Problème de Josèphe

En mathématiques et en informatique, le problème de Josèphe est un problème d'élimination, conduisant à l'obtention d'un unique survivant.
Il a été énoncé sous différentes formes, mais sa première formulation est due à Flavius Josèphe dans son livre La Guerre des Juifs datant de la fin du premier siècle[1],[2].

Problème originel
Quarante et un soldats juifs (dont Flavius Josèphe), cernés par des soldats romains, décident de se suicider. Ils se mettent en cercle, et un premier soldat est choisi au hasard pour être exécuté ; puis le troisième à partir de sa gauche (ou droite) est exécuté. Tant qu'il y a des soldats, la sélection continue de la même façon. Le but est de trouver à quelle place doit se tenir un soldat pour être le dernier. Josèphe, peu enthousiaste à l'idée de mourir, parvint à trouver cette place. Quelle est-elle[4],[5],[6],[7] ?
L'histoire se serait déroulée lors du siège de Jotapata par Vespasien, en 67 apr. J.-C.[8].
Historique et variantes
Le problème est mentionné chez Abraham ibn Ezra (1092-1167)[9].
Une variante de ce problème due à Tartaglia (1500 - 1557) est le problème des 15 chrétiens et des 15 Turcs où le nombre de personnes est égal à 30 et le procédé d'élimination de 9 en 9 [10],[9],[11] ; Cette variante se retrouve au Japon au début du XIXe siècle avec une élimination de 10 en 10[5],[10] (voir illustration).
Une variante intitulée « problème de Caligula » par Édouard Lucas donne lieu à des développements dans l'intermédiaire des mathématiciens à la fin du XIXe siècle[12].
Problème général
Les personnes sont au nombre de n, numérotés de 1 à n ; les premières personnes éliminées sont celles dont le numéro est multiple d'un entier ( dans le problème originel) ; après un tour, les éliminations de k en k des personnes restantes se poursuivent jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une. On demande le numéro de cette personne [9],[13],[14].
Voici par exemple, pour , les différents ordres d'élimination des soldats :
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | |
| Ordre d'élimination | 6 | 4 | 1 | 10 | 8 | 2 | 5 | 7 | 3 | 9 |
Donc .
Pour le problème originel, on a qui est donc la place prise par Flavius Josèphe.
Il est remarquable que bien que le calcul de se programme très facilement en utilisant la définition par récurrence suivante :
,
l'on ne connaisse aujourd'hui pas de formule simple pour , excepté pour [8].
Euler s'était déjà penché sur la question sans trouver de réponse précise en 1775[15].
Voici les premières valeurs de pour ;
A032434 donne les valeurs pour et
A198788 lit ce tableau par antidiagonales montantes.
| n \ k | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 |
| 2 | 2 | 1 | 2 | 1 | 2 | 1 | 2 |
| 3 | 3 | 3 | 2 | 2 | 1 | 1 | 3 |
| 4 | 4 | 1 | 1 | 2 | 2 | 3 | 2 |
| 5 | 5 | 3 | 4 | 1 | 2 | 4 | 4 |
| 6 | 6 | 5 | 1 | 5 | 1 | 4 | 5 |
| 7 | 7 | 7 | 4 | 2 | 6 | 3 | 5 |
| Suite OEIS correspondante |
Solution dans le cas où k = 2
Lors du premier tour complet, toutes les personnes aux positions paires sont éliminées. Au deuxième tour, la nouvelle 2e est éliminée, puis la nouvelle 4e, etc.
Si le nombre initial de personnes est pair, alors la personne à la position x au 2e tour est à la position 2x – 1 au 1er tour (peu importe la valeur de x). Donc, la personne à la position était auparavant à la position . Cela nous permet de trouver la 1re formule de récurrence :
- .
Si le nombre initial de personnes est impair, il vaut mieux voir la personne à la position 1 comme éliminée à la fin du 1er tour. Pendant le 2e tour, la personne à la 2e position est éliminée, puis la 4e, etc. Dans ce cas, la personne à la position x était auparavant à la position 2x + 1. Cela nous permet de trouver la 2e formule de récurrence :
- .
On peut réunir les deux formules en : , avec .
Les valeurs tabulées de n et font apparaître un schéma :
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | |
| 1 | 1 | 3 | 1 | 3 | 5 | 7 | 1 | 3 | 5 | 7 | 9 | 11 | 13 | 15 | 1 |
Les forment une suite de valeurs impaires croissantes qui recommence à 1 lorsque n est une puissance de 2.
Si nous choisissons m et l de façon que n = 2m + l et 0 ≤ l < 2m, alors . Les valeurs de la table respectent cette relation. De même, après l exécutés, il ne reste que 2m personnes et nous allons à la 2l+1e personne. Elle est la dernière restante. Donc .
Théorème[16] — Si n = 2m + l et 0 ≤ l < 2m, alors .
On peut écrire ce résultat sous la forme close : .
Cas général
En numérotant les positions de 0 à n – 1, on a la formule de récurrence permettant d'obtenir :
- avec
Elle apparaît lorsque nous observons comment le nombre de personnes non éliminées change en passant de n – 1 à n.
Avec une programmation dynamique, elle a un temps d'exécution asymptotique en .
