Porte-avions sous-marin

Un porte-avions sous-marin (ou sous-marin porte-avions) est un type de sous-marin équipé avec des avions, typiquement des hydravions à voilure fixe, principalement pour des missions d'observation et de reconnaissance, et dans de rares cas, d'attaque.
Les premières tentatives d'aviation sur des sous-marins datent de la Première Guerre mondiale avec des expérimentations allemandes puis britanniques. Le premier modèle de sous-marin réellement capable d'opérer un avion à proprement parler est le HMS M2 de la Royal Navy, transformé comme tel en 1925. Le premier "sous-marin porte-avions" au sens plus commun d'un "porte-avions" est le I-13 japonais, transportant des bombardiers.
La majorité de ces sous-marins ont été décommissionnés avant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne, la France et le Japon étant les seules nations à en avoir utilisé opérationnellement, avec des résultats opérationnels restant relativement faibles.
Les plus célèbres d'entre eux étaient le sous-marin français Surcouf et les sous-marins japonais de classe I-400, les plus grands sous-marins au monde jusqu'à l'avènement des sous-marins nucléaires.
Débuts (Première Guerre mondiale)

L'Allemagne fut la première nation à expérimenter avec des porte-avions sous-marins, sous l'impulsion du commandant Oberleutnant zur See Friedrich von Arnauld de la Perière du service aéronaval impérial allemand, qui commandait une unité de deux hydravions de reconnaissance Friedrichshafen FF.29 à Zeebruges. L'un des premiers U-Boot à arriver à la base de Zeebruges fut le SM U-12 du Kapitänleutnant Walter Forstmann, qui devait jouer le rôle de porte-avions sous-marin. Lors de ces premiers essais, l'avion été simplement fixé sur le pont du sous-marin, sans protection, forçant donc le sous-marin à resté immergé ou semi-immergé sous peine de perdre l'avion.
Après plusieurs succès opérationnels limités contre les iles britanniques dès 1915, et un raffinement du concept et de ses potentiels usages militaires, deux avions furent conçus dans ce rôle spécifique, les Hansa-Brandenburg W.20 et LFG V-19. Il devaient être équipé à bord de nouveaux "croiseurs sous-marins", ces dernier n'ayant jamais été construit suite à la fin de la Première Guerre mondiale.
Les britanniques expérimentèrent également le concept de sous-marin porte-avions lorsque le HMS E22 fut équipé de manière similaire au sous-marin allemand, mais dans le but d'intercepter les dirigeables allemands traversant la mer du Nord. Il était capable de lancer deux hydravions Sopwith Tabloid en 1916. Cependant, tout comme lors de l'expérience allemande, les avions étaient transportés sans protection sur le pont et le sous-marin ne pouvait pas s'immerger sans les perdre.
Entre-deux-guerres et Seconde Guerre mondiale
Allemagne
La Kriegsmarine a commencé à développer des sous-marins capables de lancer des avions et a commandé quatre très grands "croiseurs U-Boots" au début de 1939. Ces sous-marins devaient être deux fois plus grands que n'importe quel U-Boot existant et devaient avoir un équipage de 110 hommes, tout en transportant un hydravion Arado Ar 231, mais ils ont été annulés la même année au début de la guerre.
Bien qu'il ne s'agisse pas d'un avion à proprement parler, certains sous-marins étaient équipés du Focke-Achgelis Fa 330 Bachstelze. Il s'agissait d'un autogyre planeur tracté derrière les sous-marins allemands pendant la Seconde Guerre mondiale qui permettait à un observateur de voir plus loin, servant au repérage des cibles. On les retrouve notamment dans les U-boot type IX D2.
États-Unis

