Pieter De Rudder

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Pieter De Rudder, en français Pierre De Rudder, était un ouvrier agricole, né à Jabbeke le , mort le [1]. Sa guérison d'une fracture de jambe est un des plus célèbres « miracles de Lourdes » reconnus (un moulage en bronze de ses os est exposé au Bureau médical de Lourdes[2]), bien qu'elle ne soit pas censée avoir eu lieu à Lourdes, mais dans un sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, à Oostakker, près de Gand (Belgique, Flandre-Orientale).
Le dossier
Le , à Jabbeke (Flandre-Occidentale), la chute d'un arbre casse les deux os (tibia et péroné) de la jambe gauche de De Rudder, alors au service du vicomte Albéric du Bus de Gisignies[3]. Plusieurs médecins le soignent sans résultat[4] et l'un d'eux conseille l'amputation, qui est refusée par De Rudder ou par le vicomte[5]. Les soins médicaux cessent à une époque mal précisée[6].
Le vicomte verse à De Rudder une pension que l'abbé Rommelaere, vicaire de Jabbeke, qualifie de « beau salaire »[7]. À la mort du vicomte, survenue le [8], la pension est supprimée par son héritier[9]. Le , huit mois et demi après la suppression de cette pension qui a duré sept ans, De Rudder va implorer Notre-Dame de Lourdes à Oostakker et, dans le sanctuaire même, se proclame guéri. Il exhibe une cicatrice qui, si l'on en croit un témoignage tardif (et, en intention, favorable à la thèse surnaturelle), a dès la guérison un aspect ancien[10].
Les médecins traitants refusent de délivrer une attestation au clergé de la paroisse[11], qui, en 1875, se contente, pour témoins oculaires de la persistance de la fracture à l'approche du pèlerinage, de deux voisins et amis[12] de De Rudder, père et fils. Ces deux témoins signent une même attestation, rédigée par le vicaire de Jabbeke, selon laquelle ils ont vu, la veille du pèlerinage, les bouts d'os saillant dans la plaie. L'attestation mentionne, à la troisième personne, une habitante du village, non signataire, qui aurait vu la même chose l'avant-veille du pèlerinage[13].
L'évêque de Bruges, Jean-Joseph Faict, demande par correspondance des renseignements au Dr Van Hoestenberghe, un médecin qui n'avait jamais été le médecin traitant, mais avait examiné la jambe par curiosité. Le Dr Van Hoestenberghe répond en avril et . Ses deux lettres, égarées par l'évêché avant l'enquête canonique qui aboutira à la reconnaissance du miracle par Gustave-Joseph Waffelaert en 1908, ne seront retrouvées qu'en 1956[14]. Jean-Joseph Faict, quant à lui, ne procède pas à une enquête canonique[15].
Le dernier survivant des médecins traitants dont on a retenu le nom, le Dr Verriest, meurt à Bruges le . Environ un an plus tard, à l'occasion du pèlerinage annuel belge d' à Lourdes[16], le Dr Van Hoestenberghe se manifeste publiquement pour la première fois[17]. Il écrit au Dr Boissarie, président du Bureau des Constatations médicales de Lourdes, deux lettres où il signale le cas De Rudder, disant avoir examiné à l'époque la jambe encore malade et ne pouvoir conclure qu'au miracle[18]. Ces lettres provoquent une série d'enquêtes de la part de diverses autorités catholiques. Les témoins oculaires, qui, comme nous l'avons vu, semblent n'avoir été que deux en 1875, se multiplient au fil du temps[19], de même que les examens que le Dr Van Hoestenberghe dit avoir faits de la jambe malade[20]. En 1907, devant la commission épiscopale dont le rapport aboutira à la reconnaissance du miracle, il affirme avoir examiné la jambe malade dix ou douze fois, la dernière fois trois ou quatre mois avant le pèlerinage[21].
La question de la date du dernier examen est importante, car, de l'avis de plusieurs médecins catholiques, le seul motif de considérer la guérison de De Rudder comme miraculeuse est la preuve testimoniale de son instantanéité[22],[23],[24].
