Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut

Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut
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Ville haute de Saint-Flour qui est, dans Pierres noires, le Peyrenère-le-Vieil des anciennes élites qu'évincent les nouvelles du Peyrenère d'En-bas disparaissant encore ici dans la brume. Tout s'y joue charnellement, concrètement mais dans l'invisible.

Auteur Joseph Malègue
Pays France
Genre Trilogie incomplète
Éditeur éditions Spes
Nombre de pages 905 (la trilogie projetée en aurait compté 1800)
Chronologie

Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut est une trilogie inachevée de Joseph Malègue publiée en 1958 et 2018, 18 ans et 78 ans après sa mort.Seul le Livre premier, Les Hommes couleur du temps est terminé. Malègue, atteint d'un cancer incurable tente d'en mettre au point une version publiable, mais meurt avant. Il souhaite que le manuscrit en chantier (y compris les deux livres suivants) soit édité. Dans l'édition de 1958, le texte (mêmes caractères et même mise en page qu'Augustin ou Le Maître est là), chez Spes compte une centaine de pages de plus qu' Augustin.

La trilogie se déroule à Peyrenère-le-Vieil imaginaire ville haute auvergnate des anciennes élites métaphoriquement opposée au Peyrenère d'En-bas des nouvelles. Le narrateur, Jean-Paul Vaton, condisciple du héros éponyme d' Augustin. arrivé à l'âge de 60 ansraconte son enfance, matériau duquel, Malègue tire la « fresque historique » (Claude Barthe), de l'installation de la IIIe République : laïcité, déclin des notables liés à la Monarchie, l'Église, l'Empire. Une nouvelle classe va les supplanter. C'est emblématique d'une mutation globale de la France.

Malègue observe le déclin de cette classe à laquelle sa famille était liée avec le sens proustien du temps qui passe et la distance du sociologue, soucieux du drame spirituel des « classes moyennes du Salut », les chrétiens attachés à l'évangile, peu désireux de le préférer au bonheur terrestre. Revers de fortune, mariages ratés, suicides, accablent deux très belles femmes au centre du récit et des rêveries de Vaton, Armelle de Rosnoën et Jacqueline de Brugnes. André Plazenat, fiancé de Jacqueline, brillera un temps à l'université et au gouvernement de la République, contrairement à sa classe repliée sur ses nostalgies d'Ancien Régime.

Certains personnages échappent à la médiocrité spirituelle. Surtout Félicien Bernier. Paul Vaton, le narrateur, en est l'ami intime et par lui le lecteur découvre peu à peu la nature de ce jeune homme athlétique, généreux et mystique. Il allait être celui dont la simple existence aurait mystérieusement contribué au Salut des gens de Peyrenère. André Plazenat réapparaît dans le Livre deuxième intitulé Le Désir d'un soir parfait. Mal marié, il devient l'amant de Jacqueline de Brugnes qu'il aurait épousée si la ruine de son père ne l'avait déclassée. Le Livre III (quelques pages rédigées seulement), intitulé Entre le pont et l'eau allait couronner l'ambitieux projet maléguien. Il aurait débouché, selon Claude Barthe, sur une œuvre supérieure à Augustin. Pour Lebrec, William Marceau, Zofia Litwinowicz, José Fontaine, on décèle Les « Deux Sources » de Bergson dans toute l'intrigue.

Choix du titre

Pierres noires de la Tour de la Bayette de la Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption, à Clermont-Ferrand préfecture du Puy-de-Dome

Les « pierres noires » sont les pierres volcaniques d'Auvergne et en particuilier du Puy-de-Dome avec lesquelles sont construites de nombreuses maisons. Les « Classes moyennes du Salut » sont les chrétiens médiocres (où Malègue se situait lui-même rappelle L. Émery), non « classes moyennes de la sainteté », expression utilisée dans Augustin ou Le Maître est là qui vise la sainteté non reconnue (comme celle de la sœur d'Augustin), en rien moyenne mais authentique[1].

Les chrétiens médiocres sont ceux qui cherchent un compromis impossible entre, d'une part, l'appel évangélique à tout donner à Dieu et au prochain et, d'autre part, l'attachement égoïste au bonheur terrestre. Des événements se produisent qui permettent à ces « Classes moyennes » d'aller plus haut, comme les crises individuelles et collectives qui, les mettant face à la disparition du bonheur terrestre (la mort par exemple, les grands bouleversements politiques et sociaux), leur permettent de consentir au détachement dont ils n'avaient pas été capables dans l'ordinaire des jours.

Charles Moeller, pense que le lieu du roman serait La Tour-d'Auvergne[2]. Lebrec pense plutôt à un lieu fictif fait de plusieurs localités de Basse-Auvergne et Saint-Flour pour son piton basaltique[3].

Il a existé un premier Pierre Noires composé en même temps qu'Augustin ou Le Maître est là. Malègue qui peinait à trouver un éditeur pour Augustin tente de le faire publier en l'envoyant au journal Le Temps en 1929 qui organisait un concours littéraire puis au Cercle littéraire français en 1932. Ce sont deux échecs. Le premier Pierres noires est un texte de 213 pages dactylographiées racontant l'enfance d'un compagnon d' Augustin.

Le premier tapuscrit de 1929 en partie semblable à celui de Pierres noires en 1939-1949 mais tout de même très différent, ne serait-ce que par la taille mais dont l'incipit est identique à la publication de 1958 et de 2018 : « Un jour dans les années 1890… »

Dès 1933 (année de la parution d' Augustin), Malègue se met au travail pour écrire le premier tome de Pierres noires, soit Les Hommes couleur du temps où « il se proposait (…) de décrire, avec la précision du sociologue, l'évolution d'une petite société rurale et catholique : les classes dirigeantes y gardent encore une autorité dont les décennies suivantes verront le lent déclin[4].»

Jean Lebrec nous informe de ce que ce premier tome, le plus achevé, n'était pas encore au point. Malègue réécrit les 250 premières pages qui sont fondues dans une même couleur, mais les 350 pages suivantes semblent, selon lui, être des brouillons sauf la nouvelle La Révolution, reprise d'une nouvelle écrite séparément (le discours de l'abbé Le Hennin dans la prison révolutionnaire).

On lit, dans l'édition de [1958], Les Hommes couleur du temps, de la page 9 à la page 614, Le Désir d'un soir parfait va de la page 613 à la page 860. Entre le pont et l'eau ne tient qu'en quelques lignes allant de la page 861 à la page 874. Malègue aurait d'abord voulu publier les trois tomes ensemble puis séparément. Mais il meurt, émettant le vœu de les voir publiées toutes ensemble[5] et en chargeant son épouse Yvonne Pouzin et Jacques Chevalier de donner forme à ces pages inachevées d'une œuvre dont l'ambition littéraire, selon Moeller, surpassait celle d' Augustin et devait compter mille huit cents pages.

L'ouvrage a été traduit en italien par Giovanni Visenti, Pietre Nere. Le classi medie della Salvezza, Società Editrice Internazionale, Torino, 1966, 2 vol., et est connu des pays de langue espagnole[6].

Lien direct entre ce roman et Augustin ou Le Maître est là

Félicien Bernier dans Pierres noires, comme le rappelle Jean Lebrec[7], est le Félix Bernier du chapitre Les plus heureux jours du roman Augustin ou Le Maître est là. Lors de la soirée musicale aux Sablons à laquelle assiste l'ancien aumônier d'Augustin, Mgr Herzog, celui-ci et Augustin s'échangent des nouvelles à propos des anciens, dont Félicien. Augustin avoue qu'il n'a plus revu personne du groupe des talas. Les nouvelles sont exprimées en style indirect: « De sommaires renseignements lui arrivèrent : Bernier, missionnaire en Chine, tué là-bas, ou peut-être pendant la guerre, on ne savait trop[8]… » Le Bernier d'Augustin se prénomme Félix et celui des Classes moyennes, Félicien, mais Lebrec estime qu'il s'agit de la même personne. Quant à Augustin lui-même, il apparaît à plusieurs reprises dans Pierre noires" aux pages 79, ???, 338, 376, 590, 891 (édition de 1958).

Panorama d'Aurillac où Paul Vaton va au lycée, un Aurillac qui, pour Barthe, dans Augustin a des accents de Du côté de chez SwannPaul est un ami d'Augustin, il a aussi entendu parler de la contesse de Préfailles, contesse douairière.Il est interne au lycée. Félicien sera aussin un compagnon d'Augustin à Normale pendant un an. Et Augustin aura écho de son martyre en Chine

Ami intime de Félicien, Paul Vaton est décrit comme un médiocre et un paresseux, à l'exacte image du Paul Vaton d' Augustin. Il subit profondément l'ascendant de Félicien qui est son ami intime et qui lui confie ses doutes concernant sa vraie vocation (elle va finalement devenir celle du martyre en pays de missions). Quant à André Plazenat (qui, lui, n'apparaît pas dans Augustin'), c'est un politicien brillant, mal marié et qui trompera sa femme avec une petite cousine Jacqueline qui se suicidera. L'enfant né de leur liaison commettra un meurtre au cours d'une scène de débauche[5].Pour Léon Émery, Augustin et Pierres noires sont « chevillés l'un à l'autre[9].»

Charles Moeller présente en [1967] les deux romans en commençant par Pïerres noires dans une première partie qui expose« la vision d'ensemble de Malègue ». La deuxième consacrée à Augustin contient « des retours de thèmes » qui apparaissent avec la présentation de Pierres noires et qui donnent à l'histoire d'Augustin Méridier « en même temps que la sobriété d'épure qui la caractérise, la résonance secrète qui la situe dans un monde infiniment plus vaste. » Il ajoute : « Malègue, en évoquant certains personnages dans les deux œuvres, avait souhaité cette résonance et cette réfraction. »[10]

Résumé de la trilogie

Pierres noires a trois parties que Malègue songe à faire publier en trois volumes ou trois romans distincts: Les Hommes couleur du temps, Le désir d'un soir parfait, Entre le pont et l'eau. Le livre premier compte 600 pages. Le Livre deuxième 241. Le livre III ne compte qu'une vingtaine de pages et n'est vraiment qu'esquissé. Jean Lebrec, dans son étude de 1969, nous permet cependant d'un peu mieux voir ce qu'il aurait été.

Les hommes couleur du temps

Ville haute et ville basse de Saint-Flour au XXe siècle qui inspirent le Peyrenère de Pierres noires, emblématique d'un propos sociologique.

C'est le lent récit des impressions d'enfance et d'adolescence de Jean-Paul Vaton depuis ses six ans jusqu'à son entrée en classe de philosophie. Celui qui parle est le Jean-Paul Vaton proche de ses soixante ans. Il est indolent, veule, irrésolu et imaginatif. Il a un peu raté sa vie. conte ses impressions d'école primaire puis l'atmosphère de sa famille avec un père préoccupé d'ascension sociale (la sienne et celle de son fils), huissier de justice, expert géomètre, représentant d'assurances. Il évoque le lycée à Aurillac où il rencontre Augustin Méridier auquel il voue un « culte chagrin, envieux et passionné[A 1]… » « La vieille cité pelotonnée sur sa butte » est d'étendue fort restreinte, observe Léon Émery, comme la plupart de ses sœurs, mais « elle acquiert pourtant des dimensions presque colossales lorsqu'elle est vue de l'intérieur, par les yeux d'un enfant, par les yeux de ce petit Paul Vaton qui est en l'occurrence le prête-nom de Malègue[11].» Il ajoute que, depuis Balzac et Béatrix aucun écrivain n'a pu aussi bien dépeindre « la ville de province avec autant de poésie et de vérité que Malègue[12].» Paul Vaton est, tout au long du récit, l'ami d'un saint authentique, Félicien Bernier, désireux de se donner entièrement à Dieu, mais hésitant entre l'apostolat d'un prêtre séculier en France ou celui de missionnaire en Chine. À travers le récit global du déclin de ces notables, surgissent d'autres histoires.

La splendeur surhumaine des charreyres inconnues « au bord des nuits », lorsque l'on éprouve « le froid du soir à l'âme écrasante de l'espace »

Plusieurs critiques comme Zofia Litwinowski-Krutnik, ont souligné la beauté de ce passage qui se situe dans la campagne proche de Peyrenère : « Dans la voiture paysanne de mon père, sur le sac de foin qui nous servait de coussin, j'avais de ces bords de nuit sur les charreyres inconnues une peur étreignante et enchantée. Depuis la crinière du petit cheval rouan que la marche haussait et baissait, jusqu'à des distances où se perdaient tous repères et toutes formes, je reconnaissais entre deux tournants, ou d'un tournant à l'autre, deux aspects parents d'une même réalité surhumaine : le froid du soir à l'âme écrasante de l'espace[A 2]

Première partie (Les maisons noires). Deuxième partie (I. Fin d'endance, II. Les chants du départ)

Grâce au métier de son père, Jean-Paul Vaton est reçu dans la société locale mi-bourgeoise, mi-aristocratique, notamment chez le vieux général du Montcel, héros de la Bataille de Castelfidardo, qui oppose les troupes piémontaises envahissant les États du Pape pour réaliser l'Unification italienne aux troupes pontificales (les États du Pape seront réduits à l'actuel Latium). C'est un milieu où l'on associe le salut de la France au légitimisme.

Déclin des notables liés à la monarchie, à l'Empire, à l'Église

(Famille de Joseph de Fromont au début du XIXe siècle : artiste inconnu). Les notables « se confinaient dans le silence de leurs solitudes morales et géographiques, tandis que, très loin d'eux, peuplant les parties bruyantes de la patrie, bouillonnaient toutes les passions du siècle »

Malègue s'inspire pour décrire cette déliquescence des élites de Peyrenère-le-Vieil de La Fin des notables de Daniel Halévy. La bourgeoisie en déclin habite le haut du bourg. Jean Lebrec écrit, résumant le propos de Malègue, qu'elle mène encore un grand train de vie dans des « hôtels orgueilleux et solides », garde encore un temps la mairie. Ces gens vivent dans la nostaligie d'un passé « plus brillant et plus ferme que le présent. Car, tous tiennent à l'ancienne aristocratie, tout en étant des bourgeois liés par intérêt aux gens de la basoche[13]. »

Certains sentent qu'on ne pourra arrêter le pays « sur la pente de la démagogie radicale, envieuse et égalitaire », mais les autres mettent leur espoir dans un « exaucement »[A 3], exaucement « divin », ajoute Lebrec. Ils entourent le vieux général du Montcel comme ils auraient à Frohsdorf [localité d'Autriche où est réfugié le prétendant au trône], entouré le comte de Chambord, son solide appui désormais brisé, et à cause de qui, comme l'écrit Halévy, « la Monarchie française quitta terre, devint légende et mythe[14].»

