Rapport Blanchard-Tirole
Le rapport Blanchard-Tirole, nom usuel du document intitulé Les Grands Défis économiques, est un rapport portant sur les aspects économiques du changement climatique, de la lutte contre les inégalités et des retraites en France. Demandé début par le président de la République, Emmanuel Macron, à une commission d'économistes conduits par les professeurs Olivier Blanchard et Jean Tirole, il est remis en et suscite dans la presse des échos divers.
Plans et principaux auteurs
Le rapport se décompose comme suit :
- synthèse par Olivier Blanchard et Jean Tirole ;
- chapitre introductif : « La France face à trois défis majeurs », écrit par Olivier Blanchard et Jean Tirole ;
- chapitre I : « Changement climatique », écrit principalement par Christian Gollier et Mar Reguant (en) ;
- chapitre II : « Inégalités et insécurité économiques », écrit par Dani Rodrik et Stefanie Stantcheva ;
- chapitre III : « Changement démographique », écrit principalement par Axel Börsch-Supan (en) (Institut Max-Planck de droit social et de politique sociale, Munich Center for the Economics of Aging), Claudia Diehl (université de Constance) et Carol Propper (en) (Imperial College Business School, Londres).
Présentation sommaire du rapport
Il s'agit d'un rapport beaucoup plus universitaire que celui de la commission Attali de . En effet, à la différence de ce dernier qui débouchait sur un catalogue de mesures à adopter, il est plus destiné à faire réfléchir et à alimenter débats et réflexions[1]. Le rapport insiste sur la complémentarité des réformes à engager, sur son aspect systémique. Le document est aussi critique envers les politiques accusés de reporter « dans le temps les coûts des mesures qui font mal »[1].
Le chapitre I est consacré au changement climatique. Les économistes sont en faveur d'une taxe carbone. Pour rendre acceptable une telle mesure, qui s'est heurtée en France au mouvement des gilets jaunes, ils proposent une extension des quotas[2]. Il préconise le maintien des centrales nucléaires existantes[3].
Le chapitre II est consacré à la lutte contre les inégalités. Après avoir constaté qu'en France, contrairement à un sentiment répandu, les inégalités ne s'étaient pas accrues[2], les auteurs insistent sur la nécessité de créer des emplois de bonne qualité et sur l'utilisation de l'impôt sur les successions pour réduire les inégalités de patrimoine. Concernant le commerce international, le rapport insiste sur la nécessité d'inclure dans les accords internationaux dans le dumping social « le travail des enfants, le travail forcé et la violation des droits de travailleurs »[1].
Le chapitre III traite notamment des retraites et estime que le projet de réforme du gouvernement de constituerait une bonne base de départ[4]. Toutefois, pour l'économiste allemand Axel Börch-Supan, il semble difficile d'envisager une réforme des retraites avant l'élection de [1].
Réactions
Romaric Godin dans Mediapart estime que le rapport est constitué « d'une somme de vieilles recettes néolibérales sans originalité ni créativité »[5]
Marie Viennot, sur France Culture, déplore que la commission n'ait été composée que d'« économistes plutôt « mainstream » », en particulier des membres de l'Association française de science économique (AFSE). Interrogés, Blanchard et Tirole ne semblent regretter que la non-participation d'Esther Duflo (qui a refusé) et de Thomas Piketty[6].
Alain Grandjean, membre du Haut Conseil pour le climat, regrette que la commission n'ait pas abordé le thème de la biodiversité[6].
Claire Mallet, dans Localtis, trouve que dans ce document de 500 pages la notion « agir local » est plutôt fortement absente[4].
Membres de la commission
La commission est composée de 26 membres : 9 économistes français, 8 économistes américains et 9 économistes européens n'étant pas français.
