Psaume 67 (66)

Le psaume 67 (66 selon la numérotation grecque) exprime l'universalité de la louange due à Dieu. Il a les mêmes indications que le psaume 68, et on peut le ranger dans le groupe des psaumes 65 à 68, qui sont destinés à la louange et à l'action de grâce, avec les instruments à cordes.

Texte

verset Original hébreu[1] Traduction du

Grand-rabbinat[2]

Traduction française de Louis Segond[3] Vulgate[4] latine
1 לַמְנַצֵּחַ בִּנְגִינֹת, מִזְמוֹר שִׁיר [Au chef des chantres. Avec instruments à cordes. Psaume. Cantique.] [In finem in hymnis psalmus cantici]
2 אֱלֹהִים, יְחָנֵּנוּ וִיבָרְכֵנוּ; יָאֵר פָּנָיו אִתָּנוּ סֶלָה Que Dieu me prenne en grâce et me bénisse ! qu’il fasse luire sa face sur nous ! Sélah ! Que Dieu ait pitié de nous et qu’il nous bénisse, qu’il fasse luire sur nous sa face, [Pause] Deus misereatur nostri et benedicat nobis illuminet vultum suum super nos et misereatur nostri [diapsalma]
3 לָדַעַת בָּאָרֶץ דַּרְכֶּךָ; בְּכָל-גּוֹיִם, יְשׁוּעָתֶךָ Pour que, par toute la terre, on connaisse tes voies, parmi tous les peuples, ton secours sauveur. Afin que l’on connaisse sur la terre ta voie, et parmi toutes les nations ton salut ! Ut cognoscamus in terra viam tuam in omnibus gentibus salutare tuum
4 יוֹדוּךָ עַמִּים אֱלֹהִים: יוֹדוּךָ, עַמִּים כֻּלָּם Que les nations, ô Dieu, te rendent hommage ! Oui, qu’elles te rendent hommage, toutes les nations ! Les peuples te louent, ô Dieu ! Tous les peuples te louent. Confiteantur tibi populi Deus confiteantur tibi populi omnes
5 יִשְׂמְחוּ וִירַנְּנוּ, לְאֻמִּים:כִּי-תִשְׁפֹּט עַמִּים מִישֹׁר; וּלְאֻמִּים, בָּאָרֶץ תַּנְחֵם סֶלָה Que les peuples se réjouissent et entonnent des chants ! Puisque tu juges les nations avec équité, et diriges les peuples sur la terre ! Sélah ! Les nations se réjouissent et sont dans l’allégresse ; car tu juges les peuples avec droiture, et tu conduis les nations sur la terre. [Pause] Laetentur et exultent gentes quoniam iudicas populos in aequitate et gentes in terra diriges [diapsalma]
6 יוֹדוּךָ עַמִּים אֱלֹהִים: יוֹדוּךָ, עַמִּים כֻּלָּם Que les nations, ô Dieu, te rendent hommage ! Qu’elles te rendent hommage, toutes les nations ! Les peuples te louent, ô Dieu ! Tous les peuples te louent. Confiteantur tibi populi Deus confiteantur tibi populi omnes
7 אֶרֶץ, נָתְנָה יְבוּלָהּ; יְבָרְכֵנוּ, אֱלֹהִים אֱלֹהֵינוּ La terre prodigue ses dons. Que Dieu, notre Dieu, nous bénisse ! La terre donne ses produits ; Dieu, notre Dieu, nous bénit. Terra dedit fructum suum benedicat nos Deus Deus noster
8 יְבָרְכֵנוּ אֱלֹהִים; וְיִירְאוּ אוֹתוֹ, כָּל-אַפְסֵי-אָרֶץ Que Dieu nous bénisse, et que toutes les extrémités de la terre le vénèrent ! Dieu, nous bénit, et toutes les extrémités de la terre le craignent. Benedicat nos Deus et metuant eum omnes fines terrae
Plaque commémorative juive en forme de menorah datant du XVIIIe siècle ou XVIIIe siècle. Le psaume 67 est écrit dans la forme de la Menorah.

Structure et thème

La pointe du psaume est le verset 5 sur le jugement et le gouvernement des nations, encadré par un refrain. Le début exprime la pitié de Dieu envers son peuple, et la fin manifeste la bénédiction de Dieu par les fruits de la terre.

