Rangen (grand cru)
| Rangen | |
La ville de Thann vue depuis le Rangen. | |
| Appellation(s) principale(s) | alsace grand cru Rangen |
|---|---|
| Type d'appellation(s) | AOC / AOP |
| Reconnue depuis | 1983 |
| Pays | |
| Région parente | vignoble d'Alsace |
| Localisation | Haut-Rhin |
| Climat | semi-continental |
| Ensoleillement (moyenne annuelle) |
1 741 heures (à Colmar)[1] |
| Sol | volcanique |
| Superficie totale | 22,13 hectares |
| Superficie plantée | 16,69 ha (en 2024)[2] |
| Cépages dominants | pinot gris G[N 1], riesling B et gewurztraminer Rs |
| Vins produits | blancs |
| Production | 334 hectolitres (en 2024)[2] |
| Pieds à l'hectare | minimum 4 500 pieds/ha[3] |
| Rendement moyen à l'hectare | 20 hl/ha (en 2024)[2] |
Un alsace grand cru Rangen[N 2], ou plus simplement un rangen, est un vin français produit sur le lieu-dit le Rangen, à la limite entre les communes de Thann et de Vieux-Thann, dans le département du Haut-Rhin, dans la collectivité européenne d'Alsace, au sein de la région Grand Est.
Il s'agit d'un des cinquante-et-un grands crus du vignoble d'Alsace, bénéficiant chacun d'une appellation mais partageant le même cahier des charges alsace grand cru[3] (avec des contraintes plus rigoureuses que pour l'appellation alsace). Le Rangen est le grand cru le plus au sud d'Alsace.
Histoire
Périodes médiévale et moderne
Le Rangen est mentionné dès le milieu du Moyen Âge, notamment dans les actes d'achat : en 1291, les dominicains de Bâle achètent quatre scadi (seize hectares) de vignes dans le lieu-dit ; en 1292, l'abbaye féminine de Masevaux (à l'époque Masmünster), le couvent Saint-Ursitz d'Einsiden ainsi que l'abbaye cistercienne de Haute-Seille deviennent propriétaires ; en 1296 un certain Burchard zum Rosen de Bâle achète des vins « in banno Villa Danne in monto disto Rangen ».
À la Renaissance en 1580, le Rangen est cité par Montaigne : « Vinsmes souper à Tane, quatre lieues, première ville d’Allemagne, sujette à l’empereur, très belle. Lendemain au matin, trouvâmes une belle et grande plene, flanquée à main gauche de coutaux pleins de vignes, les belles et les mieux cultivées, et en telle estendue que les Guascons qui estoient la disoint n’en avoir jamais veu tant de suite. ». À cette époque (XVIe siècle) l'encépagement du Rangen était déjà réglementé par la ville de Thann : la plantation de cépages non nobles était ainsi interdite : quiconque enfreignait cette loi était puni d'une amende et les ceps étaient arrachés. L'appellation d'origine était également protégée : il était interdit de mélanger d'autres vins à ceux du Rangen et de le commercialiser sous le nom de « vin du Rangen »[4].
Au XVIIIe siècle le Rangenwein (« vin du Rangen ») est connu jusqu'à Vienne, la capitale impériale (l'Alsace faisait alors partie du Saint-Empire romain germanique), notamment pendant le règne de Marie-Thérèse d'Autriche.
Période contemporaine
Dans son ouvrage de 1877, Charles Gérard présente les crus de la commune : « Thann est fameux pour son Stauffenberg, son Enchenberg, mais surtout pour son Rangwein que récoltait le chapitre de Thann, le plus chaud et le plus violent des vins de notre pays. Ses effets redoutables sur le système nerveux lui avaient acquis l'honneur d'inspirer une formule de malédiction : Que le Rang te heurte ! comme on disait en Provence que le Maulubec te trousse ! et comme on dit en France que le diable t'emporte ! Ce juron était déjà populaire dans toute l'Allemagne au seizième siècle. […] Ichtersheim affirme qu'un homme peut difficilement en boire un pot sans être renversé, ohne boden-werfenden Rausch, bien qu'il s'insinue dans le corps aussi doucement que le lait, da er doch wie Milch einschleichet. Voici ce qu'en dit le Franciscain de Thann :
Que celui qui en abuse se garde de l'air et de la promenade ; il vaut mieux de le croire que d'en faire l'expérience ; après cela, ceux qui en ont fait l'épreuve peuvent en porter le plus sûr témoignage.