La première partie de ce premier roman de la trilogie contient cette réflexion du père d'André Plazenat au père de Jules Vaton : « De nous à vous, monsieur Vaton (…) je crois très vraisemblable que nous ne puissions arrêter ce pays sur la pente de la démagogie radicale, envieuse et égalitaire[A 3]… »

« Une République sculpturale (…) empreinte de toute la majesté de la Loi»

Pour Claude Barthe, la description que fait Malègue de ce lent déclin « est une description socio-littéraire (…) impressionnante, presque cinématographique » d'une classe sociale « en ses grands salons gris, ses châteaux aux odeurs de fausse humidité, ses paroisses, ses curés concordataires, ses pauvres » toute une société qui « vivait, votait, mangeait du tournedos en médaillon avec cardons à la moelle, chassait priait ou parfois faisait semblant, et surtout s'éteignait inexorablement au milieu de ses maîtres d'hôtel et de ses jardiniers entre 1870 et 1914[15]… »

Une nouvelle classe dominante l'emporte peu à peu sur l'ancienne

Face à cette bourgeoisie déclinante surgissent de nouveaux riches, une nouvelle classe dominante, qui, au niveau du chef-lieu de canton qu'est Peyrenère, va prendre brusquement ses responsabilités.

Elle est parallèle au développement de l'agglomération qui se forme au pied du piton volcanique qu'est Peyrenère où s'installent des scieries, des minoteries, des médecins, des notaires.

Même enfant, Jean-Paul Vaton sent « une activité ardente, brutale, commune, une sorte d'appel canaille et puissant[A 4].» Un des représentants de ces nouveaux riches, Labeyssère, va racheter les biens des notables. « Politiquement, tous ces gens relevaient de l'autre clan, celui des Rouges[A 5]… »

À l'école, on enseigne « d'un air de défi fier », qu'on est en République « une République sculpturale, glaciale, empreinte de toute la majesté de la Loi[A 6]… » : « En 89, nous sortîmes de la nuit des Seigneurs et de la tyrannie de l'Ancien Régime. Nous pûmes nous épanouir en une sorte d'air pur et neuf qui était celui de la République[A 7].»

Aristide Briand (1862-1932) en qui beaucoup voient le Jacques Richelet le Sous-Maître

Les mythes de cette nouvelle classe sociale, écrit Jean Lebrec, « s'opposent aux anciennes croyances, et parfois violemment : ils sont un mélange corrosif fait d'espérances légitimes et de naïvetés, d'anticléricalisme et de justes revendications sociales et politiques[16]».

Un exemple : le Sous-Maître qui deviendra Président du Conseil

Vaton avoue à propos de ces années : « J'allais subir servilement la contre-éducation collective que le lycée laisse installer chez ses pauvres enfants[A 8].»

Le Sous-Maître, qui évincera l'instituteur en chef (« Monsieur Le Maître »), de l'école primaire laïcisée, est Jacques Richelet, un jeune homme ambitieux qui, de l'école au journalisme puis du journalisme à l'Assemblée nationale, deviendra un jour Président du Conseil.

Les commentateurs voient en lui quelque chose d'Aristide Briand.

Dans la deuxième partie, on découvre qu'un de ses élèves a compris la leçon républicaine qu'il ne cesse de donner aux écoliers, puisque cet élève, camarade d'école de Paul Vaton, désignant les grandes maisons de Peyrenère, affirme : « C'est des seigneurs qui sont là, fit Fougerousse. Des seigneurs féodaux. (…) C'est le Sous-Maître qui l'a dit[A 9].»

Paul Vaton a senti la contradiction chez son père qui le met à l'école publique de plus en plus vouée à la République.

Albert de Mun fait pertie des notables qui s'adaptent au suffrage universel comme André Plazenat qui ne croit pas en sa pertinence mais s'y adapte. On remarque sur l'image le candidat républicain brandissant le drapeau tricolore et Albert de Mun la vielle bannière royale

Paul Vaton remarque en effet chez lui un « sentiment abstrait et acquis d'égalité républicaine » joint « sans la détruire à une fidélité ancestrale, presque féodale, pour les mêmes classes sociales qui, supérieures à lui, lui avaient à cause de cela même rendu service[A 3].»

Les notables qui s'adaptent

Il y a les notables qui s'adaptent, exceptions que symbolise André Plazenat selon Lebrec, car il n'a pas le défaut de l'inaction de sa classe sociale, et s'engage en politique comme les anciens catholiques libéraux : Lacordaire, Montalembert, Ozanam, et, après, Le Play, La Tour du Pin, Albert de Mun.Plus tard, poursuit Lebrec, « grand seigneur comme Caillaux, politicien nourri d'intellectualité comme Tardieu, il manquera pourtant sa carrière, parce que sa vie morale ne sera pas à la hauteur des idées qu'il représentera et défendra[17]. »Malègue fait revivre cet effritement des positions sociales des notables de Peyrenère, durant la dernière décennie du XIXe siècle, qui se produit avec un certain retard sur d'autres centres.

École primaire de Barnave : École et mairie contigües

Les notables, écrit-il, « se confinaient dans le silence de leurs solitudes morales et géographiques, tandis que, très loin d'eux, peuplant les parties bruyantes de la patrie, bouillonnaient toutes les passions du siècle (…) Eux, ils boudaient. Les salons orléanistes perdirent à ces visibles absences quelque irremplaçable aristocratie, et ceux du Second Empire, encore plus désertés, eurent l'air peuplés de parvenus (…) Ils chassaient dans leurs forêts, leurs marais et leurs landes. Ils se visitaient l'un l'autre, échangeant leurs regrets, leurs déceptions, leur perte d'espérances et toutes les descriptions d'un horizon bouché (…) Ces âmes se refusaient à une société où elles ne pouvaient plus être bienfaisantes selon la forme traditionnelle du bienfait, pieuses suivant celles de la prière, socialement obéissantes à ceux auxquels Dieu, autrefois, avait prescrit d'obéir. Tout en elles, même leur vie religieuse, prenait cette grave couleur de soir et de passé[A 10].»

Les classes moyennes du Salut qui se dépassent

Par-dessous cette description sociologique, il existe des gens simples dont les pratiques religieuses ne sont pas celles du conformisme religieux des notables ou des autres et qui adoptent dans ce domaine des formes de vie religieuse « dangereuses et révoltées[A 11].»

Fraccine, servante et amie de Madame Vaton lui annonce en pleurant qu'elle la quitte pour entrer au couvent.

Francine, la bonne des Vaton avec laquelle Madame Vaton est amie, lui annonce en pleurant qu'elle va la quitter pour entrer en religion : n'a-t-elle pas entendu le prédicateur d'une mission à Peyrenère dire qu'il fallait tout donner à Dieu[A 12]?»

Il y a une sobre émotion, écrit Léon Émery, dans le récit de cette vocation « volontairement lourd et gris[18]. »

Le narrateur qu'est Paul Vaton oppose, aux chants du monde catholique conservateur d'alors « Sauvez, sauvez la France au nom du Sacré-Cœur, » la démarche d'une « pauvre fille de la campagne », choisissant dans ces chants « leur fondement véritable de sainteté, de pratique personnelle et d'offrande intérieure[A 12]. » Monsieur Le Maître (M. Genestoux) est un vieil instituteur, catholique d'habitude au départ qui, lorsque la laïcité de la République est votée en 1881 supprime les références religieuses à l'école, continue à faire la prière en classe et à accompagner ses élèves à l'église.

Le Maître d'Êcole (The Schoolmaster) de Charles Green (en) en 1875. L'expression « Monsieur le Maître » a été longtemps fréquente dans les pays de langue française comme en témoigne la chanson de Bourvil

Il se retrouve rétrogradé à un poste de début à Bressondeix, à la suite de la campagne menée par son collègue le sous-maître Richelet, qui met en branle les politiques « vigilants gardiens de la flamme laïque et républicaine[19]. »

Une partie de sa propre famille ne le suit pas dans cette bourgade (imaginaire elle aussi) assez éloignée de Peyrenère pour éviter un déménagement incommode qui ne durerait que les quelques années de la carrière du Maître Genestoux.

Celui-ci meurt peu de temps après. Lorsqu'il reçoit l'extrême-onction, le prêtre lui demande s'il pardonne à ses ennemis, sans même se douter qu'un seul « ennemi » l'a peut-être conduit là.Seule auprès du mourant, Henriette sa fille, qui a accompagné son père jusqu'à l'école éloignée de Peyrenère, sait qu'il s'agit du Sous-maître.

Elle se rend compte que la question met du temps à parvenir à l'esprit d'un homme « déjà loin du monde ». Mais quand il la comprend, une sorte de détente se peint sur ses traits et sa main gauche à plat sur son lit de mort se soulève en guise d'acquiescement plénier et, écrit Malègue, une grande lueur de neige tombe sur son visage et ses draps[A 13].»

Tout le démantèlement des cadres familiaux, religieux, sociaux, et géographiques peut servir à générer des saints.

Troisième partie : Le Lycée. Quatrième partie : La Révolution

Franz Hecker L'Hiver à la campagne. Le retour de la dépouille mortelle de Monsieur le Maître est un nœud capital du Livre I de Pierres noires parce qu'il permet à Jean-Paul Vation de commencer à comprendre la nature du personnage de Félicien.

Paul Vaton va maintenant rejoindre le Lycée d'Aurillac (ville qui n'est pas désignée comme telle, mais le père d'Augustin Méridier y enseigne), où il deviendra le camarade d'Augustin. Son père et sa mère l'accompagnent vers la Préfecture du département.

En chemin ils rencontrent les Plazenat et les Brugnes et surtout Jacqueline de Brugnes qui a déjà fait rêver Paul Vaton et continuera à le faire rêver d'un amour idéal et inaccessible. Jean-Paul Vaton s'est un jour dit « qu'il n'existait pas de jeune fille plus belle au monde[A 14].» Le père de Paul Vaton espère de cette inscription de son fils au lycée la poursuite de l'ascension sociale de sa lignée et selon Jacques Madaule c'est l'unique morale qu'il enseigne à son fils[20]. Sa mère sent que cette ascension ne se produira pas.

Paul Vaton avec le Sous-Maître Richelet et Félicien Bernier

Il avoue que s'il s'éloigne de la foi de son enfance, il ne sait même pas s'il la quitte, car il n'est ni philosophe, ni penseur, un raté dont les négations sont « de mince substance au fond de moi et je le sais bien[A 15]. »Il réussit ses humanités, mais pour devenir un professeur médiocre des classes élémentaires, somme toute l'image inversée d'Augustin Méridier. Il devient pourtant l'ami de Félicien Bernier : « il naquit là une amitié, poussée toute seule dans nos parterres intérieurs comme un rosier miraculeux[A 16].»

Antoine Béricourt, affiche soutenant La La Montagne,groupe politique de la Convention nationale dont peut s'inspirer Malègue pour le titre auquel collabore le Sous-Maître qui sous ce nom (La Montagne radicale) n'a jamais existé, mais est bien un journal auvergnat depuis 1919, La Montagne, titre imaginaire auquel travaille le Sous-Maître ayant quitté l'enseignement.

Tout au long des chapitres de cette quatrième partie, la figure de celui-ci se précise : sa franche amitié avec le narrateur, son don de deviner les âmes, son cœur fraternel, sa recherche à la fois douloureuse et sereine de la volonté de Dieu qui le mènera au martyre. Le hasard d'un retour de Paul Vaton à la maison de ses parents durant les vacances de Pâques —des Pâques exceptionnellement froides et neigeuses—fait que lui-même, en compagnie de son père, de Félicien et d'Henriette, la fille de Monsieur Le Maître, se retrouvent dans le traîneau qui ramène le corps de l'instituteur de Bressondeix à Peyrenère. Ce qui nous vaut la description de cette étrange équipée, un peu irréelle, nocturne, durant laquelle à travers des détails infimes, Malègue à travers la voix de P. Vaton poursuit le portrait de Félicien Bernier, récitant son chapelet, attentif à la souffrance physique et morale d'Henriette. Interne au lycée d'Aurillac, Vaton reçoit un jour la visite de l'ancien Sous-Maître qui va devenir pour lui un correspondant, c'est-à-dire une personne qui lui permettra de sortir du pensionnat lors des dimanches.On apprend ainsi que le Sous-Maître a quitté l'enseignement, est devenu journaliste à La Montagne Radicale et on pressent son ascension sociale. Surtout peut-être, Paul Vaton. Le narrateur-héros du premier livre de Pierres noires va se lier d'amitié avec un surveillant du lycée, M. Ragougnoux.

Avec Monsieur Ragougnoux

Un jour qu'ils se promènent dans la cour du lycée, Ragougnoux met en cause l'administration de l'éducation nationale qui croit que cette cour et celle d'autres lycées serait « l'équivalent des terrains de jeux, des tennis, des lieux d'ombrage et de plein air qu'on connaît ailleurs qu'en France ».Paul Vaton lui confie alors sa vague aspiration vers quelque chose de plus heureux, ce qui entraîne le surveillant, seul dans la vie, à avouer qu'il a connu des espoirs aussi puis qu'il s'est résigné au fait que toute vie manque de sens. Il en arrive à se poser la question de savoir ce qu'il demeure de christianisme « après Renan[A 17]? »

Henri de Toulouse-Lautrec,
Salon de la rue des Moulins, 1894,
musée Toulouse-Lautrec.

Il est désespérément amoureux d'une belle servante de café qui se moque de lui. Il va jouer à la manille dans cet établissement, il évoque devant elle, les patrons du café, Paul Vaton et Jacques Richelet (l'ancien Sous-Maître), des idées philosophiques.

Il cherche ainsi, dit Malègue, à montrer que malgré sa dégradation d'intellectuel pauvre, demeure en lui « quelque chose comme le dernier gilet du vieux beau[A 18]. » Lorsqu'il surprend un jour P.Vaton sortant d'une maison close, se départissant de son rôle de surveillant, il lui reproche d'avoir ajouté à « une grande honte sociale » sa « petite complicité personnelle[A 19].»

