Pièce d'un quart de dollar américain Standing Liberty
| Standing Liberty quarter | ||
| Pays | États-Unis | |
|---|---|---|
| Valeur | 25 cents | |
| Diamètre | 24,3 mm | |
| Composition | 90 % argent 10 % cuivre |
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| Année d'émission | 1916-1930 | |
| Numéro catalogue | ||
| Avers | ||
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| Gravure | Déesse de la Liberté | |
| Graveur | Hermon Atkins MacNeil | |
| Année de la gravure | 1916 | |
| Revers | ||
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| Gravure | Aigle en vol | |
| Graveur | Hermon Atkins MacNeil | |
| Année de la gravure | 1916 | |
La pièce d'un quart de dollar américain Standing Liberty est une pièce de 25 cents frappée par la Monnaie des États-Unis de 1916 à 1930. Il succède au quart de dollar Barber, frappé depuis 1892. On y voit la déesse de la Liberté sur l’avers et un aigle en vol sur le revers. La pièce est conçue par le sculpteur américain Hermon Atkins MacNeil.
En 1915, le directeur de la Monnaie, Robert W. Woolley, entreprend de remplacer le dime, le quart de dollar et le demi-dollar Barber, croyant à tort que la loi exige de nouveaux types. MacNeil propose un dessin militariste qui montre la Liberté sur ses gardes face à des attaques. La Monnaie exige des modifications, et la version révisée de MacNeil inclut des dauphins qui représentent les océans. Fin 1916, les responsables de la Monnaie apportent d’importants changements au dessin sans consulter MacNeil. Le sculpteur proteste en après avoir reçu la nouvelle émission. Une loi spéciale permet alors à MacNeil de redessiner la pièce comme il le souhaite. Parmi les changements qu’il introduit figure l’ajout d’un plastron de mailles qui couvre le sein nu de la Liberté.
En circulation, la date de la pièce s’efface rapidement. En 1925, les graveurs modifient donc le dessin pour corriger ce défaut. Le quart de dollar 1Standing Liberty disparaît en 1931, année où aucun quart de dollar n’est frappé. Par un acte du Congrès, le quart de dollar Washington, représentant le profil du premier président, est introduit en 1932 pour célébrer le bicentenaire de sa naissance.
Contexte
Le , le Congrès des États-Unis adopte une loi qui stipule :
« Le directeur de l’Hôtel de la Monnaie a le pouvoir, avec l’approbation du secrétaire au Trésor, de faire préparer et adopter de nouveaux dessins… Mais aucun changement dans le dessin ou le coin d’une pièce ne peut être effectué plus d’une fois tous les vingt-cinq ans à compter de l’année de la première adoption du dessin… Cependant, le directeur de l’Hôtel de la Monnaie a le pouvoir, avec l’approbation du secrétaire au Trésor, d’engager temporairement les services d’un ou plusieurs artistes, distingués dans leurs domaines respectifs de l’art, qui seront rémunérés pour ce service à partir du budget de contingence de l’Hôtel de la Monnaie de Philadelphie[1]. »
La monnaie Barber est introduite en 1892 : les dimes, quarts de dollar et demi-dollars portent un dessin similaire réalisé par le graveur en chef de la Monnaie, Charles E. Barber[2]. Dès leur émission[3], les pièces Barber suscitent un mécontentement public[4]. À partir de 1905, les administrations présidentielles successives cherchent à donner aux pièces américaines des dessins modernes et esthétiques[5]. Après la refonte du double eagle, de l’eagle, du half eagle et du quarter eagle en 1907 et 1908, ainsi que celle du cent et du nickel en 1909 et 1913 respectivement, les partisans du remplacement des pièces Barber commencent à réclamer le changement lorsque leur durée minimale arrive à expiration en 1916. Dès 1914, Victor David Brenner, concepteur du cent Lincoln, soumet de façon spontanée des projets pour les pièces en argent. On lui répond que le secrétaire au Trésor William G. McAdoo est entièrement absorbé par d’autres affaires[6]. Le , une interview du surintendant de la Monnaie de Philadelphie, Adam M. Joyce, paraît dans le Michigan Manufacturer and Financial Record :
« Pour autant que je sache… il n’est pas question d’émettre de nouvelles pièces de 50 cents, 25 cents et 10 cents. Si toutefois un changement a lieu, nous espérons tous que seront produites des pièces plus pratiques et satisfaisantes que les récents double eagle et eagle de Saint-Gaudens ainsi que les half et quarter eagle de Pratt (en). Le nickel au bison et le cent Lincoln présentent aussi des défauts d’un point de vue pratique. Tous résultent du désir du gouvernement de frapper des pièces pour satisfaire les artistes plutôt que les praticiens de la frappe monétaire[7]. »

En , le secrétaire adjoint au Trésor William P. Malburn envoie à William G. McAdoo une note au sujet des monnaies divisionnaires en argent, soulignant que « l’actuel demi-dollar, le quart de dollar et le dime en argent ont été modifiés en 1892, et qu’un nouveau dessin peut donc être adopté en 1916. Cela peut se faire à n’importe quel moment de l’année »[8]. En marge de ce document, McAdoo répond : « Que la Monnaie propose des dessins avant que nous n’en cherchions ailleurs »[9].
