Presse écrite en Guinée

La presse écrite en Guinée désigne l'ensemble des journaux, périodiques et publications imprimées ou issues de la presse écrite publiés en Guinée. Son histoire est liée à l'évolution politique du pays, depuis la période coloniale jusqu'à l'instauration du multipartisme au début des années 1990.

Longtemps concentrée à Conakry, la presse écrite guinéenne comprend des titres publics, des journaux privés, des publications satiriques, des journaux partisans et des médias progressivement passés au numérique.

Histoire

Période coloniale

La presse écrite apparaît en Guinée durant la période de colonisation française. Les missionnaires catholiques figurent parmi les premiers acteurs de cette presse. D'abord utilisée comme instrument d'information et d'encadrement au service de l'administration coloniale, elle devient progressivement un support d'expression politique et un outil mobilisé dans la lutte anticoloniale[1].

Entre 1945 et l'indépendance de la Guinée, proclamée en 1958, la presse participe à l'expression du pouvoir colonial, mais aussi de contre-pouvoirs politiques, syndicaux et militants. Selon Mamadou Dindé Diallo, les Guinéens entrent en contact avec les journaux durant la colonisation, avant que les élites politiques locales ne s'approprient la presse dans le cadre de la lutte anticoloniale[2].

Première République

Après l'indépendance, la liberté de la presse se restreint fortement. Le régime du parti unique met progressivement la presse sous contrôle étatique. Le journal La Liberté, publication du PDG-RDA, devient Horoya, qui s'impose comme principal organe d'information autorisé durant la Première République[3].

Cette période est marquée par la domination de la presse officielle et par l'absence d'une presse privée pluraliste.

Libéralisation des années 1990

Après la prise du pouvoir par une junte militaire en 1984, puis l'ouverture au multipartisme, la presse privée connaît un développement important au début des années 1990. La libéralisation de l'espace politique favorise l'apparition de nombreux titres indépendants ou proches de partis politiques[4].

L'Association guinéenne des éditeurs de la presse indépendante (AGEPI), créée en 1991, est l'une des premières organisations professionnelles de la presse écrite indépendante guinéenne[5].

Diffusion et économie de la presse

La diffusion de la presse écrite demeure fortement concentrée à Conakry. Les journaux sont peu distribués dans les régions, en raison de contraintes économiques, logistiques et commerciales. Il n'existe pas de filière nationale de distribution structurée de la presse écrite ; celle-ci repose souvent sur des circuits informels ou irréguliers[6].

La presse écrite guinéenne est également confrontée à la concurrence de la radio, de la télévision et des sites d'information en ligne. Plusieurs titres historiquement imprimés disposent désormais d'une présence numérique.

Liberté de la presse

La situation de la liberté de la presse en Guinée varie fortement selon les périodes politiques. Après l'ouverture des années 1990, la presse privée connaît un essor important, mais les journalistes restent exposés à des pressions politiques, économiques et judiciaires.

Depuis le coup d'État de 2021, Reporters sans frontières estime que la situation de la liberté de la presse s'est fortement détériorée en Guinée. L'organisation évoque notamment la censure de médias critiques, des restrictions visant des médias privés et des atteintes à la sécurité des journalistes[7].

En 2025, la Guinée connaît un recul important dans le classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. L'organisation la classe alors à la 103e place sur 180 pays[8].

Titres de presse

Journaux actuellement publiés ou actifs

  • Horoya, journal gouvernemental. Il bénéficie initialement du monopole des abonnements auprès des missions diplomatiques et de l'administration gouvernementale[9].
  • Le Lynx, journal satirique hebdomadaire créé en 1992[10].
  • L'Indépendant, journal indépendant créé en 1992[11].
  • L'Événement de Guinée[9].
  • L'Enquêteur, créé par Boubacar Yacine Diallo.
  • Actu-Elles.info, média créé par Aminata Pilimini Diallo.
  • Bulletin224.com, média créé par Gilbert Tounkara en 2020.
  • Dounet Magazine, magazine créé par Fatoumata Keita en 2015.

Journaux anciennement publiés

L'Espérance est un journal publié en Guinée après l'assouplissement des lois sur la presse guinéenne en 1993. Il est édité par la Croix-Rouge guinéenne. Sa publication est interrompue en 1995[12].

Presse partisane

Outre les journaux indépendants, plusieurs partis politiques guinéens ont possédé ou possèdent leur propre publication, souvent destinée à relayer leurs positions, leurs communiqués ou leurs analyses politiques[13].

Notes et références

Notes

Références

  1. ↑ Mamadou Dindé Diallo, Un siècle de journaux en Guinée : Histoire de la presse écrite de la période coloniale à nos jours, L'Harmattan, (ISBN 978-2-343-21293-7)
  2. ↑ « Un siècle de journaux en Guinée : histoire de la presse écrite de la période coloniale à nos jours », sur Google Books (consulté le )
  3. ↑ « Un siècle de journaux en Guinée. Histoire de la presse écrite de la période coloniale à nos jours, tome 2 », sur Éditions L'Harmattan (consulté le )
  4. ↑ Mamadou Dindé Diallo (thèse de doctorat présentée à l'Université Toulouse 2-Le Mirail), Un siècle de journaux en Guinée : Histoire de la presse écrite de la période coloniale à nos jours, , 514 p. (lire en ligne)
  5. ↑ « L’Association guinéenne des éditeurs de la presse indépendante (AGEPI) », sur Media Foundation for West Africa, (consulté le )
  6. ↑ Haby Niakaté, « Le système D-brouille de la presse guinéenne », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  7. ↑ « Guinée », sur Reporters sans frontières (consulté le )
  8. ↑ « Un an après l’enlèvement du journaliste Habib Marouane Camara, la presse guinéenne étouffe », sur Reporters sans frontières, (consulté le )
  9. O. Tity Faye, Guinée : chronique d'une démocratie annoncée, Trafford Publishing, , 307 p. (ISBN 978-1-4251-3344-3), p. 101-102
  10. ↑ « Le Lynx », sur Courrier international (consulté le )
  11. ↑ Mohamed Lamine Cissé, La Politique extérieure de la Guinée : les fondements, Éditions Publibook, 2012, p. 454.
  12. ↑ (en) Mohamed Saliou Camara, His Master's Voice: Mass Communication and Single-party Politics in Guinea Under Sékou Touré, Africa World Press, (ISBN 978-1-59221-306-1, lire en ligne)
  13. ↑ Oumar Kanté, Pourquoi, diable, ai-je voulu devenir journaliste ?, Menaibuc, , 139 p. (ISBN 2-911372-44-1, lire en ligne), p. 76

Voir aussi

Bibliographie

  • Mamadou Dindé Diallo (thèse de doctorat présentée à l'Université Toulouse 2-Le Mirail), Un siècle de journaux en Guinée : Histoire de la presse écrite de la période coloniale à nos jours, , 514 p. (lire en ligne)
  • Mamadou Dindé Diallo, Un siècle de journaux en Guinée : Histoire de la presse écrite de la période coloniale à nos jours, L'Harmattan, (ISBN 978-2-343-21293-7)
  • O. Tity Faye, Guinée : chronique d'une démocratie annoncée, Trafford Publishing, , 307 p. (ISBN 978-1-4251-3344-3)

Articles connexes

Liens externes

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