Finalement, ce solitaire tente de se suicider en se tirant une balle de revolver dans la tête et se rate. À l'hôpital, il réclame Paul Vaton. Comme la jeune religieuse interroge Vaton sur la possibilité d'une rencontre avec l'aumônier (craignant de l'influencer), celui-ci répond qu'il est incroyant tout en estimant qu'il n'est pas hostile. Le médecin sait que Ragougnoux a publié chez Alcan L'Utilisation du pessimisme et estime que le patient va complètement changer à cause de la perspective de la mort. L'aumônier, au contraire, estime devant le malade que Dieu, pour sauver la liberté humaine, sachant les hommes noyés dans les inquiétudes propres aux classes moyennes du salut (une des premières mentions de cette notion) « ne les prend qu'en restant dans le cycle même de leurs inquiétudes[A 20].»

Prise de la Bastille le Pour Malègue, en cassabt les cadres dans lesquels la foi se conservait mais aussi s'altérait, le caractère anti-religieux de la Révolution joue un rôle providentiel

La Révolution : la Révolution française, symbole de la déchristianisation, est providentielle

Cette partie plus courte est en fait le récit d'un emprisonnement durant la Révolution française d'un ancêtre d'André Plazenat que celui-ci demande à Paul Vaton de copier. Cette relation est une façon pour Malègue de faire parler un abbé des temps révolutionnaires sur sa notion de classes moyennes. Cette nouvelle a été écrite, au départ, séparément, mais s'insère parfaitement dans la trame du roman.

Malègue y montre, selon Léon Émery, que ce que l'adversité individuelle a permis à Augustin Méridier de comprendre grâce à Largilier et à Christine, il faut, pour une société, une classe, les bouleversements « qu'apportent les grandes crises historiques[21]. »

L'abbé en question, l'abbé Le Hennin, attend d'être fusillé dans une horrible prison-écurie en 1793 et confie à l'ancêtre de Plazenat son analyse de la Révolution : pour José Fontaine, « À travers ce personnage, c'est le Durkheim—relu par Bergson dans Les Deux Sources– qui prend la parole. Selon l'abbé Le Hennin, l'immense déterminisme social ronge la part transcendante et libre de tout engagement religieux. Ses carapaces protectrices sont aussi destructrices de toute authenticité dans la foi[22]. »

Émile Durkheim vers 1917. Durkheim est l'adversaire de Bergson. Mais Malègue retient de Durkheim les rigidités déterministes des sociétés, notamment religieuses, dans lesquelles elles s'établissent, cependant parfois trop, édulcorant la foi qui dégénère alors en religion statique. C'sst la religion des Classes moyennes du Salut.

Ce déterminisme social exerce une pression conformiste sur les chrétiens, de sorte que l'abbé Le Hennin considère la Révolution comme providentielle, « car elle permet à tous les supports politiques et sociologiques de ce conformisme religieux de s'effondrer; elle offre ainsi aux collectivités comme aux individus, la grâce de s'arracher à ce conformisme pour vivre la foi authentique […] celle de la vie mystique qui, jusqu'à la mort, engage le « je » irréductible à renouer avec le « je » de Jésus par-delà [les] démarches suivistes[22]. »

José Fontaine estime également que la « déchristianisation, directe, forcée [de la Révolution], annonçait la loi de séparation de l'Église et de l'État » et que, toujours aussi providentielle, « La déchristianisation actuelle, c'est la Révolution française de l'abbé Le Hennin[22]. »

Cinquième Partie : De sa tige détachée

Cette cinquième partie débute par une « grande soirée » chez les Rosnoën dont la fille Armelle doit se marier avec Maurice Guyot Lavaline, réception à laquelle assistent Paul Vaton et ses parents. Cette entrée en matière annonce les deux grands drames qui vont se produire au cœur de cette partie (impliquant Maurice et Armelle d'une part, puis, d'autre part, le comte de Brugnes) et le drame ultérieur qui serait le sujet du Livre deuxième (l'amour entre Jacqueline de Brugnes et son autre cousin issu de cousins, André Plazenat).

Vaton a déjà observé la manière dont ils se parlent, très décontractée n'annonçant rien comme une liaison possible (qui n'interviendra d'ailleurs que bien plus tard) : « Ces deux-là semblaient si bien destinés l'un à l'autre, elle savait si bien le rejoindre partout où il se trouvait, tous les deux ignorant les autres avec une douce indifférence! Eussé-je entendu une fois par hasard, je n'aurais probablement surpris entre eux que des riens, des tons de phrases intimes, des allusions, des courts sourires, des mots bourrés de choses leur appartenant en commun[A 21].» Et il les revoit partageant cette même complicité un instant.

Jeune femme chantant. « Le pathétique du réel et du désir, du cœur et du temps »

Mariage raté de Monsieur Maurice Guyot-Lavaline

Maurice Guyot-Lavaline et Armelle de Rosnoën sont aussi de lointains cousins et il y a promesse de mariage entre eux deux. Les parents de Paul Vaton évaluent l'intérêt financier pour Armelle, petite-nièce de Mademoiselle Adélaïde Guyot-Chaudezolles dont elle va hériter la grande maison" dite Chaudezolles qui sera achetée par la mairie en vue de la construction d'une grande école publique.

En Maurice, dit Paul Vaton, « Je voyais un de ces visages de bons garçons plissotés, faciles et familiers, de cette vieille bourgeoisie de « républicains modérés », de cette bourgeoisie d'ancienne fortune, tant vus plus tard lors des poignées de main des élections[A 22].»

La signature du registre (Edmund Blair Leighton (1853-1922)

Le même Paul Vaton (toujours narrateur du Livre premier), associe Jacqueline de Brugnes et Armelle de Rosnoën dans ses amours imaginaires. Elles sont rêvées et fuies comme il l'avoue lui-même en son for intérieur « par goût des choses tristes et des bonheurs renoncés[A 23]. », lorsque lors d'un déjeuner avec leurs familles, son père lui demande s'il a salué les deux jeunes femmes.

Cette fuite dont la cause est évidemment la différence sociale, crée entre les deux jeunes femmes et Vaton « un fossé infranchissable[23]. »

Plus tard on demande à Armelle qui chante merveilleusement de montrer son talent, mais elle pose la question à ses admirateurs de cette façon « Alors vous voulez vraiment que je chante? »

Ce qui provoque la réflexion du narrateur à propos de son fiancé : « M.Maurice Guyot-Lavaline la buvait d'un ardent et tremblant regard. Comment ne remarquait-il pas que lorsque Armelle parlait, interrogeait, se moquait, c'était toujours à « vous » qu'elle s'adressait, au groupe gracieux dont elle-même faisait partie en une commode conversation collective, mais jamais à son fiancé[A 24]?»

Il ajoute quand sa voix admirable s'élève en un chant triste : « Qu'est-ce que pleurait Armelle? Un regret général et le dégoût du présent proposé ou bien quelque projet de bonheur précis et impossible[A 25]?» Paul Vaton décrit aussi Armelle rencontrée lors des courses en vue du mariage, quelque temps après la mort de sa grand-tante : « Armelle n'avait jamais été plus jolie. Sur sa toilette noire, sa chevelure châtain gardait la caresse d'une douce surface corporelle, une tendresse enfantine, étonnée de ce deuil, désaccordée d'avec lui, comme ces enfants qu'on n'a pas avertis d'être tristes et qui ne savent pas[A 22].» Après la cérémonie du mariage, les invités à la noce (qui a lieu en période de deuil), ne prennent qu'un lunch suivi du café et des liqueurs bus par la noce pendant qu'Armelle de Rosnoën va se changer.

Mais elle ne revient pas. Maurice Guoyt Lavaline et sa belle-mère montent à sa chambre pour y constater que la robe de mariée est étendue sur son lit et qu'elle a disparu. Elle a pris une voiture stationnant devant la maison Chaudezolles et s'est enfuie.

Son tout nouveau mari tente de sauver la face en expliquant aux témoins qu'une course urgente l'a appelée. Il se rend par le même moyen à la l'hôtel sur la route vers Bressondeix où il continue à crâner, faisant semblant de s'intéresser au fait de savoir si Armelle y a pu prendre la diligence et qu'elle ait pu ainsi avoir son train[A 26].

Il continue à crâner, faisant semblant de vaquer à une affaire dans le voisinage, mais oubliant de boire le café qu'il a commandé. Sa désormais belle-mère, plus que désolée, se sentant responsable de la conduite de sa fille l'invite à loger chez elle. Mais il veut voir la chambre de celle qu'il vient d'épouser et la servante de madame de Rosnoën, amie de madame Vaton, observe qu'il s'écroule.

Le Suicidé.

Consolé ensuite par sa belle-mère : « Agenouillé à deux genoux contre le lit, les bras sur la robe blanche d'Armelle, Maurice pleurait à grands sanglots. Le bout de sa chaussure tapait sur le parquet de petits coups d'un rythme uniforme qui faisaient sur la descente de lit le bruit d'un marteau assourdi. Cathien ne put d'abord apercevoir ce que sa main appuyait contre son visage : un morceau de la robe blanche d'Armelle, mais aussi quelque chose d'autre. Elle finit par distinguer entre ses doigts un mince peigne d'ivoire pris à la toilette, et sur ce peigne un pinceau de cheveux d'un châtain blond, ironique, indifférent et mort à travers lequel respiraient ses lèvres[A 27].»

Suicide du comte de Brugnes

Le comte de Brugnes s'est ruiné au jeu et s'est suicidé. Même si sa femme eût été en droit de garder le château et toute une autre série de biens en raison de son contrat de mariage, sa fille Jacqueline estime que l'honneur dicte que soient remboursées intégralement les sommes que tant de paysans ont confiées à son père et dont il se servait pour sa passion.

Le château sera racheté par le maire Labeyssière (de la classe sociale qui évince celle des notables). Réunis dans le jardin des Plazenat, André, son épouse, Jean-Paul Vaton, son père, un sénateur contemplent la vieille ville en contrebas qui dégage « l'intemporalité de l'art et de la mort… ».

Il y a aussi le chanoine Bernier, l'oncle de Félicien qui ne partage pas leur nostalgie et est l'interprète de la pensée de Malègue[24].

André Plazenat émet ces réflexions désabusées que Lebrec met en exergue :

La ville basse de Saint-Flour vue de la ville haute et du piton basaltique dont parle André Plazenat, cette « butte noire de vieille ville forte. Quand M.Labeyssèreaura finie de l'eventrer... »

« Ce piton basaltique se vide, tout cette butte noire de vieille ville forte. Quand M.Labeyssère aura fini de l'éventrer… Ses habitants descendent au bas de la côte, y prennent un esprit radical-socialiste, pensent en groupes, en cadres, en des idées spontanées et si faciles, toutes prêtes pour eux, comme un vêtement de confection. Outre la partie collective de leur âme, il n'y a guère en eux, dans les plis de leur moi individuel, que des appétits. Que tout cela est déterminé et que tout cela est simple! La force collective est à peu près irrésistible. Un moine ou un curé de la Révolution, il n'avait point d'autre raison pour défroquer que parce que tout le monde le faisait autour de lui[A 28]. »

Tendresse des saints

Comme dans Augustin ou Le Maître est là, les dernières pages de cette première partie de Pierres noires, évoquent une scène dont Félicien Bernier, le saint et ami de Jean-Paul Vaton, et Jacqueline de Brugnes, meurtrie par la mort de son père, par l'amour que ne lui donnera pas André Plazenat (et qu'il lui devait sans doute), maintenant que sa famille est ruinée, —et ainsi « de sa tige détachée », car la ruine de son père la déclasse profondément—, sont les protagonistes.

« Ni auréole, ni miracle pour ce saint. Seuls ces yeux dans les yeux d’une femme et d’un homme, redevenus « enfants » selon l’Évangile, pleins l’un pour l’autre d’un insolite feu[25]. » Main dans la main.

« Félicien prit sa main et la maintint quelques secondes ensevelie dans la sienne en une franchise si simple tandis qu'il lui souriait lui aussi avec amitié, candeur et rectitude comme un compagnon fraternel. Je[N 1] me pris à l'imaginer ainsi passagèrement secourable aux malades qu'il véhiculait à Lourdes, pendant quelques minutes seulement. Si différent de cette caresse des yeux, de ces flatteries mondaines, de cette cour délicate et légère dont André Plazenat n'avait pas été exempt pour elle, ce regard de Félicien prenait tout naturellement le droit de plonger plus profond que sa beauté jusqu'au cœur de l'épreuve, jusqu'à l'exacte intelligence de sa souffrance pour y faire luire je ne sais quelle possibilité ultérieure, encore plus lointaine, d'un bonheur compensateur et miséricordieux. Bien entendu ce regard-là elle ne l'eût supporté d'aucun autre. Peut-être avais-je là devant les yeux un cas particulier, un exemple extraordinaire de la tendresse des saints[A 29].»

Moeller met en exergue cet[26], « exemple extraordinaire de la tendresse des saints. »

Livre deuxième : Le désir d'un soir parfait

L'action reprend dix ans après le Livre premier. Le centre d'intérêt se déplace de Paul Vaton vers André Plazenat et, dans la version inachevée que nous avons du roman, sur l'amour entre André Plazenat et sa petite cousine, la belle Jacqueline de Brugnes que l'on retrouve travaillant comme institutrice pauvre avec des religieuses laïcisées.