En , Robert W. Woolley prend ses fonctions de directeur de la Monnaie. Le , il demande au surintendant Joyce de charger le graveur en chef Charles E. Barber, alors en poste depuis 36 ans, de préparer de nouveaux dessins. Le même jour, Malburn sollicite l’avis du conseiller juridique du département du Trésor concernant la position de la Monnaie selon laquelle elle peut frapper de nouveaux dessins pour les trois pièces en 1916. Le , le bureau du conseiller confirme que la Monnaie a bien le droit de modifier les dessins[10]. À ce moment-là, la Monnaie est accaparée par la production des monnaies commémoratives de l’exposition Panama-Pacific, et aucune mesure immédiate n’est prise[9]. En octobre, Barber est convoqué à Washington pour discuter des dessins avec Woolley, bien qu’il ne soit pas certain qu’il ait déjà préparé des esquisses pour la nouvelle série[10].
Le , Woolley rencontre la commission des beaux-arts. Il lui demande d’examiner des esquisses préparées par le service de gravure de la Monnaie. Barber est présent pour expliquer aux membres le processus de fabrication des pièces. Woolley suggère aux commissaires que, s’ils n’apprécient pas les dessins de la Monnaie, ils devraient choisir eux-mêmes des sculpteurs afin de proposer de nouveaux modèles. Woolley souhaite en effet que le dime, le quart de dollar et le demi-dollar aient chacun un dessin distinct — jusque-là, les trois pièces étaient presque identiques[11]. Le directeur informe la commission que, les dessins existants ayant été utilisés pendant 25 ans, ils doivent être remplacés — ce que l’historien numismate David W. Lange considère comme une « mauvaise interprétation des lois monétaires »[12].
La Commission rejette les esquisses de la Monnaie[note 2],[13] et choisit les sculpteurs Adolph Weinman, Hermon MacNeil et Albin Polasek (en) pour présenter des propositions. Les artistes peuvent soumettre plusieurs projets. Même si la Monnaie conserve le droit d’attribuer un dessin à une coupure différente de celle prévue par son créateur, les projets ne sont pas totalement interchangeables : par la loi, un aigle doit figurer au revers du quart de dollar et du demi-dollar, mais il est interdit sur le dime. Woolley espère que chacun des sculpteurs sera retenu pour au moins une pièce[14].

Les trois sculpteurs soumettent leurs esquisses à la mi- et, le 23 du même mois, ils rencontrent Woolley à New York pour lui présenter leurs travaux et répondre à ses questions. Après discussions entre Woolley et McAdoo, Weinman est informé, le , que cinq de ses esquisses sont retenues : pour le dime, le demi-dollar et le revers du quart de dollar. Le même jour, Woolley écrit à MacNeil pour lui annoncer qu’il réalisera l’avers du quart de dollar, et à Polasek pour l’informer de son échec[15]. Les membres de la Commission persuadent cependant Woolley de ne pas confier autant à un seul artiste, et MacNeil est finalement autorisé à concevoir les deux faces du quart de dollar, à condition de produire un dessin qui convienne à Woolley[16].
