Révolte des Malês
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Salvador, Bahia, Empire du Brésil |
| Issue | Victoire des autorités impériales ; rébellion réprimée |
| Empire du Brésil Garde nationale forces de police de Bahia |
Esclaves et affranchis africains musulmans Malês |
| Francisco de Souza Martins Francisco Gonçalves Martins |
Ahuna Pacífico Licutan Manoel Calafate Elesbão do Carmo Luís Sanim |
| Effectifs inconnus ; au moins trois bataillons de gardes mobilisés | Environ 600 insurgés |
| Environ 7 morts | Plus de 80 morts Environ 300 capturés 5 exécutés |
Rébellions d'esclaves au Brésil
La révolte des Malês (en portugais : Revolta dos Malês), aussi appelée révolte malê ou soulèvement des Malês, est une révolte d'esclaves musulmans survenue à Salvador, dans la province de Bahia, au Brésil impérial, dans la nuit du au .
Le soulèvement est mené par des esclaves et affranchis africains, pour beaucoup Nagôs et musulmans. Le terme « Malê » désigne alors à Bahia les Africains musulmans, probablement à partir du mot yoruba imale, qui désigne un musulman. La révolte éclate pendant le ramadan, dans un contexte de forte présence africaine à Salvador, de tensions sociales urbaines, de surveillance accrue des esclaves et de développement de réseaux religieux musulmans dans la ville.
La rébellion est rapidement réprimée par les autorités impériales. Elle reste cependant l'un des plus importants soulèvements d'esclaves de l'histoire du Brésil et l'un des épisodes majeurs de l'histoire de l'islam au Brésil. Son retentissement contribue à renforcer la surveillance des populations africaines musulmanes et nourrit les débats sur la traite atlantique et l'esclavage au Brésil.
Contexte
Esclavage et société urbaine à Bahia
Au début du XIXe siècle, Salvador est l'une des principales villes esclavagistes du Brésil. Sa population comprend un grand nombre d'esclaves africains, d'affranchis et de travailleurs urbains. Les esclaves y exercent des activités variées : portage, artisanat, domesticité, petit commerce, travaux portuaires ou métiers spécialisés[1].
La configuration urbaine de Salvador facilite les contacts entre esclaves et affranchis. Les circulations dans les rues, les marchés, les ateliers, les ports et les quartiers populaires permettent l'existence de réseaux sociaux et religieux relativement denses, malgré la surveillance des maîtres et des autorités[1].
Islam à Bahia
Les Malês constituent une partie de la population africaine musulmane de Bahia. Dans les premières décennies du XIXe siècle, les Haoussas sont souvent associés à l'islam, mais de nombreux musulmans de Bahia appartiennent également aux groupes Nagôs, dont plusieurs membres occupent un rôle central dans la préparation du soulèvement[2].
Les musulmans africains de Salvador disposent de lieux de réunion, parfois installés dans les maisons d'affranchis, des chambres louées ou des espaces privés utilisés pour la prière et l'enseignement. Certains savent lire et écrire l'arabe, copient des prières, mémorisent des versets du Coran et produisent des amulettes contenant des textes religieux[1].
Les Malês se distinguent aussi par certains signes religieux ou vestimentaires. Des amulettes, des bagues ou des vêtements blancs appelés abadás sont associés à leur identité religieuse. Pendant la révolte, ces vêtements blancs sont portés publiquement et interprétés par les autorités comme des « habits de guerre »[2].
Préparation du soulèvement
La révolte est préparée par des esclaves et affranchis musulmans, avec une forte participation de Nagôs. Les insurgés projettent d'agir pendant une période favorable, alors que la ville est partiellement désorganisée par des célébrations religieuses liées au cycle de fêtes de l'église de Bonfim. De nombreux habitants et agents d'autorité se trouvent alors hors du centre de Salvador[3].
La conspiration est cependant révélée avant le déclenchement prévu. Selon les récits judiciaires et historiques, une affranchie nommée Sabina da Cruz découvre l'existence du complot et en informe une connaissance ayant accès aux milieux blancs. L'information parvient ensuite aux autorités locales dans la soirée du [1].
Alerté, le président de la province, Francisco de Souza Martins, renforce la garde du palais, avertit les casernes, fait doubler les patrouilles et ordonne la surveillance de la baie. Dans la nuit, des juges de paix et des agents de police se rendent dans une maison où se trouvent plusieurs organisateurs du soulèvement. La tentative d'arrestation précipite le début de la révolte[1].
Déroulement
Dans les premières heures du , les insurgés sortent dans les rues de Salvador. Les premiers affrontements font des morts parmi les Africains insurgés, dont Vitório Sule, mari de Sabina da Cruz[1].
L'un des objectifs des rebelles est d'attaquer la prison pour libérer Pacífico Licutan, un esclave nagô musulman incarcéré et considéré comme l'une des figures importantes du mouvement. L'assaut échoue en raison de la résistance des gardes et de l'intervention des forces loyalistes depuis le secteur du palais[1].
Après cet échec, les insurgés se déplacent vers différents points de la ville, cherchent à rallier d'autres esclaves et affrontent des postes militaires. Plusieurs groupes se dirigent vers le quartier de Vitória et le couvent de Mercês, lieu de regroupement prévu, puis vers Água de Meninos, où se déroule l'affrontement décisif[4].
À Água de Meninos, les insurgés sont confrontés aux forces de cavalerie et aux troupes retranchées dans la caserne. Leur tentative de contourner ou de prendre la position échoue. La charge de cavalerie disperse les derniers groupes organisés et met fin au soulèvement[4].
Dirigeants et participants
Plusieurs figures sont associées à la préparation ou à la conduite de la révolte.
