Principauté de Capoue
Italien Principato di Capua
857–1156
| Statut | Monarchie féodale |
|---|---|
| Capitale | Capoue |
| Langue(s) | Latin, italien, lombard |
| Religion | Catholicisme |
| 856 | construction des premiers faubourgs de Capoue |
|---|---|
| 857 | indépendance |
Le duché de Capoue ou la principauté de Capoue (en latin Principatus Capuae ou Capue, en italien Principato di Capua) est un ancien État de l'Italie méridionale apparu au IXe siècle[1]. Il occupe la Terre de Labour, région historique du nord de la Campanie[2]. Elle fut d'abord dirigée par un gastald, puis par un comte, au sein de la principauté de Salerne. Sous la monarchie sicilienne, l'ancien principat demeura l'un des deux grands cadres du pouvoir continental, avec l'Apulie, et les sources du XIIe siècle identifient fréquemment son territoire à la Terre de Labour[3].
Histoire
Après la fin de l'Empire romain d'Occident, survenue en 476 avec la déposition du dernier empereur Romulus Augustule par Odoacre, roi des Ostrogoths[4], l'Italie se morcelle progressivement sous l'effet des Ostrogoths, des Vandales, des Byzantins et des Lombards en une multitude de pouvoirs locaux[5]. La ville de Capoue disparut entre 476 et 856, les habitants s'étant réfugiés à Sicopoli sur les hauteurs du fleuve Volturne[6].
Elle entre dans l’histoire comme un État lombard en 839, à la mort de Sicard, duc de Bénévent, sous Landulf l'Ancien. Celui-ci et ses fils étaient partisans de Siconulf de Salerne. En 841, Capoue fut entièrement saccagée et détruite par les Sarrasins à la solde de Radelchis Ier de Bénévent. Landulf et son fils aîné, Lando Ier, prirent alors l’initiative de fortifier la colline voisine de Triflisco sur laquelle fut construite une nouvelle ville, la Capoue contemporaine.
En 856, la « nouvelle Capoue » est fondée. L'année suivante, la ville devient indépendante du duché lombard de Bénévent (en italien : ducato di Benevento)[7].
Capoue fut déclarée indépendante par Pando le Rapace, en 862. À sa mort, survenue la même année, la succession du comté fut sujette à dispute. L’évêque Landulf destitua le fils de Pando, puis unifia les pouvoirs ecclésiastique et séculier de la région, comme devait le faire presque en même temps Athanase à Naples. La mort de l’évêque raviva les différends touchant à l’évêché et au comté de Capoue, et la principauté fut l’objet d’une guerre civile qui opposa Pandenulf, le fils déchu de Pando, à Lando III, un autre petit-fils de Landulf Ier. Salerne s’allia avec Lando et Bénévent avec Pandenulf. Une crise de succession s’ensuivit en 887 et Aténolf fit valoir son statut princier avec l'aide d’Athanase de Naples. Il tenta ensuite de prévenir les futures crises de succession et de faire valoir les prétentions à l’indépendance de Capoue, similaires à celles du Bénévent et de Salerne.
En 899, le comte Aténolf Ier de Capoue conquit la ville de Bénévent et proclama l'indivisibilité des principautés de Capoue et de Bénévent[8]. Ce principat dépendit nominalement ensuite du Saint-Empire romain germanique dirigé par les Ottoniens, jusqu'au XIIe siècle et à la conquête normande[9].
Pandolfo Ier Testadiferro (961-981) conquit la principauté de Salerne en 978 et forma une entité territoriale correspondant à la Lombardie mineure[10].
Au XIe siècle, l'affaiblissement du pouvoir princier lombard favorisa l'ascension des Normands établis dans le Mezzogiorno. Richard d'Aversa s'empara de Capoue en 1058, puis la principauté passa sous le contrôle de la lignée des Drengot. Toutefois, la domination normande à Capoue ne saurait se réduire à une simple succession de princes : elle reposait aussi sur un paysage aristocratique plus large, où subsistaient à la fois des branches cadettes drengot, notamment autour de Caiazzo et de Carinola, et d'anciennes lignées comtales lombardes telles que les comtes d'Aquino[11].
Lorsque Roger II entreprit d'unifier sous sa couronne les possessions normandes insulaires et continentales, la principauté de Capoue ne fut pas seulement absorbée à la suite d'un conflit dynastique. La résistance de Robert II, dernier prince effectif, s'inscrivait dans un affrontement plus large sur la manière dont les pouvoirs aristocratiques capouans devaient être subordonnés, réorganisés et intégrés à la nouvelle monarchie sicilienne[12]. Après la victoire royale de 1139, certaines terres de l'ancien principat furent redistribuées entre d'autres comtes, en particulier ceux de Carinola et de Fondi, ce qui montre que l'espace politique capouan continua d'être réorganisé plutôt qu'effacé[13]. Un exemple révélateur est celui de Jonathan de Carinola, représentant tardif du milieu drengot, restauré comme comte sous la monarchie sicilienne ; sa trajectoire illustre la survie sélective et la réutilisation politique d'une partie de l'ancienne aristocratie princière[14].
