Quiet luxury
Le quiet luxury (en français : luxe discret) est une tendance de mode et un mode de consommation caractérisés par une élégance sobre, des matériaux de qualité supérieure et un style intemporel, à l'opposé de l'ostentation et du logomania[1]. D'autres termes désignent des notions proches : stealth wealth (« richesse furtive »), old money aesthetic (« esthétique vieille fortune »), ou silent luxury (« luxe silencieux »)[2],[3].
Définition
Le quiet luxury se distingue par l'absence de logos visibles, des coupes épurées, des coloris neutres (beige, blanc, gris, marine) et un souci du détail dans la fabrication[4]. Le luxe s'exprime à travers la qualité des matières et le savoir-faire artisanal plutôt que par des signes extérieurs de richesse[5].
Bien que les notions de quiet luxury et de stealth wealth soient souvent confondues, une nuance existe : la stealth wealth vise à dissimuler sa richesse, tandis que le quiet luxury consiste à la signaler subtilement à ceux qui savent la reconnaître[6].
Histoire
Origines
L'idée d'une élégance discrète comme marqueur de distinction sociale trouve ses racines dans l'essor de la bourgeoisie européenne et américaine à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. La montée de la classe capitaliste s'accompagne d'un rejet des codes vestimentaires flamboyants de l'Ancien Régime. Ce phénomène est notamment décrit par le concept de « Grande Renonciation masculine » (Great Male Renunciation), qui voit la mode masculine abandonner les dentelles, perruques poudrées et vêtements colorés de l'aristocratie au profit de costumes sombres et sobres[7],[8].
Dans le monde anglo-saxon, cette esthétique de la discrétion est historiquement associée à la old money (« vieille fortune »), c'est-à-dire les familles à patrimoine hérité, par opposition aux nouveaux riches. Le romancier F. Scott Fitzgerald, dans Gatsby le Magnifique (1925), illustre cette opposition culturelle : les familles de vieille fortune considèrent les démonstrations ostentatoires comme vulgaires[7].
Dans les années 1990, des créateurs comme Donna Karan et Miuccia Prada popularisent un vestiaire épuré et fonctionnel, reflétant l'émergence d'un uniforme discret mais distinctif chez les cadres et professionnels aisés[7],[8].
Essor dans les années 2020
Le concept connaît un regain de notoriété au début des années 2020, dans un contexte où la consommation ostentatoire devient moins acceptable dans certains cercles aisés[1],[5]. Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cet engouement :
- les conditions économiques post-pandémie de Covid-19, qui incitent les consommateurs à privilégier des achats durables plutôt que des produits à la mode éphémère[4] ;
- la série télévisée Succession (2018-2023), dont les personnages de milliardaires new-yorkais portent des vêtements coûteux mais discrets, popularisant l'expression « Succession core »[1],[2],[9] ;
- le procès civil de Gwyneth Paltrow en dans l'Utah, dont la garde-robe lors des audiences incarne involontairement cette esthétique[2].
Dès , certains commentateurs considèrent la tendance comme dépassée, la semaine de la mode de Paris mettant en avant des styles plus expressifs[10].
Contexte sociologique
Motivations
Une étude de Han, Nunes et Drèze (2010) montre que les consommateurs fortunés ayant peu besoin de signaler leur statut tendent à préférer des produits de luxe discrets, tandis que ceux cherchant à affirmer leur position, indépendamment de leur richesse réelle, favorisent les produits à marques visibles[11].
Eckhardt et al. (2015) identifient plusieurs facteurs expliquant l'attrait du luxe discret : la démocratisation du luxe (masstige (en)) qui pousse les consommateurs aisés à rechercher des formes de distinction plus subtiles ; l'usage de la consommation discrète pour signaler l'appartenance à un groupe d'initiés ; et l'association du luxe discret avec l'artisanat, la sophistication et la qualité de conception[11].
Durabilité
Les produits associés au quiet luxury privilégient des pièces conçues pour durer, encourageant un achat réfléchi et un investissement dans des vêtements intemporels plutôt que dans des tendances passagères[4],[12]. Cette approche, bien que potentiellement moins rentable à court terme, tend à favoriser la fidélisation de la clientèle[4].
Réseaux sociaux
L'essor des réseaux sociaux a amplifié la visibilité des modes de vie des catégories aisées. Paradoxalement, le quiet luxury valorise la discrétion, ses adeptes évitant les démonstrations ostentatoires susceptibles d'attirer une attention indésirable[1]. Les symboles de statut contemporains incluent des vêtements de créateurs sans logo apparent et des bijoux discrets mais coûteux[1].
Le terme « recessioncore » est également employé pour désigner cette tendance, soulignant son lien avec la crainte d'un ralentissement économique qui incite à des choix vestimentaires plus mesurés[3].
Marques emblématiques
Parmi les maisons et marques associées au quiet luxury figurent Loro Piana, Brunello Cucinelli, Zegna, Hermès, Brioni, Bottega ,Veneta, The Row (en) et Celine sous la direction de Phoebe Philo[9],[13]. Les créateurs Jil Sander et Giorgio Armani sont considérés comme des précurseurs de cette esthétique, notamment à travers leurs collections minimalistes des années 1980 et 1990[14],[15].
En France, l'expression est reprise dans la presse spécialisée dès 2023 pour décrire un positionnement mêlant savoir-faire artisanal français, matières nobles et absence de signes ostentatoires[9].
Notes et références
- (en) Guy Trebay, « 'Quiet Luxury' Becomes a Flex for the Ultrarich », The New York Times, (lire en ligne)
- (en) Ilze du Toit, « Quiet luxury: all you need to know about the 2023 trend », The Drum, (lire en ligne)
- (en) Rae Nguyen, « Why quiet luxury is bad news »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Shift London,
- (en) Elizabeth Segran, « Quiet luxury isn't just a trend. It's a clever business model »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Fast Company,
- (en) « If You Pay Attention to One Trend This Season, Make It "Quiet Luxury" », Vogue, (lire en ligne)
- ↑ (en) Vanessa Elle, « Stealth Wealth Vs. Quiet Luxury: The Difference, Explained »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Glam,
- (en) « The Class Signifiers of Quiet Luxury Are Nothing New », ArtReview, (lire en ligne, consulté le )
- (en) « 'Quiet luxury': No flash, no logos, but big-time style »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur AP News,
- « Le règne du quiet luxury »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur L'Opinion,
- ↑ (en) Jacob Gallagher, « Men, Say Goodbye to Subtle Fashion. Say Hello to Flair »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur The Wall Street Journal,
- (en) Charles R. Taylor, Benjamin Borenstein et Aniruddha Pangarkar, « What, no logos? Why some minimalists prefer quiet luxury », Psychology & Marketing, vol. 42, no 1, , p. 142-158 (DOI 10.1002/mar.22121)
- ↑ (en) « What Is Quiet Luxury And Why Is The Trend Louder Than Ever? », Elle UK, (lire en ligne)
- ↑ (en) « The Emergence of Quiet Luxury »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Luxury Digital Marketing Agency UK (consulté le )
- ↑ (en) Robin Givhan, « Giorgio Armani Is for Everyone (Even if You Can't Afford It) », The New York Times,
- ↑ (en) « How Giorgio Armani built the world of quiet luxury one suit at a time », The Washington Post,
Articles connexes
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