Ce psaume affirme la bénédiction de Dieu : elle est demandée par le psalmiste au début du psaume, et devenue effective à la fin. De cette façon, Dieu manifeste sa gloire, qui touche d'abord Israël, puis s'étend à toutes les nations.

L'action de grâce du psalmiste s'exprime de deux façons : dans l'histoire par un jugement droit, et dans la nature par la fécondité de la terre.

Cette action de grâce est toujours au pluriel, indiquant sa portée universelle. Le psalmiste s'adresse à toute la terre.

Usages liturgiques

Dans le judaïsme

Dans la plupart des communautés juives, le psaume 67 est récité avant l'office de maariv, le soir qui achève le Shabbat[5]. Il est coutumier de l'écrire sur un parchemin et le poser sur la porte intérieure de l’arche sainte à la synagogue, comme ségoula (incantation, rituel protecteur) pour protéger la communauté ou alors, à l'entrée de son habitation pour protéger la famille qui y vit. Le Ari zal (XVIe siècle) dit que sa récitation protège de l’épidémie et des mauvais décrets.

Artistiquement, il se présente souvent sous la forme d’une Menorah avec ses sept branches. Elle est appelée « Menorah Lamnatséa'h ». Le nombre de versets correspond au nombre de branches de la menorah et le nombre de mots aux composants de la menorah, c'est-à-dire 49. « Les kabbalistes soutiennent que la vision et la contemplation de ce dessin permet de mettre l’esprit et l’âme dans les bonnes conditions à une méditation et à une prière efficace »[6]. Cela est considéré comme si le récitant avait lui-même allumé la ménorah au Bet Hamikdach (Saint Temple de Jérusalem), et c’est une segoula pour avoir une journée réussie.

Le Hida (XVIIIe siècle) rapporte que ce psaume était inscrit sur une plaque d’or portée par le roi David sur son bouclier lorsqu’il partait en guerre, et que David pensait à la signification profonde de ce psaume et gagnait ses guerres.

Kabbale

Art et artisanat en Terre d'Israël au XIXe siècle, Musée d'Israël, à Jérusalem (1979)

Dans la Kabbale, il est établi une équivalence entre chaque verset du psaume 67 et les puissances créatrices dites Sephirot. « Ce rapport entre les Sephirot et les branches de la Ménorah indique le mystère dont parle le Tikouneï Zohar (Patach Eliyahu) : « Maître de l’Univers… Nul ne peut Te connaître en totalité ! Sans Toi, il n’y a pas d’unité dans les royaumes supérieurs et inférieurs, et Tu es connu comme la Cause de Tout et Maître de Tout. Chaque Sephirah a un Nom distinct, et par celui-ci les anges sont appelés de même. Toi, cependant, ne possèdes aucun Nom connaissable, car Tu est la source de Tous les Noms et Tu es la perfection de Tous les Noms. Lorsque Tu te retires d’eux, tous les Noms sont tels des corps sans âmes. Tu es sage, mais dépourvu de tout attribut de sagesse (Hokhmah); Tu es compréhension mais sans attribut connaissable de la compréhension (Binah) »[6].

  • Le 2e verset (« Elohim yechanenu… ») correspond à la sephira Hessed (amour ardent, désir, générosité, compassion, enthousiasme, soit « avoir du divin en soi »)
  • le 3e correspond à la séphira Guebourah, (puissance, force, endurance, maintien, réparation, consolation)
  • le 4e correspond à la séphira Tiphereth (en) (beauté, équilibre, intégration, spiritualité, conscience enveloppante ou globale)
  • le 5e correspond à la séphira Netzach (inspiration, art, sensibilité, savoir-faire)
  • le 6e correspond à la séphira Hod (en), (louange, splendeur, gloire resplendissante, science, technique et faire-savoir)
  • le 7e correspond à la séphira Yesod (en) (assise, base, fondation, socle)
  • le 8e et dernier verset correspond à la sephira Malkouth (en) (couronne, royaume, achèvement, accomplissement).