Pour de petites valeurs de k et de grandes valeurs de n, il existe une autre approche qui a aussi recours aux principes de la programmation dynamique, mais a un temps d'exécution asymptotique de . Elle s'appuie sur l'idée d'éliminer la ke, 2ke..., e personne d'un seul coup, puis de changer la numérotation [réf. souhaitée].
Crible de (Flavius) Josèphe
Stanislas Ulam a inventé avec d'autres mathématiciens, dans les années cinquante, un crible, ressemblant au crible d’Ératosthène, consistant en une élimination dans l'ensemble de tous les entiers naturels non nuls, avec des passages successifs d'éliminations de k en k, où k est la valeur d'un entier non éliminé déterminé. Pour cette raison, il a baptisé ce crible "crible de Flavius Josèphe"[17],[18].
Description du crible
Dans la liste des entiers naturels non nuls, on barre un nombre sur 2 en commençant par barrer le deuxième :
Puis dans la liste restante, on barre un nombre sur 3 en commençant par barrer le troisième.
Puis on barre un nombre sur 4, un nombre sur 5, etc. Et ceci à l'infini, ce qui donne la liste : 1, 3, 7, 13, 19, 27, 39, 49, 63, 79...
Elle est répertoriée comme suite A000960 de l'OEIS.
Ce qui est remarquable est que le n-ième nombre restant est équivalent à et que le nombre de nombres restants inférieurs à n équivaut à [18].
Autres cribles similaires
Un autre crible imaginé par Ulam et ses compères[17], semblable mais donnant des résultats différents, est celui dont les survivants sont les nombres chanceux.
Un troisième crible du même type est celui dit de Tchoukaillon, voir la suite A007952 de l'OEIS, et un quatrième est celui donnant les nombres pseudo-chanceux, voir la suite A249876 de l'OEIS.
Notes et références
- ↑ Flavius Josephe, Œuvres complètes, trad. en français sous la dir. de Théodore Reinach,.... trad. de René Harmand ; révisée et annotée par S. Reinach et J. Weill E. Leroux, Publications de la Société des études juives, 1900-1932 (lire en ligne), chap. VIII, N°7
- ↑ On trouvera une étude historique dans Laurent Signac, « Autour du problème de Josèphe », Bibnum, (lire en ligne).
- ↑ Congrès international des orientalistes : compte-rendu de la première session, t. 1, Paris, , p. 294-295
- ↑ (en) Peter Guthrie Tait, « On generalization of Josephus' problem », Collected Scientific Papers, vol. 2, , p. 432-435 (lire en ligne).
- (de) W. Ahrens, Mathematische Unterhaltungen Und Spiele, Kapitel XV : das Josephsspiel, Archiv für Kulturgeschichte, (lire en ligne), chap. XV, p. 118-169
- ↑ André Sainte-Laguë, « Géométrie de situation et jeux : 68. Problème de Josèphe », Mémorial des sciences mathématiques, vol. 41, , p. 44-45 (lire en ligne).
- ↑ (en) W. W. Rouse Ball, Mathematical Recreations and Essays, Cambridge, , 10e éd., p. 23-27.
- Signac 2012.
- Jean Lefort, « Le problème de Flavius Josèphe », L'Ouvert, vol. 109, , p. 31-42 (lire en ligne).
- André Sainte-Laguë, Avec des nombres et des lignes, La légende de Josèphe, Vuibert (réimpr. 1994) (1re éd. 1937), p. 57-63
- ↑ Pierre Ageron et Gérard Hamon, « Le jeu des quinze croyants et des quinze infidèles : variations sur la violence »
- ↑ E. Lucas, « Problème de Caligula », L'Intermédiaire des mathématiciens, vol. 1, , p. 9, 30, 31, 189 (lire en ligne).
- ↑ (en) L. Halbeisen, N. Hungerbühler, « The Josephus Problem », Journal de Théorie des Nombres de Bordeaux, vol. 9, fascicule 2, (lire en ligne).
- ↑ R. L. Graham, D. E. Knuth et O. Patashnik, Mathématiques concrètes, Paris, International Thomson Publishing France, , p. 9-18 (k = 2) et 86-88 (cas général).
- ↑ (la) Leonhard Euler, « Observationes circa novum et singulare progressionum genus », Novi Comment. Akadem. Petropol, vol. 20, (lire en ligne)
- ↑ On trouvera des prolongements pour l'étude de ce cas dans « G204. Le problème de Josèphe », Les jeux mathématiques de Diophante, plus de 800 problèmes mathématiques, et Graham, Knuth et Patashnik 1998.
- (en) Verna Gardiner, R. Lazarus, N. Metropolis et S. Ulam, « On certain sequences of integers defined by sieves », Mathematics Magazine, vol. 29, no 3, , p. 117-122 (DOI 10.2307/3029719, zbMATH 0071.27002).
- (de) Mats Erik Andersson, « Das Flaviussche Sieb », Acta Arithmetica, vol. 85, no 4, (lire en ligne).
Voir aussi
Liens externes
- (en) Josephus Flavius Game (applet Java), sur cut-the-knot
- (en) Eric W. Weisstein, « Josephus Problem », sur MathWorld
Bibliographie
(en) Thomas H. Cormen, Charles E. Leiserson, Ronald L. Rivest et Clifford Stein, Introduction to Algorithms, MIT Press et McGraw-Hill, , 2e éd. [détail de l’édition], chap. 14 (« Augmenting Data Structures »), p. 318
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