Les États-Unis ont commencé à étudier ce concept en 1922, lorsque deux hydravions Caspar U.1 ont été achetés à l'Allemagne pour évaluation à la base navale d'Anacostia. L'un d'eux a été perdu lors d'un vol d'exposition en 1923, mais ces appareils ont fourni des informations techniques utiles.
La Marine américaine commanda six Cox-Klemin XS-1 et six Martin MS-1, de petits hydravions facilement démontables. Ils furent testés à bord du sous-marin S-1 en octobre et . Plus tard, Cox-Klemin construisit le modèle amélioré XS-2 et Loening le XSL, mais la marine s'était alors désintéressée du concept[1],[2].
Des problèmes de lancement et de récupération de l'appareil, ainsi que sa valeur militaire limitée, firent décliner l'intérêt pour le concept. L'annonce du naufrage du sous-marin britannique M2 lors d'essais en 1933, ainsi que les dommages causés au XSL[3] lors d'essais dans les eaux abritées de l'Anacostia, mirent fin au développement de la marine américaine.
France

Le Surcouf était un "croiseur sous-marin" français commandé en , lancé le et mis en service en . Avec un déplacement de 4 000 tonnes (3 600 tonnes) en plongée, le Surcouf était alors le plus grand sous-marin du monde jusqu'à l'arrivée des sous-marins de Type Sentoku japonais. Il était équipé d'un hydravion Marcel Besson MB-411, qui était stocké démonté dans un hangar à l'arrière du pont, et devant être assemblé et gruté sur l'eau pour être déployé, le Surcouf ne disposant pas de catapulte[4]. Cet avion servait à reconnaissance ainsi que pour le guidage d'artillerie des canons du sous-marin.
Italie
À la fin des années 1920, la Marine royale commanda l'Ettore Fieramosca, un sous-marin doté d'un hangar étanche pour un petit hydravion de reconnaissance. En 1928, Macchi et Piaggio reçurent chacun des commandes pour des appareils adaptés, ce qui donna naissance aux Macchi M.53 et Piaggio P.8. Cependant, le programme fut annulé et le hangar du sous-marin fut démonté en , avant la livraison de l'Ettore Fieramosca.
Japon


La Marine impériale japonaise a développé plus de sous-marins porte-avions que toute autre marine, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Au total, 42 tels sous-marins ont été construits (d'autres sources en mentionnent 47). Bien que d'autres marines aient expérimenté les sous-marins porte-avions, seule la Marine impériale japonaise en employa pendant la Seconde Guerre mondiale (à l'exception du Surcouf français). Ils n'eurent que peu d'impact sur le cours de la guerre, même si deux d'entre eux ont été utilisés pour mener des attaques (dont une aérienne) contre le territoire continental des États-Unis.
Ils étaient presque tous équipés d'un seul hydravion pour la reconnaissance, soit un Watanabe E9W, un Yokosuka E6Y ou un Yokosuka E14Y. Les seules exceptions étaient les sous-marins de Type Junsen A Mod.2 et Type Sentoku, qui transportaient respectivement deux ou trois bombardiers Aichi M6A Seiran. Tous, à l'exception du premier (I-5), possédaient une catapulte fixe et un ou plusieurs hangars, généralement situés sur le pont avant.
Sous-marins construits:
- Type Junsen I Mod. (un construit, I-5)
- Il s'agissait du premier sous-marin de la Marine impériale japonaise à transporter un hydravion, achevé le . Il n'était pas équipé de catapulte, l'avion était assemblé sur le pont et mis à l'eau pour le décollage. Il possédait deux hangars.
- Type Junsen II (un construit, I-6)
- Transportait un hydravion
- Type Junsen II (deux exemplaires construits, I-7, I-8)
- Transportaient un hydravion, étaient équipés d'une catapulte fixe à l'arrière et de deux hangars. L'I-8 fut le seul sous-marin à effectuer un voyage aller-retour entre le Japon et l'Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Type Junsen A (trois construits, I-9, I-10, I-11)
- Transportaient un hydravion, deux autres sous-marins ont été annulés en 1942.
- Type Junsen A Mod.1 (un construit, I-12)
- Transportait un hydravion, et était équipé d'un hangar et d'une catapulte à l'avant.
- Type Junsen A Mod.2 (deux construits, I-13, I-14)
- Transportaient deux hydravions, lancés par catapulte à l'avant, et a servi de modèle au Type Sentoku. Deux autres exemplaires n'ont pas été achevés et trois autres ont été annulés.
- Type Junsen B (vingt construits, numérotés de I-15 à I-39)
- Transportaient un hydravion, un hangar et une catapulte installés à l'avant. L'I-25 fut le seul sous-marin à avoir bombardé (au canon) le territoire continental des États-Unis.
- Type Junsen B Mod.1 (six construits, numérotés de I-40 à I-45)
- Transportaient un hydravion, un hangar et une catapulte installés à l'avant. Les numéros 702 à 709 ont été annulés.
- Type Junsen B Mod.2 (trois construits, I-54, I-56, I-58)
- Transportaient un hydravion, un hangar et une catapulte à l'avant. 12 autres exemplaires furent annulés. Le I-58 a vu son avion et sa catapulte remplacés par des Kaiten.
- Type Sentoku (trois construits, I-400, I-401, I-402)
- Ils transportaient trois hydravions, lancés par catapulte à l'avant. Ils étaient spécialement conçus pour lancer des bombardiers hydravions, notamment contre le canal de Panama. Deux d'entre eux n'ont pas été achevés et les autres ont été annulés.
Royaume-Uni
Après la perte du sous-marin lourdement armé HMS M1 et la signature du traité naval de Washington qui limitait l'armement des navires autres que les navires de ligne, les sous-marins restants de la classe M furent convertis à d'autres usages. En 1927, le HMS M2 entra en service avec un hangar étanche pour un hydravion Parnall Peto à ailes repliables, qui pouvait être mis à l'eau et récupéré à l'aide d'une grue. En , il fut équipé d'une catapulte hydraulique permettant de lancer l'hydravion depuis une rampe située sur le pont avant. Le sous-marin et son avion pouvaient ainsi assurer des missions de reconnaissance en avant de la flotte, plongeant en cas de menace[5]. Le HMS M2 fut lui-même perdu en 1932, la Royal Navy abandonnant alors le concept.
Après-guerre