Les réponses d'avril et du Dr Van Hoestenberghe à Jean-Joseph Faict, qui étaient perdues lors de l'enquête canonique, sont retrouvées en 1956 et publiées en 1957. Dans la seconde de ces réponses, le Dr Van Hoestenberghe (qui, comme nous l'avons vu, allait déclarer devant la commission de 1907-1908 qu'il avait examiné la jambe malade dix ou douze fois, la dernière fois trois ou quatre mois avant le pèlerinage) dit n'avoir vu la jambe qu'une fois, plus de trois ans avant le pèlerinage[25].
Le chanoine De Meester, qui fut promoteur de la cause lors de l'enquête de 1907-1908, continue, malgré les lettres de 1875, à croire[26] que le Dr Van Hoestenberghe fit plusieurs examens de la jambe malade et que le dernier eut lieu environ quatre mois avant le pèlerinage de De Rudder. Il allègue en faveur de cette opinion des notes en ce sens que le Dr Van Hoestenberghe dit avoir prises peu après le pèlerinage. Il s'agit de notes dont le Dr Van Hoestenberghe parla pour la première fois en 1899, pour répondre à deux pères jésuites qui lui faisaient observer qu'il avait placé les soins du feu Dr Verriest en 1875, ce qui, comparé à d'autres sources, semble trop tardif[27]. Les notes triomphent de cette objection : « Verriest 75[28]». Ces notes ont encore la particularité de contredire les lettres de 1875 à Jean-Joseph Faict non seulement sur le nombre et la date des examens que le Dr Van Hoestenberghe fit de la jambe malade, mais aussi sur la date de l'examen qu'il fit de la jambe après le pèlerinage : d'après les notes, alors que, le , le Dr Van Hoestenberghe écrivait à Jean-Joseph Faict qu'il n'avait pas encore eu le temps d'examiner la jambe guérie[29]. Ces notes, qui se trouvaient à une place exceptionnelle dans le cahier du Dr Van Hoestenberghe : la couverture intérieure, et non leur rang chronologique parmi les pages[30], ne sont plus connues que par une photo, car elles semblent avoir disparu à l'évêché, avec le reste du cahier[31].
Notes et références
- ↑ De Meester 1957, p. 138-139.
- ↑ Dr Paul Miest, Les 54 miracles de Lourdes au jugement du droit canon, Paris, , p. 100.
- ↑ De Meester 1957, p. 79 et 139.
- ↑ Voir par exemple De Meester 1957, p. 17-18.
- ↑ De Meester 1957, p. 18, 36, 57, 142.
- ↑ Pour un exemple de discussion sur cette question, voir De Meester 1957, p. 58.
- ↑ De Meester 1957, p. 80.
- ↑ Relation de 1875 du vicaire Rommelaere, reproduite par De Meester 1957, p. 80, qui donne le 24 juin 1874; corrigé par la vicomtesse du Bus, lettre au Bien public, 3 février 1913.
- ↑ Abbé Rommelaere, vicaire de Jabbeke, relation du 11 avril 1875, reproduite par De Meester 1957, p. 80 ; Abbé E. Scheerlinck, Lourdes en Flandre, Gand, 1876 : « Hélas ! l'impitoyable mort vint frapper le généreux bienfaiteur le 21 juin 1874. Pierre se voyait de nouveau plongé dans la misère. »; déposition d'Auguste De Wulf : « Cette petite pension cessa dès que le vicomte mourut, car rien n'avait été écrit » (De Meester 1957, p. 122); témoignage de la veuve et de la fille de De Rudder en 1899 (De Meester 1957, p. 143-144).
- ↑ Lettre du Dr Van Hoestenberghe en date du 25 février 1907, reproduite dans De Meester 1957, p. 183.
- ↑ Voir par exemple De Meester 1957, p. 156-157. Les partisans du miracle expliquent ce refus par le « libéralisme », par l' «incroyance» des médecins traitants, mais ces mots semblent devoir être pris avec prudence. Ainsi, le Dr Van Hoestenberghe (De Meester 1957, p. 51) qualifie d' «incroyant» le feu médecin traitant Affenaer, qu'un récit du R.P. Van Tricht (Collection de Précis historiques..., t. 25 - t. 5 de la 2e série -, p. 659) présente formellement comme croyant.
- ↑ De Meester 1957, p. 21-22.
