Pile électrique de Bagdad

La « pile électrique de Bagdad » est le surnom donné à une poterie datant du IIIe siècle av. J.-C., découverte en 1936 dans un village près de Bagdad dans l'actuel Irak[1]. Cette poterie est célèbre depuis que quelques archéologues, tels que Wilhelm König (de), ont émis l’hypothèse qu’elle aurait pu servir de pile électrique. Cette thèse est largement rejetée par les spécialistes. Ces derniers proposent plusieurs théories pour expliquer l'usage de ce récipient. La mieux acceptée est celle qui défend l'idée qu’il s’agirait d'un vase conçu pour entreposer ou transporter des papyrus, similairement à d'autres récipients retrouvés dans la région dont la fonction est plus nettement identifiable.
Description

Dans les années 1930, l’archéologue autrichien Wilhelm König découvrit dans les sous-sols du musée archéologique de Bagdad une poterie de 15 cm de haut et d’un diamètre d’environ 7,5 cm. Wilhelm König pensait que cette poterie datait de l’époque de l’Empire parthe ( – ). Cependant, selon le docteur St. John Simpson du département du Proche-Orient Ancien du British Museum, le vase daterait plutôt de l’ère des Sassanides (224–).
Ce dispositif est fermé d’un bouchon en bitume qui rend malcommode l’accès au contenu[2]. Sous le bouchon est disposée une tige de fer entourée d’un cylindre de cuivre qui sont isolés à la base par un tampon de bitume. Le cylindre est soudé au fond par un alliage de plomb et d’étain.
Récipients similaires retrouvés dans la région mésopotamienne
Des récipients similaires avaient déjà été découverts et étudiés plus en détail précédemment :
Quatre récipients en argile furent mis au jour à Séleucie en 1930 sous la direction archéologique de Leroy Waterman, de l’université du Michigan. Tous quatre étaient en céramique commune non émaillée, scellés par des bouchons de bitume, et mesuraient entre 15 et 20 cm de hauteur. Trois de ces découvertes étaient disposées horizontalement, maintenues en place par quatre tiges métalliques situées aux extrémités et sur les côtés. Ces tiges mesuraient de 15 à 25 cm de long : une tige en fer par jarre, les autres en bronze. Chacune contenait un cylindre en bronze, scellé aux deux extrémités, tous trois de mêmes dimensions : 3 cm de diamètre pour 7,5 cm de longueur. Les trois cylindres renfermaient de la matière végétale : l’une réduite en poussière, une autre sous la forme d’un petit noyau étroitement enroulé, et la troisième semblant être un rouleau de papyrus replié aux extrémités. Le quatrième récipient, découvert en position verticale, contenait des fragments d’une petite bouteille en verre brisée. Des monnaies d’argent trouvées dans le même contexte suggèrent une datation sassanide[3].
En 1931, une expédition de fouilles germano-américaine dirigée par Ernst Kühnel mit au jour six autres récipients en argile dans la ville voisine de Ctésiphon. Parmi ceux-ci se trouvaient trois récipients hermétiquement fermés, contenant respectivement un, trois et dix rouleaux de bronze enveloppés et scellés. À l’intérieur de ces enveloppes en bronze se trouvaient des fibres de cellulose déjà fortement décomposées. Un autre récipient en argile contenait trois cylindres en bronze scellés. Dans les deux autres récipients, également scellés, on a trouvé dans un cas des plaques de plomb à l’origine pur, recouvertes de carbonate de plomb ; dans l’autre, dix clous en fer fortement corrodés, sur lesquels des traces d’un matériau fibreux organique enveloppé pouvaient être détectées. Ces découvertes ont elles aussi été datées de la fin de la période sassanide[4].
Hypothèse d'une pile électrique
Les éléments manquants pour que cette « pile » antique fonctionne sont les fils pour la brancher et de l’acide pour la réaction. Une telle pile peut fonctionner avec du jus de fruit à la place de l’acide (le jus de fruit contenant généralement de l’acide) ou de l’eau salée[5].
Cependant, suivant les tests effectués sur des reconstitutions, les chercheurs ont obtenu des tensions électriques très faibles allant de 0,5 à 1 volt[réf. nécessaire]. Pour l’intensité du courant qu’une telle pile pourrait produire, il semble qu’il soit très faible, une expérience ayant donné par exemple seulement 24 µA lorsque branché à une résistance de 1 kΩ[6].