Du temps de Marie-Thérèse le Rangwein jouissait d'une vogue extraordinaire dans la haute société de Vienne. Un Alsacien, précepteur des enfants du prince de Lœwenberg, l'avait introduit en Autriche. L'engouement était tel que Vienne consommait six fois plus de Rang que Thann n'en produisait »[5].
Les ravages du phylloxéra et surtout la révolution industrielle (qui triomphe à Mulhouse et à Thann) ont comme conséquences à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle la baisse des prix, la baisse de la qualité, le manque de main-d'œuvre et l'abandon des parcelles trop pentues (demandant trop de travail pour de faibles rendements). À la fin du XXe siècle, il n'y a plus de viticulteurs résidant à Thann.
En 1966, un remembrement est effectué sur le Rangen, dont les 131 parcelles de 32 propriétaires différents sont réduites au nombre de 55 parcelles. À cette date, seuls 5 hectares sont exploités sur le coteau[6]. Vers la fin des années 1970, quelques viticulteurs venant d'autres parties du vignoble d'Alsace (tel que Léonard Humbrecht[N 3], de Turckheim, Bruno Hertz d'Eguisheim, puis Bernard et Robert Schoffit[N 4] de Colmar) s'intéressent à ce coteau bien exposé. Ils obtiennent que le Rangen fasse partie en 1983 des vingt-quatre lieux-dits sélectionnés pour devenir les dénominations géographiques de l'appellation alsace grand cru[7].
Il y a eu depuis quelques modifications : en les mentions vendanges tardives et sélection de grains nobles sont réglementées au sein de l'appellation[8] ; en 2001, les rendements sont réduits (passant de 70 à 55 hl/ha)[9] ; en , tous les grands crus d'Alsace passent du statut de dénominations géographiques au sein d'une même appellation à celle d'autant d'appellations partageant le même cahier des charges[10] ; en , nouvelle réduction du rendement (à 50 hl/ha)[11] ; en , autorisation des bouteilles de 300, 150, 100, 50 et 37,5 cl)[3].
En 1992, les lignes électriques aériennes sont enterrées par EDF. Plusieurs murets en pierre sèche sont progressivement reconstitués. En 2003, la mairie de Thann achète et fait mettre en exploitation (en la louant pour 45 ans) la dernière parcelle non exploitée (32 ares, tout en haut du coteau)[6].
Étymologie
Deux origines sont proposées pour le mot « rangen » : soit un terme en vieil allemand désignant un versant très raide, soit une déformation de Ranke, désignant la vrille ou le sarment de vigne[6].
Vignoble
Aire d'appellation
Le Rangen se situe en France, dans la collectivité européenne d'Alsace, au sein de la région Grand Est plus précisément dans le département du Haut-Rhin, sur les communes de Thann et Vieux-Thann à 21 kilomètres à l'ouest de Mulhouse.
| Images externes | |
| Carte de l'aire d'appellation du rangen | |
| Cartes cadastrales de l'appellation | |
| Orthophotos du parcellaire de l'appellation | |

Sur la route des vins d'Alsace, le Rangen se trouve à l'extrémité sud, plutôt isolé par rapport aux autres crus (le plus proche, l'Ollwiller, est à 14 kilomètres plus au nord).
Le Rangen est le plus méridional des grands crus d'Alsace. Il se situe à l'entrée de la vallée de la Thur, sur le coteau surplombant au nord la rivière, Thann et Vieux-Thann, lui-même sous le Rangenkopf (« Tête du Rangen », 605 mètres) couvert de bois.
