Prise de la Vierge du Cap
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Rade de Saint-Denis |
| Issue | Victoire des pirates |
| • Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses |
• John Taylor • Olivier Levasseur |
| 1 navire | 2 navires 480 hommes |
| 1 navire capturé | Inconnues |
Batailles
| Coordonnées | 20° 52′ 44″ sud, 55° 26′ 53″ est | |
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La prise de la Vierge du Cap est une bataille navale livrée le entre ce vaisseau portugais et deux navires pirates dans le port de Saint-Denis, sur l'île Bourbon (future île et département français de La Réunion).
Le navire
Construit en 1710 par les chantiers navals van Reenen à Amsterdam[1], le futur Nossa Senhora do Cabo ou Vierge du Cap (frégate à 2 ponts, 800 tonneaux et 72 canons), acheté en 1717 par le Portugal est, en 1721, le vaisseau amiral de la marine portugaise.
La bataille
Pris dans une tempête, le vaisseau portugais Nossa Senhora do Cabo[2], parti de Goa en Inde et en route pour Lisbonne, est contraint de relâcher dans le port de Saint-Denis pour réparer ses très importantes avaries : sa mature et son gouvernail sont endommagés et sa coque a souffert. Il transporte une très riche cargaison d'or, d'épices, d'étoffes, de bois précieux... ainsi que des passagers de marque. En effet, Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses, comte d'Ericeira, vice-roi des Indes est à bord, ainsi que Dom Sebastian de Andrado, archevêque de Goa.
Pendant une vingtaine de jours, le navire est immobilisé tandis que s'affairent les charpentiers. La majorité de l'équipage est à terre ainsi que le vice-roi et l'archevêque qui bénéficient tous deux de l'hospitalité du gouverneur Beauvollier de Courchant. Le , deux voiles sont aperçues à l'horizon. Prévenu et en proie à un sombre pressentiment, le comte d'Ericeira regagne en hâte la Nossa Senhora do Cabo avec une demi-douzaine de compagnons. Les deux navires arborent le pavillon britannique, or tant le Portugal que la France sont en paix avec l'Angleterre, mais cette nationalité affichée ne rassure guère les Lusitaniens. La foule se masse sur la plage de Saint-Denis tandis que les intrus se rapprochent. Arrivés à portée de tir, les deux navires hissent le pavillon noir.
Ce sont en effet des pirates, comme le craignait le comte d'Ericeira, et pas n'importe lesquels. Le premier navire est l'ex-Cassandra capturé de haute lutte sur les Anglais, lors du combat d'Anjouan. Il a été rebaptisé en Fantasy par le capitaine John Taylor, son nouveau commandant ; il est armé de 38 canons et compte 280 hommes d'équipage. Le second navire, le Victory, est dirigé par l'associé de Taylor, le Français Olivier Levasseur, dit La Buse. Il y a 36 canons et 200 hommes à bord. Face à ces prédateurs maritimes, il n'y a qu'un bateau à l'ancre, armé d'une vingtaine de canons seulement (les autres, près d'une cinquantaine, sont passés par-dessus bord pendant la tempête ou sont inutilisables) servis par une poignée de marins : le gros de l'équipage est en effet mêlé à la foule sur la plage et ne peut qu'assister impuissant à la tragédie qui s'annonce.
Comme l'expliqua Ericeira cité par Mézence Briseul « La côte de l’île étant dépourvue de canons, de forteresses et de troupes, il n’était pas possible d’empêcher l’approche des deux vaisseaux »[3].
Les pirates ouvrent le feu ; galvanisés par le comte d'Ericeira, les Portugais répliquent. Ce qui devait s'annoncer comme une victoire facile devient un combat acharné. Taylor décide d'en terminer et tente l'abordage du Nossa Senhora do Cabo ; les hommes du comte d'Ericeira accueillent les assaillants à coups de mousquets, de pistolets, de haches et de sabres et les repoussent malgré leur supériorité numérique. Le Fantasy s'éloigne et les échanges de bordées reprennent. À bord du Nossa Senhora do Cabo, la situation est désespérée et les munitions viennent à manquer. La mort dans l'âme, le vice-roi doit admettre sa défaite et il fait amener son pavillon.
Les conséquences
Les pirates s'emparent avec le vaisseau portugais d'un butin gigantesque qui fait de chacun d'eux un homme riche. Les marins survivants sont débarqués à terre, ainsi que le comte d'Ericeira, mais en ce qui le concerne, seulement après paiement d'une rançon de 2 000 piastres, qui est avancée par le gouverneur de Saint-Denis[4]. Cependant, Taylor, impressionné par son courage, lui rend son épée, dont la garde est en or, incrustée de diamants[4]. Les pirates vainqueurs s'éloignent ; quelques jours plus tard, un navire hollandais a la malchance de croiser leur route et sa cargaison s'ajoute au trésor conquis à Saint-Denis. Ses avaries réparées, la Nossa Senhora do Cabo devient le Victorieux et vient grossir la petite escadre des deux pirates associés. Il sera attribué à Levasseur lors du partage du butin.
