu de ce que Max Weber appelle la relation intime entre la religion et la sexualité[19], le rôle du lingam et du yoni en Inde, ou du yin et du yang en Chine, en tant que forme de structuration de la polarité cosmique, fondée sur les principes féminins et masculins[20], est peut-être plus compréhensible. Par la voie du maïthuna ou des rapports sexuels sacrés[21], le Tantra a développé toute une tradition de la sexualité sacrée[22], qui a conduit à sa fusion avec le Bouddhisme à une vue de l'amour sexuel comme une voie vers l'éveil : Saraha le dit ainsi : « Que le bienheureux délice qui se compose entre lotus et vajra supprime tous les défauts de caractère »[23].
  2. Plus sobrement, la tradition hindoue de l'amitié, comme étant la base de l'amour dans le mariage, peut être retracée au début de Vedas[24].
  3. Confucius est parfois considéré comme la formulation d'une philosophie (par opposition à la religion) de l'amour[25].

Références

  1. ↑ Irving Singer (31 mars 2009).
  2. ↑ Erotic, dans Richard Gregory, The Oxford Companion to the Mind (1987) p. 228.
  3. ↑ Linnell Secomb (1er juin 2007).
  4. ↑ Laurence Sterne, The Life and Opinions of Tristram Shandy (1976) p. 560-561.
  5. ↑ S. Freud, On Metapsychology (PFL 11) p. 331.
  6. ↑ B. Jowett trans, The Essential Plato (1999) p. 746.
  7. ↑ Aritotle, Ethics (1976) p. 377-379.
  8. ↑ William C. Carroll ed., The Two Gentlemen of Verona (2004) p. 3-23.
  9. ↑ Quoted in Carroll, p. 11.
  10. ↑ Lucretius, On the Nature of the Universe (1961) p. 27, 163-165.
  11. ↑ Helen Waddell, The Wandering Scholars (1968) p. 20, 26.
  12. ↑ K. Clark, Civilisation (1969) p. 64-65.
  13. ↑ Carroll, p. 31.
  14. ↑ Irving Singer, The Philosophy of Love (2009) p. 40M.
  15. ↑ Irving Singer, The Nature of Love (2009) p. 360-361.
  16. ↑ G. Brereton, A Short History of French Literature (1954) p. 243.
  17. ↑ Adam Phillips, On Flirtation (1994) p. 39.
  18. ↑ Luce Irigaray, Sharing the World (2008) p. 36, 49.
  19. ↑ Max Weber, The Sociology of Religion (1971) p. 236;
  20. ↑ Carl Jung, Man and his Symbols (1978) p. 81, 357.
  21. ↑ Sophy Hoare, Yoga (1980) p. 19
  22. ↑ Margo Anand, The Art of Sexual Ecstasy (1990) p. 38-47.
  23. ↑ Quoted in E. Conze, Buddhist Scriptures (1973) p. 178.
  24. ↑ Hindu Philosophy of Marriage.
  25. ↑ F. Yang/J. Taamney, Confucianism (2011) p. 289.

Voir aussi

Bibliographie

  • C. S. Lewis, The Allegory of Love (1936)
  • Theodor Reik, Psychology of Sex Relations (1961)
  • Camille Paglia, Sexual Personae (1992)
  • Glen Pettigrove, Forgiveness and Love (Oxford University Press, 2012).

Irving Singer (31 March 2009). Erotic, in Richard Gregory, The Oxford Companion to the Mind (1987) p. 228 Linnell Secomb (1 June 2007). Laurence Sterne, The Life and Opinions of Tristram Shandy (1976) p. 560-1 S. Freud, On Metapsychology (PFL 11) p. 331 B. Jowett trans, The Essential Plato (1999) p. 746 Aritotle, Ethics (1976) p. 377-9 William C. Carroll ed., The Two Gentlemen of Verona (2004) p. 3-23 Quoted in Carroll, p. 11 Lucretius, On the Nature of the Universe (1961) p. 27 and p. 163-5 Helen Waddell, The Wandering Scholars (1968) p. 20 and p. 26 K. Clark, Civilisation (1969) p. 64-5 Carroll, p. 31 Irving Singer, The Philosophy of Love (2009) p. 40M Irving Singer, The Nature of Love (2009) p. 360-1 G. Brereton, A Short History of French Literature (1954) p. 243 Adam Phillips, On Flirtation (1994) p. 39 Luce Irigaray, Sharing the World (2008) p. 49 and p. 36 Max Weber, The Sociology of Religion (1971) p.236 Carl Jung, Man and his Symbols (1978) p. 81 and p. 357 Sophy Hoare, Yoga (1980) p. 19 Margo Anand, The Art of Sexual Ecstasy (1990) p. 38-47 Quoted in E. Conze, Buddhist Scriptures (1973) p. 178 Hindu Philosophy of Marriage F. Yang/J. Taamney, Confucianism (2011) p. 289

Articles connexes

Liens externes

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