François-Xavier Alix, inspiré par René Girard, estime que le titre de ce livre explicite, au-delà des rivalités entre hommes autour du même objet, d'abord animées par le seul besoin, le désir naissant ensuite « qui fait passer de l'avoir à l'être […qui] se nourrit de l'imaginaire et s'inscrit dans le temps […] C'est être bien, c'est être mieux qui est recherché, c'est s'installer durablement dans le mieux-être qui apaiserait l'inquiétude. L'homme entre dans une quête sans fin. Toutes les générations qui se succéderont […] seront animées par « le désir d'un soir parfait », pour reprendre l'image de Joseph Malègue qui suggère magnifiquement la soif inextinguible du bonheur, la projection vers l'avenir et la mise entre parenthèses de l'inachèvement obligé que tous ont en partage[27]. »

Jacqueline de Brugnes et André Plazenat

(Automobile anglaise de 1910).« - Réfléchissez, André (…) - Nous nous aimons… (…) depuis longtemps. (…) Elle reprit, sans une hésitation : - Depuis toujours. »

André Plazenat a épousé une riche héritière (fortune et nom), Henriette Giraud de Castéran. Entre 1903 et 1913, il est député du Cantal. Quand le récit reprend, il devient sous-secrétaire d'État aux finances.En 1913, toujours dans la version publiée, nous le voyons mener campagne pour être élu conseiller général. Jacqueline a été amenée par hasard à remplacer l'institutrice de Béatrice, fille d'André et Henriette, sans qu'André Plazenat le sache au départ. Nous apprenons tout ceci par son épouse. Dans le chapitre III de ce Livre II, Le Déjeuner, André Plazenat, de retour de Paris, fait connaître à son épouse, qui donne à l'institutrice de sa fille du « Chère Mademoiselle », sa parenté avec Jacqueline : « Chère Mademoiselle? Je suppose Henriette que vous n'appelez pas votre cousine Mademoiselle[A 30]?» Lors du déjeuner quelque peu solennel avec trois notables locaux, proches du sous-secrétaire d'État A.Plazenat, celui-ci évoque des souvenirs communs à lui et à Jacqueline dont le monde intérieur fait songer à celui d'Augustin face à Anne de Préfailles (mais en infiniment plus désespéré) : « Elle (…) cria en elle, dans un grand silence, subit intérieur et inviolable : « Oh! André, André, André! »[A 31]… »

Un réunion électorale à Paris en 1869. Bois gravé de Jules Férat

Jacqueline de Brugnes en son monde intérieur ressemble de fait à Augustin Méridier prétend Lebrec. La chose se renouvelle lorsque André Plazenat la conduit en voiture à une réunion électorale, un soir d'été. Ils sont un moment seuls, avant de prendre en passant le régisseur : « La campagne brunissait. des abois de chiens lointains qui peuplent les bords de nuit ; une odeur lourde et pure, tachée de fumiers momentanés. Jacqueline restait silencieuse. - O André d'autrefois! fit-elle brusquement d'une demi-voix passionnée[A 32].»

Au retour, André Plazenat donne à sa compagne de voyage du « Lilette », petit nom d'amitié, des jeux d'autrefois, qu'il lui donnait jadis si naturellement, « c'était la première fois qu'il montait sur ses lèvres[A 33].» Au début du chapitre VI du Livre II, on apprend que la personne qu'a remplacée Jacqueline revient. L'épouse d'André le lui annonce, sans susciter chez lui de réaction ce qui amène sa femme à lui objecter Jacqueline: « Jacqueline? fit-il, les sourcils levés. mais voyons! C'est tout autre chose! Il n'y a aucun rapport! Sa main gonflait la poche de son veston du matin. Et ce fut tout. Exactement tout[A 34].»

Thomas Rowlanson Une scène de lit de mort

C'est lorsque l'on annonce que la mère d'André Plazenat est au plus mal que les choses vont se nouer. Madame Plazenat part en avant vers Peyrenère. André et Jacqueline la suivent. Le chauffeur est à l'avant, séparé d'eux. Dans la conduite intérieure, ils vivent cet échange décisif : « - Voulez-vous me laisser réfléchir pour nous deux! - Réfléchissez, André, dit-elle d'un ton de voix qui avait l'air de sourire. - Nous nous aimons… Et il sembla écouter ce retard aux débuts des phrases, cette mesure pour rien, cette marge de secret devant le premier mot.- Nous nous aimons - … depuis longtemps. (…) Elle reprit, sans une hésitation : - Depuis toujours[A 35].» Il ne faut cependant pas envisager une Jacqueline d'un enthousiasme sans réserve face à l'amour d'André. Malègue relate d'elle, quelques lignes plus loin que le passage qui vient d'être cité, son monologue intérieur après l'aveu dans l'automobile : « C'est sans issue. Ça durera ce que ça durera. Qu'est-ce que cela me fait[A 36]?» C'est en raison de la ruine et du suicide de son père qu'André n'a pas choisi Jacqueline comme épouse, elle était du fait de son revers de fortune, pour un homme comme André PLazenat, « inépousable », estime Jacques Madaule[28].

Mgr de la Tour d'Auvergne, petit-neveu du Baron B., présida à ses funérailles, sous une belle mitre de deuil blanc, d'où sortait un nez magnifique : le nez du baron, mais aminci, modelé, disséqué, impérieusement ascétique et rendu propre à un usage épiscopal.»

Il semble bien que Malègue aurait fait mourir Jacqueline à trente-six ans en mettant au monde l'enfant né de sa liaison avec André (qui lui-même aurait quitté le domicile de son épouse) Jacqueline aurait bien compris bien avant qu'André Plazenat était « un inquiet, un insatisfait, un traversé de rêves incessants, que sa carrière politique ne fut que l'un d'eux, qu'elle n'est qu'un incident dans une vie traversée de désirs[29].»

Pour Jean Lebrec, André Plazenat est le héros visé par le titre du Livre deuxième, il est « un vain chercheur de soir parfait[30].» Pour Léon Émery « sa courbe morale est celle d'une descente continue[31]. »

Henriette Giraud de Castéran, épouse d'André Plazenat

L'arrière-arrière-grand-mère d'Henriette est la fille d'un acheteur de biens nationaux à la Révolution : les bâtiments et les biens-fonds de l'abbaye de Bourzac, à quelque distance de Peyrenère, augmentant ainsi considérablement sa fortune déjà appréciable. Cette jeune femme épouse un certain Frédéric Parent, son petit-cousin et le neveu du «Baron B.», préfet du département vers 1812, devenant ainsi Madame Parent de Castéran[A 37].

Malgré l'origine de la fortune de son épouse, lorsque M. Parent de Castéran meurt, « Mgr de la Tour d'Auvergne, petit-neveu du Baron B., présida à ses funérailles, sous une belle mitre de deuil blanc, d'où sortait un nez magnifique : le nez du baron, mais aminci, modelé, disséqué, impérieusement ascétique et rendu propre à un usage épiscopal[A 38].»

Wilhelm von Gloeden 1856-1931, Jalousie . Elle existe entre Jacqueline et Henrette mais mais en « des moments anonymes et tragiques »

Elle rencontre André Plazenat lors d'une conférence de celui-ci à Bourzac. Henriette est attirée par la vie religieuse et a scrupule à se marier. On retrouve à diverses reprises chez elle une authentique aspiration à la sainteté. Elle va trouver l'archiprêtre qui la débarrasse de ses scrupules, tout à la fois en se mettant au point de vue de la sainteté qui est la sienne et au plan des « classes moyennes du Salut », car il a assisté à la conférence d'André Plazenat.

Il trouve donc aussi que c'est « bien », mais d'un « « bien » humain, d'un bien séculier, d'un bien de convenance, de rang, d'assiette familiale, sociale et mondaine ». Et cela parce que ce prêtre authentiquement saint pouvait aussi se placer fraternellement et humblement « à la hauteur de ses paroissiens avec une simplicité spontanée, afin de voir comme eux leurs intérêts et leurs calculs au plus proche niveau où ils étaient visibles[A 39]… »

Dès les fiançailles, Henriette pressent que leur union ne sera pas totale. Quinze jours après les fiançailles, lorsqu'il sortent de la messe, Malègue fait également entendre les papotages de jeunes filles qui sont des connaissances d'Henriette et dont l'une la juge peu changée, mais « Peut-être un peu plus godiche que d'habitude… pauvre Henriette! Gentiment godiche[A 40]… »

Lorsque Jacqueline paraît, Henriette pressent assez vite quel lien pourrait se nouer entre elle et son mari. Elle admire la beauté de sa future rivale. C'est à travers elle d'abord que Malègue raconte le drame qui va se jouer et Henriette doit avouer que sa rivale « est plus belle, plus séduisante et plus adroite »[32].

Quand cette rivale demeure chez les Plazenat, malgré le retour de l'institutrice, Mademoiselle Mathilde qu'elle a remplacée, Henriette veut lui donner les gages qu'elle lui doit. Elle sent monter une amitié pour elle, car elle devine Jacqueline malheureuse. Celle-ci refuse les gages qu'on lui doit parce que, répond-elle, André a placé pour elle des économies.

Malègue note que cette mention d'André était une façon d'opposer André à Henriette et commente : « Jamais Jacqueline (…) n'avait osé évoquer en sa présence une activité d'André distincte de celle de sa femme et presque opposer André à Henriette. Ou même l'avait-elle osé? et cette opposition ne s'était-elle pas trouvée toute seule formulée sur ses lèvres? par les circonstances mêmes, ce qui était plus grave encore? Entre certains êtres depuis longtemps évolués à la vie civilisée, tout se passe en des silences, loin des cris et même des mots, et les émotions cheminent seules dans ces consciences closes, se nourrissent dans ce clair-obscur[A 41]… »

Il remarque encore au même endroit qu'aucune des deux femmes ne sent les derniers moments de cette scène comme différents de ceux qui les avaient tout juste précédés alors que c'étaient des moments « anonymes et tragiques ». De fait André Plazenat fera de Jacqueline sa maîtresse et quittera le domicile conjugal, mais ce dénouement, comme la mort de Jacqueline au moment de mettre au monde leur enfant adultérin (ou de se suicider), nous ne le savons que par les projets de l'écrivain que le volume de Pierres noires nous fait connaître et dont Jean Lebrec rend compte.

Jean-Paul Vaton, Félicien Bernier, Jacques Richelet

Sur la base de l' Appendice à Pierres noires intitulé Schémas, nous pouvons un peu plus que deviner quel aurait été le destin, dans le reste du roman, des autres héros. Leurs destinées auraient été racontées dans des chapitres intercalés entre les chapitres consacrés à André Plazenat et Jacqueline.

Par ailleurs nous savons, grâce à Augustin ou Le Maître est là, quelle a été la vie de bohème parisienne mené par Jean-Paul Vaton, le sentiment de son ratage à 22 ans quand il est refusé à la licence. Le premier roman de Malègue met aussi en scène Félicien Bernier passant une seule année de préparation à l'École Normale Supérieure et décidé après celle-ci de ne pas recommencer cette préparation.

Aristide Briand et Paul Painlevé à la une du magazine Time le .

Sa vocation se serait précisée, plus exactement la forme qu'il fallait lui donner (puisque nous savons que dans l'ignorance de ce que Dieu veut pour lui, Félicien hésite entre devenir prêtre diocésain en France ou missionnaire en Chine). Quant à Jacques Richelet, le Sous-Maître, on l'a déjà retrouvé à la fin du Livre premier dans sa nouvelle profession de journaliste.

Dans ce livre, il connaît une ascension politique foudroyante et devient Président du Conseil. Jean Lebrec note aussi d'après ces schémas : « Enfin, Jean-Paul, André, Jacqueline, et bien des comparses autour d'eux, tous issus de ce même coin d'Auvergne, auraient eu souvent l'écho, comme un appel ou un reproche, de la montée spirituelle de l'un des leurs, Félicien Bernier, au-delà de leur classe moyenne du salut, au-delà de leur trop grand appétit terrestre[30].»

Livre III : Entre le pont et l'eau

Représentation des supplices infligés aux martyrs chrétuens en Chine Bibliothèque nationale de France

De ce Livre, nous ne savons pratiquement rien. Quelques pages seulement ont été écrites, mais nous avons les fameux Schémas de l' Appendice, de même que des documents nouveaux auxquels Jean Lebrec a eu accès.

Nous avons aussi dans l'édition de 1958 de Pierres noires le Plan du livre III. Le sens du titre serait, selon Jean Lebrec, le mot du curé d'Ars à une femme dont le mari s'était suicidé du haut d'un pont, lui disant « que le temps ne compte pas pour l'éternité, qu'il suffit peut-être d'une minute d'abandon à Dieu pour l'engager tout entière[30].»

Mort d'André Plazenat et de Jacques Richelet. De nouveaux saints

Nous sommes en 1936. Le fils de Jacqueline et d'André Plazenat (que celui-ci n'a pas reconnu), tuerait, à l'âge de 17 ans, l'ancien Sous-Maître, Jacques Richelet, lors d'une scène de débauche. Le personnage a été ambassadeur, Président du Conseil et la police aurait étouffé l'affaire vu les circonstances de cette mort.

André Plazenat aurait dirigé les débats d'une affaire d'Assises où son fils renié était à juger et il l'aurait sauvé, une situation dont parle Jean Lebrec, sans doute sur la base de documents inédits et dont il dit qu'elle se rapproche de celle de Neklioudov lors du procès de Katioucha dans Résurrection de Léon Tolstoï. André rentre au domicile conjugal, tout en parlant de divorce. Il entretient une maîtresse.

Il rencontre de graves échecs sur le plan politique et « après de vains efforts, malgré toute sa technique intelligente régulièrement repoussé par le régime », il meurt « de la mort intellectuelle de Tardieu[A 42].» Il meurt soigné jusqu'au bout avec dévouement par sa femme Henriette.

Nuit de Pâques 2010 dans la cathédtale cathlique de Xikai

Face à ces enlisements des classes moyennes du salut, surgissent, comme depuis le début du roman (avec Monsieur Le Maître, Francine, Ragougnoux), des saints : Béatrice, fille des époux Plazenat, devient servante des pauvres ; Henriette la fille de Monsieur Le Maître Genestoux serait décédée à Lourdes en étant toute offrande malgré sa maladie.

Le martyre de Félicien Bernier sauve le petit troupeau de Pierres noires

Quant à Félicien Bernier, comme on l'évoque vaguement dans Augustin ou Le Maître est là, il meurt martyr en Chine. Son exemple aurait suscité de nombreuses transformations dans le troupeau de ses amis « qui forment les classes moyennes du salut (…) tendus à la fois vers le monde et vers Dieu, davantage livrés à leur égoïsme que tournés vers le ciel. Plus que ses paroles, l'exemple de Félicien aurait provoqué des conversions[33].»À ce sujet, Malègue donne des indications précieuses.

« Récit pieusard et cotonneux du martyre, du R.P. X.… lu dans son journal par le raté (Paul Vaton) qui comprend qu'il n'y a là que l'ombre et l'écorce du phénomène. Le phénomène total, c'est la longue préparation intérieure, l'audace du martyre. C'est la longue familiarité (que seule rendit possible la hardiesse d'amour) avec l'épouvantable grandeur de Dieu - phénomène préalable, reconstitution de l'âme sur ce plan-là; a pris la tremblante et ferme volonté et la sueur froide de l'acceptation du martyre, pendant la nuit qui a précédé la chose, et même à ce moment les craintes d'avoir de l'orgueil, mais écrasées et domptées par une haute technique de vingt années d'humilité. Nous ne sommes rien que stupeur éperdue d'avoir été élu par l'effrayante grandeur de Dieu. Le récit de cette nuit. Utiliser ici les lettres de description de Chine (de style décoloré et familier comme des objets de ménage) que le raté a dû recevoir de son ami missionnaire[A 43].»

