Pompes Funèbres

Pompes Funèbres
Auteur Jean Genet
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur À Bikini
Date de parution 1947
Chronologie

Pompes funèbres est un roman de Jean Genet, publié en 1947. Il est dédié à son amant Jean Decarnin, résistant communiste mort à la Libération. Il s'agit d'un texte qui joue avec les codes de l'autofiction, présentant le narrateur comme Jean Genet et tous les faits relatés comme réels.

Résumé

Le texte prend d'abord la forme d'une ode à l'amant décédé, qui oscille entre souvenirs de leurs amours et méditations sur la mort. Comme souvent chez Genet, cette narration est entrelacée d'autres histoires : les vies de la mère et du frère de Ducarnin entrent en collision avec l'érotisme d'un soldat allemand, Erik, érotisé comme un surmâle tout en représentant tout ce contre quoi s'est battu le résistant. Riton est un adolescent milicien, qui attire le narrateur et séduit Erik ; il apparaît parfois comme un objet de désir pour Genet, parfois comme un moyen de se projeter dans une trahison ultime de la mémoire de son amant mort en vivant des relations avec Erik au travers de Riton. De la même manière, Paulo finit par être mené à Hitler lui-même, qu'il finira par sodomiser, dans un passage ou Hitler et le narrateur se mêlent comme s'ils n'étaient qu'une seule et même personne[1].

Personnages

  • Jean Ducarnin, personnage central, résistant communiste décédé avant le début du récit
  • Gisèle, la mère de Jean, qui protège et couche avec Erik
  • Erik Seiler, tankiste berlinois
  • Paulo, le frère de Jean, qui a une vingtaine d'années
  • Riton, un milicien de dix-sept ans
  • Juliette, la bonne de la maison, qui a eu une fille décédée au bout de quelques jours (on ne sait pas vraiment si Jean ou un Capitaine était le père)
  • Hitler, mutilé et homosexuel, décrit comme une "vieille tante"

Thématiques et débats

Le texte invite le lecteur à interroger la notion de deuil et les réactions qu'un décès provoque. Genet se pose la question de la fidélité émotionnelle et sexuelle qu'il doit à son amant, et la travaille dans une perspective morale et sprituelle[2]. Plus que tromper la mémoire de Jean, le narrateur veut trahir, détruire leur histoire en désirant les personnes qui ont causées sa mort. Ainsi Riton apparaît lorsque le narrateur voit un milicien au cinéma et se dit qu'il pourrait s'agir du milicien qui a abattu son amant. Toutes les aventures sexuelles de l'adolescent agissent comme tant de manière de trahir et de salir l'histoire d'amour dont le narrateur ne peut se remettre[3].

De nombreuses lectures ont été faites de Pompes Funèbres comme d'un roman antisémite ou pro-nazi[4]. Cependant, lorsqu'on replace l'oeuvre dans le contexte de sa publication et dans la bibliographie de Genet, force est de constater qu'il s'agit d'une lecture réductrice[5]. Si le débat sur l'antisémitisme de Genet n'est pas terminé et ne le sera probablement jamais, l'oeuvre ne peut être lue comme telle sous prétexte qu'elle met en scène des passages pornographiques impliquant Hitler. Comme l'écrit Jean Cocteau dans son journal le à propos du livre :

« C’est le génie même. Et d’une liberté si terrible que l’auteur se met hors d’atteinte, assis sur quelque trône du diable dans un ciel vide où les lois humaines ne fonctionnent plus (deviennent comiques). Instinctivement, plus que volontairement (les deux se mêlent), il adopte la position la plus odieuse[6]

Bibliographie

  • Jean-Christophe Corrado, « Les amours d'Hitler et de Jeanne d'Arc : les représentations sexualisées de la France et de l'Allemagne dans Pompes Funèbres de Jean Genet », Itinéraires. Littérature, textes, cultures, nos 2019-2 et 3, (ISSN 2100-1340, DOI 10.4000/itineraires.6462, lire en ligne [archive])
  • Melina Balcázar Moreno, « Des traces et des spectres, lecture de Pompes Funèbres de Jean Genet », Études françaises, vol. 44, no 1, 2008, p. 147–161 (ISSN 0014-2085 et 1492-1405, DOI 10.7202/018168ar, lire en ligne [archive])
  • René de Ceccatty, « Jean Genet antisémite ? Sur une tenace rumeur », Critique, vol. 714, no 11, 2006, p. 895–911 (ISSN 0011-1600, DOI 10.3917/criti.714.0895, lire en ligne
  • Benoît Denis, « Chapitre VII. Amour tordu de la patrie : Jean Genet, Pompes Funèbres (1948), dans Sexe et pouvoir dans la prose française contemporaine, Presses universitaires de Liège, coll. « Situations », 2015, 97–108 p. (ISBN 978-2-8218-9638-3, lire en ligne [archive])

Références

  1. Jean Genet, Pompes funèbres, Gallimard, coll. « L' imaginaire », (ISBN 978-2-07-027919-7)
  2. « Des traces et des spectres : une lecture de Pompes funèbres de Jean Genet – Études françaises », sur Érudit (consulté le )
  3. Jacques Dubois, « Genet en Pléiade : romans et poèmes, un retour aux originaux », sur DIACRITIK, (consulté le )
  4. Ivan Jablonka, « Retrouver Genet », La Vie des idées,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. René de Ceccatty, « Jean Genet antisémite ? Sur une tenace rumeur », Critique, vol. 714, no 11,‎ , p. 895–911 (ISSN 0011-1600, DOI 10.3917/criti.714.0895, lire en ligne, consulté le )
  6. « Pompes funèbres », sur Jean Cocteau unique et multiple (consulté le )
  • icône décorative Portail de la France
  • icône décorative Portail de la littérature