Selon le prisonnier sieur Robert que Charles-Mézence Briseul cite « Ces misérables forbans ont mené leur capture à ce port de l’île de Sainte-Marie et y sont restés environ dix mois à raccommoder le gros vaisseau portugais »[3].
Entre 1724 et 1729, pourchassé par le corsaire Duguay-Trouin, le pirate échouera son navire sur un haut-fond de la côte malgache. Non renflouable, son épave n'a pas été retrouvée. L'hydrographe et cartographe hollandais Jacob de Bucquoy, comptant parmi les prisonniers, rapporta après une capture en 1722 « après leur passage à Sainte-Marie, La Buse et Taylor sont repartis en mer, ils se sont disputés. La Buse a pris le large de son côté avec des hommes sur La Vierge du cap qui n’était d’ailleurs pas en très bon état et ils se sont échoués au nord de Madagascar après une tempête [...] ils avaient décidé de construire une barque avec ses débris »[3].
À la suite de l'émission de la Charte de clémence par le roi de France, La Buse cède certains de ses trésors mais refuse de céder le trésor de la Vierge du Cap. À son exécution, il balance son cryptogramme à la foule en s'écriant « Mes trésors à qui saura comprendre ! »[5].
Quant au comte d'Ericeira, il est très mal accueilli à son retour à Lisbonne et cela malgré la résistance désespérée qu'il a opposée aux pirates. En effet, parmi la cargaison se trouvaient des diamants qui devaient être remis au roi du Portugal. Ce dernier, furieux de leur perte, sanctionne Ericeira en le bannissant de la cour pendant 10 ans[4].
Fouilles archéologiques
En 2025, une équipe d'archéologues découvrent la structure d'un bateau aux dimensions similaires à la Vierge du Cap dans les profondeurs des eaux de la baie de Sainte-Marie. Deux arguments invalident l'hypothèse de la Vierge du Cap : La version du bateau détruit au large de Madagascar, et le fait que le bois relevé sur la structure soit du teck (bois asiatique)[3]. Selon Charles-Mézence Briseul, les 480 pirates se seraient réunis dans la baie de Sainte-Marie où ils se seraient répartis le butin, ne laissant aucun trésor derrière eux[6]. Si un trésor subsistait, sa valeur actuelle a été estimée à 138 millions de dollars[7]. Des sources plus anciennes, qui mentionnent aussi la crosse de Goa constellée de rubis dans le trésor, estiment ce dernier à 4,5 milliards d'euros[5].
Voir aussi
Notes
- ↑ Son nom originel serait DNS Zeelandia, DNS Gelderland ou DNS Galderland.
- ↑ « Au delà des Mers et des Océans : http : //ybphoto.free.fr/ », sur ybphoto.free.fr (consulté le ).
- « A-t-on retrouvé La Vierge du cap, ce navire portugais dérobé par La Buse en 1721 à Saint-Denis de La Réunion ? », sur Outre-mer la 1ère (consulté le )
- Collectif, Pirates, page 163
- « Piraterie - Pavillons noirs sur les mers », sur Mayotte Hebdo, (consulté le )
- ↑ « [Sur les traces des pirates - Épisode 3] La chute inexorable de La Buse après le coup du siècle », sur www.lequotidien.re (consulté le )
- ↑ « SAINTE-MARIE - La vraie fausse épave de La Vierge du Cap », sur L'Express de Madagascar, (consulté le )
Bibliographie
- Vaxelaire, Edmond Maestri (Auteur de l'introduction, etc.) et Alain Marcel Vauthier (Auteur de l'introduction, etc.), Le Grand livre de l'histoire de La Réunion, vol. 1 : Des origines à 1848, Sainte-Clotilde de La Réunion, Orphie, coll. « Le Grand livre », , 349 p. (ISBN 978-2-877-63474-8 et 978-2-877-63229-4, OCLC 492431236).
- (en) Collectif, Pirates, terror on the high seas from the Caribbean to the South China Sea, JG Press inc., 1998, (ISBN 1-57215-264-8).
- 1 La Buse et la Vierge du Cap, Arts Graphiques Modernes, 1978
Scénario : Daniel Vaxelaire - Dessin : Michel Faure
Articles connexes
- Piraterie dans l'océan Indien
- Âge d'or de la piraterie
- Combat d'Anjouan.
- Trésor de La Buse.
- Cryptogramme de La Buse
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