Le vignoble est à cheval sur la limite entre les deux communes, il est orienté plein sud, sur des pentes très accentuées. Son étagement est compris entre 340 mètres (à proximité de la Thur) et 467 mètres d'altitude, soit parmi les plus élevés du vignoble alsacien. La proximité avec la rivière favorise l'apparition de la pourriture noble, propice à l'élaboration de vins moelleux (grâce aux vendanges tardives) et liquoreux (grâce à la sélection de grains nobles).
L'aire plantée est de 22,13 hectares[12]. La superficie de production déclarée pour le grand cru était approximativement de 16 hectares ces dernières années[2].
L'aire d'appellation du rangen[13] s'étend sur quelques lieux-dits des communes de Thann et Vieux-Thann : Rangen proprement dit (en quasi-totalité) et des petites superficies de Mulhenmatte, de Rangenweide et de Drachen-Felsen. A noter que la ville de Thann possède une parcelle du Rangen (appelée « Clos de la Ville de Thann »), exploitée par le Domaine Schoffit. Les bouteilles sont vendues depuis 2007.
Géologie et orographie
La géologie des Vosges du sud est marquée par la formation du stratovolcan du Molkenrain (1 123 mètres d'altitude, autour duquel une caldeira a été identifiée) à l'époque du Viséen supérieur (-345 à -326 millions d'années, correspondant à une partie du Mississippien). L'érosion a porté à l'affleurement les roches intrusives.
Le coteau du Rangen est un affleurement de plusieurs couches géologiques, qui sont parallèles à la pente. Le sommet du Rangenkopf, couvert par la forêt, a pour sol une formation volcano-sédimentaire (qui correspond à ce que les géologues locaux appellent la première partie du Crémillot) : il s'agit de brèches dues à des projections volcaniques. À la limite entre les bois et la vigne se trouvent quelques affleurements d'ignimbrites rhyolitiques (là aussi volcaniques d'origine pyroclastiques qui couvrent de grandes surfaces depuis le Molkenrain jusqu'au Baerenkopf). Ce sont des roches de teinte bleue ou brun-marron, riches en cristaux avec des éléments bréchiques étrangers, qui peuvent aussi avoir le faciès de « tufs à cristaux ».
La majorité du vignoble du Rangen se trouve plantée sur un dépôt de grauwackes dits de Thann dans lesquels de nombreux troncs silicifiés ont été découverts.
Le bas de la pente est recouvert par les restes d'une petite terrasse glaciaire du Würm, composé d'alluvions grossières, avec des galets (de grauwacke et de granite). Ils sont plus épais vers l'aval, atteignant plusieurs mètres dans la boucle de la Thur à l'entrée de Vieux-Thann. Le fond de vallée, plat car d'origine glaciaire, est couvert par des alluvions d'âge holocène[14],[15].
Climatologie
L'Alsace a un climat tempéré de type semi-continental d'abri. À l'ouest et au nord, les Vosges protègent le coteau du vent et de la pluie. Les vents d'ouest dominants perdent leur humidité sur le versant occidental des Vosges et parviennent en Alsace sous forme de foehn, secs et chauds. De ce fait, le climat est plus sec et un peu plus chaud (avec une température annuelle moyenne plus haute de 1,5 °C) que ce qui serait attendu à cette latitude. Le climat est continental et sec avec des printemps chauds, des étés secs et ensoleillés, de longs automnes et des hivers froids. L'ensoleillement est de 1 741 heures par an en moyenne à Colmar[1].
La station météorologique de Guebwiller (à 273 mètres d'altitude : 47° 54′ 13″ N, 7° 13′ 32″ E)[16] est à treize kilomètres au nord-est du Rangen.