Tentation dans la lande de Carnac

Un moine perdu dans la lande de Carnac tenté dans sa foi face à l'immensité de l'histoire humaine : le récit de cette scène grandiose vient en aide à Félicien Bernier

Cette scène devait être une scène centrale. Elle est du même type que la nouvelle insérée dans le Livre premier où parle l'abbé Le Hennin et destinée, elle aussi, à faire sentir la solidarité mystique unissant les privilégiés de la sainteté et les tièdes enlisés dans l'amour du monde.

Jean Lebrec pense qu'elle aurait joué un rôle analogue au récit dans le récit qu'est Le Grand Inquisiteur de Dostoïevski dans Les Frères Karamazov. Un moine de l'une des deux abbayes bretonnes proches des alignements de Carnac se serait attardé dans la lande et aurait été éprouvé dans sa foi sur le rayonnement du Saint par excellence, le Christ.

Il cite des documents inédits où Malègue trace le plan de cette scène : « Scène inspirée du Grand Inquisiteur. Idée : l'immensité de l'histoire humaine où le Dieu des Chrétiens n'était pas, - l'immensité de géographie humaine où il n'est pas encore. Sombres époques (Celtes, Ligures, barbares de tout nom), ou brillantes époques (Ninive, Babylone, Égypte, etc. Toute solution au problème du salut de tous ces hommes est contradictoire avec l'idée d'une Incarnation, dans le temps, car datée, laissant hors d'elle tout ce qui est antérieur à cette date privilégiée. Réponse : les générations antérieures sont sauvables et sauvées par la Loi des classes moyennes de la sainteté. Les classes extrêmes de la sainteté relèvent de la Loi de l'Incarnation objectivement. Peut-être y a-t-il des Saints dans le bouddhisme, etc. Il y en a certainement dans le judaïsme. Il faut donc admettre que l'Incarnation est précédée, comme dans le judaïsme et peut-être dans le bouddhisme, etc. d'une aurore d'Incarnation, autrement dit : qu'elle transcende le temps[34].»

Jean Lebrec ajoute que l'aventure de ce moine aurait sans doute été rapportée à l'un des personnages en difficulté du roman, peut-être à Félicien lui-même.

Personnages principaux

Le seul personnages qui joue un rôle dans les Livres I , II et III c'est André Plazenat. Jean Paul Vaton et Félicien Bernier ne sont pas présents dans le Livre II mais bien dans le livre III (serait-ce seulement sur la base des notes éditées de Malègue). Ils sont essentiels à la structure narrative de la trilogie dans la mesure où ce duo amical Jean-Paul Vaton (religion statique) et Félicien Bernier (religion dynmique), incarnent le cœur de l'intrigue tant charnelle que spirituelle [35].Jacqueline de Brugnes devait mourir au Livre II et c'est face à elle que se révèle de manière infiniment discrète, presque secrète, la sainteté de Félicien au Livre I. Armelle de Rosnoën, Monsieur le Maître Genestoux et Monsieur Ragougnoux ne se trouvent que dans le Livre I mais ils le structurent en profondeur. Henriette Giraud de Castéran est présente dans le Livre II et le Livre III.

Jean-Paul Vaton

Albert de Broglie (prséidebt du conseil), Patrice de Mac-Mahon (président de la République) Henri d'Artois (prétendant au trône) en rois mages guidés par une étole en forme de couronne L'Éclipse du L'esprit du chant « Dieu de Clémence, ô Dieu vainqueur, SAUVEZ, SAUVEZ LA FRANCE – AU NOM DU SACRÊ-CŒUR ; SAUVEZ, SAUVEZ, SAUVEZ LA FRANCE- AU NOM DU SACRÉ-CŒUT... »

« Personnage épisodique d' Augustin, l'indolent Vévé a manqué sa vie parce que veule, irrésolu et imaginatif. On sait qu'il a retrouvé, avec la foi, la paix intérieure et plus de fermeté morale[36], », estime Jean Lebrec. Á partir de ses souvenirs « Jean-Paul Vaton [...] à l’âge mûr, raconte sa vie (Livre I de Pierres noires)[37]. » « Rappelons la scène emblématique du début de Pierres noires où Jean-Paul Vaton traverse les charreyres auvergnates sur la voiture paysanne de son père et, parmi l’odeur de rosée nocturne, de foin et de pet de cheval, reconnaît[38]: » « d’un tournant à l’autre, deux aspects parents d’une même réalité surhumaine : le froid du soir à l’âme écrasante de l’espace[A 44]. » C'est le narrateur (narrateur et en même temps personnage, narrateur-héros) du livre premier [39], Les Hommes couleur du temps et de la plus importante partie de la trilogie telle que nous l'avons.

« Malègue-Vaton[40], » écrit Madaule ; Paul Vaton est « le prête-nom de Malègue[41], » estime Émery. Dans ses notes manuscrites « Malègue écrivait toujours à la première personne, quand il pensait à Jean-Paul[42], » croit Lebrec. Pour le jeune Jean-Paul Vaton, le milieu de la grande bourgeoisie de Peyrenère-le-Vieil, celui des Vodable de Brugnes, des Lavaline, des Plazenat et des Guyot-Chaudezolles, est semblable, nous dit Litwinowicz citant Malègue [43] au «paradis terrestre[A 45].»Cette bourgeoisie garde le souvenir nostalgique du Second Empire mélangée à un catholicisme regrettant l'annexion de ce qui était resté des États du pape après la bataille de Catselfidardo comme en témoigne parmi l'assemblée un général qui a commandé les troupes pontificales. Elle A lieu le .

L'armée du pape est défaite et on assiste à la proclamation du royaume d'Italie le . Les États pontificaux se réduisent au Latium puis avec le départ des troupes françaises de Rome avec la chute du Second Empire, ne dispose plus d'aucun territoire. Le gouvernement Albert de Broglie, en 1873, songe à rétablir la monarchie, soutenu par l'Église qui multiplie les pèlerinages où l'on fait chanter en longues processions « Sauvez Rome et la France au nom du Sacré-Cœur ! ». Ce qui entretient ce climat[44].

Pour Zofia Litwinowicz Jean-Paul Vaton, après le premier chant d’Armelle de Rosnoën qui chante ce chant « Sauvez, sauvez la France... », qu'il entend à l'âge de onze ans donne une idée de l'écrivain Malègue.Elle souligne [45]que, pour Malègue, Vaton « comprenai[t] les choses d’une connaissance faite de musique et d’images[A 46] ».ou percevait dans « le vide de la musique deux immobiles ailes d’or[A 47].»

Tmpressionnisme, poésie, politique et sociologie chez Jean-Paul Vaton

Claude Monet Impression, soleil levant la toile qui donne son nom à l'impressionnisme

Zofia Luwinowicz voit en Jean-Paul Va]on une face cachée de Malègue « Comme le Vaton-poète, le Vaton-rêveur, Malègue dissimule au fond de lui le secret d’un trésor qu’éventent certains de ses écrits inédits et les microlectures de son deuxième roman – une sensibilité accrue à la beauté, son intérêt grandissant pour la musique et la peinture, l’émerveillement devant les jeux de lumière et par-dessus tout l’émerveillement plus profond encore devant l’amour humain[46]. »

L'autre face, c'est le réalisme incarné par Augustin Méridier dans le premier roman « Augustin Méridier et Paul Vaton, le réalisme intégral et l’impressionnisme, représentent les deux faces différentes mais complémentaires de sa personnalité d’intellectuel et d’écrivain. »« Ils se nourrissent l’un l’autre, comme sa pensée – très marquée par le catholicisme social, fascinée par la sainteté, le mystère de l’Incarnation, la christologie philosophique blondélienne – se nourrit de son écriture et inversement. Et ils créent l’ incroyablement complexe univers maléguien[46]. »

Lola Artôt de Padilla, une artiste qui fait penser à Armelle de Rosnoën et à son « âme » que saisit Jean-Paul Vaton[2]

Lors du grand déjeuner chez les Plazenat, la famille bourgeoise la plus riche de Peyrenère), qui l'a invité pour le remercier d'avoir servi la messe comme enfant de chœur, Jean-Paul saisit le sens des conversations politiques à la table. IL se rend compte qu'elles sont à l'opposé de celles du Sous-maître Jacques Richelet qu'il a comme instituteur, républicain radical. Il comprend qu'elles sont opposées note Zofia Litwinowicz qui cite la façon dont l'enfant selon Malègue[47] s'exprime cette opposition. Il perçoit que les « contenus » de la conversation sont « à la fois nobles et anciens, pareils à tout le reste de la maison » et comparés à ce qu'il entendait de la part du Sous-maître : « ils me paraissaient très opposés et parents à la fois, comme le rouge et le bleu inverses entrent cependant tous les deux dans la catégorie générale des couleurs vives[A 48].»

Peu de temps avant son mariage (et sa fuite après la cérémonie), Armelle chante à nouveau lors de la réunion annuelle de la bourgeoisie de Peyrenère et Zofia Litwinowicz ne manque pas d'attribuer à Jean-Paul [48] comme Malègue le fait lui-même la manière dont il apprécie ce grand art : « De lentes notes de nacre, solides, dures, rondes, se détachaient je ne savais d’où, je ne savais de quelle mer mystérieuse, et tombaient sur mon cœur. L’admirable voix ne semblait pas naître sur les lèvres d’Armelle mais tout près de nous, mais contre nous, traversant tout l’air intermédiaire comme un rayon ne devient visible qu’aux surfaces où il frappe[A 49]. Pour Fontaine l'âme d'Armelle chantant se révèle et« s’insère au plus profond du récit et le fera rebondir, son chant fait plus que l’annoncer, il l’entame[49]: » la fuite d'Armelle lors de ses noces. Pour Marceau, Jean-Paul comprend peu à peu les incidences sociales sur le christianisme des classes moyennes et[50] et Il sera alors frappé par «la forme collective, encadrée, que tendent à prendre ce que nous croyons les transmissions morales les plus personnelles et les plus intimes[A 50].» C'est la « dialectique de l'individuel et du social[51], rapportée à Durkheim » selon Zofia Litwinowicz. Il a compris de longue date la nature de Félicien et en lisant dans le journal le récit « pieusard » de son martyre, il sent qu' « il n' y a là que l'ombre et l'écorce du phénomène[A 51] »

Félicien Bernier

Raphaël Sanzio Autoportrait avec un ami. « Il m'avait sélectionné pour me regarder en une sorte de confidence ardente avec l'idée que cinq minutes suffisaient pour sceller une amitié pourvu qu'on ait le don de totale offrande qui, visiblement, ne lui avait pas été refusé »

« Félicien est un fils de paysan, ses vêtements paraissent toujours un peu ridicules sur ce corps trop grand. Une souplesse faite de force maîtrisée marque cependant cet être qui ne s'en doute pas. Il respire la rectitude, la totale offrancde[52], » « permettant pour ceux qui entendent ses paroles de s'enfoncer en lui, sans fin sans ombre[A 52].» « Malgré sa force athlétique, il a spontanément des gestes de tendresse[53]. »

Félicien devient l'ami de Jean-Paul lors d'une visite qu'il rend avec son oncle (nouveau curé de Peyrenère), aux parents de Jean-Paul : « Il m’avait sélectionné pour me regarder en une sorte de silencieuse confidence ardente avec l’idée que cinq minutes suffisaient pour sceller une amitié pourvu qu’on eût le don de totale offrande qui visiblement ne lui avait pas été refusé[A 53].»

Zofia Litwinowicz défend dans son livre l'idée d'un Malègue impressionniste. Elle le caractérise par le désir d’accéder aux premières sensations, désir « lié au mythe de l’œil innocent, primitif, « naïf » (pour reformuler l’expression de Monet), celui d’un aveugle qui soudainement retrouverait la vue ou d’un enfant ignorant encore les significations des taches des couleurs qu’il voit. D’où l’accent impressionniste sur l’immédiateté des impressions[54]. »

Et elle fait le lien entre l'impressionnisme et certaines scènes du roman comme celle « entre Félicien et Jacqueline à la gare, le futur martyr regarde la jeune femme déchue [Jacqueline de Brugnes : son père s'est suicidé ayant tout perdu au jeu, elle en est déclassée et perd ses espérances de mariage avec André Plazenat] de cet œil innocent, entourant tout son être de l’amour qui n’est pas éros mais agapè. Il traverse ce qu’est en apparence la « petite princesse déchue» et pénètre l’essence de sa personne, son cœur: une preuve de la « tendresse des saints[A 54] » [55]. »

Cérémonie des remoise des prix du Wiki Loves Art et réception en 2016. Félicien aide Jacqueline de Brugnes à porter ses lourds bagages au train qu'elle prend vers son destin de déclassée. Félicien lui prend la main et plonge son regard en elle pour y caresser son désespoir, elle ne l'aurait accepté de nul autre. Seul endroit où Malègue parle de Félicien comme d'un saint. L'œil innocent de l'impressionnisme s'ouvre ici au spirituel

Malègue ouvre ainsi l'impressionnisme « au plan spirituel, quasi absent de la théorie impressionniste. En ouvrant la sensation- impression sur le plan de l’infini, il crée sa propre version de ce qu’Enzo Caramaschi définit comme l’impressionnisme dans son étude sur l’œuvre des Goncourt[56] » : « Être, pour les choses, c’est provoquer des impressions ; vivre, pour un objet, c’est affecter le sujet : à ce réalisme subjectif et artiste quel autre nom pourrait-on donner sinon celui d’impressionnisme[57]. »

Les mots « tendresse des saints » sont ceux de Jean-Paul Vaton. La phrase complète est entre parenthèses chez Malègue comme suit : « (Peut-être avais-je devant les yeux un cas particulier, un exemple extraordinaire de la tendresse des saonts.) » Moeller souligne les mots exemple extraordinaire de la tendresse des saints [58] et Fontaine que c'est un « cas particulier » puisque la seule fois où Malègue dit que Félicien est un saint. c'est en présence d'une jeune femme qu'il regarde intensément. D'ailleurs, Les spectateurs de la scène se méprennent : « Devant ce duo entre ce haut garçon et cette jeune fille, le premier venu eût pensé à une scène de préfiançailles, aux dialogues d'un amour peut-être encore inavoué[A 55] » Même si tout se passe en public, il n'y a que trois personnes qui saisissent le sens véritable de cette scène : Félicien, Jean Paul et Jacqueline. Malègue a pu dire ainsi l'« indicible[59], » et souligner le « cas particulier » d'un saint que « ni auréole, ni miracle[25] » ne représentent.Le duo Jean-Paul/Félicien illustre l'opposition religion statique/religion dynamique, morale close/morale ouverte [60], rôle central dans le Livre I d'une grande force structurante du récit spirituel. Et de toute la trilogie. Son martyre est le Salut des personnages du roman.

