Raoul Van Overstraeten
| Naissance | Ath |
|---|---|
| Décès | (à 92 ans) Bruxelles |
| Origine | |
| Arme | Artillerie à cheval |
| Grade | Lieutenant-général |
| Années de service | 1902 – 1946 |
| Conflits | Première et Seconde Guerre mondiale |
| Autres fonctions | Aide de camp du Roi Léopold III |
Raoul Van Overstraeten, né le à Ath et mort le à Bruxelles, est un général de l'armée belge, connu comme aide de camp et conseiller militaire du roi Léopold III.
Biographie
Raoul François Casimir Van Overstraten, né le à Ath est le fils d'Émile Van Overstraeten et d'Irma Bruyère. Son père étant flamand et sa mère wallonne, il parle l'allemand, le français et le néerlandias —les trois langues nationales belges— ainsi que l'anglais et se déclare « vrai Belge ». Son père, officier d'infanterie, finit sa carrière comme général. Lui-même, en 1902, est reçu premier à l'examen d'entrée à l'École royale militaire de Bruxelles[1].
Sorti avec le grade d'officier d'artillerie, il est affecté aux batteries à cheval. Après avoir perfectionné ses qualifications à l'École de guerre de Bruxelles, il est nommé à l'État-major du général de Witte.
Dès l'invasion allemande, Van Overstraeten participe aux combats et est en première ligne devant Liège, puis, dans l'État-major du général de Witte, lors de la « bataille des casques d'argent » au cours de laquelle la cavalerie allemande des uhlans est vaincue à Haelen[2]. Après les combats du siège d'Anvers, il participe à la « course à la mer » et à la bataille d'arrêt sur l'Yser. Contraint à endurer la guerre de positions, il obtient, en 1916, le droit de partir au Congo belge pour y rejoindre les troupes du général Tombeur qui remportent la victoire de Tabora en Afrique orientale allemande. Van Overstraeten, membre de l'état-major, assure la liaison avec le major George Grogan de l'état-major britannique[3] pour la mise au point du plan qui permet de battre le camp adverse en attendant l'arrivée des Britanniques. Il en résulte quelques frictions avec le général sud-africain Smuts qui est le commandant en chef de l'état-major britannique en Afrique de l'Est.
Van Overstraeten revendique le droit du premier occupant pour la Belgique dans la partie de territoire qu'elle a conquis la première et obtient gain de cause, Smuts reconnaissant qu'il n'y a pas eu de querelles entre eux[4]. Revenu en Belgique, Van Overstraeten y retrouve Smuts qui vient rendre visite au roi Albert. À la suite de quoi, le roi prend Van Overstraerten comme officier d'ordonnance. Cette fonction le conduit fréquemment sur le front. En 1918, lors de l'offensive victorieuse des alliés, alors que l'armée belge progresse en Flandres, il accompagne le roi et la reine à Ostende en contournant la zone des combats par mer grâce à l'amiral anglais Keyes qui prête une vedette rapide au couple royal[5]. Le projet paraît risqué, mais les souverains l'accepte, conscients de l’importance pour la monarchie de réaffirmer son autorité en Flandre, les Allemands ayant semé les germes du séparatisme anti-belge. L'expédition est menée à bien, malgré les conditions de mer difficiles.
Divers ouvrages de référence témoignent de cette vie de combattant, parmi lesquels on peut citer l'ouvrage du lieutenant-général Albert Crahay, Van Overstraeten, vice-roi[6].
Après la guerre, le général Van Overstraeten enseigne à l'École royale militaire. En 1921, il publie, en deux volumes, Des principes de guerre à travers les âges[7]. Il publie encore plusieurs ouvrages et divers articles avant de devenir conseiller militaire du roi Léopold III, poste où il a une influence comparable à celle des chefs d'armées.
Dans ses écrits, il avance que des troupes en nombre restreint, mais dotées d'une grande mobilité et d'une grande puissance de feu, peuvent percer des armées alignées en front continu[8]. Cette thèse de 1921 est prophétique, elle anticipe sur les écrits de John Fuller et de Gaulle et se vérifiera, en 1940, au cours des vaines tentatives franco-belgo-anglaises de reconstitution d'un front continu face aux percées allemandes. Le , déçu par la défaite, espérant encore être utile à son pays, il pense partir combattre avec les Belges ralliés au gouvernement en exil. Mais, par fidélité monarchique, il ne veut pas donner à penser qu'il renie le roi, même s'il ne partage pas la décision de reddition de celui-ci.