| Mois | jan. | fév. | mars | avril | mai | juin | jui. | août | sep. | oct. | nov. | déc. | année | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Températures (°C) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Maximale moyenne | 5,5 | 7,4 | 11,9 | 16,6 | 20,6 | 24,2 | 26 | 25,9 | 21,2 | 15,7 | 9,5 | 6,1 | 15,9 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Moyenne | 2,4 | 3,7 | 7,2 | 11,2 | 15,3 | 18,7 | 20,5 | 20,3 | 16,1 | 11,5 | 6,3 | 3,2 | 11,4 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Minimale moyenne | −0,6 | 0 | 2,6 | 5,9 | 9,9 | 13,3 | 14,9 | 14,6 | 10,9 | 7,3 | 3 | 0,3 | 6,8 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Nombre de jours avec gel | 17,3 | 14,2 | 8,2 | 1,7 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 1,2 | 6,7 | 15,4 | 64,7 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Précipitations | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Hauteur (mm) | 92,9 | 76,5 | 71,8 | 59,7 | 80,7 | 73,7 | 66 | 70,9 | 59,9 | 80,6 | 76,3 | 110,6 | 919,6 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Encépagement
Les vins correspondant à l'appellation d'origine contrôlée alsace grand cru suivie de la dénomination géographique (nom de lieu-dit) Rangen doivent être produits avec un des cépages suivants : riesling B[N 1], pinot gris G, gewurztraminer Rs ou un des muscats (muscat ottonel B, muscat blanc à petits grains B ou muscat rose à petits grains Rs).
L'encépagement du vignoble se compose de 57 % de pinot gris G, 32 % de riesling B, 10 % de gewurztraminer Rs et 1% de muscat B (toutes variétés confondues)[12].
Le pinot gris G (appelé Grauburgunder, « bourguignon gris » en allemand, « malvoisie » en Valais ou pinot grigio en Italie) est le cépage principal du rangen. C'est un cépage fragile et de maturité assez précoce. Il est issu d’une mutation du pinot noir et est donc d’origine bourguignonne, où il est appelé « pinot beurot ». Il donne de meilleurs résultats sur des sols composés de cailloutis calcaires à condition d'être bien drainés grâce à une exposition en coteau.
Le riesling B est également un des principaux cépages cultivés sur le Rangen car il donne de très bons résultats sur les terrains volcaniques et granitiques. C'est un cépage au débourrement et à la maturation tardives, nécessitant des coteaux bien exposés au soleil, dont les vendanges peuvent avoir lieu vers la mi-octobre. Par contre, il résiste bien aux gelées d'hiver.
Le gewurztraminer Rs (signifie « traminer aromatique » en allemand) est un cépage rose aux baies orange ou tirant vers le violet. Ce proche parent du savagnin B et du savagnin rose Rs (appelé en Alsace klevener de Heiligenstein) est plutôt vigoureux, produit de gros rendements et donne de meilleurs résultats sur des sols marneux ou calcaires que sur des sols granitiques ou schisteux.
Les muscats sont rarement cultivés, que ce soit sur l'ensemble du vignoble d'Alsace ou sur les parcelles classées comme grands crus. Le muscat blanc à petits grains B, appelé aussi « muscat d'Alsace », est originaire de Grèce ; il est cultivé en Alsace depuis au moins le début du XVIe siècle. Il est plutôt précoce. Le muscat ottonel B est plus récent, découvert au XIXe siècle dans la vallée de la Loire avant d'arriver en Alsace au milieu du siècle. L'ottonel est un hybride du chasselas, il est donc encore plus précoce que l'autre muscat. Le muscat rose à petits grains Rs est également autorisé.
Sur une très petite surface, un producteur local, Laurent Schnebelen, continue de cultiver un sylvaner atypique.
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Grappes de riesling B. -
Grappes de gewurztraminer Rs.
-
Grappes de pinot gris G. -
Grappes de muscat blanc à petits grains B.
Pratiques culturales
La densité de plantation est au minimum de 4 500 pieds par hectare ; l'écartement entre les rangs de vignes ne doit pas dépasser les deux mètres ; l'écartement entre les pieds sur le rang doit être compris entre 0,75 et 1,5 mètre ; les vignes sont conduites en hautain pour les protéger du gel, avec le feuillage palissé en espalier.
La hauteur de feuillage palissé ne peut être inférieure à 0,675 fois l'écartement entre les rangs ; la taille de la vigne doit se faire en Guyot simple ou double avec un maximum de 18 yeux francs. L'irrigation est interdite. La charge maximale moyenne à la parcelle est fixée à 8 500 kilogrammes de raisins par hectare[3].