Jacqueline de Brugnes

Winslow Homer La Maîtresse d'école. On peut imaginer la « Directrice » de l'école du viallege où enseigne Jacqueline avec elle et Mademoiselle Terrasse.

Jacqueline de Brugnes est déjà un important personnage du Livre I de Pierres noires. Jean-Paul Vaton la rencontre au goûter des nostalgiques de la bataille de Castelfidardo, alors qu'elle n'est qu'une petite fille Jean-Paul en sera amoureux comme la jeune fille dont Jacqueline sera proche, Armelle de Rosnoën, les deux plus belles femmes du roman. Les relations d'amitié qu'elle entretient avec André Plazenat durant toute sa jeunesse lui donne l'espérance de l'épouser.

Mais le suicide de son père qui souffre de l'addiction au jeu et se ruine, ruine également ses espérances matrimoniales. Nous la retrouvons travaillant comme institutrice avec deux religieuses dont celle toujours nommée La Directrice souvent blessée par la froideur de Jacqueline et « son habitus de classe[61]. » Cette école est financée par la riche héritière Henriette de Castéran qu'André Plazenat a épousée sans doute à cause de l'intérêt qu'il a d'unir deux familles de la riche bourgeoisie. L'institutrice de la fille d'Henriette doit soigner un membre de sa famille durant ses vacances. De sorte qu'Henriette qui finance l'école fait appel à une des institutrices. L'habitus de classe de Jacqueline est tel que ses collègues la désignent pour la tâche en cause.

Femme angoissée. Jacqueline de Brugnes qu'André Plazenat a abandonnée il y a 10 ans malgré leur complicité amicale qui augurait d'un futur mariage et cela parce que le suicide et la ruine de son père la déclassait. Jacqueline retrouve André marié et père d'une petite fille dont le hasard fait qu'elle devient l'institutrice. Zofia Litwinowicz explique comment Malègue raconte ce destin dans les termes de la tragédie grecque. Ces épisodes résumés par Z.Litwinowicz sont suivis de la référence, par nous, à Pierres noires".

Sa descente aux enfers

Jacqueline va cohabiter avec le couple formé par Henriette de Castéran « femme humble et honnête mais ennuyeuse et peu remarquable[62] » et André Plazenat « homme brillant mais blasé et opportuniste[62] », il a d'ailleurs délaissé Jacqueline en raison de son déclassement.

« À côté de Jacqueline – toujours distinguée, raffinée et froidement belle – qui non seulement devient l’institutrice de sa fille, mais aussi l’aide dans ses obligations et occupations de châtelaine et de maîtresse de maison, Henriette s’avère particulièrement banale, maladroite et godiche, d’une « bienveillance générale et un peu sotte[A 56]»[62]. »

La descente aux enfers de Jacqueline de Brugnes est narrée en une série de tableaux à la façon d'un drame antique selon Zofia Liwinowicz.

Voici ces tableaux selon elle (nous donnons après chaque épisode décrit par elle la référence aux éditions de Pierres noires: « le prologue annoncé dans le chapitre I (Jacqueline à l’école du village [où elle enseigne avec deux autres institutrices religieuses laïcisées, la description de sa vie et des relations avec les deux autres] [A 57]), le nœud (la réception de la lettre d’Henriette et la compréhension que ses sentiments envers André n’ont pas changé [A 58]), les troubles (le premier déjeuner après le retour d’André de Paris, où l’« autrefois » devient le chiffre de leur langage secret[A 59]) ; l’épisode de « Lilette » et des deux « chéries » [A 60]  ; l’effleurement des lèvres avec le cigare [A 61] ; la visite des œuvres [A 62], l’acmé (la grande scène de son désarroi après qu’elle reçoit la lettre de Mademoiselle Terrasse« bavardage où il fallait surtout lire l'inexprimé, la tendresse de l'amitié de Mademoiselle Terrasse [...] sa seule amie[A 63]...») et le dénouement (le voyage de Rieutort) . C’est le [dénouement des troubles psychologiques de Jacqueline, correspondant au seul dialogue ouvert entre ces deux êtres qui s’aiment mais qui ont conscience de l’impossibilité de leur amour [63]: »

« – Nous nous aimons... Et il sembla écouter ce retard aux débuts des phrases, cette mesure pour rien, cette marge de secret devant le premier mot. – Nous nous aimons... – ... depuis longtemps. Il hésitait à avancer sur ce terrain-là, mal sûr, brûlant. Mais elle accepta bravement l’audace dans le mot avec une sincérité pure et lointaine, tout le passé repris, renouvelé, réintégré dans leur grave nouvelle âme désenchantée. Elle reprit, sans une hésitation : – Depuis toujours. – Tout le reste est simple[A 64].»

Paul Bourget du temps de sa jeunesse

L'anti-Paul Bourget

Léon Émery considère les souffrances de Jacqueline comme liées au péché et les juge même diaboliques, sentant « le souffre[64]. » Il pense que chez Malègue « sa peinture des cheminements de la passion par défaillance de la volonté , somnolence, hypnose où l'on se complaît, ressemble fort à celui d'une maladie ou d'une langueur; il n'en est aucunement déduit qu'aux yeux de la science et sous la clarté froide de la vérité tout soit également innocent[65]. » Analysant les hésitations de Jacqueline en ce qui concerne ses relations Zofia Litwinowicz, s'sinspirant[66] d'une expression de Camille RiquIer pense qu'elle ne sait plus « vouloir vouloir[67]. » « et se laisse dominer par «une incapacité ou une répugnance à l’action», en termes que Bergson utilise dans « Le Problème de la personnalité » (1914)[66]. » Dans ce texte Bergson estime que lorsqu'il y a une poussée insuffisante vers l'action, il y a une adhérence au présent et une incapacité à s'y frayer une voie.

Mais Malègue tout en représentant étape par étape ce glissement de deux êtres à vouloir malgré tout consommer un amour qu'ils savent impossible « ne sermonne ni ne disserte ; les ténèbres qu’il dépeint, le gouffre inévitable où glissent les héros, sont exprimés avec un réalisme tragique et un psychologisme nuancé ; il n’y a pas de place pour le moralisme à la Bourget[66]. » Litwinowicz ajoute que les allusions à la pensée de la volonté chez Bergson sont quasi imperceptibles. Jacqueline et André deviennent amants. Jacqueline meurt en couches. elle comprend qu'elle n'est pour André « qu'un incident dans une grande vie dévorée de désirs[A 65] »

Armelle de Rosnoën

Camille Métra (1864-1936). Jeune fille coiffant ses cheveux. On peut imaginer ainsi Armelle : « une artiste, une passionnée, une créatrice active, égoïste du monde de rêves »

C'est « une jeune fille de rêve[68], » tranche l'abbé Jean Lebrec. Jean-Paul Vaton fait en quelque sorte sa connaissance en l'entendant chanter à l'église sans cependant au départ savoir que c'est elle qui chante. Il entend une voix « ineffablement pure de toutes les complicités de la terre, elle promenait dans le vide la musique deux immobiles ailes d'or [...] Cette voix, je devais l’entendre assez souvent dans la suite, lorsqu’elle devint célèbre; et je me rends bien compte qu’il n’y eut pas, malgré l’apparence, autant de différence qu’on pourrait croire entre les analyses enchantées que j’en pus faire plus tard et la masse confuse et enfantine de mon premier amour. C’est ainsi qu’il me fut donné, ce soir-là, d’entendre le cantique: «Pitié mon Dieu! c’est pour notre patrie», tandis qu’il développait devant mon cœur de petit garçon les sinuosités calmes de son doux et câlin chant de deuil. Les bruissements de toux, de chaises, d’enrouements, de pieds raclants qu’on entend dans les églises et tous les tassements humains, tout cela s’était arrêté. La voix chantait dans ce silence total[A 47]. »

Sur cette photo, à l'arrière-plan sous un ciel d'un bleu pur, le donjon du château. D'une hauteur de 40 mètres, en forme de lourd parallélépipède un peu élargi tout en haut, il date des débuts de la guerre de cent ans et domine le corps de logis, datant du XVIIe, mais transformé au XIXe selon la mode troubadour. L'aile gauche est une construction qui en fait partie, mais en ressort un peu avec son toit pyramidal avec, à l'extrême gauche, une tour ronde au toit pointu, moins élevée. À la droite du corps de logis, une construction plus détachée de l'ensemble tout en y demeurant liée aussi, plus haute, surmontée d'un toit pyramidal tronqué à quatre faces. Au centre une haute et plus grosse tour, plus détachée du reste, également au toit pointu, dépasse tout et même (mais par illusion d'optique), le donjon médiéval.
Le Château de Pesteils, bâtisse aux « parties très anciennes » et aux « vastes toits compliqués »[A 66], à la même distance d'Aurillac que les Sablons.Le château des Préfailles.

Léon Émery pense que Malègue, parce qu'il reconnaît une grande puissance à la musique a tendance à la situer par-delà le bien et le mal. Il pense que ce n'est pas par hasard que « Chopin collabore à la griserie romantique dont frémit le château des Préfailles, ni qu'Armelle, promise aux orages du cœur et des sens , est habitée par le génie du chant[69]. » Z.Litwinowicz a consulté les notes inédites de MaLègue sur ce personnage : selon elles, Armelle est « une artiste, une passionnée, une créatrice active, égoïste du monde de rêves » où « elle triomphe » ; les « points de départ » pour ce personnage selon ces notes c'est « la poésie » et « l’ailleurs »[70].

Lors de la réunion de la bourgeoisie de Peyrenère l'assistance peut entendre le deuxième chant d'Armelle. Elle est fiancée à Maurice Guyot-Lavaline. Ces fiançailles intriguent la ville tant Maurice, certes héritier d'une fortune mais homme gauche et bredouillant semble mal assorti à la belle chanteuse, la « jeune fille de rêve ». Jean-Paul émerveillé par l'art de la jeune femme, pressent le drame : « Qu’est-ce que pleurait Armelle? Un regret général et le dégoût du présent proposé ou bien quelque projet de bonheur précis et impossible ? Nul ne m’avait dit que la musique dédaignait ces détails. La miraculeuse créature, fille des chants, se souvenait ou ensemble ou successivement selon les minutes, avec des cris ou des sanglots ou de minces soupirs presque muets en joignant ou en tordant ses mains. Le reste n’était qu’ombre. Je la vis, jeune fille fantôme, hausser suppliante et par deux fois les mains qui retombèrent à la seconde chute plus basses et plus lassées. Puis elle pencha la tête sur ses avant-bras comme une statue de la nuit. La musique montrait sa nuque docile et ses consentements de morte[A 67].»

La cérémonie du mariage aura bien lieu et le repas de noces. Mais profitant du temps qu'elle prend pour se débarrasser de sa robe de mariage, Armelle va fuir une union qu'elle n'a jamais désirée. Elle disparaît aussi du roman.

André Plazenat

Auguste Renoir Jeune homme à la cravate rouge 1890

Lorsque le chant d'Armelle s'arrête, on vient la féliciter. Malègue insiste sur la distance distinguée avec laquelle André Plazenat félicite la chanteuse avec la « manière qu’il avait de minimiser ce qu’il voulait dire pour que le ton chaud et appuyé dont il parlait en dît plus long que les mots[A 68]» tandis que M.Maurice Guyot-Lavaline sur lequel le chant a sans doute produit l'effet le plus profond bredouille les larmes aux yeux. Malègue commente : « De ces deux hommes, l’âme profonde, l’âme vraiment riche, l’âme tendre et désintéressée, qui eût pu le deviner, c’était ce malheureux[A 68].»

Quelque temps avant cet épisode une discussion politique se produit chez les Plazenat. André Plazenat poursuit des études politiques à Paris et le chanoine Bernier (oncle de Félicien et nouveau curé de Peyrenère), l'interroge sur ses études juridiques. Il est question de la souveraineté populaire que met en avant la Troisième République.

André Plazenat qui n'est pas en principe opposé à ce régime en relativise les grands principes en interrogeant le jardinier sur son vote aux dernières élections (en relativise. La discussion pred une certaine forme qui conduit André Plazenat à lire un texte de son grand-oncle, décrivant le désarroi des notables auxquels il appartient lui-même et ceux qui l'écoutent. Il les décrit « effrayés par ces foules nouvelles d’une grosseur informe, en voyage vers la souveraineté, débordant de leurs anciens et si simples berceaux[A 69]»

Au lendemain de la République qu'il a proclamée le 24 février 1848, Lamartine prononce devant l'Hôtel de Ville son discours contre le drapeau rouge. Les notables sont effrayés par « ces foules nouvelles d’une grosseur informe, en voyage vers la souveraineté, débordant de leurs anciens et si simples berceaux. »

André Plazenat était « le grand espoir de sa famille, le jeune phénix, homme intelligent, habile et talentueux, brillant juriste, député, futur ministre, une figure quasi messianique où devait renaître la gloire de sa classe, mais dont l’âme se blase, le plongeant dans l’ennui et le mal de vivre. Il a pourtant tout pour réussir sa vie : la race, le bon goût, le talent. Il intimide toujours le narrateur qui le décrit comme « distingué » et « distant ». Lorsqu’André accompagne sa mère à la gare, il montre « une sorte de respect de grand seigneur ». Sec et dur pour la femme qu’il épouse, honnête mais gauche et peu brillante, il glisse bientôt dans l’adultère[71]. »

Fontaine oppose la figure de Félicien et celle d'André Plazenatet remarque à propos d'André Plazenat : « La vraisemblance de ce personnage négatif sera moins soupçonnée que celle de Félicien, archétype d’une philosophie (celle de Bergson) et d’un projet romanesque (celui de Malègue) mettant en avant l’amour inconditionnel. Pourtant, des êtres qui se donnent sans retour existent bel et bien, non le « soir parfait ».[72]. »

Henriette Giraud de Castéran

Homme endormi dans un bus

Cette Henriette n'est pas à confondre avec la plus jeune fille de Monsieur le Maître. La première n'intervenant que dans le livre II et la seconde. seulement dans le livre I. Pendant ses fiançailles avec André Plazenat, alors que tous deux sortent de la messe du dimanche, ses compagnes discutent de ce qui a changé en elle pour conclure qu'elle est « encore plus godiche que d'habitude[A 70].»

