Poste de commandement Jupiter

Le poste de commandement Jupiter (ou PC Jupiter en forme abrégée) est une structure se situant dans le bunker du palais de l'Élysée à Paris, siège de la présidence française, sous l'aile Est.

Description

Ce poste de commandement situé à 70 mètres sous terre et d'une surface de 280 m2[1] est équipé de moyens de communications et de protection pour permettre au président de la République française et à ses conseillers de gérer les situations de crise et de pouvoir rester en contact en toutes circonstances avec les autres entités gouvernementales, les centres de commandement militaire et les gouvernements étrangers.

La propagande de la guerre froide a longtemps rapporté que la profondeur du bunker était de 70 m (profondeur nécessaire pour résister à une frappe nucléaire directe), ce qui serait inexact (plutôt 8 à 10 m)[2].

Accessible depuis une porte commune semblable à celle « d’une cave de maison bourgeoise » au rez-de-chaussée de l’aile est du palais, près de l’ancienne chapelle dans le couloir des officiers, une première volée de marche avec une fenêtre donnant sur la cour est, avec une première porte blindée donnant sur un palier où se tiennent des étagères pour y déposer tous les appareils numériques (téléphones mobiles, montres connectées…). Un second escalier étroit, surmonté d’un portrait du général de Gaulle (initiateur du programme nucléaire français), amène aux portes blindées puis au long couloir composant le bunker.

Trois autres sorties de secours sont prévues dont un accès amenant aux appartements privés du Président[3].

Le PC Jupiter s'ouvre par une porte blindée, les murs y étaient gris fer, avec une moquette bleue[4] mais le lieu a été rénové sous Emmanuel Macron pour être essentiellement blanc et lumineux. Seules les portes blindées sont restées d’origine, avec néanmoins une teinte blanche pour celle donnant sur le long couloir de l’abri[réf. nécessaire].

Le PC fait « cage de Faraday » : les discussions qui y ont lieu ne sont donc pas interceptables. Ce bunker serait prévu pour résister à une attaque nucléaire si celle-ci n’a pas un impact direct sur l’abri.

Lieu exigu détesté de la plupart des présidents, il s’est montré problématique lors des Conseils de défense Covid en raison de la proximité physique des intervenants. Depuis 2026, la salle Vega (du nom de code donné au président depuis 2017) a été aménagée au deuxième sous-sol à la place de l’ancienne salle de cinéma qui avait été créée par Georges Pompidou mais que le couple présidentiel Macron n’utilisait plus. Cette salle sécurisée permet d’accueillir les nouveaux conseils avec plus d’espace, plus de participants, avec une grande hauteur de plafond et les derniers moyens de protection et de communication sécurisée. Le PC Jupiter reste en fonction en tant que Poste de commandement alors que la salle Vega est plutôt consacrée aux gestions de crise, à l’instar de celle du ministère de l’Intérieur[5].

Histoire

À l'origine, le bunker fut construit pour le président Albert Lebrun sous l'aile Est du palais en 1940, durant la drôle de guerre[6].

Se rendant compte que les outils permettant le déclenchement de l'arme nucléaire étaient dans une armoire en fer au rez-de-chaussée de l’Élysée, Valéry Giscard d'Estaing installe en 1978 dans l'ancien abri anti-aérien le « Poste de commandement Jupiter »[7]. La pièce est reliée au centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) de l'État-Major des Armées, situé à la limite sud-ouest de la capitale. Le président peut accéder au PC depuis ses appartements privés grâce à un escalier dérobé[8].

Ce poste de commandement comprend plusieurs bureaux, dont un pour le président[9], une salle de réunion ainsi que le système de déclenchement de la force de dissuasion nucléaire française[10]. Il dispose de deux petites consoles numériques et deux grands écrans de télévision au mur[4].

De multiples opérations extérieures sont lancées par le président de la République depuis le PC Jupiter. C'est par exemple de là que le président François Mitterrand lance l'opération « Brochet » visant à attaquer une formation pro-iranienne en représailles de l'attentat du Drakkar[11].

Il a été rénové en 1969, puis en 2015[réf. souhaitée].

Sous la présidence d'Emmanuel Macron, c’est depuis ce poste de commandement que la participation française à l'opération militaire en Syrie a été dirigée[12]. Le bunker de l’Élysée a été le lieu de nombreux conseils de défense durant la crise sanitaire de 2020[13].

Il est de nouveau utilisé le lors d'un conseil de défense concernant l'invasion de l'Ukraine par la Russie[14].

Procédures

L'investiture du président nouvellement élu comporte la « présentation de la posture » des forces nucléaires, dans le PC Jupiter. Le fonctionnement du PC et de la force nucléaire est expliqué au nouvel élu. Le président assiste à ce cérémonial en principe seul, mais peut être accompagné d'un de ses plus proches collaborateurs[4].