Rendements
Le rendement est limité par le cahier des charges de l'appellation à un maximum de 50 hectolitres par hectare (40 pour une sélection de grains nobles). Chaque année, ce rendement maximum peut être modifié à la hausse ou à la baisse par un arrêté du ministère de l'Agriculture, dans la limite des rendements butoirs de l'appellation, fixés à 60 hl/ha (48 pour une sélection de grains nobles)[3].
Le rendement réel de l'ensemble des grands crus alsaciens en 2024 a été de 40,1 hectolitres par hectare en moyenne[N 5], et de 20 hl/ha pour le rangen[2].
Les grands crus d'Alsace doivent être obligatoirement vendangés manuellement.
Vins
Volumes
Selon le service des Douanes, les données de production des années récentes sont[2] :
| Année | Superficie (ha) | Production (hl) | Rendement (hl/ha) |
|---|---|---|---|
| 2022 | 15,98 | 492 | 30 |
| 2023 | 15,89 | 568 | 36 |
| 2024 | 16,69 | 334 | 20 |
Titres alcoométriques minimum
Les raisins récoltés doivent présenter un titre alcoométrique volumique naturel moyen minimum de 12,5 % vol. pour les cépages pinot gris G et gewurztraminer Rs et de 11 % vol. pour le riesling B[N 1] et les muscats. Les vins issus d'un assemblage présentent un titre alcoométrique volumique naturel moyen minimum de 12 % vol.
Ne peut être considéré à bonne maturité tout lot unitaire de vendanges présentant une richesse en sucre inférieure à 193 grammes par litre de moût pour les cépages pinot gris G et gewurztraminer Rs et à 168 grammes par litre de moût pour les autres cépages. Lorsqu'une autorisation d'enrichissement est accordée, l'augmentation du titre alcoométrique volumique naturel moyen minimum ne peut dépasser 1,5 % vol.
Sur l'avis du syndicat viticole du Rangen, le comité régional d'experts des vins d'Alsace peut proposer annuellement au comité national des vins et eaux-de-vie de l'Institut national des appellations d'origine, pour la dénomination et pour chaque cépage, un titre alcoométrique naturel moyen minimum supérieur et une richesse en sucre des lots unitaires supérieure à ceux susvisés, ainsi qu'un taux d'enrichissement maximum inférieur au taux susvisé.
Vendanges tardives et sélections de grains nobles
Les vendanges tardives désignent des vins faits à partir de raisins dont la récolte a été retardée pour les obtenir en surmaturité, d'où des vins riches en sucre et en alcool, aux goûts plus puissants, et souvent moelleux. Selon la législation, le moût doit avoir au moins 243 grammes de sucre par litre si c'est du gewurztraminer ou du pinot gris (soit 14,4 % vol. d'alcool potentiel), ou au moins 220 grammes de sucre par litre si c'est du riesling ou un muscat (soit 13,1 % vol. d'alcool potentiel) ; aucune chaptalisation n'est permise.
Quant à une sélection de grains nobles, il s'agit d'un vin fait à partir de raisins récoltés par tris sélectifs successifs des grains atteints de pourriture noble (le champignon Botrytis cinerea), ce qui donne des vins encore plus concentrés, plus sucrés, liquoreux. Selon la législation, le moût doit avoir au moins 279 grammes de sucre par litre si c'est du gewurztraminer ou du pinot gris (soit 16,6 % vol. d'alcool potentiel), ou au moins 256 grammes de sucre par litre si c'est du riesling ou un muscat (soit 15,2 % vol. d'alcool potentiel). Là-aussi aucune chaptalisation n'est permise[18],[19].
Vinification et élevage
Les grands crus d'Alsace doivent être obligatoirement récoltés manuellement. Le jour de la vendange, à l'arrivée au chai, le raisin est foulé et pressé pour séparer le moût du marc de raisin. Pour ce travail, les pressoirs pneumatiques remplacent progressivement les pressoirs horizontaux à plateau. Puis le moût est mis en cuve pour le débourbage, qui est le soutirage du jus sans les bourbes, soit par filtrage, soit par décantation en attendant qu'elles se déposent au fond de la cuve.