Après le Seconde Guerre mondiale, plusieurs concepts de sous-marins porte-avions furent envisagés, mais sans jamais aboutir.
En 1947, les sous-marins de classe Balao USS Sealion et USS Perch furent transformés en « transports sous-marins », avec un hangar pour LVT et une plateforme pour hélicoptères, d'où des essais d'opérations héliportées furent menés en 1956[6]. Le hangar et la plateforme furent ensuite retirés et les sous-marins désarmés dans les années suivantes.
La marine américaine proposa également plusieurs projets de véritables porte-avions sous-marins, prévoyant en 1946 la désignation de "SSV", et devant opérer des XA2J Super Savag et F2H Banshee, soit des avions embarqués conventionnel et non plus des hydravions, le tout depuis des hangars étanches et des rampes de lancement, le tout résultant en un navire de plus de 34000 tonnes (soit plus n'importe quel sous-marin du XXe siècle). Le concept fut revue à la baisse en 1952, ne devant alors transporter que trois hydravions XF2Y Sea Dart, mais tout ces projets n'aboutirent jamais[7].
Les derniers concepts de "sous-marins porte-avions" se tournent désormais vers de nouveaux moyens, notamment le déploiement de drones.
Voir également
Références
- ↑ "New Fold Plane For Submarines", February 1931, Popular Science bottom of page 33
- ↑ "Airplane Folds Into Tube To Fit Submarine" Popular Mechanics, April 1931 page 535
- ↑ "Plane Folds To Fit Space In Submarine" Popular Science, June 1933, bottom of page 14
- ↑ Vice-Amiral Roger Vercken, Histoire succincte de l'aéronautique navale, Armées, ARDHAN, , 173 p. (ISBN 2-9507663-0-7), p. 31
- ↑ Flightglobal Archive – Aviation History – Flight, July 31, 1931 (pp. 759–763)
- ↑ (en) Thomas Newdick, « USS Sealion Was The Navy's Unique Helicopter-Accommodating Submarine », sur The Drive,
- ↑ Norman Friedman, U.S. Submarines Since 1945: An Illustrated Design History, Annapolis, Maryland, United States Naval Institute, , 178–182, 262–263 (ISBN 1-55750-260-9)
Bibliographie
- Dorr Carpenter, Dorr B. & Polmar, Norman Submarines of the Imperial Japanese Navy (1986, Conway Maritime Press)
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