Rebecca Amsellem

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Xavier Greffe (d) |
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Rebecca Amsellem, née à Paris le , est une entrepreneuse, économiste et militante féministe franco-canadienne. Diplômée de l'Institut d'études politiques de Toulouse, elle obtient un doctorat en économie à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne avec une thèse consacrée à l'internationalisation des musées. En 2015, elle lance la lettre d'information féministe Les Glorieuses et le mouvement #7novembre16h34 pour l'égalité salariale. Elle publie son premier livre, Les Glorieuses, chroniques d'une féministe, en 2018.
Biographie
Enfance et formation
Rebecca Amsellem naît le à Paris[1]. Elle possède la double nationalité franco-canadienne[2], sa mère étant une Canadienne descendant des Merle d'Aubigné, famille huguenote dont certains membres se sont installés en France et en Amérique du Nord[3]. Elle grandit dans un milieu familial préservé, où l'égalité des sexes est manifeste[4]. Elle est diplômée de l'Institut d'études politiques de Toulouse en 2012[3]. Elle soutient en 2016 une thèse en économie de la culture à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne, intitulée Les stratégies d'internationalisation des musées et les nouveaux modèles d'affaires[5]. Celle-ci est publiée en anglais sous le nom Museums go international : new strategies, business models aux éditions Peter Lang, en 2019[6].
Carrière professionnelle
Les Glorieuses et #7novembre16h34
En 2015, alors qu'elle rédige sa thèse, Rebecca Amsellem crée la lettre d'information féministe Les Glorieuses[3],[7]. Envoyée tous les mercredis, elle fait le tour de l'actualité féministe internationale, à travers un édito, une revue de presse et des interviews[8]. Le projet naît du constat que les préjugés sexistes sont loin d’être révolus et qu'un travail considérable reste à accomplir pour faire de l’égalité entre les femmes et les hommes une réalité universelle[9]. Fin 2019, la lettre d'information est suivie par 150 000 personnes[3].
Elle lance également en 2015 ce qui est au départ le mouvement #7novembre16h34, dont la date est actualisée tous les ans[10]. Il a pour objectif de sensibiliser à l'inégalité salariale entre les femmes et les hommes en France, alors que les salariées gagnent en moyenne 15 % de moins que leurs collègues masculins, malgré une interdiction de la discrimination salariale remontant à 1972[11],[12]. Ce différentiel, converti en date, correspond aux nombres de jours où les femmes travaillent donc « gratuitement », soit presque deux mois au lancement du mouvement[13]. Pour remédier au problème, elle propose des leviers d'actions, parmi lesquels un congé parental partagé suivant le modèle suédois, la transparence des salaires en entreprise, une revalorisation des salaires des métiers dits féminisés, ou la création d'un certificat d'égalité à l'adresse des entreprises[14],[15].
Dans le cadre de l'élection présidentielle française de 2017, Rebecca Amsellem mène une veille sur les prises de position des personnalités et partis politiques français au sujet des droits des femmes[7]. Elle les incite à intégrer à leur programme les mesures déjà proposées par son mouvement, mais fait également de nouvelles propositions, comme appliquer le principe d'égaconditionnalité[16]. Celui-ci consiste à conditionner l'accès aux marchés publics, l'obtention des subventions ou de prêts garantis par l'État au respect de l'égalité salariale[16]. Durant cette période, Les Glorieuses devient un collectif promouvant l'empouvoirement des femmes[7]. Petites Glo, newsletter féministe destinée aux adolescentes, est lancée en 2017[17]. En 2018 est créé Gloria Media, entreprise chapeautant les lettres d'informations et les partenariats des Glorieuses, ce qui lui permet de se consacrer au projet à temps complet[13]. Six ans plus tard, ses différentes newsletters comptent environ 250 000 abonnés[18].