Sous la dynastie normande, l'ancien principat demeura ainsi un cadre territorial et politique essentiel de la monarchie continentale. Dans les zones où les comtés étaient plus morcelés, comme Fondi, Caserte, Alife ou Carinola, la coordination militaire ne dépendait pas uniquement des comtes eux-mêmes : les comestabuli royaux jouaient un rôle de regroupement et d'inspection des contingents, superposant une structure militaire à la hiérarchie foncière existante[15]. Cette évolution éclaire la transformation du principat de Capoue : moins une disparition pure et simple qu'une réarticulation durable des pouvoirs comtaux, aristocratiques et militaires dans le royaume de Sicile[16].
Voir aussi
Bibliographie
- Jean-Pierre Delumeau, Isabelle Heullant-Donat, L'Italie au Moyen Âge, Ve au XVe siècle, Hachette supérieur, coll. « Carré Histoire », 2000.
- (en) Hervin Fernández-Aceves, County and Nobility in Norman Italy: Aristocratic Agency in the Kingdom of Sicily, 1130-1189, Londres et New York, Bloomsbury Academic, (lire en ligne)
- (en) Hervin Fernández-Aceves, « Royal comestabuli and Military Control in the Sicilian Kingdom: A Prosopographical Contribution to the Study of Italo-Norman Aristocracy », Medieval Prosopography, vol. 34, , p. 1-34 (lire en ligne)
Notes et références
- ↑ A. M. H. J. Stokvis, Manuel d'histoire, de généalogie et de chronologie de tous les états du globe: Les états de l'Europe et leurs colonies, E. J. Brill, (lire en ligne)
- ↑ Paul Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses et sur la tendance à une moindre inégalité des conditions, Guillaumin, (lire en ligne)
- ↑ (en) Hervin Fernández-Aceves, County and Nobility in Norman Italy: Aristocratic Agency in the Kingdom of Sicily, 1130-1189, Londres et New York, Bloomsbury Academic, (lire en ligne), p. 9, 13-14, 52-58
- ↑ François Zosso, Les Empereurs romains, Errance, (ISBN 978-2-87772-729-7, lire en ligne)
- ↑ Jules Sylvain Zeller, Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares, (lire en ligne)
- ↑ Joseph Guadet, Dictionnaire universel abrégé de géographie ancienne comparée: offrant la description des contrées, villes, fleuves, montagnes, monumens, ... et d'une table alphabétique des noms modernes correpondans aux articles du dictionnaire, Desray, (lire en ligne)
- ↑ René Poupardin, Études sur l'histoire des principautés lombardes de l'Italie méridionale, Рипол Классик (ISBN 978-5-87753-221-2, lire en ligne)
- ↑ Louis Moréri, Le grand dictionaire historique ou le Mélange curieux de l'histoire sacrée et profane: qui contient en abbrege' les vies des patriarchos, des iuges et des rois de l'ancien testament ..., chez Iean Girin, & Bartholemy Riuiere, (lire en ligne)
- ↑ Jean-François Noël, Le Saint-Empire, Presses universitaires de France (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-13-066963-0, lire en ligne)
- ↑ Jean-Charles Ducène, L'Europe et les géographes arabes du Moyen Âge, CNRS, (ISBN 978-2-271-11933-9, lire en ligne)
- ↑ (en) Hervin Fernández-Aceves, County and Nobility in Norman Italy: Aristocratic Agency in the Kingdom of Sicily, 1130-1189, Londres et New York, Bloomsbury Academic, (lire en ligne), p. 24-26
- ↑ (en) Hervin Fernández-Aceves, County and Nobility in Norman Italy: Aristocratic Agency in the Kingdom of Sicily, 1130-1189, Londres et New York, Bloomsbury Academic, (lire en ligne), p. 14, 29, 33, 40
- ↑ (en) Hervin Fernández-Aceves, County and Nobility in Norman Italy: Aristocratic Agency in the Kingdom of Sicily, 1130-1189, Londres et New York, Bloomsbury Academic, (lire en ligne), p. 52-58
- ↑ (en) Hervin Fernández-Aceves, County and Nobility in Norman Italy: Aristocratic Agency in the Kingdom of Sicily, 1130-1189, Londres et New York, Bloomsbury Academic, (lire en ligne), p. 52-58, 143-145
- ↑ (en) Hervin Fernández-Aceves, « Royal comestabuli and Military Control in the Sicilian Kingdom: A Prosopographical Contribution to the Study of Italo-Norman Aristocracy », Medieval Prosopography, vol. 34, , p. 28-29 (lire en ligne)
- ↑ (en) Hervin Fernández-Aceves, County and Nobility in Norman Italy: Aristocratic Agency in the Kingdom of Sicily, 1130-1189, Londres et New York, Bloomsbury Academic, (lire en ligne), p. 180-182
Articles connexes
Liens externes
- « L'Italie au haut moyen âge », sur Bellitalie (consulté le )
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