Pierre Girard (cardinal)

Pierre Girard
Image illustrative de l’article Pierre Girard (cardinal)
Biographie
Naissance ~1330
Saint-Symphorien-le-Château (France)
Décès
Avignon
Cardinal de l'Église catholique
Créé
cardinal
par le
antipape Clément VII
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de S. Pietro in Vincoli
Évêque de l'Église catholique
Ordination épiscopale
Évêque de Lavaur
Évêque du diocèse suburbicaire de Frascati
Grand pénitencier
Administrateur de Nîmes
Nonce en France
Évêque du Puy
Évêque de Lodève

Blason
(en) Notice sur catholic-hierarchy.org

Pierre Girard, parfois Pierre Gérard[1] (en latin : Petrus Girardi) dit le « cardinal du Puy », né à Saint-Symphorien-le-Château[2] dans le Lyonnais et mort le à Avignon, est un pseudo-cardinal français créé par l'antipape d'Avignon Clément VII.

Biographie

Pierre Girard est né vers 1330 à Saint-Symphorien-sur-Coise, dans une famille de petite noblesse ou de notables locaux, de rang chevaleresque. Sa famille est liée à plusieurs lignées chevaleresques : sa mère se remarie avec Jean Terrail, sa sœur Lucie épouse un damoiseau et son frère Jean épouse Marguerite de Tholon, d’une famille de châtelains royaux. La châtellenie de Saint-Symphorien était sous l’autorité conjointe de la famille de Roussillon et de l’Église de Lyon, cette dernière qui attire Pierre Girard vers une carrière ecclésiastique.

Il commence sa carrière comme clerc à la cathédrale de Lyon, puis obtient une licence ès-loi à l’Université de Toulouse. Il enseigne ensuite à Avignon et devient chapelain du cardinal Pierre Roger de Beaufort, futur pape Grégoire XI, par qui il obtient plusieurs bénéfices ecclésiastiques, dont un canonicat à Saint-Just de Lyon en 1362 et l’archidiaconat de Bourges.

Début de carrière

Vers 1376, Pierre Girard devient clerc de la Chambre apostolique, collaborant avec l’archevêque d’Arles Pierre de Cros, camérier de la Curie. À ce poste, il exerce des fonctions de confiance, notamment la gestion comptable, le port de messages et la supervision des missions financières.

Il est chargé par Grégoire XI de missions diplomatiques et financières, comme l’achat de terres pour le pape et la négociation de moratoires pour le remboursement de francs d’or prêtés à la Chambre apostolique par le duc d’Anjou par exemple.

Évêques et missions diplomatiques

Évêque de Lodève

En 1382, Pierre Girard est nommé évêque de Lodève, alors qu’il n’est encore que diacre, une exception rare à la règle canonique. Cette nomination illustre la pratique pontificale consistant à récompenser les membres fidèles de la Curie en leur confiant des sièges épiscopaux.

Il intervient rapidement dans la collecte financière dans le Midi, supervisant les revenus de l’Église pour le compte de la papauté d’Avignon, en lien avec Louis Ier d’Anjou et le pape Clément VII.

Missions diplomatiques au service de Clément VII

Pour ce dernier, Pierre Girard joue un rôle clé dans sa politique méridionale. En 1383-1384, il est envoyé en France et en Provence pour coordonner le soutien financier et militaire destiné à Louis d’Anjou dans la campagne contre Charles de Durazzo et d’Urbain VI.

Sa mission combine diplomatie et finances :

  • Il obtient le soutien de la France pour Louis d’Anjou et négocie des prêts et contributions pour l’expédition italienne.
  • Il supervise le transfert des subsides ecclésiastiques français vers des comptoirs italiens.
  • Il coordonne le ralliement des villes méridionales, comme Marseille, à la cause angevine.

Malgré ses efforts, la campagne militaire de Louis d’Anjou échoue, et sa mort en 1384 met un terme prématuré à l’expédition. Toutefois, la mission de Pierre Girard illustre la centralité de la diplomatie ecclésiastique et financière des évêques au service du pape d’Avignon.

Cardinal et administration pontificale

Promotion au cardinalat

Pierre Girard est créé cardinal le par Clément VII, recevant le titre de cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens. Il est ensuite promu cardinal-évêque de Frascati et grand pénitencier en 1402 par Benoît XIII. Cependant il se rangea avec ses collègues à la solution de la « voie de cession ». Il siègea au concile de Pise en 1409 et participa également à l’élection des papes Alexandre V et Jean XXIII.

Gravure de Pierre Girard dans Histoire de tous les cardinaux françois de naissance, François Duchesne

Sa carrière illustre la fusion des fonctions administratives et spirituelles : ses missions à la Chambre apostolique et ses titres ecclésiastiques renforcent la centralisation et la bureaucratisation de la papauté d’Avignon.

