Pierre Paul Nicolas Henrion de Pansey

Pierre Paul Nicolas Henrion de Pansey
Huile sur toile de Vauchelet.
Fonctions
Garde des Sceaux, ministre de la Justice
Premier président de la Cour de cassation
Titre de noblesse
Baron de l'Empire (d)
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nationalité
Activités
Autres informations
Membre de
Distinctions
signature de Pierre Paul Nicolas Henrion de Pansey
Signature.

Pierre Paul Nicolas Henrion de Pansey, né le à Tréveray et mort le à Paris 11e, est un juriste et homme politique français.

Biographie

Son père, de petite noblesse parlementaire, occupe une charge dans la magistrature. Après le collège de Ligny, Pierre Paul Henrion fait des études de droit civil à la faculté de Pont-à-Mousson, à l’issue de quoi il est admis comme avocat au Parlement de Paris, le .

En 1770, il est remarqué par le succès qu'il obtient dans le procès d'un esclave noir, qui, amené en France par son maître, réclamait sa liberté. Son brillant plaidoyer pour « Roc, Nègre, homme né libre »[1],[2] est imprimé et lui vaut les compliments de Voltaire. Néanmoins, par gout de l'érudition, Il plaide rarement, préférant le travail d'avocat-consultant.

Pendant l'exil du Parlement de Paris, décidé par Louis XV à la suite du conflit provoqué par la réforme du chancelier Maupeou, Henrion revient vivre au château paternel de Pansey, près de Joinville. Il se fait appeler Henrion de Pansey pour se distinguer de son frère puîné, appelé Henrion de Saint-Amand (Tréveray, 1774 - Pansey, 1829).

Le , Henrion est initié à la loge des Frères zélés de Ligny-en-Barrois. Il est ensuite député de la grande loge Nahanet, puis au Grand Orient en 1774. De retour à Paris, Henrion publie en 1773, un Traité des fiefs de Dumoulin analysé et conféré avec d'autres feudistes, précédé d'un éloge de Charles Dumoulin. En 1775, il publie un mémoire en défense de Louis Sébastien Mercier privé de présenter une seconde pièce à la Comédie Française qui le fait remarquer, il reçoit un éloge chaleureux de La Harpe pour son ton de sagesse et de modération[3].

En 1789, il complète son traité par ses célèbres Dissertations féodales. Au début de la Révolution française, il quitte Paris et se retire à Pansey. Ayant perdu sa charge d'avocat, il rend service à ses compatriotes par des consultations juridiques et, après la Terreur, accepte certaines fonctions publiques dans l'administration centrale départementale de la Haute-Marne (an IV et V). En l’an VI, il devient professeur de législation à l'École centrale de Chaumont.

Sous le Consulat, en germinal an VIII (), Henrion de Pansey (encore dit de la Haute-Marne) est nommé juge au Tribunal de cassation. Dès lors, il se consacre à l'étude et aux commentaires des lois nouvelles : De la compétence des juges de paix (1805, 2e édition en 1809, traduction en allemand et en italien), De l'autorité judiciaire en France (1810), où il démontre les bienfaits de la séparation des fonctions et définit une doctrine originale sur le contentieux administratif.

En 1810, il s'installe à l'hôtel de La Trémoille, au 50, rue de Vaugirard, à Paris, avec son neveu et sa nièce, le général de Pernety et son épouse Angélique Françoise née Henrion de Saint-Amand. Napoléon le nomme président de la chambres des requêtes, l'une des formations de la Cour de cassation et, en 1811, membre du Conseil de l'intendance du Domaine extraordinaire. Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1804, lors de la création de l'ordre, il est promu officier le et commandeur le .

Il est fait chevalier de l'Empire par lettres patentes de , et baron d'Empire par lettres patentes du . Travailleur acharné (on dit qu'Henrion de Pansey resta douze ans sans dîner hors de chez lui, pour ne pas perdre de temps[3]), c’est aussi un homme intègre et un esprit indépendant.

Henrion de Pansey devient, le , membre du Conseil d'État, tout en restant à la Cour de cassation.

Lors de la première Restauration, le gouvernement provisoire le nomme, le , commissaire au département de la Justice, fonction qu'il assume jusqu'au . Il est de nouveau nommé conseiller d'État en service extraordinaire, le , tout en demeurant président de la chambre des requêtes.

Mort à 87 ans, en pleine possession de ses moyens : « il corrigeait les épreuves de la seconde édition de son Histoire des Assemblées Nationales…avec une parfaite liberté d'esprit, peu d'heures avant sa mort il s'était livré à ce travail. Ensuite on lui avait lu le Journal des débats, qu'il aimait beaucoup. Il doit y avoir aujourd'hui, dit-il, une séance intéressante à la Chambre des Députés ; nous lirons cela demain matin. Il était alors cinq heures du soir : à dix il n'existait plus[3]. » Il est inhumé au cimetière du Montparnasse[4].