Le , les nouvelles pièces sont annoncées publiquement, le Trésor précisant : « La loi impose de modifier les dessins de ces pièces tous les 25 ans et la période actuelle de 25 ans s’achève avec 1916 ». Le communiqué indique que le Trésor espère lancer la production des nouvelles monnaies environ deux mois plus tard, une fois les dessins finalisés. Le même jour, Woolley écrit au graveur Barber pour l’informer que ses esquisses sont rejetées et que les modèles de Weinman et MacNeil arriveront à la Monnaie de Philadelphie au plus tard le [17]. Selon l’historien numismate Walter Breen, Barber devient alors « maussade et totalement peu coopératif »[18]. David W. Lange note que « de nombreux retards apparaissent à mesure que les artistes peaufinent leurs modèles tout en contournant les obstacles dressés par Barber. Bien que ses observations sur de nombreux aspects pratiques de la frappe soient très justes, elles auraient pu être présentées de manière bien plus constructive »[19]. Dans son ouvrage sur les dimes Mercury, Lange souligne qu’à 75 ans, Barber est « contraint depuis dix ans de participer au démantèlement systématique de l’œuvre de toute une vie » : il doit assister à un processus qui remplace ses propres créations par celles d’autres artistes[20].
Avec ces nouvelles pièces, toutes les monnaies américaines voient leur dessin récemment modifié — le dollar Morgan n’étant plus frappé à l’époque[21]. Selon une chronique de la revue The Art World en 1916 :
« Depuis ce temps [le XIXe siècle], d’immenses progrès artistiques ont marqué notre numismatique. Des sculpteurs de renom ont été engagés, avec des résultats admirables… Et voici que nous allons avoir un nouveau demi-dollar et un nouveau dime par Weinman, et un nouveau quart de dollar par McNeill [sic]. Tout bien considéré, avec le recul, cela paraît un accomplissement incroyable[22]. »
Dessin

L’identité du modèle pour l’avers du quart de dollar reste incertaine. Dès , on rapporte que la Liberté représentée serait inspirée de Doris Doscher, qui deviendra plus tard actrice du cinéma muet sous le nom de Doris Doree. Cette version est admise pendant de nombreuses années. Doscher devient célèbre comme « la jeune femme du quart de dollar » ; elle meurt en 1970, à 88 ans. En 1972, soit vingt-cinq ans après la mort de MacNeil, des journaux affirment que le véritable modèle est en réalité l’actrice de Broadway Irene MacDowell, alors âgée de 92 ans[note 4], dont le nom aurait été tenu secret parce que son mari — partenaire de tennis de MacNeil — s’y opposait. Dans un article de The Numismatist, Timothy B. Benford suggère que cette dissimulation visait plutôt à écarter les soupçons de l’épouse de MacNeil, qui voyait MacDowell comme une rivale potentielle. En 1982, le veuf de Doscher déclare que, malgré la revendication MacDowell, son épouse avait bien posé pour la pièce[23],[24].
MacNeil propose deux dessins pour l’avers : celui qui est retenu, et un autre, représentant une Liberté debout tournée vers la droite, qu’il réutilise sous une forme modifiée lors du concours pour le dollar Peace en 1921, sans succès. Dans ce projet rejeté, la Liberté se penche en avant, un rameau d’olivier dans la main gauche, mais la main droite posée sur le pommeau d’une épée. Selon Roger Burdette, le dessin veut adresser un message aux belligérants de la Première Guerre mondiale : l’Amérique souhaite la paix mais est prête à combattre[25].
L’avers finalement adopté est à peine moins militarisé : la Liberté de MacNeil fait face à droite — vers l’est héraldique, c’est-à-dire l’Europe en guerre, et son bouclier est tourné dans la même direction. Elle tient un rameau d’olivier en avançant à travers une porte sur un mur portant l’inscription « In God We Trust », où le « U » de « Trust » est dessiné comme un « V »[26]. MacNeil explique que l’avers représente la Liberté « avançant… vers la défense de la paix, qui est son but ultime »[27]. Pour l’historien de l’art Cornelius Vermeule, « la Liberté est présentée comme l’Athéna des frontons du Parthénon, une femme puissante qui s’avance », et hormis les étoiles et les bandes de son bouclier, « tout, dans cette Amazone, évoque la sculpture grecque de l’époque de Phidias à Praxitèle, entre 450 et 350 av. J.-C. »[28].
