Recyclage textile

Le recyclage des textiles l’ensemble des procédés et la filière permettant de récupérer des fibres, des fils ou des tissus afin de les transformer en nouveaux produits utiles. Cette filière s'inscrit dans le cadre de l'économie circulaire et dans la volonté d'éviter le gaspillage, l'incinération ou l'enfouissement, y compris après le réemploi et la réparation ; dans un contexte de croissance rapide des déchets textiles, issus à la fois des étapes de production (pré‑consommation) et des vêtements ou articles usagés jetés par les consommateurs (post‑consommation exacerbée par la fast fashion). Ces matériaux sont généralement triés selon un modèle en pyramide qui oriente leur réemploi, leur recyclage mécanique ou chimique, ou, en dernier recours, leur élimination (pour des textiles souillés par des polluants ou produit à risques biologiques par exemple.
De nouvelles réglementations, associée à une prise de conscience environnementale accrue, font que de nombreux pays encouragent désormais l’intégration de matières recyclées dans la production textile, d'isolants ou autres matériaux. Des entreprises innovent en développant des fibres issues de déchets post‑consommation ou de plastiques recyclés. Des études scientifiques et économiques convergentes confirment que la réutilisation et le recyclage des textiles présentent des bénéfices environnementaux nettement supérieurs à l’incinération ou à la mise en décharge, en réduisant la consommation de ressources, les émissions de gaz à effet de serre et la pression sur les écosystèmes. Elles questionnent aussi les modèles économiques de la mode, de la fast fashion et de l'obsolescence programmée.
Historique

Avant la révolution industrielle
Historiquement, les textiles sont coûteux à produire : il est donc primordial de l'utiliser jusqu'à ce que le matériau devienne inexploitable[1].
L'utilisation de textiles recyclés comme matière première principale de la pâte à papier constitue, durant plusieurs siècles, le fondement de l'industrie papetière européenne, avant l'adoption massive de la cellulose de bois au XIXe siècle.
Jusqu'au milieu des années 1800, le papier est quasi exclusivement « de chiffon », produit à partir de fibres de lin, de chanvre et, plus tard, de coton, issues de vêtements usagés, de vieux draps, débris de voilure, etc. Le recyclage reposait sur une filière de récupération structurée dont l'acteur central était le chiffonnier (aussi dit « patenier » dans certaines régions). Il collectait les rebuts textiles domestiques, les triait par nature et par couleur, puis les revendait à des entrepôts approvisionnant les moulins à papier. Rien qu'à Paris, au début du XIXe siècle, on estime que plus de deux mille chiffonniers exerçaient leur métier ; le chiffon représentait environ 80 % du coût de revient du papier. Les autorités encadraient strictement cette profession, souvent pour des raisons de salubrité publique, car le stockage de linges souillés était, à juste titre, perçu comme un vecteur potentiel d'épidémies.
Arrivés au moulin, les chiffons étaient découpés, lavés, puis mis à pourrir dans des « pourrissoirs » pour éliminer les graisses et les colles et assouplir les fibres. Ils étaient ensuite broyés et défibrés par des piles à maillets (puis par des cylindres hollandais à partir du XVIIe siècle) dans de l'eau, jusqu'à l'obtention d'une suspension fibreuse qui, déposée dans une forme (tamis), constituait une feuille de papier. Le papier de chiffon présentait une grande stabilité chimique et une meilleure résistance mécanique que le papier de bois, en raison de la longueur et résistance des fibres de lin et de coton, et contrairement au papier de bois contemporain, il ne jauni pas ni ne s'acidifie rapidement avec le temps.
L'expansion de l'imprimerie et de la presse périodique au XIXe siècle a créé une pénurie chronique de matière première : vers 1840, la France consommait environ cinquante mille tonnes par an de déchet textile pour produire du papier, et il fallait encore en importer pour les besoins de l'imprimerie. En 1850, l'Angleterre en importait près de huit mille tonnes par an à partir d'autre pays d'Europe, faisant exponentiellement grimper les prix du chiffon, ce qui a poussé l'essor de la pâte de bois mécanique, qui a suscité la disparition du recyclage des tissus en papier[2],[3],[4],[5],[6],[7].
Au XXe siècle
Au XXe siècle, le recyclage du textile s'est progressivement industrialisé, avec[C'est-à-dire ?] la création d'usines de tri et de valorisation.
En France, la filière s'est organisée à partir des années 1990 avec[C'est-à-dire ?] des structures comme Eco TLC, devenu Refashion en 2020[8].
Au XXIe siècle
Le recyclage « textile-à-textile » (refaire du fil à partir de vieux vêtements) reste encore marginal (moins de 1 % des flux mondiaux) en raison de la complexité des mélanges de fibres (coton/polyester), bien que des démonstrateurs industriels commencent à voir le jour.