La fermentation alcoolique débute sous l'action de levures indigènes ou de levures sélectionnées introduites lors du levurage : cette opération transforme le sucre du raisin en alcool. La maîtrise de la température de fermentation par un système de réfrigération permet d'exprimer le potentiel aromatique du produit. La fermentation achevée au bout d'un mois, le vin est soutiré afin d'éliminer les lies. La fermentation malolactique n'est généralement pas réalisée, bloquée par un sulfitage pour conserver son acidité au vin. Ce dernier peut être stocké en cuve pour le préparer à l'embouteillage ou élevé en barrique ou foudres de bois de chêne.
Le vin est soutiré, puis généralement de nouveau filtré avant le conditionnement en bouteilles[20].
Gastronomie
D'une façon générale, les alsaces grands crus sont plus aromatiques, plus concentrés et plus long en bouche que les autres vins d'Alsace. Ils se gardent davantage, vieillissant avec avantage de deux jusqu'à dix ans. Les vendanges tardives renforcent la concentration des arômes, les rendant encore plus puissants ; les sélections de grains nobles donnent des vins encore plus sucrés et alcoolisés, mais avec moins d'arômes fruités. Ils doivent être servi frais, mais pas glacés : l'idéal selon la CIVA est entre 8 et 10 °C.
Un pinot gris a une robe jaune dorée, avec un nez et une bouche au fruité marqué, évoquant l'abricot, le miel et les fruits confits, avec des notes du sous-bois (champignon) s'affirmant avec l'âge. Il se mariera bien avec le foie gras d'oie, la poularde, l'oie rôtie, le gratin de langoustines[21], les plats asiatiques sucrés-salés, du comté ou du beaufort.
Un riesling a une robe claire s'accentuant avec l'âge, avec un nez sur l'agrume ou floral, ainsi qu'une bouche plus vive, parfois minéral[22]. Il s'alliera avec les poissons (grillés, en sauce, ou crus marinés), les crustacés, les plats de la cuisine alsacienne, les viandes blanches (le coq au riesling notamment), les fromages de chèvre ou de brebis.
Le gewürztraminer a une robe dorée soutenue, devenant ambrée avec l'âge, avec un nez et une bouche au fruité très marqué (sont généralement évoqués la rose, le litchi et la bergamote) avec parfois des notes épicées (sont alors évoqués la girofle et le poivre). Un gewürztraminer fera merveille en apéritif ; on peut aussi l'associer avec tous les plats parfumés et relevés, notamment les plats exotiques (y compris pimentés ; il s'associe bien avec le gingembre), le poulet au curry, ou avec le pâté de foie de volaille, le foie gras de canard, la tarte à l'oignon, le poisson fumé, les fromages corsés (du munster par exemple) et les desserts.
Économie
Type de bouteilles
Les grand crus, comme tous les vins alsaciens, sont mis en bouteille obligatoirement en Alsace et traditionnellement dans des flûtes, c'est-à-dire des bouteilles du type « vin du Rhin » de 75 centilitres, règlementées par des décrets[23].
Depuis juillet 2025, sont autorisées d'autres formats de bouteilles, tous élancés (rappelant la flûte) : de 300 (l'équivalent du jéroboam), 150 (le magnum), 100 (le litre-flûte), 50 (le demi-litre) et 37,5 cl (la demi-bouteille, ou « fillette »)[3].
Mentions
Dans tout le vignoble d'Alsace, les vins sont le plus souvent identifiés par leur(s) cépage(s) : riesling, gewurztraminer, etc. Cette mention domine l'étiquette même si elle est facultative.