Vermeule suggère que l’aigle en vol au revers n’est qu’une reprise de celui du dollar Gobrecht de 1836, mais orienté de gauche à droite au lieu de droite à gauche. Il salue la modification du revers en 1917, estimant qu’elle le rend moins surchargé. Il observe aussi que ce revers marque le début de la fin — du moins pour cette époque — des représentations naturalistes de l’aigle sur les pièces américaines, notant qu’après 1921, celles-ci tendent vers une apparence plus héraldique[29].
Préparation

Dans une lettre à Robert W. Woolley, Hermon MacNeil promet de « tenter de produire quelque chose qui puisse vous être utile »[27]. Le sculpteur n’a reçu que provisoirement l’avers et prépare une série d’études pour le revers afin de les montrer à Woolley lors de sa visite dans son atelier de College Point, à New York. Woolley choisit alors un revers proche de celui finalement adopté, représentant un aigle en vol, ailes largement déployées et montré presque en entier. D’autres dessins présentés à Woolley montrent également des aigles, mais sous des angles différents[30].
Le calendrier initial de la Monnaie prévoit que les trois artistes terminent leurs modèles avant le , afin de lancer la production vers le . La date limite est rapidement repoussée au , mais cet objectif s’avère trop ambitieux : MacNeil ne soumet ses modèles, sous forme de fontes en bronze, que le . Il reste pourtant plus rapide qu'Adolph Weinman, qui n’expédie ses derniers modèles à la Monnaie que le [31]. Woolley approuve officiellement les dessins du quart de dollar par lettre, le [32]. Malgré ces retards, la Monnaie tente de respecter la date de lancement du [31].
Le 21 juin, Woolley écrit au surintendant Joyce :
« Le modèle de l’avers du demi-dollar doit être refait et M. Weinman m’informe qu’il y travaille actuellement. Il en va de même pour le quart de dollar. Le revers du quart de dollar et du demi-dollar, tel qu’il apparaît sur les pièces frappées à partir des coins polis, est satisfaisant… Tous ceux à qui ces pièces ont été montrées ici les trouvent magnifiques[33]. »
Aucun document ne précise les objections de Woolley sur l’avers du quart de dollar, mais l’auteur numismate Roger Burdette suggère que sa principale inquiétude est liée au fait que, lors de la frappe des prototypes expérimentaux en juin, l’avers apparaît indistinct, donnant aux pièces neuves l’air déjà usé. Fin juin, Woolley autorise MacNeil à retravailler son dessin. À la mi-août, le sculpteur remet une nouvelle version, différente dans les détails : la devise « IN GOD WE TRUST » figure sur l’écharpe tenue par la Liberté, un motif de chaînes complexe encadre le dessin, et deux dauphins symbolisant l’Atlantique et le Pacifique reposent aux pieds de la Liberté. Son bouclier porte un aigle au lieu des étoiles et bandes. Le secrétaire au Trésor William G. McAdoo approuve immédiatement ces changements le [34].

Le , Woolley écrit à un collectionneur que les nouveaux quarts de dollar commenceront à être frappés vers le [31]. Au moment de cette lettre, il a déjà démissionné de son poste de directeur de la Monnaie pour devenir responsable de la publicité dans la campagne de réélection du président Woodrow Wilson ; Fred H. Chaffin assure alors l’intérim. Le , Wilson nomme le successeur de Woolley, Friedrich Johannes Hugo von Engelken, qui est rapidement confirmé par le Sénat. Son entrée en fonction, prévue le , est retardée jusqu’au car Wilson n’avait pas signé sa commission. Une des premières décisions de von Engelken comme directeur de la Monnaie est d’informer MacNeil de l’acceptation des changements de dessin par McAdoo, en lui indiquant qu’il pouvait apposer son monogramme — un petit « M » — sur la pièce ; il figure sur le mur, à droite des deux marches que descend la Liberté. Les fontes en bronze sont réalisées par la Medallic Art Company ; le , MacNeil écrit à von Engelken qu’elles vont être envoyées à la Monnaie de Philadelphie[34].