Un jour qu'elle voyageait en train avec André, celui-ci sur la banquette en face d'elle s'endormit. Elle admira sa virilité et «se sentit ivre de soumission et d’humilité. Elle s’agenouilla sur le tapis du wagon et baisa le revers de son gant, en sentit le contact dur et velouté[A 71].» Notons qu'il arrive à Augustin de vouloit poser un geste semblable à l'égard d'Anne.

L'expression d'un mépris subtil dont on imagine bien qu'il est celui d'André Plazenat pour sa femme et dont elle souffre énormément

Henriette est d'une « bienveillance générale et un peu sotte[A 72].» Elle admet que Jacqueline, sa rivale est « plus belle, plus séduisante et plus adroite[73]. » Sur le point de partit à sa réunion électorale et de n'y emmener que Jacqueline sous prétexte [en fait pour être seul à seul avec elle] qu'il ne veut pas qu'on y reconnaisse sa femme, André Plazenat se rend compte que Jacqueline risque d'avoir froid dans la voiture. Fontaine souligne la finesse avec laquelle Henriette, André et Jacqueline attendent l'arrivée du manteau [74] et surtout l'attitude d'Henriette qui debout entre les portes : « n’avait pas changé de figure ; elle conservait cette expression de bonté inutile et conventionnelle, peut-être comme le meilleur alibi de son cœur[A 73].»

Zofia Litwinowicz va jusqu'à écrire : « Cette inutilité est le trait constitutif du portrait d’Henriette. » Mais elle insiste aussi sur le fait que sa piété n'est « pas superficielle. Jeune fille, Henriette commence sa journée par une lecture spirituelle ; elle n’a rien de vain ni de mondain ; elle aide les pauvres ; elle consulte un prêtre avant sa décision de renoncer à la vie religieuse et de choisir la vie conjugale[75]. » Mariée, elle continue à vivre selon cette discipline, se lève avant toute la maisonnée, assiste à la messe, fait oraison, se dévoue à fond dans des œuvres diverses qui lui demandent de s'engager fortement.

Elle recueillera son mari malade, qui a eu d'autres aventures, chez elle et le soignera « jusqu’à la mort inclusivement, et pour tout le monde le considérant comme un mari dévoué et sans reproche (ce secret est une partie de son devoir)[A 74].»

Monsieur le Maître Genestoux

Valdemar Irminger (1850-1938), Pardon, 1892.

C'est le vieil instituteur de Jean-Paul Vaton. Sourd aux exigences de la laïcité républicaine, il continue par exemple à faire réciter la prière en classe. Il est dénoncé par son collègue le Sous-maître, républicain intransigeant et renvoyé à un poste de début. Moeller le compare au héros du film italien Vivere inpace qui se croyant poltron se découvre courageux parce que les circonstances ont changé avec le retour au village, un moment libéré, des troupes allemandes : « certains êtres confondus avec les classes moyennes du Salut, se haussent au don héroïque lorsque les cadres qui les soutenaient cèdent. C'est l'histoire de M. le Maître[76]. »

Son monde bascule, ses filles et son épouse se réjouissent qu'il ne doive s'installer à son poste de début qu'à une distance raisonnable de Peyrenèrece qui leur permet d'y demeurer. Mais la joie qu'elles manifestent à cette nouvelle — qui contraste avec le chagrin manifesté quand elles croyaient devoir le suivre bien plus loin s'il y éait contraint — lui fait comprendre qu'elles n'ont pleuré que sur leurs propres projets. Il ne parvient pas à dormir la nuit de son départ.Il contemple la nuit stellaire, souhaitant, sans qu'il ne le sache vraiment « en son désarroi de pauvre homme poussé malgré lui vers le désert, vers le face à face du buisson ardent, que le Seigneur reste avec lui[77]. » Qui a dénoncé l'instituteur? Pour Léon Émrery{ « Il nous est révélé que la dénonciation [..]fut l'œuvre de l'instituetur ad joint, du sous-maître[78]. »

Nikolaï Andreïev (1892-1947) Lueur neigeuse sous la lune

Monsieur le Maître, accablé par l'épreuve, voit sa santé décliner. L'une de ses filles, Henriette, qu'il appelle « ma petite source », qui l'a suivi dans son exil, entend le prêtre lui demander sur son lit de mort s'il pardonne à ses ennemis. Malgré son extrême faiblesse de moribond, il a la force d'esquisser un début de sourire et lève légèrement sa main posée sur le drap, « d’un mouvement d’abandon et de détachement qui accompagnait ce sourire[A 75]. » Il s'agit d'un geste que, unique témoin en cette circonstance,« seule Henriette comprend comme seul Jean-Paul comprend ceux de Félicien, qu’il commence justement à poser avec le rapatriement en traîneau de la dépouille mortelle de Monsieur le Maître à Peyrenère[79]. » « Cet acte de pardon parachève la grande œuvre du calvaire qui l’a sorti des classes moyennes du salut – soulignée par la blancheur symbolique des draps blancs qui couvrent son visage et celle de la neige introduite dans la phrase suivante:[80]: » «  Il y avait une grande lueur de neige qui, passant à travers la fenêtre, tombait sur son visage et sur ses draps»[A 76].»

Monsieur Ragougnoux

Édition italienne de La Vie de Jésus" de Renan 1892 : son influence « destructrice », au sens de M.Ragougnoux. Traduit en douze langues, 84 fois dont 60 en allemand.

Monsieur Ragougnoux est un surveillant au Lycée où Jean-Paul fait ses humanités. Il apparaît une des premières fois dans ce passage : « M. Ragougnoux, très sérieux comme toujours et très convenable, nous surveillait l'air absorbé[A 77].» On apprendra plus tard qu'il a publié chez Alcan L'Utilistion du pessimisme[A 78].

Commme Jean-Paul reçoit régulièrement la visite du Sous-maître Jacques Richelet ses rapports avec lui vont changer. M.Ragougnoux a déjà montré à Jean-Paul « quelque bienveillance ininterrompue, quelque chose comme une familiarité plus grande, plus loin des rapports officiels[A 79] » Ragougnoux a appris que Jean Paul reçoit régulièrement la visite de Jacques Richlet. Il en fait l'éloge puis le complète par des compliments aigres-doux qui, écrit Malègue « ne manquent presque jamais quand un homme parle d’un autre [A 80]. » Il ajoute que Jean-Paul n'aura jamais le grain de muflerie nécessaire à la vie. Comme Jean-Paul n'est plus très loin de la rhétorique les deux hommes deviennent amis. Ragougnpux a exprimé à son ami son désespoir face à tout ce qqe Renan a « détruit » dans le christianisme.

Pour Zofia Litwinowicz Jean-Paul, « ininformé » ne comprend pas tout l'enjeu de ce désespoir lié à la « grande bataile spirituelle à laquelle, bon gré mal gré, il prenait part [...à ] « la grande négation de l'absolu, à ce pessimisme radical de la pensée contemporaine »[81]. »

Jean-Paul vit aussi les derniers moments de Ragougnoux et son retour à la foi; IL a tenté de se suicider à la suite d'un chagrin d'amour et entend la manière dont le chanoine Bernier évoque devant Ragougnoux (à la manière de l'abbé Le Hennin), à quel point les évènements dramatiques permettent une prise de conscience. Il est l'ami de Félicien depuis la visite de celui-ci à la maison de ses parents et il est conscient que ses échanges profonds avec lui, constituent cette « étrange vie spirituelle, conduite presque en commun, cette symbiose où [il est] le parasite[A 81]. Fontaine [82] tire aussi comme Liwinowicz ce que Malègue tire comme conséquence de cette amitié avec Ragougnoux : « sans Ragougnoux, je n’eusse pas compris Félicien[A 82] .»

Autres personnages

le Docteur Vodable, Monsieur Plazenat, Jacques Richelet, le second, le Chanoine Bernier, le sénateur Desgenets, Monsieur Labeyssère, Maurice Guyot-Lavaline, Mademoiselle Adélaïde, le Cardinal, Cathien, Madame de Rosnoën, Béatrice Plazenat,l'abbé Le Hennin, Henri Casimir du Montcel

Roulette

Jules Vaton, le père de Jean-Paul, huissier de paix, expert géomètre,assureur, les notables de Peyrenère lui parlent avec une certaine déférence vu ses connaissances. M.Labeyssère, de Peyrenère-d'En-bas, commerçant enrichi, républicain radical qui a ravi la mairie aux notables interpelle Jules Vaton (après le suicide de M. de Brugnes) : « Dites-moi, Vaton, les Brugnes, le château et la terre, sont-elles à M. ou à Mme de Brugnes ? [A 83]», avec l'intention de racheter le tout. Jean-Paul n' jamais entendu s'adresser à son père de cette façon.

Les notables installés lui donnent du Monsieur mais « avec une amabilité facile où se devinait un infinitésimal degré de supériorité[A 84]» Jules rêve de voir Jean-Paul poursuivre son ascension, en vain. Catholique pratiquant, il lit le journal républicain durant la prière du soir en famille. Il est du même bord que ceux qui lui disent « Monsieur ».

Madame Vaton est la [« tendre et infatigable mère de Jean-Paul[83]. » Claude Barthe a été frappé par ce que fait dire Malègue à Jean Paul à propos de sa mère[84] : « Je conservais à ma mère une égale amertule de mes rancunes à moi qui étaient des vices, et de ses rancunes à elle qui étaient des souffrances[A 85]»

Francine Pour Moeller « Francine, la paysanne dure au travail et limpide en sa prière, qui sert chez les parents de Paul Vaton, a compris le message [des Pères de la Mission][85]: » « Puisque je suis que pour servir, alors servir pour servir, autant qu ce soit le Bon Dieu que je serve, n'est-ce pas Madame? C'est ça que je pensais cette nuit[A 86]» Madame Vaton étatit profondément l'amie de Francine et prend une part active à sa vocation, et même « enivrée » écrit Malègue.

Médise Le Caravage

Monsieur de Brugnes souffrant d'une addiction au jeu, ce banquier qui joue l'argent que lui confie les paysans va se donner la mort lors d'une chasse sur ses terres au cours de laquelle il a voulu demeurer seul et après laquelle pn apprend qu'il est complètement ruiné. Jacqueline sa fille refuse que la part de son épouse qu'elle pourrait légalement garder serve à autre chose qu'à rembourser ceux qui ont fait confiance à son père. Ce drame clôture le Livre I de Pierres noires. Madame de Brugnes est une personne effacée et qui perd la tête.

Madame Plazenat (née du Montcel de Nidoncel) Fontaine cite cette scène.Invité encore au seuil de l'adolescence à un grand déjeuner chez les PLazenat, la famille bourgeoise la plus prestigieuse de Peyrenère, Jeaa-Paul Vaton, impressionné« se tourne vers les fenêtres, de lourds rideaux laissent passer le soleil[...] mais en se retournant vers un miroir il rencontre[86]: » «un regard (sartrien dit-il plus loin), d’une indifférence terrible sur la figure d’une dame assise dans un vaste fauteuil à oreilles, le dos droit, le menton haut, un pied posé sur le tabouret devant elle, en une immobilité souveraine qui ressemblait à une sorte de dédain de bouger[A 87].» C'est Madame Plazenat « qui se souvient trop d'être née Élisabeth du Montcel de Nicondel[87]. »

Le premier curé de Peyrenère Malègue écrit de ce curé concordataire « Il ne voyait pas des âmes ni même des personnes. Il exerçait une fonction. Il l'exerçait bien [...] » Dans le Peyrenère d'En-bas, lorsqu'il rendait visite aux paroissiens « Ce qui les visitait, c'était une autorité consciencieuse et un peu surplombante, ce n'était pas une amitité. Et certaines gens le sentaient bien [...] Dans les grandes maisons, il était tout autre [..] IL devenait simple et même modeste, vaguement servile. Toutes les manières de la bonne société, il les possédait. Peut-être un peu trop exactement réussies. Imperceptiblement trop[A 88]. »

Henriette Genestoux

La dernière nuit que M.le Maître passe à Peyrenère, il n'arrive pas à dormir et se rhabille. Henriette, au sommeil léger et à l'oreille fine « s’enquiert de ce qui arrive, de ce dont le malheureux a besoin, lui prépare un verre d’eau : « Elle fut tout de suite là sur ses petits pieds nus, princesse de vignette, figure à longue robe blanche, petite apparition de nuit à qui manquait des ailes[A 89]. » Lui, lui dit qu’il va finalement s’endormir mais n’entendant pas ses ronflements plus tard, elle ouvre sans bruit la porte, le constate et la referme doucement. Celle que son père surnomme « ma petite source » l’est effectivement[88]. »
















Paul Vaton, André Plazenat, Félicien Bernier sont les trois personnages principaux successivement des trois parties. Paul Vaton est déjà présent dans Augustin ou Le Maître est là de même que Félicien Bernier (Félix dans Augustin), un instant membre des talas, avec Largilier, Zeller, Augustin lui-même. Il ne réussit pas son année préparatoire à l'École normale supérieure.

Les classes moyennes du Salut (qui ne sont pas cependant la même chose que les classes moyennes de la sainteté), sont annoncées, en partie faussement, notamment par ce passage d'Augustin ou Le Maître est là dont le héros se redit: « le seul terrain d'exploration correcte du phénomène religieux est l'âme des saints », tout en pensant cependant aussi que ce seul constat était insuffisant : « les âmes plus modestes comptaient aussi, les classes moyennes de la sainteté[89]. »

William Marceau estime, en ce qui concerne la 3e Partie, que « Quelques notes sommaires permettent d'entrevoir que Félicien Bernier, le troisième personnage central, aurait dû être le saint qui sauve, de sa lumière et de son amour, les âmes médiocres dont il était entouré; il aurait joué, en plus simple et plus universel, le rôle de Largiler pour Augustin dans le roman de 1933[90].»