Premier livre et débats sur ses méthodes managériales
2018 est également l'année où elle publie son premier ouvrage, Les Glorieuses : chroniques d'une féministe[2]. Dans ce livre autobiographique, Rebecca Amsellem met à profit son histoire personnelle pour raconter Virginia Woolf, Anaïs Nin, ou Olympe de Gouges, des femmes qui ont fait naître son intérêt pour le féminisme, mais qui ont surtout été à l'origine des premières réflexions de la société sur la condition féminine[1]. Y est notamment évoqué le cas de la journaliste Marguerite Durand, « convertie » après que le journal Le Figaro lui a demandé de couvrir (et tourner en ridicule) un congrès féministe en 1896[19]. C'est après cet événement qu'elle décide de créer La Fronde, premier journal écrit, pensé et dirigé par une femme[19]. Le livre est écrit à la première personne car c'est nécessaire, selon elle, pour mieux transmettre son expérience et montrer que celle-ci est partagée par de nombreuses femmes[1].
En , son activisme lui vaut d'être classée parmi les 40 femmes françaises de l'année par le magazine Forbes[9] et d'être régulièrement citée, aux côtés de Lauren Bastide ou Caroline De Haas, comme l'une des voix du féminisme en France[20],[21]. En 2021, une enquête d'Arrêt sur images auprès d'anciennes collaboratrices semble montrer un manque de cohérence entre le discours et les actes de Rebecca Amsellem, qui est accusée de mauvais traitements, en contradiction avec les valeurs qu'elle affiche publiquement[22]. Elles lui reprochent des « heures supplémentaires non payées, une rémunération dérisoire et des tâches à effectuer pour le compte personnel de la dirigeante »[23]. À la suite de cette publication, Anna Toumazoff, qui fut stagiaire aux Glorieuses d' à , relate une série d'abus que Rebecca Amsellem lui aurait fait subir[23]. Ces accusations interviennent dans un contexte où plusieurs travaux et prises de position publiques montrent que les critiques visant certaines dirigeantes s’appuient souvent sur des représentations genrées du leadership : l’exercice de l’autorité par des femmes y est plus fréquemment perçu et jugé négativement[24].
Rebecca Amsellem est, par ailleurs, condamnée le par le conseil des prud'hommes de Paris à verser 17 000 euros de rappel de salaire, à la suite de la requalification en CDI du contrat d'une ancienne collaboratrice[25]. Les conseillers prud’homaux n’ont néanmoins pas retenu les autres chefs d’accusation portés par cette même plainte, dont celui de harcèlement moral et de travail dissimulé[26]. En , elle coécrit et présente une série de podcast nommée La Méthode, coproduction entre Les Glorieuses et Louie Media[27]. Les six épisodes, écrits en collaboration avec Léna Coutrot et Fanny Ruwet, s'appuient sur des analyses de grandes intellectuelles féministes françaises et internationales, comme Geneviève Fraisse, Verónica Gago (es) ou Reni Eddo-Lodge[27]. Cette série interroge les conditions d'une utopie féministe[28] et des méthodes à utiliser pour atteindre une société mondiale sans féminicide ou discrimination envers les femmes[27].
Prises de position
Si Rebecca Amsellem est principalement connue pour avoir lancé le mouvement du #7novembre16h34 en faveur de l'égalité salariale, elle prend plus largement position sur des sujets liés au féminisme et à la condition féminine, et considère que tous les combats en leur faveur méritent d'être menés[29]. Elle écrit ainsi régulièrement des tribunes dans le HuffPost pour promouvoir la pornographie féministe[30], dénoncer le manque de financements de la recherche sur l'orgasme féminin[31] ou demander la légalisation de la vitrification ovocytaire[32]. Elle se définit comme pro-choix au sens large, considérant que « ce n'est pas à [elle] d'interdire à une femme de porter le voile, de se prostituer ou d'être mère porteuse[33] ». L'écrivaine Barbara Polla la classe parmi les féministes intersectionnelles[33]. En 2019, lors de la campagne de communication des JO 2024, elle dénonce l'hypersexualisation du logo représentant Marianne[34],[35].