Les sept versets sont présentés sous la forme des sept branches de la Menorah, qui correspondent aux sept Sephiroth inférieures et aux sept jours de la Création. Ensemble, les sept versets représentent la perception de l’unité dans la multiplicité qu’irradie la Menorah du Temple de Jérusalem vers le monde extérieur. Ainsi, le psaume 67 parle-t-il de l’illumination divine s’étendant à tout Israël et d’Israël à toute l’humanité. Lors de la lecture ou récitation du psaume, cette correspondance doit être gardée ou alors contempler le diagramme de la Menorah[6].

« La pratique de base consiste en une lecture simple des sept versets du psaume sous la forme de la Ménorah, tout en contemplant la signification des différentes branches selon le point de vue exprimé ci-dessus». Le Hida et d’autres recommandent de le lire sur un parchemin. Les mots doivent être regardés et lus lentement. « Les versets peuvent être lus à forte voix ou en silence... (afin) que cette lumière soit à nouveau révélée, repoussant les Ténèbres extérieures »[6].

Dans le christianisme

Chez les catholiques

Saint Benoît de Nursie sélectionna vers 530 ce psaume en tant que le premier psaume de l'office solennel aux laudes du dimanche (règle de saint Benoît, chapitre XII[7]). Dans un certain nombre d'abbayes qui concervent la tradition, cet office du dimanche se commence toujours avec celui-ci[8]. Saint Benoît demandait également d'exécuter ce psaume lors des laudes de la semaine (chapitre XIII[7]). Cependant, d'autres psaumes remplacèrent plus tard le psaume 66 (67), à l'exception du dimanche, de sorte que tous les 150 psaumes soient lus chaque semaine[9].

Le psaume 67 revient souvent dans la liturgie catholique. Il constitue l'une des quatre prières invitatoires de l'office quotidien, et est récité aux vêpres du mercredi de la deuxième semaine[10] et aux laudes du mardi de la troisième semaine.

Il est lu à plusieurs messes au long de l'année : en raison de son thème d'universalité de la grâce rendue à Dieu, il est proposé le vendredi de la troisième semaine de l'Avent, et dans l'octave de la nativité le jour de la fête de sainte Marie, mère de Dieu. On le trouve aussi le 20e dimanche de l'année A[11], le 6e dimanche de Pâques de l'année C et le mercredi de la 4e semaine de Pâques.

Chez les protestants

Dans l'Église luthérienne, il est tôt mis en forme chorale sous le nom Es wolle Gott uns gnädig sein, mais le nouveau livre de l'office luthérien l'a remplacé.

Chez les anglicans

Le psaume 67 peut remplacer le cantique de Zacharie dans la prière du soir. À partir de ce psaume, Henry Francis Lyte a écrit une hymne intitulée God of Mercy, God of grace et Henry Smart en a tiré le chant Heathlands.

Mise en musique

Le psaume 67 est mis en musique au XVIe siècle par Thomas Tallis, par Michel-Richard de Lalande en 1687 (S.16). Plus récemment, Charles Ives et Samuel Adler se l'ont approprié [12].

Notes et références

  1. L’original hébreu provient du site Sefarim, du grand rabbinat de France.
  2. Site Sefarim du grand rabbinat de France.
  3. La traduction de Louis Segond est disponible sur Wikisource, de même que d'autres traductions de la Bible en français.
  4. La traduction de la Vulgate est disponible sur le Wikisource latin.
  5. D’après le Complete ArtScroll Siddur, compilation des prières juives.
  6. « Les Sept Branches de la Menorah – Kabbale en Ligne », (consulté le )
  7. Traduction par Dom Prosper Guéranger, p. 40 - 41, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, réimpression 2007
  8. Psautier latin-français du bréviaire monastique, p. 108, 1938/2003
  9. ibid. (Psautier latin-français du bréviaire monastique)
  10. Le cycle principal des prières liturgiques se déroule sur quatre semaines.
  11. Le cycle de lecture des messes du dimanche se déroule sur trois ans.
  12. (en) Samuel Adler - Works "Psalm 67" sur samuelhadler.com

Voir aussi

Bibliographie

Nombreux sont les auteurs qui ont commenté les psaumes. Voici quelques ouvrages parmi les plus connus, classés par ordre chronologique :

Liens externes

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