Environ 7 % des produits textiles issus des filières de recyclage sont dirigés vers l'incinération ou l'enfouissement technique[9]. L'élimination en centre de stockage des déchets (décharge) ne génère aucune valeur ajoutée et empêche toute forme de réutilisation ultérieure ; ce processus, onéreux pour les collectivités, est évité dans la mesure du possible[9]. Incinérer ces déchets permet d'en tirer de la chaleur et/ou de l'électricité (valorisation thermique, nettement plus répandue en Europe qu'aux États-Unis, en raison de la performance supérieure des systèmes de chaudières européens et d'un cadre réglementaire plus restrictif sur l'enfouissement)[9]. Plus des deux tiers des déchets textiles sont incinérés au Danemark, au Japon ou en Suisse[10].
Selon la Fondation Ellen MacArthur, un cinquième de la pollution industrielle de l'eau est attribuable à l'industrie textile[11].
En France, à la fin des années 2010, 2,6 milliards d'articles de mode sont vendus chaque année, soit 629 000 tonnes. Sur cette masse 38 %, soit 239 000 tonnes, sont collectés[12]. Par exemple, le Collectif normand de tri textile structure cent trente associations collectant et traitant quatre mille tonnes annuelles de vêtements, ce qui permet notamment l'emploi de 70 personnes, dont soixante en insertion[13].
En 2021, Barbara Pompili déclare vouloir multiplier par quatre le recyclage des textiles d'ici 2025[14]. En parallèle, au début des années 2020, des solutions de recyclage jusque-là appliquées aux polyesters des emballages et bouteilles commencent à être mises en œuvre pour traiter les textiles, les transformer en granulés de polyéthylène et refiler ces derniers[15],[16].
Au milieu des années 2020, le marché mondial du recyclage textile est évalué à 6,42 milliards de dollars en 2025, et il pourrait atteindre 6,68 milliards en 2026 et 9,23 milliards en 2034[17].
Pour la période 2024-2026, en France, selon les données de l'éco-organisme Refashion (anciennement Eco-TLC)[18],[1] et l'ADEME[19], les textiles collectés et triés se répartissent ainsi :
- Le réemploi (environ 55 à 60 %) : La majorité des textiles collectés est revendue en l'état sur le marché de la seconde main (friperies, export). Il ne s'agit pas techniquement du recyclage, mais de la réutilisation.
- Le recyclage (environ 30 à 35 %) : Pour les textiles non réutilisables (usés, souillés, déchirés notamment), la transformation matière est possible, avec alors l'effilochage comme méthode dominante (80 % du recyclage mécanique en France), à destination de l'isolation thermique et acoustique, secteur devenu principal débouché industriel pour l'effilochage (ex : « Métisse », isolant en coton issu de jeans recyclés). L'industrie automobile utilise aussi des fibres recyclées en feutres d'insonorisation et des fibres sont utilisés pour renforcer certaines pièces plastiques moulées ou thermoformées.
Vient ensuite le chiffon d'essuyage industriel (antérieurement 1er débouché, il représente encore une part stable mais moins dynamique que l'isolation, avec environ 20 000 tonnes par an traitées en Europe).
En France, la filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur) doit collecter 60 % des textiles mis sur le marché d'ici 2028, une accélération qui devrait favoriser l'émergence de nouvelles unités industrielles :
Procédés
| Solution | Pourcentage | |
|---|---|---|
| Revente en seconde main (France ou étranger) | 57.8 | |
| Valorisation énergétique | CSR | 7.6 |
| Incinération | 0.6 | |
| Enfouissement | 0.5 | |
| Recyclage | Coupe pour transformation en chiffons | 10.1 |
| Défibrage | 23.4 | |
| Effilochage | ||
| Broyage | ||
En Suède, le , la société Renewcell inaugure une usine qui s'inspire des procédés de l'industrie papetière pour transformer en cellulose les vêtements usagés. La production initiale visée est de 60 000 tonnes annuelles, mais l'entreprise espère atteindre six fois plus en 2030[12].
France
En France, en 2024, 270 000 tonnes de déchets textiles sont collectées dont 60 % sont triés et destinés à la filière de la fripe. Initialement, les fripes sont revendues à 90 % à l’étranger[20].
La main d' œuvre du tri européen est en concurrence avec les fripes du reste du monde ainsi qu'avec la production de textile neuf en Chine, notamment sur le marché africain[20].
Réglementation
En Europe, la collecte séparée du textile devient obligatoire en Europe en [20].
Limites
En 2016, le journal britannique The Guardian mène une enquête sur l’opération World Recycle Week de l'entreprise H&M ; cette opération de collecte avait permis de récolter mille tonnes de vêtements. Mais, à cette date, les capacités de recyclage montrent que douze années sont nécessaires pour traiter une telle quantité, alors qu'elle correspond aux ventes effectuées par l'entreprise en deux jours[21]. Toujours au Royaume-Uni, le poids des vêtements jetés annuellement est estimé à 1,4 million de tonnes, dont trente pour cent n'ont jamais été portés ; l'empreinte carbone associée à l'habillement dans ce pays est estimée à 26,2 millions de tonnes de dioxyde de carbone[22].