Entre-temps, la Monnaie rencontre de sérieuses difficultés pour lancer la production du dime et du demi-dollar. Craignant de voir les mêmes problèmes surgir avec le quart de dollar, ses responsables décident de réexaminer les dessins de MacNeil et d’y apporter des modifications. Plusieurs essais sont frappés, et von Engelken choisit d’abandonner la version avec dauphins. À la mi-octobre, des essais reprenant une version modifiée de l’avers original de MacNeil sont produits. Au revers, l’aigle est abaissé et les rameaux d’olivier qui l’encadraient sont remplacés par des étoiles[35]. Selon Roger Burdette, en modifiant ainsi profondément le dessin sans consulter l’artiste, les responsables de la Monnaie ont « repris des versions déjà rejetées par MacNeil, gaspillé du temps gouvernemental, aliéné l’un des meilleurs sculpteurs du pays et grossièrement dénaturé la créativité artistique »[36].
Ignorant que la Monnaie altère ses modèles, MacNeil demande l’autorisation de visiter l’institution le afin de discuter de la conversion de ses dessins approuvés en pièces réelles. Chaffin, redevenu brièvement directeur par intérim en l’absence de von Engelken, refuse de financer son déplacement ; MacNeil ne vient donc pas. Burdette remarque : « L’action fit économiser moins de 20 dollars au gouvernement en octobre, mais coûta peut-être bien davantage avant que le dessin révisé du quart de dollar ne soit accepté l’année suivante »[37].
À cette époque, von Engelken examine les premières pièces produites. Il rejette deux feuilles du rameau d’olivier de l’avers, situées à l’intérieur de l’angle du « L » de LIBERTY, et demande leur suppression, ce qui est fait. Le directeur rencontre ensuite le secrétaire McAdoo pour voir les pièces frappées avec les coins modifiés. McAdoo estime que la figure de la Liberté est indistincte, mais von Engelken le convainc que cela ne peut être changé sans retarder considérablement la frappe. Ils conviennent néanmoins que le bouclier pouvait être clarifié, et approuvent le dessin avec cette seule instruction. Estimant qu’il est impossible d’effectuer les corrections à temps pour 1916, von Engelken ordonne à Joyce de renforcer les traits de la Liberté à partir de 1917[38].
Lorsque les coins définitifs sont enfin prêts, l’année 1916 est presque terminée, et seulement 52 000 quarts de dollar sont frappés. Cette émission limitée sert à prouver que le dessin Barber a bien été remplacé dans la 25e année, comme les responsables de la Monnaie le croient alors requis par la loi[38].
Modification

À la fin de 1916, la Monnaie travaille intensément, d’abord à affiner le dessin prévu pour 1917, puis à préparer à grande échelle les coins destinés à frapper massivement les nouveaux quarts de dollar dès le début de l’année[36]. La petite monnaie est en forte demande : les responsables espèrent ne pas frapper de pièces Barber en 1916, mais finissent par le faire en grandes quantités pour répondre aux besoins[39]. Quand les nouveaux quarts sont frappés, craignant que ces pièces soient thésaurisées[note 6], von Engelken ordonne qu’aucune ne soit mise en circulation sans son autorisation. De petites quantités sont néanmoins disponibles pour certains officiels et numismates en vue[36].
MacNeil, qui n’a plus de nouvelles de la Monnaie depuis l’acceptation officielle de son dessin avec dauphins, lit dans le journal, début janvier, que l’on commence à frapper ses pièces. Le , il écrit à von Engelken, joint un mandat de 5 dollars, et reçoit 20 exemplaires. Après avoir constaté les modifications imposées à ses dessins, il écrit de nouveau pour critiquer si vivement la nature artistique des changements que le directeur prolonge l’embargo sur la diffusion des pièces. L’artiste souligne, par exemple, que la position plus basse de l’aigle donne l’impression qu’il va atterrir, ses serres étant dans une position qu’il n’adopte qu’en altitude. Von Engelken craint que, si ces critiques venaient à être connues et non prises en compte, la Monnaie ne soit tournée en ridicule. Le , MacNeil visite la Monnaie de Philadelphie et son service de gravure. Aucun compte rendu de sa visite n’existe, mais von Engelken téléphone le même jour depuis Washington pour s’assurer que les nouvelles pièces ne sortent pas de la Monnaie[36].
