Polygamie au Niger

La polygamie au Niger est reconnue par le droit coutumier[1]. Aujourd'hui, on estime que plus d'un tiers des femmes nigériennes vivent dans des unions polygames[1],[2].

La pratique se situe au carrefour de coutumes séculaires, de principes religieux et de nouvelles dynamiques sociales, soulevant de multiples débats au sein de la société contemporaine face aux défis de la modernité.

Statistiques et démographie

Les dynamiques matrimoniales au Niger s'inscrivent dans un contexte démographique particulier. Selon les statistiques nationales de 2012, la population nigérienne présentait une légère majorité féminine (50,6 % de femmes contre 49,4 % d'hommes). Dans ce contexte, l'âge moyen au premier mariage est particulièrement précoce : il se situe entre 16 et 17 ans pour les filles, contre 19 à 20 ans pour les garçons. Près de 40 % des femmes nigériennes vivent au sein d'un foyer polygame[3].

Historique

Avant la colonisation, la polygamie était largement acceptée et souvent pratiquée pour des raisons sociales, économiques et religieuses. Avec l'avènement du colonialisme français au début du 20e siècle, des tentatives de réglementation de la polygamie ont été faites, mais elle est restée profondément enracinée dans la société. Aujourd'hui, bien que la polygamie soit légale, elle est sujette à des réglementations établies par le gouvernement nigérien[4].

Débats politiques contemporains

Bien que la polygamie soit profondément ancrée dans les traditions et la religion, la pratique fait l'objet de vifs débats au sein même de la société nigérienne et jusqu'au plus haut sommet de l'État.

En , à l'occasion de la journée de la femme nigérienne, le président de la République Mohamed Bazoum a publiquement critiqué certaines formes de polygamie pratiquées dans le pays, relançant ainsi le débat national sur la question. Il a notamment déclaré : « Je ne dis pas que la polygamie est quelque chose à interdire. Mais une certaine polygamie est une mauvaise chose. Et vous pensez qu'on ne doit pas en parler ? Ma responsabilité, c'est d'en parler et je prends le risque de le dire et je l'assume »[5].

Législation

Le mariage est un contrat et la polygamie est contenue dans le droit musulman. Dans les versets numéro 3 de la sourate 4 « Les femmes », il est écrit qu'il est permis d’épouser deux, trois ou quatre femmes à condition d’être juste envers elles[6]. Toutefois, des érudits et responsables religieux locaux rappellent que réaliser cette équité parfaite, exigée par les textes, s'avère très difficile, voire impossible dans la société moderne[3].

Sur le plan de l'état civil, au lendemain de son indépendance, le Niger n'a pas adopté de code de la famille unifié, laissant subsister une pluralité de statuts juridiques. Le cadre légal du mariage est donc marqué par la coexistence entre le droit coutumier et le droit écrit[7].

Dans ce système, le régime polygamique constitue la norme de droit commun s'appliquant par défaut. Toutefois, la loi nigérienne du (article 53) permet aux futurs époux d'opter pour le régime de la monogamie en se plaçant volontairement sous l'empire du droit écrit (hérité du Code civil français d'avant l'indépendance). Ce choix en faveur de la monogamie doit résulter d'un commun accord entre les parties ou d'une renonciation non équivoque à la coutume, notamment lorsque les époux décident de faire constater leurs actes selon les formes prévues par la loi écrite[7].

Par ailleurs, en raison de la diversité des coutumes au Niger, la loi a prévu des règles spécifiques pour résoudre les conflits interpersonnels : en matière de mariage et de divorce, c'est la coutume de l'épouse qui prévaut juridiquement si celle-ci est de nationalité nigérienne (dans le cas contraire, la coutume du mari s'applique). Enfin, si la coutume applicable s'avère silencieuse ou obscure sur un point précis, les juridictions nigériennes s'en remettent au droit écrit[7].

Justifications

Le marché matrimonial

La polygamie est souvent perçue comme une alternative au célibat. La rareté du mariage et l'augmentation du nombre de femmes célibataires pousse parfois à accepter de devenir la deuxième ou troisième épouse par nécessité[3].

Arguments moraux et médicaux

Certains défenseurs de cette pratique estiment qu'elle permet d'éviter l'infidélité, de prévenir les naissances hors mariage et de limiter la propagation des maladies sexuellement transmissibles.

Des spécialistes locaux de la santé encouragent la pratique en affirmant qu'elle réduirait les risques de cancer de la prostate chez l'homme[3].

Conséquences et controverses

Violences conjugales

Selon l'ONG Femmes et Enfants Victimes de Violences Familiales, les foyers polygames peuvent constituer un environnement propice aux violences conjugales, qu'elles soient de nature physique ou morale. Dans un contexte où le poids des traditions est fortement ancré, la stigmatisation sociale et la pression communautaire contraignent de nombreuses femmes victimes à subir ces situations en silence. Des analyses sociologiques soulignent par ailleurs que l'émergence de ces violences est souvent exacerbée par le manque de moyens financiers et par des déficits de communication au sein des familles[3].

Tensions familiales

La polygamie complique la gestion des foyers et engendre fréquemment des conflits entre coépouses, des problèmes de jalousie, des litiges liés à l'héritage, ainsi que le recours au charlatanisme et au maraboutage[3].

Impacts démographiques

Sur le plan démographique, des études menées en Afrique de l'Ouest, notamment par le Population Reference Bureau (PRB), montrent que la structure matrimoniale a une influence complexe sur la fécondité et la vie familiale. Contrairement à certaines idées reçues, les données à l'échelle régionale révèlent qu'il n'y a pratiquement pas de différence significative du niveau global de fécondité entre les femmes en union polygame et celles vivant dans des foyers monogames[2].

Toutefois, au sein même des foyers polygames, des disparités importantes existent : le niveau de fécondité d'une femme tend à diminuer en fonction de son rang d'épouse (la première épouse ayant généralement plus d'enfants que les suivantes) et à mesure que le nombre de coépouses augmente dans le ménage[2].

La structure matrimoniale a également une incidence directe sur la santé reproductive et l'utilisation de la contraception. Les données de l'Enquête démographique et de santé (EDS) de 2012 montrent une différence marquée selon le type de mariage : au Niger, 20 % des femmes en union monogame utilisent une méthode de planification familiale, contre seulement 10 % des femmes vivant en union polygame[2].

Notes et références

  1. « Niger:Family Code » [archive du ] (consulté le )
  2. (en-US) « La Polygamie en Afrique de l’Ouest : Ses impacts sur la fécondité, les intentions de fécondité et la planification familiale », sur Population Reference Bureau, (consulté le )
  3. Super User, « La Polygamie au Niger : Tradition, Défis et Perspectives », sur Nigerdiaspora, (consulté le )
  4. Georges Courade, L'Afrique des idées reçues, Éd. Belin, coll. « Mappemonde », (ISBN 978-2-7011-4321-7)
  5. « Polygamie au Niger : « La polygamie est venue pour résoudre des problèmes sociaux » », sur BBC News Afrique, (consulté le )
  6. « Polygamie à Niamey : Polygamie ou souffrance en silence des femmes au foyer ? », sur Nigerdiaspora, (consulté le )
  7. Pascal de Vareilles-Sommières, « La polygamie dans les pays d'Afrique subsaharienne anciennement sous administration française (aspects juridiques comparatifs et internationaux) », Revue Européenne des Migrations Internationales, vol. 9, no 1,‎ , p. 143–159 (DOI 10.3406/remi.1993.1055, lire en ligne, consulté le )
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