En 2021, Stefan Voigt, vice-président de la BVSE (de), critique le report de la stratégie textile de l'Union européenne. Il affirme à cette occasion que sa fédération a transmis de longue date des recommandations assorties de propositions techniques, notamment en termes de normes de conception en vue de la réutilisation et du recyclage, mais également dans la lutte contre l'écoblanchiment. Il critique également le manque d'investissement en faveur de la recherche appliquée à des traitements de recyclage déployés à l'ensemble de la chaîne du textile[23].
Notes et références
- (en) David Goldsmith, The Worn, The Torn, The Wearable: textile recycling in Union Square, (lire en ligne).
- ↑ Rosenband L.N (2003) Papermaking in Eighteenth-Century France : Management, Labor, and Revolution at the Montgolfier Mill, 1761-1805. JHU Press.
- ↑ Lalande, Joseph Jérôme Lefrançois de (1761), Art de faire le papier, Paris, Académie Royale des Sciences |https://liburutegibiltegi.bizkaia.eus/bitstream/handle/20.500.11938/72813/b11055534.pdf ou https://liburutegibiltegi.bizkaia.eus/bitstream/handle/20.500.11938/72813/b11055534.pdf
- ↑ Le Papier, ou l'Art de fabriquer le papier. Béranger, 1899.
- ↑ Le Normand, L. S. (1833). Manuel du fabricant de papiers ou De l'art de la papeterie suivi de l'art du fabricant de cartons et de l'art du formaire (Vol. 1). Librairie encyclopédique de Roret.
- ↑ Esquiros, A. (1861). L'Angleterre et la vie anglaise : XII. L'industrie du papier. Les boutiques de chiffons, les fabriques du Kent et la poste de Londres. Revue des Deux Mondes (1829-1971), 35(1), 145-187.|https://www.jstor.org/stable/pdf/44717244.pdf
- ↑ Pardé, J. (1957). Il y a cent ans naissait le bois à papier. Revue forestière française, (1), 55-56.
- ↑ « L'éco-organisme textile pour une mode durable », sur Refashion (consulté le ).
- (en) Atticmedia Ltd., « Spinning the Web > Industry > Machines & processes » [archive du ], sur www.spinningtheweb.org.uk (consulté le ).
- ↑ Pat Earnshaw, Lace machines and machine laces, B.T. Batsford (ISBN 978-0-7134-4684-5).
- ↑ « Produits de textile et d’habillement », Recyc-Québec, (consulté le ).
- « Industrie de la mode : les effets (très) limités du recyclage des textiles », The Conversation, (lire en ligne).
- ↑ « Une filière de recyclage du textile », Cap Rural, (consulté le ).
- ↑ Barbara Pompili, « Intervention de Barbara Pompili — Présentation de la Stratégie PIA 4 : “Recyclabilité, recyclage et incorporation de matériaux recyclés” », Ministère de l'Écologie, (consulté le ).
- ↑ Françoise Sigot, « Recyc'Elit adapte sa technologie de recyclage du polyester aux textiles », Les Échos, (ISSN 2270-5279, lire en ligne).
- ↑ Corinne Delisle, « Recyc'Elit fabrique son premier fil polyester recyclé », Bref Éco, (lire en ligne).
- ↑ « Rapport sur le marché du recyclage des textiles, 2026-2034 », sur Fortune Business Insights, (consulté le ).
- ↑ « Le recyclage mécanique des textiles : état des lieux 2025 », sur Refashion Pro, (consulté le ).
- ↑ « Déchets textiles et chaussures : le nouveau défi à relever », sur ADEME Infos, (consulté le ).
- https://www.euractiv.fr/section/energie-climat/news/textiles-des-bornes-de-collecte-ferment-la-filiere-francaise-menacee-par-lasie/
- ↑ Anne-Françoise Hivert, « En Suède, l’entreprise Renewcell prête à révolutionner la mode avec de vieux vêtements », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne).
- ↑ (en) « Clothes recycling », Durham City Council (consulté le ).
- ↑ (de) « EU-Textilstrategie als Booster für das Alttextilrecycling », Recycling magazin, (lire en ligne).
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
- [Changing Markets 2023] (en) Take-back trickery : an investigation into clothing take-back schemes, Changing Markets, , 46 p. (lire en ligne)
- (en) Siew-Leng Loo, Evan Yu et Xiao Hu, « Tackling critical challenges in textile circularity: A review on strategies for recycling cellulose and polyester from blended fabrics », Journal of Environmental Chemical Engineering, vol. 11, no 5, (ISSN 2213-3437, DOI 10.1016/j.jece.2023.110482, lire en ligne)
- (en) Giulia Tonsia, Cristiano Maesanib, Stefano Alinib, Marco Aldo Ortenziac et Carlo Pirola, « Nylon Recycling Processes: a Brief Overview », Chemical Engineering Transactions, vol. 11, no 5, (ISBN 979-12-81206-03-8, ISSN 2283-9216, DOI 10.3303/CET23100122, lire en ligne)
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