Premier-né (judaïsme)
Le premier- né ( en hébreu בְּכוֹר bəḵōr ) est un concept important du judaïsme. Son rôle revêt une importance particulière dans la rédemption du premier-né, dans l'attribution d'une double part de l'héritage et dans l'application prophétique du terme « premier-né » à la nation d'Israël.
Étymologie et usage
La racine sémitique BKR signifie « précoce » ou « premier » dans les langues sémitiques du Proche-Orient ancien. L’ hébreu biblique contient divers verbes dérivés de la racine BKR et associés à cette signification. Le nom pluriel bikkurim (premiers fruits des légumes) dérive également de cette racine[1]. Le nom masculin bekhor ( premier-né ) est employé pour les fils, comme dans « Canaan engendra Sidon son premier-né »[2], tandis que son équivalent féminin est bekhirah (בְּכִירָה), fille première-née[3]. Dérivé de bechor, le nom qualitatif bekhorah (בְּכוֹרָה) (« droit d’aînesse ») est lié au droit d’aînesse.
Bible hébraïque
Le plus ancien récit de primogéniture connu de nos jours relate la naissance de Jacob, fils d' Isaac, en second ( « Genesis 25:26 »), et celle d'Ésaü, fils d'Isaac, en premier ( « Genesis 25:25 »). Ésaü, qui avait droit au droit d'aînesse, le céda finalement à Jacob contre une petite quantité de nourriture (« Genesis 25:31-34 »). Un transfert similaire apparaît dans « 1 Chronicles 5:1-2 HE » où, bien que la tribu de Juda l'emportât sur les autres tribus, le droit d'aînesse (la double portion de deux parts tribales) revenait néanmoins à Joseph.
Selon la loi de Moïse, le premier-né d'un père a droit à une double part de l'héritage paternel (comparativement aux autres enfants). Le « Deuteronomy 21:15-17 » interdit à un mari polygame de déclarer comme premier-né le premier fils de sa femme préférée si l'autre femme a déjà un fils aîné.
Les premiers-nés jouaient un rôle particulier dans le service sacrificiel. La Torah exige que les premiers-nés, humains et animaux, soient sanctifiés[4]. Abel offrit en sacrifice les premiers-nés de son troupeau[5], et la Torah exige que les premiers-nés du troupeau soient offerts en sacrifice[6]. Les premiers-nés humains et les premiers-nés des animaux non casher, étant impropres aux sacrifices, devaient être rachetés ; [7] les Lévites reçurent la fonction sacerdotale qui appartenait originellement aux premiers-nés[8].
Israël, premier-né de Dieu
Dans l’Exode, Moïse reçoit l’ordre de dire à Pharaon : « Ainsi parle l’Éternel : Israël est mon fils, mon premier-né[9].» La mort de Pharaon et des fils aînés des Égyptiens lors de la première Pâque est une punition directe pour avoir reconnu Israël comme son premier-né[10].
Le Second Temple et les manuscrits de la mer Morte
La conception d’Israël comme premier-né national de Dieu se retrouve dans les manuscrits de la mer Morte 1Q/4Q « Instruction », et probablement 4Q369 la « Prière d’Énosh »[11], ainsi que dans Ben Sira[12].
Judaïsme hellénistique et diasporique
Le concept de premier-né était très présent dans le judaïsme hellénistique, notamment au sein de la diaspora juive du Second Temple. Dans la Septante, Israël, puis Éphraïm, sont les prototokos (πρωτότοκος), « premier-né », de Dieu. L’emploi du terme « premier-né » est également exploité de manière figurative. Dans le Testament apocryphe d’Abraham, la maladie est personnifiée comme le prototokos, « premier-né », de Thanatos, personnification de la mort. Dans le livre de Joseph et Asenath, la princesse égyptienne convertie Asenath se prépare à épouser Joseph, le prototokos, « premier-né », du dieu d’Israël[13]. Philon d’Alexandrie commente les rites d’héritage du premier-né dans le Deutéronome, insistant fortement sur la supériorité de la loi mosaïque sur les modèles égyptiens[14].
Interprétation rabbinique
Rachat
Dans le judaïsme, les premiers-nés mâles subissent une cérémonie de « rachat », appelée pidyon haben (rachat du fils), à l'âge de 30 jours. Cette cérémonie n'est pas systématique : par exemple, si le premier enfant d'une femme est une fille, ou s'il est né par césarienne, le rachat n'est pas pratiqué pour ses fils. Lors de la cérémonie, cinq pièces d'argent sont remises à un kohen pour « racheter » le fils.
Le service du premier-né au peuple juif
À l'origine, le premier-né de chaque famille juive était destiné à servir comme prêtre au Temple de Jérusalem, au service du peuple juif. Cependant, il perdit ce rôle après le péché du veau d’or, ce privilège étant alors transmis aux descendants mâles d' Aaron[15]. Selon certains, ce rôle sera rendu au premier-né dans un Troisième Temple, lors de la venue du Messie[16]. Jusqu'à ce moment, disent-ils, le premier-né conserve d'autres obligations. Outre le fait de recevoir le double de l'héritage paternel et de devoir payer le pidyon haben ( remboursement de la dot), le premier-né est tenu de jeûner la veille de la Pâque[17] et, en l'absence de Lévite, un bechor ( agent de purification ) lave les mains du Cohen (prêtre) avant la bénédiction des Israélites.