Le Grand Schisme d'Occident

Pendant le Grand Schisme d’Occident, Pierre Girard reste fidèle à l’obédience avignonnaise, soutenant Clément VII. Il participe à la « voie de fait », c’est-à-dire le recours à la force et aux alliances militaires, pour défendre les intérêts du pape d’Avignon.

Sa faveur se maintient, non sans éclipses, durant le pontificat mouvementé de Benoît XIII. Toutefois, il rejoint ses collègues dans la solution de la « voie de cession », qui visait à résoudre le schisme. Il siège au concile de Pise en 1409 et participe à l’élection des papes Alexandre V et Jean XXIII.

Testament et legs

En 1410, à Bologne, dans le couvent des Servites de Notre-Dame, il rédige son testament, qu’il refait trois ans plus tard en quittant Florence pour Avignon. Il consacre alors le reste de sa vie à organiser sa fortune, comprenant 32 bénéfices ecclésiastiques. En 1414, il acquitte le droit de chape et d’anniversaire pour la sacristie d’Aix et, en tant que sacriste de Notre-Dame-des-Doms, il fait reconstruire en 1415 le clocher endommagé par le siège. Ses armes y figurent toujours (« d’azur à la bande d’argent, à la bordure d’or chargée de 14 tourteaux de gueules »).

Comme beaucoup de prélats, Pierre Girard reste attaché à sa terre natale. En 1403, il offre à Saint-Symphorien la relique de la Vraie Croix provenant du trésor de l’Église romaine, enchâssée dans une petite croix d’or incluse dans une grande croix d’argent pour la chapelle de la Vierge. Lors de sa visite en 1407, il entreprend la reconstruction de l’église et accorde à la ville des franchises libérales. Son testament crée quatre prébendes ou chapellenies dotées de terres, dîmes et rentes, et prévoit l’ornementation de l’église et de son tombeau. Les calices, tapisseries et tabernacle de la croix existaient encore au XVIIᵉ siècle malgré les destructions de 1562. Son tombeau, sculpté à Avignon, fut transporté de son vivant à Saint-Symphorien.

L’Église primatiale de Lyon bénéficie également de ses libéralités. Avant sa mort en 1413, elle reçoit une chapelle et une mitre brodée d’or et de pierreries que Jean de Berri lui avait offert. Ces objets font partie des plus beaux ornements du trésor mais une bonne partie est fondu par les Huguenots en 1562.

L’exécution des clauses du testament est confiée à Pierre Charpin, élève de Pierre Girard, qui se rend au concile de Constance pour obtenir des bulles garantissant le respect des volontés du cardinal.

Le tombeau est détruit en 1562, mais ses restes sont conservés dans la chapelle de Tholon. Le reliquaire de Saint-Symphorien dure jusqu’à la Révolution, et le bréviaire que lui avait offert Clément VII est légué à Jean XXIII.

Pierre Girard meurt le , alors qu’il se préparait à partir pour le concile de Constance.

Références

  1. Valois 1896.
  2. (en) Augustus John Hare, South-eastern France, Londres, G. Allen, (lire en ligne), p. 162.

Voir aussi

Bibliographie

  • J.-H. Albanès, Gallia christiana novissima, t. VII, Avignon, , n°1382.
  • (la) Étienne Baluze, Vitae paparum Avenionensium, t. I, Paris, apud Franciscum Muguet, , p. 1386–1388.
  • Jean Beyssac, Les chevaliers de l’Église de Lyon, Lyon, , p. 53.
  • François Duchesne, Histoire de tous les cardinaux françois de naissance, vol. I, Paris, , Notice: p. 711–715 ; testament: p. 549–561 ; codicille: p. 561–570 ; lettre de Clément VII du 7 mai 1382: p. 570–571.
  • Marc Du Pouget, « Un cardinal d’Avignon originaire de la région lyonnaise au temps du Grand Schisme : Pierre Girard », dans Crises et réformes dans l’Église de la réforme grégorienne à la préréforme. Actes du 115e congrès national des sociétés savantes (Avignon, 1990)., Paris, Éditions du CTHS, , p. 297–305.
  • Jean Favier, Les finances pontificales à l’époque du Grand Schisme d’Occident (1378-1409), Paris, E. de Boccard, .
  • Jean Favier, Les papes d’Avignon, Paris, Fayard, , p. 213, 594, 600, 630.
  • H.-T. de Morembert, « Girard (Pierre) », dans R. Aubert (dir.), Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, t. XX, Paris, Letouzey et Ané, , p. 1480.
  • Noël Valois, La France et le Grand Schisme d’Occident, t. 2, Paris, Picard, , « les papiers du Cardinal Pierre Gérard », p. 439

Liens externes

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