Après la lettre de MacNeil, von Engelken consulte le sculpteur Herbert Adams, membre de la commission des beaux-arts, et son président, Charles Moore. Il accepte que le dessin soit modifié selon les souhaits de MacNeil. Bien qu’aucune correspondance ne subsiste, il semble que les deux hommes échangent par téléphone dans les jours suivants, car le , von Engelken écrit au secrétaire McAdoo pour demander l’autorisation de laisser MacNeil retravailler le dessin. McAdoo convoque MacNeil à Washington et ordonne à von Engelken de lui donner à la Monnaie de Philadelphie tous les moyens nécessaires — alors que le directeur voulait que le sculpteur assume les frais[40]. Le , les premiers quarts Standing Liberty, datés de 1916 et 1917, sont mis en circulation[41]. Le , von Engelken ordonne à Joyce d’accorder à MacNeil toutes les facilités, ajoutant : « veillez à ce que M. Barber garde ses objections pour lui tant que M. MacNeil est présent ». George T. Morgan, collaborateur de Barber depuis ses 37 ans de service, est assigné pour aider MacNeil[40].
MacNeil espère reprendre ce qu’il considère comme les meilleurs éléments des deux versions d’avers acceptées l’année précédente : la figure de la Liberté issue de la seconde version, et tous les autres éléments de la première. Le sein droit nu de la Liberté n’est pas modifié, mais les dauphins ne réapparaissent pas. Toutefois, Morgan se révèle incapable, avec la technologie de gravure de l’époque, de fusionner les deux avers : MacNeil doit entièrement recommencer. Sa nouvelle version, achevée à la mi-février, couvre pour la première fois le sein de la Liberté, à l’aide d’une tunique de mailles. Selon Roger Burdette, ce changement est caractéristique de MacNeil, qui habille de plus en plus ses figures féminines, comme dans sa statue Intellectual Development réalisée à la même période, et reflète aussi la détérioration de la situation internationale en , alors que les États-Unis se rapprochent de la guerre contre l’Allemagne[42].
Au revers, l’aigle est relevé, et trois des treize étoiles sont placées entre l’oiseau et les mots « QUARTER DOLLAR ». Le point séparant « QUARTER DOLLAR » et celui entre « UNITED STATES » est supprimé[43].
La refonte de l’avers a donné naissance à un mythe persistant : celui selon lequel le sein de la Liberté aurait été couvert par pruderie ou en réponse à un tollé public. Walter Breen affirme que, « par le biais de leur Society for the Suppression of Vice, les gardiens de la pudeur ont immédiatement commencé à exercer des pressions politiques sur le département du Trésor pour révoquer l’autorisation de ces pièces dites immorales »[44].
De leur côté, Ron Guth et Jeff Garrett, dans leur ouvrage consacré aux monnaies américaines par type, soutiennent que la couverture de la Liberté est « un changement jamais autorisé par MacNeil »[45]. L’historien numismate David W. Lange reconnaît qu’aucune preuve n’atteste d’une indignation publique, mais estime que la décision de modifier la pièce est « plus probablement motivée par des objections du département du Trésor »[46].
Le numismate Ray Young, dans un article publié en 1979 dans Coins Magazine à propos du quart de dollar, avance que la refonte « découle du symbolisme. Si la Liberté doit affronter ses ennemis, elle doit le faire protégée et non nue face à ses adversaires. Ainsi, la guerre a probablement pesé bien davantage dans ce changement que toute prétendue indignation publique »[47].

