Pierre Billaux

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| Décès |
(à 93 ans) Silly-en-Gouffern |
| Nom de naissance |
Pierre André Paul Billaux |
| Nationalité | |
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Pierre Billaux, né le à Trun et mort le à Silly-en-Gouffern, à l’âge de 93 ans, est un résistant français.
Déporté pour faits de Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, il reçoit l'insigne de chevalier de la Légion d'honneur en 2015.
Pierre Billaux est un des mentors du philosophe Michel Onfray.
Biographie
Issu d’une famille modeste, il est le deuxième d'une fratrie de trois enfants. À 14 ans, il est pris en apprentissage par des amis de la famille, dans un salon de coiffure à Chambois (Orne).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il écoute Radio-Londres, et choisit l’insoumission et la désobéissance. Il trace des croix de Lorraine sur les murs, dépose une gerbe au monument aux morts le 14 juillet.
Un ancien camarade d’école le présente à son père, René Sénaque, électricien à Trun. Il a fondé en 1943 le groupe « Vengeance » au sein de la Résistance intérieure française. L’objectif de ce groupe était de fournir de fausses cartes d’identité et de travail aux réfractaires du service du travail obligatoire (STO), de distribuer le journal clandestin Défense de la France, et de former des petites unités de combats pour le Jour J. Pierre Billaux apprend à manier la mitraillette Sten et à lancer des grenades.
À Chambois, une liste de noms est livrée à la Gestapo. Le , les soldats de la Waffen-SS bouclent les villages de Chambois et Fel. Christian Echivard, 29 ans, clerc de notaire, un des responsables du groupe de résistants de Chambois, est abattu d’une balle dans le dos en tentant de fuir. Sept autres personnes sont arrêtées, dont Pierre Billaux.
Après être fouillés à la Kommandantur, et matraqués dans le château de Chambois, les captifs sont transférés à la prison d’Alençon. Pierre Billaux dira avoir rencontré là des personnes de tous âges et de toutes conditions : courageux, comme le Docteur Roger Cornu, et pleutres. Dans ses témoignages d’après-guerre, il dira que ces exemples et ces contre-exemples l’ont aidé à garder sa dignité durant son internement et sa déportation.
Le , Pierre Billaux est envoyé au camp de concentration de Neuengamme, après un voyage, à 70 ou 80, dans des wagons à bestiaux, en passant par le camp de transit de Compiègne. À Neuengamme, il travaille aux glaisières, puis est transféré au camp extérieur de Brême-Blumenthal, le Kommando de Blumenthal. Ses témoignages racontent la vie au camp particulièrement inhumaine. Il raconte avoir trouvé la force dans la camaraderie, et avoir noué des liens fraternels.

Quelques jours avant la libération du camp par les Anglais le , les déportés survivants du camp sont amenés par les Nazis jusqu’au port de Lübeck et répartis au fond des cales de trois bateaux : 6 000 sur le paquebot de luxe allemand Cap Arcona, 2 000 sur le Thielbek et 2 000 sur l’Athen. D’abord mis sur le Cap Arcona, Pierre Billaux est finalement placé dans la cale de l’Athen. Les bateaux arborent le pavillon à croix gammée nazie, pour faire croire aux Alliés qu’ils sont remplis de dignitaires nazis. L’attaque de l’aviation anglaise, espérée par les Nazis, a lieu le vers 14h30, faisant 5 500 morts sur le Cap Arcona et 2 000 morts sur le Thilbeck ; l’Athen n’est pas touché.
Dans un état d'extrême faiblesse, Pierre Billaux rejoint Caen, complètement détruite, puis Potigny, épargnée par les bombardements.
Sa famille est restée sans nouvelles de lui pendant un an, sauf par un télégramme d’un ami les prévenant de sa libération. Il met longtemps à se remettre, soigné par le médecin de la mine.
De retour à Chambois, dévastée par les derniers combats de la bataille de Normandie, Pierre Billaux reprend son travail de coiffeur. Il retrouve Paulette. Ils se marient le à Chambois, pour 71 ans de vie commune.
Pierre Billaux reprend le salon de coiffure de ses anciens patrons en 1947. En 1949, atteint par la tuberculose, il doit fermer son salon pendant plusieurs mois. Le , il prend sa retraite.
Il meurt le à Silly-en-Gouffern, à l’âge de 93 ans.
Ses engagements
La déportation marque ses engagements. Il admire le général de Gaulle mais des lectures et des rencontres l’orientent vers la FNDIRP. Adhérent, il reproche vite à la Fédération de ne pas lutter, partout dans le monde, contre la prison, la torture et les camps. Il adhère à Amnesty International, participe à la création du groupe Amnesty international d’Argentan, et en devient un des piliers.
Il rejoint le mouvement alter mondialiste ATTAC.
Il témoigne de son expérience auprès de la jeunesse des établissements scolaires. Il est membre du jury du concours départemental de la résistance.
Il voit naître et grandir Michel Onfray et entretiendra des conversations avec lui, durant toute sa vie.
À Chambois, il siège au comité des fêtes, au conseil municipal, à la présidence du syndicat d’initiative. Il se plonge dans l’histoire du village et devient son historien. Il se lie d'amitié avec de nombreux descendants québécois d'Étienne de Lessard, venus en visite à Chambois sur les traces de leur ancêtre.
Hommages