- Ahuna, esclave nagô, voyage régulièrement entre Salvador et Santo Amaro, où son maître possède une plantation. Son rôle est considéré comme important dans la coordination du mouvement[1].
- Pacífico Licutan, esclave nagô et rouleur de tabac, est emprisonné au moment du soulèvement. Sa libération constitue l'un des objectifs des insurgés[1].
- Manoel Calafate participe à la mobilisation des rebelles à Santo Amaro et prend part aux combats à Salvador[1].
- Elesbão do Carmo, aussi connu sous le nom de Dandará, est un affranchi haoussa, propriétaire d'une boutique de tabac servant de lieu de rencontre aux Malês[1].
- Luís Sanim, esclave nupe, contribue à l'organisation financière du groupe, avec une caisse destinée aux vêtements religieux, aux obligations envers les maîtres et aux rachats de liberté[1].
Répression
La répression est rapide. Les autorités arrêtent plusieurs centaines de personnes. Les condamnations prononcées après le soulèvement comprennent des peines de mort, des peines de prison, des travaux forcés, des flagellations et des déportations vers l'Afrique de l'Ouest[1].
Quatre insurgés sont condamnés à mort dans un premier temps, tandis que d'autres reçoivent des peines de prison, de travaux forcés ou de fouet. Plusieurs dizaines d'Africains, esclaves ou affranchis, sont ensuite expulsés vers la côte du golfe du Bénin[2].
Les autorités brésiliennes craignent que la révolte ne provoque une insurrection plus large, comparable à celle de Saint-Domingue. Cette peur explique la sévérité des sanctions et la surveillance renforcée des esclaves africains, des affranchis et des pratiques islamiques à Bahia[1].
Conséquences
La révolte des Malês a un retentissement important au Brésil et à l'étranger. Des échos du soulèvement apparaissent dans la presse brésilienne, nord-américaine et britannique, ce qui accroît la perception d'un risque d'insurrection servile dans l'Empire du Brésil[5].
Dans les années qui suivent, les autorités renforcent les lois de contrôle des esclaves et des Africains libres. Des mesures plus sévères sont prises contre les rébellions, les rassemblements et les pratiques religieuses jugées suspectes. Des efforts sont aussi menés pour promouvoir la conversion au catholicisme et affaiblir les réseaux musulmans africains[2].
La révolte contribue également au débat sur la traite atlantique. Même si l'esclavage subsiste au Brésil jusqu'en 1888, la peur de nouvelles insurrections alimente les discussions sur la fin de l'importation d'esclaves africains, finalement interdite de manière effective en 1850 par la loi Eusébio de Queirós[5].
Mémoire et interprétations historiques
La révolte des Malês est souvent considérée comme l'une des plus grandes révoltes urbaines d'esclaves dans les Amériques. Elle occupe une place importante dans l'histoire de la résistance noire, de l'islam dans l'Atlantique sud et des relations entre Afrique de l'Ouest et Brésil[1].
L'historien João José Reis souligne le caractère organisé du mouvement, l'importance de l'alphabétisation arabe et le rôle des réseaux religieux musulmans dans la préparation du soulèvement[1]. D'autres travaux mettent en avant la dimension atlantique de l'événement, car les expulsions postérieures à la révolte contribuent à renforcer certaines communautés afro-brésiliennes d'Afrique de l'Ouest, en particulier dans le golfe du Bénin.
Notes et références
- (en) João José Reis, Slave Rebellion in Brazil: The Muslim Uprising of 1835 in Bahia, Baltimore, Johns Hopkins University Press, (ISBN 978-0-8018-4462-1)
- (pt-BR) André Bernardo, « O legado de negros muçulmanos que se rebelaram na Bahia antes do fim da escravidão », sur BBC News Brasil, (consulté le )
- ↑ (pt-BR) Beatriz Lourenço, « Saiba o que foi e como aconteceu a Revolta dos Malês », sur Galileu, (consulté le )
- (en) R. K. Kent, « African Revolt in Bahia: 24–25 January 1835 », Journal of Social History, vol. 3, no 4, , p. 334-356
- (en) Dale T. Graden, « An Act « Even of Public Security »: Slave Resistance, Social Tensions, and the End of the International Slave Trade to Brazil, 1835-1856 », The Hispanic American Historical Review, vol. 76, no 2, , p. 249-282 (DOI 10.2307/2517131)
Voir aussi
Articles connexes
- Esclavage au Brésil
- Islam au Brésil
- Salvador (Bahia)
- Bahia
- Révolte d'esclaves
- Révolution haïtienne
- Traite négrière occidentale
- Loi Eusébio de Queirós
Bibliographie
- (en) João José Reis, Slave Rebellion in Brazil: The Muslim Uprising of 1835 in Bahia, Baltimore, Johns Hopkins University Press, (ISBN 978-0-8018-4462-1)
- (en) R. K. Kent, « African Revolt in Bahia: 24–25 January 1835 », Journal of Social History, vol. 3, no 4, , p. 334-356
- (en) Dale T. Graden, « An Act « Even of Public Security »: Slave Resistance, Social Tensions, and the End of the International Slave Trade to Brazil, 1835-1856 », The Hispanic American Historical Review, vol. 76, no 2, , p. 249-282 (DOI 10.2307/2517131)
- (pt-BR) André Bernardo, « O legado de negros muçulmanos que se rebelaram na Bahia antes do fim da escravidão », sur BBC News Brasil, (consulté le )
- (pt-BR) Beatriz Lourenço, « Saiba o que foi e como aconteceu a Revolta dos Malês », sur Galileu, (consulté le )
Liens externes
- (pt-BR) « O legado de negros muçulmanos que se rebelaram na Bahia antes do fim da escravidão », sur BBC News Brasil (consulté le )
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