Premiers-nés animaux
Dans la Bible hébraïque, le nom féminin pluriel *bechorot* est utilisé pour désigner les premiers-nés d'un troupeau. En hébreu rabbinique, le nom masculin * bechor* est également employé pour désigner le premier-né animal, afin d'ouvrir le ventre de sa mère. L'animal « premier-né » (en hébreu * bechor behema * בכור בהמה) figure parmi les vingt-quatre offrandes sacerdotales. Aujourd'hui, en l'absence du Temple de Jérusalem, la plupart des croyants juifs n'offrent plus les premiers-nés animaux aux Cohanim. Ils ont plutôt coutume de vendre la mère à un non-Juif avant la naissance du premier-né, puis de racheter l'animal et son petit[18].
Autres religions abrahamiques
L'importance du fils aîné au sens littéral n'est pas aussi développée dans le christianisme et l'islam que dans le judaïsme.
- Le christianisme applique le concept de premier-né à Jésus de Nazareth comme « premier-né d’entre les morts » [19], et adopte la terminologie de la Septante prototokoi (pluriel) pour décrire l’Église comme « premiers-nés »[20].
- Les érudits musulmans considèrent traditionnellement Ismaël comme le premier-né d'Abraham mentionné dans le Coran 37.103. Cependant, la loi islamique ne prévoit aucune préférence pour le fils aîné[21].
Références
- ↑ Theological Dictionary of the Old Testament 2 p121 G. Johannes Botterweck, Helmer Ringgren - 1975 Article BEKHOR, section FIRSTFRUITS
- ↑ « Genesis 10:15 HE »
- ↑ Concordance: בְּכִירָה « https://web.archive.org/web/20230413093633/https://mg.alhatorah.org/Dictionary/1067 »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?),
- ↑ « Exodus 13:2 HE », Modèle:Bibleverse-nb
- ↑ « Genesis 4:4 HE »
- ↑ « Numbers 18:17 HE »
- ↑ « Numbers 18:15 HE »
- ↑ « Numbers 8:18 HE »
- ↑ « Exodus 4:22 HE »
- ↑ « Exodus 4:23 HE »
- ↑ Religion in the Dead Sea scrolls - Page 22 John Joseph Collins, Robert A. Kugler " "firstborn son" of 4Q369 (Prayer ofEnosh)"
- ↑ The self-understanding of the Dead Sea Scrolls Community Page 97 Paul Swarup - 2006 "'show mercy to the people called by your name; Israel, whom you established as your firstborn'. Likewise in 44.23b Ben Sira alludes to the recognition that God gives an inheritance to Jacob/Israel as the
- ↑ The Old Testament pseudepigrapha and the New Testament Page 136 James H. Charlesworth - 1985 "She is prepared to marry Joseph, God's first-born son. Her new beauty is hers forever (21:4), and her parents are astounded by the change (20:5)."
- ↑ Philo, Josephus, and the Testaments on Sexuality Page 240 William Loader - 2011 "Philo then turns to the inheritance rights of the firstborn, expounding Deut 21:15-17. Unlike the biblical text which speaks simply of a loved second wife and a hated first one who produced the firstborn, Philo greatly embellishes the."
- ↑ Jerusalem Talmud, Megillah 1:11 « https://web.archive.org/web/20230413074257/https://www.sefaria.org/Jerusalem_Talmud_Megillah.1.11.2?lang=bi&with=all&lang2=en »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?),
- ↑ Sefer Or HaTorah, Parshas Mikaitz (page 688 (shin daled mem)). Sefer Halikutim Beis page 305.
- ↑ « Weekly-Halacha, Pesach 5758 - Torah.org » [archive du ] (consulté le )
- ↑ Zeʾev Grinvald Shaarei Halachah: A Summary of Laws for Jewish Living 2001 Page 384 "Firstborn male animals are one of the twenty-four gifts which were given to Kohanim. Many halachos apply to firstborn animals (e.g. one may not slaughter them, eat their meat, etc.). Today, when there is no Temple, and we do not give first-born animals to Kohanim, it is customary to sell the mother cow, sheep, or goat to a non-Jew before she gives birth to her firstborn, and then buy back the mother and the firstborn."
- ↑ The Cambridge History of Judaism: The late Roman-Rabbinic period p265 William David Davies, Louis Finkelstein, Steven T. Katz - 2006 "He is the head of the body, the church; he is the beginning, the firstborn from the dead, so that he might come to have first place in everything.... Undoubtedly this appeared to many as compromising the monotheistic faith of Judaism...."
- ↑ Three Views on the New Testament Use of the Old Testament ed. Stanley N. Gundry, Kenneth Berding - 2009 "Hebrews 12:23, however, uses the plural “firstborn ones.” "
- ↑ Theological Dictionary of the Old Testament 2 p123 G. Johannes Botterweck, Helmer Ringgren - 1975 Article BEKHOR, section FIRSTBORN "It seems reasonably certain from the material presented by Henninger that the pre-Islamic Arabs showed no preference for a firstborn son, at least as far as a right of succession was concerned. The Islamic law reflects nothing different"
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