Pierre Billaux est décoré de la médaille de la Résistance française en 1946. Il a refusé la Légion d’honneur dans les années 1960, indigné par la remise de cette distinction au tortionnaire de Maurice Audin, jeune professeur qui enseignait à Alger. Ses proches le convainquent d'accepter. Madame Françoise Comte, grande Résistante, déportée à 16 ans à Ravensbruck, lui remet les insignes de chevalier, le , comme le raconte l'éloge funèbre, écrit et prononcé par Jacques Prigent, lors de ses obsèques[1].
Depuis , une rue de Trun, sa ville natale, porte son nom. Elle est inaugurée par son ami, Jacques Prigent, maire de Trun, en présence de nombreux amis.
Citations
« Pierre qui fut un résistant, un vrai, un authentique, un qui mérite véritablement l’épithète, n’a jamais donné dans les logiques de l’Ancien combattant arborant ses états de service. Il n’a jamais cru que son passé de déporté lui donnait des droits ; au contraire, il en a conclu qu’il exigeait de lui des devoirs. Notamment celui de lutter pour ce qui fut vraiment une barbarie ne recommence pas. »
— Michel Onfray (préface Mener une vie de gauche, Le miroir aux alouettes : Principes d'athéisme social, Plon, 2016)
« En somme, ma vie fut toute simple, faite de travail, de beaucoup d’amour et d’amitié partagée, de rencontres multiples et enrichissantes, et d’engagements. La seule chose qui me rend amer est que l’état du monde est loin de ressembler à celui que j’espérais après la victoire de 1945 et que le cri « Plus jamais ça », lancé par les Déportés, se soit si souvent perdu dans les sables au cours de toutes ces décennies. Mais conservons malgré tout l’espoir et, autant que faire se peut, la faculté d’indignation et aussi celle d’émerveillement.
Finalement, la vie est une belle aventure. »
— Pierre Billaux (Elles et Eux et la déportation, Éditions Tirésias, 2005)
Distinctions
Notes et références
- ↑ Jacques Prigent, Histoire de Trun, Bayeux, OREP Editions2021, , 298 p. (ISBN 978-2-815-10607-8), p. 222 à 227
- ↑ « Accueil - Mémoire des hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
Bibliographie
- Elles et Eux et la déportation, Éditions Tirésias, 2005 (ISBN 2-915 293-25-2), (présentation en ligne)
- Le Miroir aux alouettes : Principes d'athéisme social (préface : Mener une vie de gauche), Michel Onfray, Plon, 2016 (ISBN 978-2-259-24895-2)
- Le Postanarchisme expliqué à ma grand-mère : Le Principe de Gulliver (chapitre 3 : Voline chez on coiffeur), Michel Onfray, Galilée, 2012 (ISBN 978-2-7186-0878-5)
- De France au camp de Neuengamme, film réalisé par Jürgen Kinter et Katja Hertz-Eichenrode, 1999
- Pierre Billaux a reçu la Légion d'honneur, Ouest-France,
- Michel Onfray : Pierre Billaux, mon éveilleur, Le Point,
- Après le décès de Pierre Billaux, les hommages, Ouest-France,
- L’ancien déporté Pierre Billaux n’est plus, Ouest-France,
- 350 personnes à l’inhumation de Pierre Billaux à Chambois, Ouest-France,
- Pierre Billaux, un destin hors du commun, Ouest-France,
- Une rue de Trun en hommage au résistant Pierre Billaux, Le Journal de l’Orne,
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