Lors de la création de l'appellation alsace grand cru, le but était clairement de valoriser le terroir. La mention du cépage n'y est pas obligatoire et il est possible de mettre le nom de la dénomination en caractères plus grands que celui du cépage. Donc plusieurs mentions sur l'étiquette de la bouteille sont possibles, soit simplement le nom de l'appellation et de la dénomination géographique (alsace grand cru Rangen), soit avec en plus une mention de cépage (riesling, muscat, pinot gris ou gewurztraminer), à laquelle peut être rajoutée la mention sélection de grains nobles ou vendanges tardives, ainsi que le nom d'un nom de lieu-dit au sein de la dénomination :
- alsace grand cru Rangen ;
- alsace grand cru Rangen riesling ;
- alsace grand cru Rangen muscat ;
- alsace grand cru Rangen pinot gris ;
- alsace grand cru Rangen gewurztraminer ;
- alsace grand cru Rangen vendanges tardives riesling ;
- alsace grand cru Rangen vendanges tardives muscat ;
- alsace grand cru Rangen vendanges tardives pinot gris ;
- alsace grand cru Rangen vendanges tardives gewurztraminer ;
- alsace grand cru Rangen sélection de grains nobles riesling ;
- alsace grand cru Rangen sélection de grains nobles muscat ;
- alsace grand cru Rangen sélection de grains nobles pinot gris ;
- alsace grand cru Rangen sélection de grains nobles gewurztraminer.
Liste de producteurs
Les viticulteurs travaillant sur le Rangen proviennent majoritairement du reste du vignoble alsacien[24] :
- Domaine Brucker, à Wuenheim ;
- Château d'Orschwihr (Hubert Hartmann)[25], à Orschwihr ;
- Bruno Hertz[26], à Eguisheim ;
- Eugène et Léa Schnebelen sur le "Clos de la Chapelle Saint-Urbain"[27], à Thann ;
- Laurent, Martine, Charles, Hélène et Louise-Anne Schnebelen, à Thann ;
- Domaine Maurice Schoech, à Ammerschwihr ;
- Domaine Schoffit (Bernard et Alexandre Schoffit) sur le "Clos Saint-Theobald", à Colmar ;
- Domaine Trapet à Riquewihr[28]
- Domaine d'Ollwiller à Wuenheim[28]
- Domaine Marcel Deiss à Bergheim[28]
- Domaine Zind-Humbrecht (Olivier Humbrecht) sur le "Clos Saint-Urbain"[29], à Turckheim.
Notes et références
Notes
- Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris.
- ↑ Le nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
- ↑ Les Humbrecht possèdent le Clos Saint-Urbain sur le Rangen depuis 1977.
- ↑ Les Schoffit possèdent le Clos Saint-Théobald sur le Rangen.
- ↑ Le rendement s'obtient en divisant la production par l'aire cultivée, soit en 2024 : 25 825,83 hl / 643,1624 ha = 40,15 hl/ha. Source : service des Douanes[2].
Références
- « Normales à Colmar-INRA 1991-2020 », sur infoclimat.fr.
- « Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects : superficies et volumes en production par produit », sur douane.gouv.fr (consulté le ).
- « Cahier des charges des cinquante et une appellations d’origine contrôlées « Alsace grand cru » », modifié par l'arrêté du , publié au JORF du et au BO Agri du .
- ↑ Panneau explicatif dans les sentiers du vignoble.
- ↑ Charles Gérard, L'Ancienne Alsace à table : Etude historique et archéologique sur l'alimentation, les mœurs et les usages épulaires de l'ancienne province d'Alsace, Paris, Berger-Levrault, (réimpr. 1971, 1995 et 2014), 2e éd. (1re éd. 1862), p. 320-321, lire en ligne sur Gallica.
- [PDF] « Dossier de presse, Le clos de la ville de Thann »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur ville-thann.fr.
- ↑ « Décret du 23 novembre 1983 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Alsace Grand Cru » », publié au JORF du , p. 3438.
- ↑ « Décret du relatif aux appellations d'origine contrôlées « Alsace » et « Alsace grand cru » », publié au JORF du .
- ↑ « Décret du 24 janvier 2001 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Alsace grand cru » », publié au JORF no 22 du .
- ↑ « Cahier des charges des cinquante et une appellations d'origine contrôlées « Alsace grand cru » » [PDF] (p. 179-304), homologué par le décret no 2011-1373 du publié au JORF du .
- ↑ « Arrêté du modifiant le cahier des charges des cinquante et une appellations d'origine contrôlées « Alsace grand cru » », publié au JORF no 0111 du .