Van Overstraeten passe la guerre à Bruxelles, surveillé par les Allemands qui ne veulent pas l'interner, voulant montrer qu'ils se comportent de façon chevaleresque. Il envisage de tromper leur surveillance pour partir en Afrique, théâtre des exploits de sa jeunesse, durant la campagne victorieuse de l'Est africain allemand, mais la surveillance dont il est l'objet est trop étroite et il risquerait la mort s'il mettait son projet à exécution. De plus, ses amis et le roi s'opposent à ce projet, désireux de conserver pour la Belgique un homme qui, croient-ils, sera utile à la libération du pays. Van Overstraeten doit se contenter d'entendre annoncer par la radio des Belges libres, à Londres, que les troupes du Congo belge ont remporté des victoires contre les Italiens, en Abyssinie, à Bortaï et, finalement, à Asosa.
En 1944, Van Overstraeten est oublié. La nouvelle armée qui se reforme autour des troupes belges débarquées avec les Alliés n'a pas besoin de lui. Une nouvelle génération de chefs et de combattants, issue notamment des campagnes d’Afrique et du débarquement, tend à écarter les anciens, perçus comme liés à la défaite de 1940. Déçu, Raoul Van Overstraeten se sent inutile et demande sa mise à la retraite en 1946. Toutefois, l'intéressé qualifie sa mise à la retraite pour raison d'âge —alors que d'autres aussi âgés que lui sont rappelés en service— d'un affront qu'il affirme immérité[9].
Il ne fait ensuite plus l'objet de mentions que par des articles de presse et dans son ouvrage Dans l'Étau, où il présente sa vision de la campagne de 1940. Sans enfants, il soutient financièrement les études d'un jeune homme. Il se montre par ailleurs satisfait de la participation belge à l'occupation de l'Allemagne, la Belgique étant alors la seule des petites puissances à disposer d'un zone d'influence au sein de l'OTAN face au rideau de fer. Il interprète cette situation comme une forme de revanche pour le pays et son armée.
Il meurt à Bruxelles en 1977, à l'âge de 92 ans. Il est inhumé au Cimetière de Bruxelles à Evere.
Controverse sur son rôle de conseiller militaire de Léopold III
Conseiller militaire du roi Léopold III de Belgique de 1938 à 1940, Van Overstraeten était probablement d'avis de prolonger la résistance après la campagne des dix-huit jours. Après la reddition de l'armée, il pense retourner en Afrique où, comme officier d'État-Major, il a contribué aux victoires belges de 1915-1917, notamment à Tabora, dans l'Est africain allemand. Mais il a été coincé en Belgique sous surveillance allemande et n'a plus eu aucun rôle militaire. Il est admis à la retraite en 1946.
Certains[Qui ?] critiquent l'action qu'il a eue en tant que conseiller militaire du roi Léopold III au cours des années qui précédent la Seconde Guerre mondiale, lorsque la politique de la Belgique, approuvée largement par le Parlement, est de se murer dans un retour à la neutralité, ce que Van Overstraeten soutient par fidélité à la politique du roi et du gouvernement. Pourtant, bien que cet effort de préparation à la guerre soit le plus important de l'histoire de Belgique, certains[Qui ?] lui reprochent d'ignorer les risques de cette politique d'isolement qui ne permet pas un réarmement aussi fort que nécessaire. Il transmet aux Français les renseignements quant aux plans d'attaque allemands qu'il reçoit de première main, notamment grâce à la saisie de documents allemands dans un avion de la Luftwaffe tombé en Belgique[10]. D'ailleurs, il sait que le roi Léopold III communique secrètement au général en chef français Gamelin tout ce que les services d'espionnage belges peuvent apprendre sur la préparation des plans allemands, attirant l'attention sur l'Ardenne. Le témoignage en est donné par le général en chef français Gamelin dans ses mémoires[11] confirmé par les intervenants d'un colloque organisé par le Centre national de la recherche scientifique de Paris en 1968[12]. Une connivence existe entre le roi, Van Overstraeten et Gamelin, partagée par les attachés militaires qui servent de relais entre Bruxelles et Paris. Ces précautions sont destinées à sauver les apparences de la neutralité vis-à-vis du Führer Adolf Hitler afin de ne pas provoquer celui-ci, ce qui aurait pu entraîner une attaque allemande prématurée, alors que la Belgique est en plein processus de réarmement.
Lors de la reddition du , après la campagne des 18 jours et la bataille de la Lys où l'armée belge parvient, pendant cinq jours, à arrêter l'avance allemande, Van Overstraeten est d'avis de prolonger la résistance malgré le vide laissé à la droite de l'armée belge par la retraite soudaine des troupes anglaises. Bien que celles-ci partent pour se rembarquer, alors que rien n'était prévu pour l'armée belge, Van Overstraeten, connu pour sa combativité, est d'avis de montrer que les Belges feront tout ce qu'ils peuvent jusqu'à l'épuisement. Un témoin anglais, lord Keyes, officier de liaison auprès du roi témoigne de cette phrase de lord Gort, le général anglais en Belgique obligé par Londres de faire retraite : « les Belges nous prennent-ils pour de vrais salauds ? »[13].