- membres français :
- Philippe Aghion, professeur d'économie au Collège de France et à la London School of Economics, ancien professeur de l'université d'Harvard et ancien président de l'Association française de science économique et de la European Economic Association ;
- Laurence Boone, chef économiste de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ancienne conseillère spéciale du président de la République François Hollande et ancien chef économiste de Barclays Capital France, Bank of America Merrill Lynch et Axa ;
- Daniel Cohen, professeur d'économie à l'École normale supérieure, membre du conseil de surveillance du journal Le Monde et ancien membre du Conseil d'analyse économique ;
- Emmanuel Farhi, professeur d'économie à l'université d'Harvard, ancien membre du Conseil d'analyse économique et prix du meilleur jeune économiste de France ;
- Jean Pisani-Ferry, ancien commissaire général de France Stratégie, ancien président délégué du Conseil d'analyse économique, ancien directeur du pôle programme et idées du candidat Emmanuel Macron à l'élection présidentielle de et ancien professeur de l'École polytechnique ;
- Thomas Philippon, professeur d'économie à la Stern School of Business et ancien conseiller du ministre de l'Économie et des Finances Pierre Moscovici ;
- Jean Tirole, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, ancien professeur d'économie au Massachusetts Institute of Technology et à l'École polytechnique, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, médaille d'or du CNRS et Prix de la banque de Suède en sciences économiques ;
- Stefanie Stantcheva, professeur d'économie à l'université Harvard, membre du Conseil d'analyse économique et prix du meilleur jeune économiste de France ;
- Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, professeur émérite et ancien directeur du département d'économie du Massachusetts Institute of Technology, ancien président de l'American Economic Association ;
- membres américains :
- Peter Diamond, ancien professeur et directeur du département d'économie du Massachusetts Institute of Technology, membre de l'Académie nationale des sciences, ancien président de l'American Economic Association et Prix de la banque de Suède en sciences économiques ;
- Paul Krugman, professeur émérite de l'université de Princeton, ancien professeur d'économie au Massachusetts Institute of Technology, éditorialiste du journal The New York Times et Prix de la banque de Suède en sciences économiques ;
- Michael Greenstone (en), professeur d'économie à l'université de Chicago, ancien professeur au Massachusetts Institute of Technology et ancien chef économiste du Council of Economic Advisers ;
- Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor des États-Unis, ancien président du Conseil économique national, ancien président de l'université Harvard et ancien chef économiste de la Banque mondiale ;
- Laura Tyson, professeur émérite de l'université de Berkeley, ancienne présidente du Conseil économique national et du Council of Economic Advisers, ancienne doyenne de la Haas School of Business et de la London Business School ;
- Adam Posen, président du Peterson Institute for International Economics, ancien économiste de la Federal Reserve Bank de New York et ancien membre externe du comité de politique monétaire (en) de la Banque d'Angleterre ;
- Mar Reguant (en), professeur associé d'économie à l'université Northwestern, ancien professeur assistant à l'université de Stanford ;
- Hilary Hoynes, professeur d'économie à l'université de Berkeley et ancienne co-éditrice de l'American Economic Review ;
- membres européens :
- Richard Blundell, professeur d'économie à la University College London, ancien directeur de recherche à l'Institute for Fiscal Studies et ancien président de la European Economic Association et de la Royal Economic Society ;
- Valentina Bosetti, professeur d'économie à l'université Bocconi ;
- Nicola Fuchs-Schündeln (en), professeur de macroéconomie à l'université de Francfort, ancien professeur assistant à l'université d'Harvard, Prix Gottfried-Wilhelm-Leibniz ;
- Nicholas Stern, pair à vie de la Chambre des Lords, ancien vice-président et chef économiste de la Banque mondiale, ancien président de la British Academy, ancien professeur d'économie à la London Business School, auteur du rapport Stern en ;
- Christian Gollier, professeur d'économie et directeur de la Toulouse School of Economics, co-auteur du rapport du GIEC ;
- Claudia Diehl, professeur de microsociologie à l'université de Constance ;
- Axel Börsch-Supan (en), professeur d'économie à l'université technique de Munich, ancien professeur assistant à l'université d'Harvard ;
- Carol Propper (en), professeur d'économie à l'université de Bristol et à l'Imperial College Business School, présidente de la Royal Economic Society ;
- Dani Rodrik, professeur d'économie politique à la John F. Kennedy School of Government de l'Université Harvard, ancien professeur à l'Institute for Advanced Study de l'université de Princeton, membre de l'Académie pontificale des sciences sociales.
Parmi les membres européens, Nicola Fuchs-Schündeln, Claudia Diehl et Axel Börsch-Supan sont allemands ; Richard Blundell, Nicholas Stern et Carol Propper sont britanniques ; Valentina Bosetti est italienne ; Christian Gollier est belge ; Dani Rodrik est turc.
La commission est dirigée par Olivier Blanchard et Jean Tirole.
Emmanuel Farhi, membre français de la commission, met fin à ses jours durant les travaux de cette dernière le . Quelques heures auparavant, il participait à une réunion en visioconférence de la commission. Le rapport rendu au président de la République lui est dédié par ses collègues.
Publication
- Olivier Blanchard et Jean Tirole, Les Grands Défis économiques (rapport complet), France Stratégie, , 506 p. (lire en ligne [PDF]).
- Olivier Blanchard et Jean Tirole, Les Grands Défis économiques : l'urgence du long terme (reprend les conclusions du rapport), Paris, Presses universitaires de France, , 227 p. (ISBN 978-2-13-083804-3 et 978-2-13-083805-0, lire en ligne).
Notes et références
Bibliographie
- Vincent Beaufils, « Pourquoi le rapport Tirole-Blanchard est important », Challenges, .
- Guillaume de Calignon, « Le rapport Tirole-blanchard, une boite à outils pour Macron en vue de la présidentielle », Les Échos, .
- Norbert Gaillard, « Les Grands Défis économiques, Olivier Blanchard et Jean Tirole, Paris, Presses universitaires de France, , 240 pages / Putting an end to the reign of financial illusion: For real growth, Jacques de Larosière, Paris, Odile Jacob, , 144 pages », Politique étrangère, , p. 215–216 (DOI 10.3917/pe.231.0215).
- Romaric Godin, « Le rapport Tirole-Blanchard : retour vers le futur », sur Mediapart, .
- Claire Mallet, « Rapport Blanchard-Tirole où sont les collectivités ? », Localtis, Banque des territoires, .
- Marie Viennot, « Les absents du rapport Blanchard Tirole », La Bulle économique, France Culture, .
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