Les Conseils de défense et de sécurité se tiennent chaque semaine dans le PC Jupiter[15].

À une date inconnue a été créée la sacoche nucléaire française, qui se veut être un PC Jupiter portatif, pour les situations où le président de la République ne peut pas se rendre au PC Jupiter.

Différentes vidéos montrent des éléments du bunker et des procédures : de nombreux reportages des chaînes d'informations sous Emmanuel Macron, le documentaire L'Europe, le Président et la Guerre de Guy Lagache avec un plan séquence de la descente d'Emmanuel Macron jusqu'à la salle de réunion du bunker ; la célèbre visite lors d'un exercice avec le président Valéry Giscard d'Estaing ; le documentaire Les Hommes du Président avec la descente de deux miliaires au PC Jupiter pour un test et enfin un reportage sous François Mitterrand avec une entrée par une autre porte que celle visible dans les autres extraits (peut-être celle derrière la porte « Abri » au bas de l’escalier dérobé, qui mène aux appartements et visible dans le reportage Giscard, puisqu’elle n’est pas celle par laquelle il descend dans la vidéo, préférant celle du couloir des officiers)[16],[17],[18].

Dans la culture

Le PC Jupiter est mentionné dans différentes œuvres dont[19] :

  • Le Chant du loup, film d’Antonin Baudry (2019)
  • Baron Noir, série de 2016 toujours en cours de production pour Canal +, pour laquelle un PC Jupiter a été reconstruit en studio[20].

Notes et références

  1. « Nucléaire : Depuis 1969, la France joue une « Redoutable » et dissuasive partie de poker », sur Le Canard enchaîné, (consulté le )
  2. Olivier Véran, Par-delà les vagues: journal de crises au coeur du pouvoir, Robert Laffont, (ISBN 978-2-221-26253-5)
  3. France 2 - INa, « Passation des codes nucléaires »
  4. Jean Guisnel, Le président et la bombe : Jupiter à l'Élysée, Odile Jacob, dl 2016, cop. 2016, 330 p. (ISBN 978-2-7381-3387-8 et 2-7381-3387-8, OCLC 951250550).
  5. « « Clairement plus fonctionnelle » : Vega, la nouvelle salle de crise de l’Élysée », sur leparisien.fr, (consulté le )
  6. Catherine Monin, « Les lieux cachés de l’Élysée », La Croix,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. Valéry Giscard d'Estaing, Le pouvoir et la vie, vol. 2 : L'affrontement, Paris, France Loisirs, , 486 p. (ISBN 2-7242-6683-8 et 978-2-7242-6683-2, OCLC 463469230).
  8. Vincent Nouzille, Les tueurs de la République : assassinats et opérations spéciales des services secrets : document, Paris, J'ai lu, dl 2016, 408 p. (ISBN 978-2-290-12212-9 et 2-290-12212-2, OCLC 957659468).
  9. « Découvrez la pièce secrète de l'Élysée », sur lalsace.fr, (consulté le ).
  10. Romain Rosso, « À Paris, dans les coulisses du pouvoir militaire », sur L'Express, (consulté le ).
  11. Pierre Favier, La décennie Mitterrand : 1984-1988, vol. 2 : Les épreuves, Paris, Éditions Points, dl 2016, cop. 1991, 962 p. (ISBN 978-2-7578-5799-1 et 2-7578-5799-1, OCLC 941084320).
  12. « RÉCIT. Frappes en Syrie : vers minuit, Macron est descendu au PC Jupiter », sur Ouest-France, (consulté le ).
  13. « Le « PC Jupiter », le bunker de l’Elysée qui abrite les conseils de défense », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  14. « Guerre en Ukraine : « Un message de soutien très ferme » aux Ukrainiens lors du Conseil de défense national », Sud Ouest,‎ (ISSN 1760-6454, lire en ligne, consulté le ).
  15. Jean Guisnel, Histoire secrète de la DGSE, Paris, Robert Laffont, 378 p. (ISBN 978-2-221-24028-1 et 2-221-24028-6, OCLC 1127907429).
  16. [vidéo] « PC Jupiter : reportage sur le commandement et le secret défense de la France | INA » (consulté le )
  17. [vidéo] « Les hommes du président | INA » (consulté le )
  18. [vidéo] « La dissuasion nucléaire | INA » (consulté le )
  19. Basile St Verraut, « LE CHANT DU LOUP », sur Explication de Film, (consulté le )
  20. « Le bunker de l’Élysée recréé au Studio TSF », sur SudOuest.fr, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

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