Le gastronome

Brillat-Savarin cite à plusieurs reprises le président Henrion de Pansey dans sa Physiologie du goût, dont XXV « M. le président H… de P…, dont l'enjouement spirituel a bravé les glaces de l'âge… disait, en 1812 : Je regarde la découverte d'un mets nouveau, qui soutient notre appétit et prolonge nos jouissances, comme un événement bien plus intéressant que la découverte d'une étoile; on en voit toujours assez[5] ». J. Béliard lui attribue deux autres aphorismes célèbres : « M. de Talleyrand, avait coutume de dire : Mauvais dîners, mauvaises affaires… Ce n'est pas sans raison non plus que des hommes comme le savant Henrion de Pansey ont consacré cet axiome : Les dîners constituent la partie essentielle et sérieuse des conférences diplomatiques. » Et, plus loin, « Ce grand magistrat avait coutume de dire : Je ne croirai à la civilisation que quand je verrai un cuisinier à l'Institut[6] ».

Louis de Laincel (d), le qualifie de héros gastronomique du premier Empire[7]. Lucien Tendret, dans La table au pays de Brillat-Savarin le classe au rang des gastronomes illustres … qui ont tous été des hommes d'esprit[8]. Il rapporte également, au sujet de Brillat-Savarin, qui avait pour ambition de faire de la gastronomie une science, qu'elle est aussi un art et une pratique, le Président Henrion de Pansey s'adressant à lui ajoutait finement « Ce n'est pas l’Esprit des lois qui a ouvert les portes de l'Académie à M. de Montesquieu. »

Jean Vitaux ne donne pas sa source quand il affirme qu'il eut pour cuisinier Nicolas Doyen, inventeur du foie gras truffé[9].

Armoiries

Règlement d'armoiries de Chevalier de l'Empire : « D'or, au chevron d'azur, accompagné de trois tortues, deux et une, de sable, le premier du parti de deux traits de gueules brochant sur le tout [en marge : flanqué d'un tiers de gueules en pal à dextre chargé du signe des chevaliers]. Livrées : les couleurs jaune, bleu, rouge et noir ou brun et gris de fer. »

Règlement d'armoiries de Baron de l'Empire : « D'or, au chevron d'azur, accompagné de trois tortues de sable deux en chef et une en pointe ; au franc-quartier des barons président de la cour de cassation. Livrées : les couleurs de l'écu[10]. »

Publications

  • Traité des fiefs de Dumoulin analysé et conféré avec d'autres feudistes, 1773.
  • Dissertations féodales, 1789.
  • De la compétence des juges de paix, 1805 ; 2e éd., 1809 ; — Traduit en allemand et en italien.
  • De l'autorité judiciaire en France, Barrois, (lire en ligne), p. 285.
  • Des biens communaux et de la police rurale et forestière, par le président Henrion de Pansey, 3e édition, Paris, T. Barrois père et B. Duprat, 1833, in-8º, xvi-32-517 p.
  • Rédaction d'articles sur le droit féodal pour les volumes Jurisprudence de l’Encyclopédie méthodique.

Notes et références

  1. ↑ « Cahier illustré », Histoire de la justice, vol. 31, no 1,‎ , p. 147–158 (ISSN 1639-4399, DOI 10.3917/rhj.031.0147, lire en ligne Accès limité, consulté le )
  2. ↑ « Mémoire pour un nègre qui réclame sa liberté | Manioc », sur www.manioc.org (consulté le )
  3. Louis Rozet, Notice historique sur la vie et les ouvrages de Henrion de Pansey, (lire en ligne), p. 2.
  4. ↑ Joseph Marty (ill. Émile Lassalle), Les Principaux Monuments funéraires du Père-Lachaise, de Montmartre, du mont-Parnasse et autres cimetières de Paris dessinés et mesurés par Rousseau et lithographies par Lassalle, Bedelet, (lire en ligne), p. 190.
  5. ↑ Brillat-Savarin, Physiologie du gout, Paris, par un professeur [i.e. J. A. Brillat-Savarin] … Édition précédée d'une notice par M. le baron Richerand ; suivie de La gastronomie … Par Berchoux, Charpentier, (lire en ligne).
  6. ↑ J. Béliard, Musée des familles : lectures du soir, Bureaux du Musée des Familles, (lire en ligne), p. 372.
  7. ↑ Louis de Laincel (d), Avignon : le comtat et la principauté d'Orange, Hachette, (lire en ligne), p. 212.
  8. ↑ Lucien Tendret, chap. I « La science culinaire », dans La Table au pays de Brillat Savarin, Chartres, Menu fretin, , 191 p. (ISBN 978-2-917008-73-7, OCLC 908894868), p. 21.
  9. ↑ Jean Vitaux, Les Petits Plats de l'histoire, Presses Universitaires de France, , 188 p., 22 cm (ISBN 978-2-13-080678-3, OCLC 785850364, lire en ligne), p. 104.
  10. ↑ Archives Nationales de France, BB/29/967, p. 500.

Bibliographie

  • Renée Laude, Henrion de Pansey : 1742-1829, Paris, , 318 p. (OCLC 25993061).
  • Pierre-Aubin Paillart, Éloge de M. le baron Henrion de Pansey, Premier président à la Cour de cassation,… prononcé à l'Académie de Stanislas… Séance du , par M. Paillart,…, 1856.
  • « Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Henrion de Pansey », dans Louis du Rozet (d), Œuvres judiciaires du président Henrion de Pansey, annotées par une société de jurisconsultes, Paris, B. Dussillon, , xxxii-768 p., in-4º (OCLC 1034517470, lire en ligne sur Gallica), p. v.

Liens externes

  • icône décorative Portail de la Révolution française
  • icône décorative Portail du Premier Empire
  • icône décorative Portail de la politique française