Von Engelken souhaite devenir président de la Federal Land Bank pour le troisième district. Il est nommé à ce poste le , mais reste directeur de la Monnaie jusqu’au ; son successeur, Raymond T. Baker, est nommé le . Le travail sur le nouveau quart de dollar est brièvement interrompu par la mort du graveur en chef Charles E. Barber, âgé de 77 ans, le . L’un des derniers actes de von Engelken en fonction est de recommander la nomination de son successeur : George T. Morgan, qui est ensuite proposé par Woodrow Wilson et confirmé par le Sénat[48].
En entrant en fonction en , Baker se penche sur la refonte du quart de dollar. Après consultation avec d’autres responsables du Trésor, il conclut que la refonte contrevient à la loi de 1890 et nécessite une autorisation législative du Congrès. McAdoo approuve et écrit au représentant William A. Ashbrook le . Ashbrook, président du Comité de la Chambre sur la Monnaie, les Poids et Mesures, est aussi un collectionneur de monnaies reconnu. McAdoo explique la nécessité de la modification : « depuis la réalisation des coins originaux, l’artiste a constaté qu’ils ne sont pas fidèles à son dessin et qu’une grande amélioration peut être apportée à la valeur artistique et à l’apparence de la pièce en effectuant les légers changements prévus par la loi »[49].
Un projet de loi autorisant le changement est débattu au Sénat le . Le sénateur de l’Oklahoma Robert L. Owen affirme que la modification est nécessaire car les pièces ne s’empilent pas correctement. Le sénateur du Wyoming Francis E. Warren se plaint que la Monnaie ait déjà eu besoin de lois spéciales pour ajuster ses dessins et qu’il serait plus simple de vérifier la praticité des pièces avant de les mettre en circulation. Le projet de loi est néanmoins adopté. La question est soumise à la Chambre des représentants le , sous l’impulsion d’Ashbrook, qui rappelle à ses collègues que le dessin émis n’est pas fidèle au concept de l’artiste et que les pièces ne s’empilent pas bien. Le débat à la Chambre se concentre sur le fait que la loi accorde à la Monnaie jusqu’à pour effectuer le changement. Ashbrook souligne que la Monnaie, ayant préparé le nouveau dessin, n’attend que l’adoption du texte pour commencer la production. Un député propose un amendement pour avancer la date à 1917, d’autres le soutiennent, mais ils y renoncent en comprenant qu’un tel amendement obligerait le Sénat à se prononcer de nouveau. Le projet de loi est adopté par la Chambre et devient loi le [50].
En août, MacNeil écrit à Joyce pour demander des exemplaires de la pièce révisée et exprime sa satisfaction de la voir enfin frappée conformément à son dessin[51].
Production et collection

Le quart de dollar Standing Liberty est frappé à la Monnaie de Philadelphie de 1916 à 1930, à l’exception de 1922, année où aucun quart de dollar n’est produit dans aucun atelier. Sa production à Denver et San Francisco commence en 1917 mais de façon moins régulière. Le différent d’atelier « D » (Denver) ou « S » (San Francisco) se trouve à la base du mur, juste à gauche du pied visible de la Liberté. Les émissions 1921 (Philadelphie) et 1923-S (San Francisco) sont également coûteuses, valant plusieurs centaines de dollars en état Good-4 ou Very Good-8. C'est la seule pièce américaine de circulation régulière du XXe siècle pour laquelle aucune pièce belle épreuve n’est frappé. Cependant, quelques exemplaires spécimen de la version Type 1 de 1917 (frappée avant la révision du dessin par MacNeil) existent[52]. Walter Breen en recense six, tous présentant des détails centraux exceptionnellement nets[53].
Il est longtemps d’usage à la Monnaie de regraver les coins inutilisés en fin d’année pour les dater de l’année suivante. Aux XVIIIe et XIXe siècle, la fabrication des coins est difficile et coûteuse. Lorsque le procédé devient plus simple et moins cher, cette pratique disparaît presque entièrement au tournant du XXe siècle. Cependant, un coin de 1917-S Type 2, resté inutilisé à la Monnaie de San Francisco, est regravé et sert à frapper plusieurs milliers de pièces 1918-S. Peu d’exemplaires sont connus, et ils atteignent des prix de plusieurs milliers de dollars même en état très circulé[54].