Remises en cause scientifique de l'hypothèse
La patine bleue retrouvée sur le cylindre de cuivre est caractéristique de la galvanoplastie à l’argent (à l’instar de certains sels métallifères — carbonate et le sulfure de plomb ou le sulfure d’antimoine présent dans la composition du khôl — les sels d’argent étaient connus pour leurs propriétés antiseptique et antibactérienne),[pas clair] tout comme de l’oxydation du cuivre. On peut émettre la théorie que ces « piles » auraient pu être utilisées pour plaquer des objets avec des métaux précieux[7]. Cette hypothèse serait conforme à la découverte de bijoux dorés par catalyse. Cependant le dépôt d’or ne nécessite pas d’avoir recours à la galvanoplastie : il peut être réalisé mécaniquement par placage de fines feuilles de métal, une technique très bien maîtrisée à l’époque. Qui plus est, la dorure par électrolyse[8] supposerait que l’on ait disposé dès l’Antiquité de sels d’or en solution avec une concentration suffisante, ce qui est fortement improbable[5].
Ainsi, les archéologues restent divisés sur l’utilisation réelle de l’objet : même si plusieurs expériences ont prouvé que celui-ci pouvait produire un courant électrique, le très faible rendement de celui-ci ainsi que certains détails (absence de fils électriques pour le brancher, fermeture hermétique du vase, niveaux de connaissances à cette époque) plaident contre l’hypothèse de l’utilisation du dispositif en tant que pile[5],[6].
Autres hypothèses
Pendant l'entre-deux-guerres, des archéologues suggèrent que les vases découverts en Irak seraient plutôt des récipients destinés au transport de petits rouleaux de papyrus[9].
En 2001, Allan Mills proposa une hypothèse originale mais compatible avec le mode de vie des anciens propriétaires de ce dispositif, en soulignant comment il aurait pu servir à réparer les trous dans des outres faites de peau de mouton (qui étaient très précieuses lors des traversées des déserts). La tige de fer pointue, chauffée au feu, permet de fondre un peu de bitume et de l’appliquer afin de rendre étanche à nouveau l’endroit où l’outre est percée[6].
Notes et références
- ↑ (de) Wilhelm König, « Ein Galvanisches Element aus der Partherzeit? », Forschungen und Fortschritte, vol. 14, , p. 8–9.
- ↑ Ce dispositif, si utilisé comme pile, rendrait le remplacement fréquent (et nécessaire) de l’électrolyte très peu commode.
- ↑ University of Michigan Press, preliminary report upon the excavations at tel umar, iraq, (lire en ligne)
- ↑ (en) Stuart J. Fleming et Helen R. Schenck, History of Technology: The Role of Metals, UPenn Museum of Archaeology, (ISBN 978-0-924171-95-6, lire en ligne)
- Marie-Hélène Wronecki, Christine Blondel et Bertrand Wolff, « La "pile de Bagdad" : une pile électrique il y a deux mille ans ? », sur @. Ampère et l'histoire de l'électricité, CNRS, (consulté le ).
- (en) Allan A. Mills, « The ‘Baghdad Battery’ », Bulletin of the Scientific Instrument Society, no 68, , p. 35–37 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Claire König, « L’argent et l’histoire : quelques pistes de recherche contemporaine : Les piles électriques de Bagdad, mystère ou mystification ? », sur Futura-Sciences, (consulté le ).
- ↑ La dorure doit bien être distinguée de l’argenture en raison des propriétés chimiques des deux éléments. La découverte de vases de cuivres plaqués d’argent vieux de plus de 2 500 ans n’a probablement aucun rapport avec la dorure par électrolyse. L’argenture est réalisée par une réaction chimique dite « réaction de Tollens ».
- ↑ Marie-Hélène Wronecki, Christine Blondel et Bertrand Wolff, « La prétendue “pile” de Bagdad : une pile électrique il y a deux mille ans ? », Ampère et l’histoire de l’électricité, CNRS, mythes et légendes de l’électricité et du magnétisme, (lire en ligne, consulté le ).
Annexes
Bibliographie
- (en) Gerhard Eggert, « The enigmatic ‘Battery of Baghdad’ », Skeptical Inquirer, vol. 20, no 3, , p. 31–34.
Articles connexes
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