Rebecca Amsellem considère qu'une place plus conséquente doit être donnée au féminisme dans le système éducatif, car l'école est, selon elle, le meilleur endroit pour initier les enfants à l'égalité femmes-hommes, après le cercle familial[4]. Elle propose par exemple de faire étudier les textes de l'écrivaine nigériane Chimamanda Adichie au lycée[4] ou, sur un registre plus pratique, de faire installer des distributeurs de protections hygiéniques gratuits dans les collèges et lycées[36]. En 2024, elle organise aussi le visionnage par 6 000 collégiens et lycéens du film italien Il reste encore demain qui aborde les thèmes du féminisme, du patriarcat et de la violence contre les femmes[37].
Enfin, Rebecca Amsellem se prononce pour une réévaluation de la place des femmes dans les musées, ceux-ci étant par exemple trop souvent dirigés par des hommes ou adaptés à des visiteurs masculins[38]. Le fait que les oeuvres exposées ont dans leur très grande majorité été réalisées par des hommes ou que les représentations de femmes nues y soient beaucoup plus nombreuses pose également problème[39]. En conséquence, elle appelle les pouvoirs publics à favoriser l’émergence des personnalités féminines dans le monde muséal, tant au niveau artistique qu’administratif[38]. Elle a également développé le concept écoféministe d'« économie de la sororité » dans le livre Les femmes sauveront-elles le monde ? de Marie Eloy[40]. Partant du constat que ce sont principalement les femmes qui contrôlent le budget domestique, elle propose d'utiliser ce pouvoir financier pour soutenir les causes égalitaires et environnementales, notamment en dépensant auprès des entreprises ayant des pratiques éthiques et en boycottant les autres[40].
Bibliographie
Essais
- Rebecca Amsellem, Les Glorieuses : chroniques d'une féministe, Paris, Éditions Hoëbeke, , 192 p.[41] (ISBN 978-2842306144)
- (en) Rebecca Amsellem, Museums Go International: New Strategies, New Business Models, Peter Lang, (ISBN 978-2-8076-1160-3)
Ouvrages collectifs
- Survivre au sexisme ordinaire : Analyses et techniques de 18 féministes pour le mettre K.-O., Paris, J'ai lu, , 96 p. (ISBN 978-2290229903)
- Une bibliothèque féministe, Paris, Éditions de l'Iconoclaste, , 330 p. (ISBN 978-2378802554)
Préfaces
- Rupi Kaur, Lait et miel, Paris, Éditions Charleston, , 216 p. (ISBN 978-2266282802)
- Marie-Stéphanie Servos, Femmes d'art, Vincennes, Leduc.s Éditions, , 208 p. (ISBN 979-1028522711)
Références
- Céline Fion, « Rebecca Amsellem, l'anti-Wonder Woman », Le Vif/L'Express, (lire en ligne
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- Audrey Renault, « Avec son livre, la fondatrice des Glorieuses propose une initiation pop au féminisme », Les Inrockuptibles, (lire en ligne
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- Célia Héron, « Rebecca Amsellem, liberté, égalité et sororité », Le Temps, (lire en ligne
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- « Le féminisme sans complexes », La Nouvelle République, (lire en ligne
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- ↑ « Rebecca Amsellem, PhD, Sorbonne University », sur Google Scholar (consulté le )
- ↑ (en) Rebecca Amsellem, Museums Go International: New Strategies, New Business Models, Peter Lang, (ISBN 978-2-8076-1160-3, lire en ligne)
- Cécile De Sèze, « Rebecca Amsellem, féministe engagée dans la présidentielle 2017 », RTL, (lire en ligne
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- ↑ Marie-Stéphanie Servos, « Génération Égalité : pour la défense des droits des femmes », Elle, (lire en ligne
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- « Depuis ce mercredi 3 novembre 9h22, les femmes travaillent gratuitement », Terrafemina, (lire en ligne
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- ↑ Dahlia Girgis, « Des Glorieuses à la salle de cinéma », CB News, (lire en ligne
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- [audio] Julien Magnollay, « Vers des musées plus inclusifs », Radio télévision suisse, (lire en ligne
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- Marie Eloy, Les femmes sauveront-elles le monde ?, Paris, Eyrolles, , 256 p. (ISBN 978-2416016738)
- ↑ « Rebecca Amsellem », sur data.bnf.fr (consulté le )
Liens externes
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