Benoît Neiss a écrit de Félicien : « On pourrait dire de lui qu'il est à Largilier ce qu'en un sens Vaton est à Augustin dans l'ordre de l'humilité. »

Structure narrative

Pour Charles Moeller, le texte établi par l'épouse de Malègue et édité par Chevalier et Bousquet la Luchézière, « donne à l'œuvre une résonance plus vaste que celle d'une crise religieuse de type purement intellectuel[91]. ». Il estime que le roman peut se classer « parmi les sommets de la littérature[92]. » Benoît Neiss pense qu'on ne rend pas justice à Malègue quand « on tient compte seulement de son premier roman, il faut lire aussi Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut » : il poursuit en estimant que le deuxième roman permet seul « d'apprécier à sa juste valeur et en perspective l'œuvre du romancier, de mesurer l'ampleur de son entreprise et même de comprendre en profondeur son Augustin. » Il évoque la possibilité que cette trilogie aurait pu constituer « la plus grande somme chrétienne de notre littérature française […] la fresque complète d'un siècle et des possibilités humaines[93]. »

José Fontaine affirme lui que loin d'être inachevé au sens ordinaire, c'est le roman posthume qui donne sa pleine signification à l'œuvre de Malègue et que la supposition de Benoît Neiss selon laquelle Pierres noires aurait été « la plus grande somme chrétienne de notre littérature française »), mérite d'être prise au sérieux[94].

Définition des Classes moyennes du salut

L'expression « classes moyennes de la sainteté" », utilisée aussi par Malègue, désigne plutôt la vraie sainteté mais inconnue.Très proche du Bergson du quatrième grand livre du philosophe, Malègue avait même en quelque sorte anticipé, avec Augustin ou Le Maître est là, du début 1933, sur Les Deux Sources de la morale et de la religion, livre paru en 1932[95]. Cette comparaison entre Malègue et Henri Bergson a été élaborée longuement par William Marceau. Il faut se contenter ici de souligner la convergence la plus apparente qui concerne l'expérience mystique ou de la sainteté.

La définition des « Classes moyennes du Salut » est donnée dans une fictive « Relation » des temps révolutionnaires. André Plazenat, un des héros de Pierres noires redécouvre dans les archives familiales une pièce manuscrite datant de la Révolution française. Elle est intitulée « Relation écrite en sa prison de Feurs par M.Henri Casimir de Montcel, ci-devant président du Présidial de Riom en Auvergne »[A 90].

Deux définitions des classes moyennes du salut

Première définition

On lit dans ce manuscrit qui rapporte les propos d'un prêtre, l'abbé Le Hennin : « Jésus nous ordonne de chercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice et le reste nous sera donné par surcroît. Selon la première définition, les classes moyennes de la sainteté sont celles pour qui la justice et le surcroît se présentent ensemble sur l'échelle des préférences et des préoccupations, et le surcroît passe quelquefois le premier[A 91].» Il s'agit selon Malègue, dont Chevalier rappelle la pensée, d'un « compromis intenable entre le bonheur terrestre et l'Amour unique de Dieu qui fait les saints[96].»

Deuxième définition des classes moyennes du salut

« Ces hommes et ces femmes de la classe moyenne sont comme enclos, comme parqués en de grands corps, aux puissantes structures, soit que ceux-ci constituent des cités ou des royaumes avec leurs corps de lois et d'immenses traditions de vie, ou (…) en des commerces, des métiers et les mille habitudes enchevêtrées (…) Ce sont ces grands corps (…) et bien d'autres encore dont l'énumération serait infinie. Ils leur doivent presque tout d'eux-mêmes, de leur nourriture à leur langage, à leur pensée, sauf juste cette fine pointe suprême, ces rares minutes de silence intérieur que beaucoup ne connaîtront jamais, plus facilement peut-être quand tout s'apaise enfin autour d'eux, les derniers moments de leur conscience, ce calme qui précède la mort[A 92].»

C'est ce qui fait dire à Claude Barthe que l'expression classes moyennes du Salut vise les chrétiens sociologiques[97].

Le rapport entre les classes moyennes et le saint de Malègue ou le mystique de Bergson

Il y aurait une Troisième définition des classes moyennes du salut, mais, comme le dit Jean Lebrec, celle-ci est surtout une catéchèse, même si elle éclaire encore leur statut : les classes moyennes « ne sauraient s'intéresser à une prédication qui ne tiendrait nul compte des intérêts terrestres, des conditions du bonheur matériel et de son harmonie finale avec celui du ciel[A 93].» À moins, pense Lebrec, qu'ils ne soient ébranlés par l'exemple contagieux du saint. Et, pour lui, on retrouve ici le Bergson des Deux Sources, et, dit Jean Lebrec, sa notion de l'appel[98]. Ce qui fait écho à Malègue lui-même: « Le bourgeon initial de cette vaste efflorescence qu'est le salut des classes moyennes où est incluse tant de fatalité, c'est une évasion de ces classes moyennes, un véritable saut dans le ciel au-dessus de leur niveau, c'est le libre martyre d'un saint[A 94].» Ce martyre, dans Pierre noires aurait dû être celui de Félicien qui eût sauvé les personnages du roman, en les faisant sortir de la religion des classes moyennes, de la religion statique.

Un exemple de classes moyennes en son rapport avec le saint: Paul Vaton

Pour William Marceau, ce que Bergson appelle religion statique, c'est la religion des classes moyennes du salut. Il cite à cet égard le saint de Pierres noires, Félicien Bernier, qui représente ici selon W.Marceau la religion dynamique alors que, pour Marceau, son ami Paul Vaton représente la religion statique[90]. Paul Vaton cache une lettre de son ami Félicien, gêné, parce que dans sa famille on a coutume de s'expliquer de tout courrier reçu et qu'il sent qu'on ne le comprendra pas, soit chez certains des membres de sa famille parce qu'ils sont ignorants de l'enjeu spirituel de la lettre, soit parce que d'autres le jugeront indigne des confidences qu'on lui fait : « Ces sujets religieux dont je ne prenais guère que le curieux romanesque, que je sentais néanmoins intimité sacrée, ils eussent paru à mon père lettre morte. Sa vie religieuse, comme celle de l'immense majorité des hommes, n'était jamais allée plus loin que les traditionnelles pratiques que j'ai dites, et plus tard le nécessaire pour une digne et simple mort. Pour ma mère c'était pire, elle me savait parfaitement indigne de m'intéresser à des sujets réservés au clergé. L'admettre lui eût semblé caricatural et presque sacrilège. Ma sœur Jeanne n'eût été que réception passive et lourde docilité, mais Marguerite, secrète, fine, un peu pointue, l'eût écoutée en un silence vaguement souriant, non pas en dessous, comme si elle avait connu dans son couvent bien des méditations et lectures spirituelles du même ordre, mais amusée de nos étonnements devant ces choses, ces hauts niveaux-là[A 95].»

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Le problème de l'inachèvement de Pierres noires

Léon Émery, Jean d'Ormesson, Jean Lebrec, Pierre de Boisdeffre peu de temps après la sortie du roman posthume ou plus près de nous Claude Barthe ou Benoît Neiss acceptent tous peu ou prou le jugement de Jacques Chevalier dans sa préface à Pierres noires : « Cette œuvre est inachevée, elle est imparfaite au sens propre du mot. Elle l'est même de plus d'une manière, comme en témoigne l'écriture[99]. » En revanche Charles Moeller écrit : « Tel quel, le texte […] nous met en présence d'une œuvre grandiose, où l'universel est inséparable de l'insertion dans le terroir le plus concret[100]. »

Bibliographie

  • Jacques Chevalier, « Préface », dans Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut, Paris, Spes, , 909 p., p. IX-XXIII
  • Henry Bousquet La Luchézière, Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut, Paris, Spes, , 909 p., « Avant-propos », p. 1‒8
  • Charles Moeller, « Le Roman posthume de Malègue : Pierres noires : Les Classes moyennes du salut », La Revue nouvelle, no 7,‎ , p. 15-27
  • Ghislain Waterlot (dir.), Bergson et la religion : Nouvelles perspectives sur Les Deux Sources de la morale et de la religion, Paris, Presses universitaires de France, , 466 p. (ISBN 978-2-13-056327-3).
  • Joseph Malègue, à la (re)découverte d'une œuvre - suivi de Les Ogres ou Les Samsons aveugles (dir. José Fontaine et Bernard Gendrel), Paris, Cerf, , 387 p. (ISBN 978-2-204-15461-1, présentation en ligne)

Liens externes

Notes et références

Notes

  1. ↑ Le narrateur comme dans toute cette première partie est JP Vaton.

Références à Pierres noires

  1. ↑ Pierre noires 1958, cité par Lebrec 1969, p. 384.
  2. ↑ Pierres noires, 1958 p. 29 2018 p. 54.
  3. Pierres noires, p. 84.
  4. ↑ Pierres noires, p. 70.
  5. ↑ Pierres noires, p. 72.
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  30. ↑ Pierres noires, p. 666.
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  49. ↑ Pierres noires, 1958 p. 465-466 2018 p. 427
  50. ↑ Pierres noires, 1958 p. 132 2018 p. 143
  51. ↑ Pierres noires, 1958 p. 900 2018 p. 800
  52. ↑ Pierres noires, 1958 p. 511 2018 p. 466
  53. ↑ Pierres noires, 1958 p. 511 2018 p. 291-292
  54. ↑ Pierres noires, 1958 p. 615 2018 p. 551
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  56. ↑ Pierres noires, 1958 p. 667 2018 p. 598
  57. ↑ Pierres noires, 1958 p. 617-645 2018 p. 555-579
  58. ↑ Pierres noires, 1958 p. 638 et suivantes 2018 p. 573 et suivantes
  59. ↑ Pierres noires, 1958 p. 663-683 2018 p. 595-212
  60. ↑ Pierres noires, 1958 p. 765 2018 p. 680
  61. ↑ Pierres noires, 1958 p. 770 2018 p. 687
  62. ↑ Pierres noires, 1958 p. 802-807 2018 p. 712-718
  63. ↑ Pierres noires, 1958 p. 816-820 2018 p. 726-729
  64. ↑ Pierres noires, 1958 p. 840 2018 p. 746
  65. ↑ Pierres noires, 1958 p. 898 2018 p. 799
  66. ↑ Augustin, 5e éd. (1942), t. I, p. 142, 11e éd. (1966), p. 130, Le Cerf, p. 136.
  67. ↑ Pierres noires, 1958 p. 467-468 2018 p. 428-429
  68. Pierres noires, 1958 p. 469 2018 p. 430
  69. ↑ Pierres noires, 1958 p. 210 2018 p. 210
  70. ↑ Pierres noires, 1958 p. 738 2018 p. 658
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  73. ↑ Pierres noires, 1958 p. 753 2018 p. 672
  74. ↑ Pierres noires, 1958 p. 898 2018 Modèle:P.799
  75. ↑ Pierres noires, 1958 p. 236 2018 p. 232
  76. ↑ Pierres noires, 1958 p. 236 2018 p. 232
  77. ↑ Pierres noires, 1958 p. 294 2018 p. 281
  78. ↑ Pierres noires, 1958 p. 388 2018 p. 360
  79. ↑ Pierres noires, 1958 p. 341 2018 p. 320
  80. ↑ Pierres noires, 1958 p. 341 2018 p. 320
  81. ↑ Pierres noires, 1958 p. 5352018 {{p.|484}
  82. ↑ Pierres noires, 1958 p. 511 2018 p. 466
  83. ↑ Pierres noires, 1958 p. 543 2018 {{p.|493}
  84. ↑ Pierres noires, 1958 p. 543 2018 {{p.|493}
  85. ↑ Pierres noires, 1958 p. 104 2018 p. 119
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  90. ↑ Pierres noires, p. 416-442.
  91. ↑ Relation dans Pierres noires, p. 433.
  92. ↑ Relations dans Pierres noires, p. 434.
  93. ↑ Relation Pierres noires, p. 436.
  94. ↑ Relations dans Pierres noires, p. 438.
  95. ↑ Pierres noires, p. 534. Cité par Marceau 1987, p. 91.

Autres références

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  2. ↑ Moeller 1967, p. 280.
  3. ↑ Lebrec 1969b, p. 395.
  4. ↑ Lebrec 1969b, p. 377.
  5. Bousquet La Luchézière 1958, p. 8.
  6. ↑ Commentaire en espagnol
  7. ↑ Lebrec 1969b, p. 387.
  8. ↑ Augustin ou Le Maître est là, p. 478.
  9. ↑ Léon Émery, Trois romanciers — Joseph Malègue - Thomas Mann —Soljenistyne, Les Cahiers libres, Lyon, 1973.
  10. ↑ Moeller 1967, p. 277.
  11. ↑ Émery 1962, p. 34.
  12. ↑ Émery 1962, p. 35.
  13. ↑ Lebrec 1969b, p. 397-398.
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  16. ↑ Lebrec 1969b, p. 402.
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  18. ↑ Lebrec 1969, p. 31.
  19. ↑ Lebrec 1969, p. 62.
  20. ↑ Madaule 1959, p. 98.
  21. ↑ Émery 1962, p. 122.
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  23. ↑ Madaule 1959, p. 93-108, 98.
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  25. Fontaine 2024, p. 259.
  26. ↑ Moeller 1967, p. 311.
  27. ↑ François-Xavier Alix, Insertion et médiation, à la recherche du citoyen : essai sur le mal-être français, Paris, L'Harmattan, , p. 26.
  28. ↑ Madaule 1959, p. 100.
  29. ↑ J. Malègue, référence à chercher
  30. Lebrec 1969b, p. 386.
  31. ↑ Émery 1962, p. 81.
  32. ↑ Émery 1962, p. 106.
  33. ↑ Lebrec 1969, p. 387.
  34. ↑ Malègue cité dans Lebrec 1969, p. 387.
  35. ↑ Marceau 1987, p. 90.
  36. ↑ Jean Lebrec 1969b, p. 384.
  37. ↑ Litwinowicz-Krutnik 2025, p. 436.
  38. ↑ Litwinowucz-Krutnik 2025, p. 538.
  39. ↑ Litwinowicz-Krutnik 2025, p. 373 parmi d'autres multiples mentions.
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