- ↑ De Meester 1957, p. 31, copie selon laquelle Maria Wittezaele aurait signé. La photo de l'attestation, reproduite dans le même livre, ne comporte pas de signature de Maria Wittezaele (ou Wittesaele), qui d'ailleurs, d'après son acte de mariage (Jabbeke, 2 avril 1845), ne savait ni écrire ni signer.
- ↑ De Meester 1957, p. 49, 156-157, 245-249.
- ↑ De Meester 1957, p. 156-157.
- ↑ Dr Boissarie, dans Annales de N.-D. de Lourdes, octobre 1892, t. 25, p. 60.
- ↑ En 1898, le Dr Van Hoestenberghe expliqua son long silence par le désir de ne pas aller contre l'apparente froideur de Jean-Joseph Faict sur cette affaire. (De Meester 1957, p. 52.) Pourtant, à la différence du Dr Verriest, Jean-Joseph Faict vivait encore quand le Dr Van Hoestenberghe, en 1892, rompit le silence. (Jean-Joseph Faict mourut en 1894, cf. A. Simon, « Faict, Jean-Joseph », dans Biographie nationale de Belgique, t. 30 : supplément, t. 2, Bruxelles, (lire en ligne), col. 372 (consulté le ).)
- ↑ De Meester 1957, p. 44-45.
- ↑ Voir les diverses enquêtes rapportées par De Meester 1957
- ↑ Fait reconnu par De Meester 1957, p. 219-220.
- ↑ De Meester 1957, p. 35 et 37.
- ↑ Dr Anicet Guarner, De l'instantanéité des guérisons de Lourdes, Alger, , p. 66, contredit le Pr Reverchon qui croyait trouver dans les pièces anatomiques une preuve de la surnaturalité du processus.
- ↑ H. Lamiroy, dans Palfijn, , p. 229.
- ↑ L. Elaut, dans Universitas Schriften, Anvers, vol. 1, , p. 98.
- ↑ De Meester 1957, p. 246.
- ↑ De Meester 1957, p. 248-250.
- ↑ Pour l'apparition des notes, voir De Meester 1957, p. 58. Pour la date des soins du Dr Verriest, pp. 27, 58 et 80.
- ↑ C'est ainsi que le Dr Van Hoestenberghe transcrit ses notes dans une lettre de 1899. (De Meester 1957, p. 58.) Sur la photo des notes, reproduite elle aussi dans le livre du chanoine De Meester, le chiffre 5 est difficile à lire.
- ↑ De Meester 1957, p. 245.
- ↑ De Meester 1957, p. 58 et 248.
- ↑ De Meester 1957, note 2, p. 249.
Annexes
Articles connexes
Liens externes
- Ressource relative à plusieurs domaines :
Bibliographie
- Émile Scheerlinck (Abbé), Lourdes en Flandre, Gand, (lire en ligne), p. 448-463.
- (nl) A. De Meester (Chanoine), De wonderbare genezing van Pieter De Rudder; het kanoniek onderzoek, Oostakker, .
- A. Delcour, Un grand miracle de Lourdes, la guérison de Pierre De Rudder, ou Que vaut le témoignage?, Bruxelles, chez l’auteur, (1re éd. 1987) (lire en ligne).
- (en) Suzanne K. Kaufman, Consuming Visions; Mass Culture and the Lourdes Shrine, Cornell University Press, (lire en ligne), p. 182-191Sur les polémiques soulevées par le cas.
- (en) Joe Nickell, « Belgian Miracles », Skeptical Inquirer, vol. 34, no 1, (lire en ligne, consulté le ).
- (en) Sam Calvin, « Assessing Evidence for Miracle Claims Beyond the New Testament », sur Academia, .
- Dr. Paul Deschepper, « Guérison spectaculaire de Pierre De Rudder, le 7 avril 1875, un rappel de cet évènement unique. », Acta Medica Catholica, no 2, (lire en ligne).
- A. Delcour, Le miracle De Rudder. Réponse au Dr Deschepper, (lire en ligne).
- (en) Caleb Jackson, « Fractured: A Historical Analysis of the Healing of Pierre de Rudder, Lourdes's Most Famous Miracle », sur Academia, .
- A. Delcour, Le miracle De Rudder. Réponse à Caleb Jackson, (lire en ligne).
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