Pour le roi Léopold, la soudaine retraite anglaise —les conditions dans lesquelles elle s'effectue laisse l'armée belge vulnérable d'être prise à revers— constitue une trahison qui ne laisse plus aucun espoir de sauver la Belgique de l'emprise allemande. Dès lors, avec sa double responsabilité de chef d'armée et de chef d'État, il estime qu'il est temps, après 18 jours de combats intenses, de vouloir sauver la vie de plus d'un million de réfugiés, entassés dans la zone des combats, qui vivent dans des conditions très difficiles, en plus d'endurer les attaques allemandes. Le roi écrit une lettre au roi d'Angleterre qu'il fait porter à celui-ci pour lui expliquer clairement la situation. D'ailleurs, dès le , il prévient aussi le général en chef français Georges Blanchard que l'armée belge va s'effondrer, message qui est capté par le service d'écoute du central français de réception radio du colonel Thiery[14].
Mais l'opinion se répand que le roi capitule sans avoir prévenu les alliés, et cela au mépris de la vérité. En recommandant de prolonger la résistance contre l'opinion du roi, le général Van Overstraeten veut démontrer que les Belges ne lâche pas prise, même si les Anglais les ont abandonnés. Un des derniers actes du général est, en accord avec le roi, d'éviter que des troupes françaises soient faites prisonnières en faisant transporter, dans des camions belges, des soldats de la 60edivision française, qui ont combattu dans le secteur belge, vers le 16e corps français près de Dunkerque[15]. À part cela, ni Van Overstraeten ni aucun gradé n'a la possibilité de s'opposer à la reddition, le roi étant chef suprême de l'armée. D'autre part, sous le régime de la loi martiale, les autorités politiques perdent tout pouvoir de s'immiscer dans les opérations militaires, ce qui explique que le gouvernement, lui-même, ne peut s'opposer à la décision royale.
Publications
- Une campagne dans l'Est Africain, éd. Les Cahiers de la Dynastie, Bruxelles.
- La Bataille des Frontières, Bulletin Belge des Sciences Militaires, Bruxelles .
- Les Carnets de Guerre du Roi Albert 1er, éd. Charles Dessart, Bruxelles 1953.
- Des Principes de la Guerre à travers les Âges, Vol. 1, de L'Antiquité jusqu'en 1871; Vol. 2, la guerre de 1914-1918. éd. Dewit, Bruxelles 1926.
- Dans l’Étau, éd. Plon, Paris 1960.
- Sous le joug, Ed. Hatier, 1986 (publié à titre posthume après le décès de son auteur et du roi Léopold III)
Littérature
- Albert Crahay et Jo Gérard (préf. Jean Vanwelkenhuyzen), Le général van Overstraeten : « Vice-roi » en 1940, Braine-l'Alleud, Ed. J.-M. Collet, .
Notes et références
- ↑ (en) « Biography of Lieutenant-General Raoul-François-Casimir Van Overstraeten (1885 – 1977), Belgium », sur generals.dk (consulté le ).
- ↑ Bataille appelée, dans l'historiographie militaire française, Bataille de la Gette.
- ↑ Crahay et Gérard 1990, p. 29.
- ↑ Crahay et Gérard 1990, p. 30.
- ↑ Un règne brisé, Tome 1, Ed. française Duculot, Paris Gembloux 1985, p. 32
- ↑ Crahay et Gérard 1990.
- ↑ Bibliothèque du Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire, Bruxelles, Ed. ministère de la défense nationale, Bruxelles, 1921.
- ↑ La guerre à travers les âges, Ed. Dewit, Bruxelles 1926.
- ↑ Raoul Van Overstraeten, Sous le joug, Hatier, , note du 2 mai 1945
- ↑ Crahay et Gérard 1990, p. 101 et 102.
- ↑ Servir, mémoires du général Gamelin, Paris 1946
- ↑ C.N.R.S., Les Relations militaires franco-belges 1936-1940, Paris 1968.
- ↑ Lord Keyes, Outrageous fortune, un règne brisé, Ed. Duculot, Paris 1985
- ↑ Colonel Remy, Le 18{e} Jour, Éd. France Empire, Paris 1977, p. 348-349
- ↑ Robert Aron, Léopold III ou le choix impossible, Ed. Librairie Plon, Paris 1977.
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
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