Queen Majesty

Queen Majesty

Chanson de The Techniques
Sortie 1967
Genre Rocksteady
Auteur-compositeur Curtis Mayfield
Producteur Arthur « Duke » Reid
Label Treasure Isle (TI-7019)

Queen Majesty est un single du groupe vocal jamaïcain The Techniques, produit par Arthur « Duke » Reid pour le label Treasure Isle en 1967. Il est régulièrement cité comme l'un des enregistrements les plus représentatifs de l'ère rocksteady[1].

Genèse

Le morceau est une adaptation de Minstrel and Queen, composition de Curtis Mayfield interprétée par The Impressions en 1963[2]. Le crédit de composition inscrit sur le pressage original attribue l'œuvre à « Reid », ce qui ne correspond pas à la paternité réelle du titre.

Les Techniques, formés au milieu des années 1960, comptent alors dans leurs rangs Slim Smith, Pat Kelly et Bruce Ruffin[1]. Le morceau est enregistré pour Treasure Isle, le label fondé par Duke Reid à Kingston.

Caractéristiques musicales

Queen Majesty est fréquemment invoqué pour illustrer les transformations rythmiques qui distinguent le rocksteady du ska. Avec un tempo de 85 bpm, il se situe à l'extrémité la plus lente du spectre rocksteady[3].

Le bassiste Jackie Jackson joue sur ce morceau un motif de doubles croches couvrant douze notes sur seize parties égales de la mesure, laissant délibérément quatre temps en silence. Cette approche, que Jackson dit avoir imposée contre l'avis des musiciens de studio, est présentée comme un marqueur fondateur du son rocksteady : « Je leur ai dit : non, je joue ça aujourd'hui ! C'est ainsi que le rocksteady est né[4]. ».

Sur le plan percussif, le batteur accentue les temps 2 et 4 à la caisse claire tout en tenant une figure en croches au charleston, intégrant ponctuellement des roulements et des influences issues de la musique cubaine et du calypso[4].

La réduction du tempo et du nombre d'instruments laisse les voix au premier plan, caractéristique que plusieurs chercheurs associent à l'émergence de textes abordant les conditions de vie dans les quartiers populaires de Kingston[3].

Postérité et interpolations

Le rythme (« riddim ») de Queen Majesty est repris à de multiples reprises dans la musique jamaïcaine au cours des décennies suivantes. U-Roy en utilise des éléments dès 1975 avec Chalice in the Palace, suivi de Leroy Smart en 1977 (Wish You Good Luck) et de Tenor Saw en 1985 (Roll Call). À l’ère numérique, Sizzla s’en inspire à nouveau en 2002 avec Just One of Those Days, ce qui témoigne de la longévité de ce riddim dans le répertoire dancehall[5].

Ce riddim demeure en effet régulièrement réemployé à l’ère du dancehall, prolongeant l’influence de Curtis Mayfield jusque dans le ragga[6]. Le critique Lloyd Bradley le classe ainsi parmi les adaptations de Mayfield les plus influentes du répertoire rocksteady[2].

Fiche technique

  • Label : Treasure Isle – TI-7019
  • Format : 45 tours, vinyle 7"
  • Face A : Queen Majesty
  • Face B : Fighting for the Right (également connue sous le titre Out of Many One People)
  • Production : Arthur « Duke » Reid
  • Pays de commercialisation : Royaume-Uni
  • Année de sortie : 1967

Références

  1. (en) Steve Barrow et Peter Dalton, The Rough Guide to Reggae, Londres, Rough Guides, , p. 58
  2. (en) Lloyd Bradley, This Is Reggae Music: The Story of Jamaica's Music, New York, Grove Press, , p. 169
  3. Stephen A. King et al., Reggae, Rastafari, and the Rhetoric of Social Control, University Press of Mississippi, , 41 p.
  4. Stephen A. King et al., Reggae, Rastafari, and the Rhetoric of Social Control, University Press of Mississippi, , 43 p.
  5. « Queen Majesty – The Techniques », sur WhoSampled (consulté le )
  6. (en) Steve Barrow, Peter Dalton et Jonathan Buckley, The Rough Guide to Reggae, Londres, Rough Guides, , p. 58
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