À la fin de 1924, les responsables de la Monnaie constatent un problème avec le quart de dollar en circulation : de nombreuses pièces reviennent avec la date complètement effacée. Ne souhaitant pas solliciter une nouvelle loi du Congrès, ils décident d’encastrer la marche portant la date dans le dessin, au lieu de la faire en relief. Cette modification règle le problème[55]. Les pièces frappées à partir de 1925 sont plus courantes et moins coûteuses en faibles états de conservation, car elles ont mieux conservé leur date[54]. Cette décision est l’un des derniers actes du service de gravure sous George T. Morgan, qui meurt le et est remplacé par John R. Sinnock[56],[57].
Grâce à cette modification, la 1927-S[note 7] est bien moins chère en état circulé que la 1923-S[note 8], bien qu’elle soit plus coûteuse en état non circulé[54].
En 1931, aucun quart de dollar n’est frappé, la Dépression réduisant fortement la demande[58]. Depuis 1930, les organisateurs de la commémoration du bicentenaire de la naissance de George Washington (1732) plaident pour une pièce commémorative de 50 cents, destinée à devenir l’émission régulière de 1932. Cependant, lorsqu’un projet de loi est présenté au Congrès en , il concerne finalement le quart de dollar plutôt que le demi-dollar. Les raisons de ce changement ne sont pas consignées, mais le Comité de la Chambre sur la Monnaie publie un mémorandum affirmant que « le nouveau dessin remplacerait le type actuel de quart de dollar », qu’il s’agit d’« une coupure populaire » et qu’il « remplacerait un dessin insatisfaisant actuellement en circulation »[59].
Le Congrès adopte la loi le [59], et le quart de dollar Washington commence à être frappé en 1932, mettant fin à la série Standing Liberty[60]. Néanmoins, de nombreuses pièces Standing Liberty continuent à circuler jusqu’en 1964, date à laquelle le public commence à thésauriser les pièces en argent, ce qui conduit au passage aux alliages non précieux[61].

En 2015, la Monnaie des États-Unis annonce son intention de refrapper en or, pour les collectionneurs, les trois pièces en argent émises pour la première fois en 1916. Pour le quart de dollar, le poids et le titre doivent être inscrits sur l’avers, ce qui en fait techniquement une pièce bullion[note 9]. Le modèle retenu est celui de 1916, avec le sein découvert[62].
Pas plus de 100 000 exemplaires sont frappés à la Monnaie de West Point, avec le différent « W » placé au même endroit que sur les pièces originales[63].
Le quart de dollar Standing Liberty en or est de nouveau émis, avec la date 1916, dans le cadre de la série Best of the Mint[note 10] prévue pour le deux-cent-cinquantième anniversaire des États-Unis en 2026, accompagné d’une médaille en argent reprenant l’iconographie de la pièce[64].
Notes et références
Notes
- ↑ Plaquette par George T. Morgan.
- ↑ celles de Barber
- ↑ représenté sur sa médaille de la Monnaie, conçue par l’assistant graveur George T. Morgan
- ↑ elle meurt l’année suivante
- ↑ « médaille » de la Monnaie, conçue par George T. Morgan.
- ↑ surtout la pièce de 1916 frappée en faible quantité
- ↑ 396 000 exemplaires
- ↑ 1 360 000 exemplaires
- ↑ pièce de métal précieux désigne une pièce frappée à partir de métal raffiné de haute pureté, conservée comme réserve de valeur ou placement, plutôt que destinée à la circulation courante
- ↑ le meilleur de la Monnaie.
Références
- ↑ Richardson 1891, p. 806-807.
- ↑ Breen 1988, p. 572–573.
- ↑ Lange 2006, p. 134.
- ↑ Lange 2006, p. 136.
- ↑ Burdette 2005, p. 12.
- ↑ Burdette 2005, p. 13.
- ↑ Carter 1915.
- ↑ Burdette 2005, p. 13–14.
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- Lange 2005.
- ↑ Burdette 2005, p. 14–15.
- ↑ Lange 1993, p. 3.
- ↑ Burdette 2005, p. 16.
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