- « Grand Cru Rangen - Vins d'Alsace », sur www.vinsalsace.com (consulté le )
- ↑ « Le portail des plans officiels de délimitation | INAO », sur www.inao.gouv.fr (consulté le )
- ↑ Notice de la carte du BRGM [PDF]no 412 (Thann), disponible sur infoterre.brgm.fr.
- ↑ « Carte géologique centrée sur le Rangen » sur Géoportail.
- ↑ « 68112005 – GUEBWILLER – Espaces verts Mairie de Guebwiller » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr.
- ↑ « Fiche 68112005 Guebwiller » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr.
- ↑ « Décret du 1er mars 1984 modifié relatif aux appellations d'origine contrôlées alsace et alsace grand cru », sur le site legifrance.gouv.fr.
- ↑ [PDF] « Fiche sur les vendanges tardives et les sélections de grains nobles », sur vinsalsace.com.
- ↑ « La vinification en blanc »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), Site vinsalsace.com (consulté le ).
- ↑ Michel Mastrojanni, Guide des vins de France, Paris, Solar, , 2e éd. (1re éd. 1992), 280 p. (ISBN 2-263-01942-1), no 4.
- ↑ Dictionnaire des vins de France, Paris, Hachette, coll. « Les livrets du vin », , 383 p. (ISBN 2-01-236-582-5), p. 15.
- ↑ « Décret no 55-673 du 20 mai 1955 relatif à l'emploi de la bouteille type « Vin du Rhin » », publié au JORF du ; « arrêté du 13 mai 1959 concernant l'emploi de la bouteille du type à « vin du Rhin » », publié au JORF du ; « décret no 63-295 du 19 mars 1963 relatif aux caractéristiques des bouteilles susceptibles de servir de récipients mesures dans le commerce de certains liquides », publié au JORF du .
- ↑ La liste des producteurs, qui date de mai 2011, a été réalisée à partir de la liste fournie par l'Office du Tourisme de Thann. Source : [PDF] « Vente et dégustation de vin du Rangen »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur ot-thann.fr.
- ↑ « Site du Château d'Orschwihr ».
- ↑ « Site du domaine Bruno Hertz », sur lesvinshertz.com.
- ↑ « Site du clos de la Chapelle Saint-Urbain ».
- « Thann. Quatre hectares de vignes du grand cru Rangen cédés à trois repreneurs prestigieux », sur www.lalsace.fr, (consulté le )
- ↑ « Domaine Zind-Humbrecht », sur zindhumbrecht.com.
Voir aussi
Bibliographie
- Vignoble d'Alsace, éditions Benoît France et CIVA, Paris, 2007, carte 88 x 55 cm au 1/120000 (ISBN 978-2-84354-158-2).
- Vins d'Alsace : carte touristique, Institut géographique nationale, Paris, 2006, carte 96 x 66 cm au 1/125000 (ISBN 978-2-7585-0182-4).
- Serge Dubs et Denis Rizenthaler, Les grands crus d'Alsace, éditions Serpenoise, Metz, 2002, 288 pages (ISBN 2-87692-567-2).
- Claude Muller, Les Vins d'Alsace, histoire d'un vignoble, éditions Coprur, Strasbourg, 1999, 192 pages (ISBN 2-84208-008-4).
- Le vignoble d'Alsace : la route des vins, Mitra productions, Illkirch, 1995, carte 90 x 34 cm au 1/180000 (BNF 40658287).
- Guide des grands crus d'Alsace, Centre d'information des vins d'Alsace, Colmar, 1994, 50 pages (BNF 36691659).
- Bernadette Burn et Gilles Schmidt, Alsace, clos et grands crus, collection Le Grand Bernard des vins de France, éditions Jacques Legrand, Paris, 1989, 190 pages (ISBN 2-905969-24-5).
Liens externes
- « Grand Cru Rangen – Vins d'Alsace », sur vinsalsace.com (site du CIVA).
- « Rangen », sur alsace-du-vin.com (site des vignerons indépendants).
- « Thann – Circuit du Rangen », sur ar-marmotte.fr (site de randonnée).
- « Le vignoble du Rangen », sur ville-thann.fr.
Articles connexes
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