Regalia et insignes papaux

Emblème du Saint-Siège. Les clés croisées symbolisent les clés de saint Pierre. Les clés sont d'or et d'argent, représentant le pouvoir de délier et de lier. La tiare symbolise le triple pouvoir du pape en tant que « père des rois », « gouverneur du monde » et « Vicaire du Christ ». Le globe à croix d'or surmontant la tiare symbolise la souveraineté de Jésus.

Les insignes et les regalia papaux sont les éléments officiels de tenue et de décoration propres au pape en sa qualité de chef visible de l'Église catholique et de souverain de l'État de la Cité du Vatican.

Regaliae

Le pape Pie XII en regaliae papaux comprenant le trirègne, la falda et la chape, tout en étant porté sur la sedia gestatoria et flanqué du flabellum.

Les regalia de la papauté comprennent la tiare pontificale, une coiffe à trois couronnes ou niveaux. Bien que certaines sources appellent cette coiffe « triple tiare »[1],[2],[3],[4],[5], son nom exact est « triple couronne », traduction correcte de triregnum. « Tiare » est le nom de la coiffe entière, même dans les formes qu'elle avait avant qu'une deuxième et une troisième couronne ne lui soient ajoutées. Pendant plusieurs siècles, les papes la portaient lors des processions, comme quand ils entraient ou sortaient de la basilique Saint-Pierre, mais ils lui préféraient une mitre épiscopale lors de la liturgies. Paul VI l'utilisa le lors de son couronnement, mais abolit son usage par la suite. Aucun de ses successeurs ne l’a par la suite utilisée. Sur ses armoiries personnelles, le pape Benoît XVI a remplacé la tiare par une mitre, mais la tiare est restée sur les armoiries du Saint-Siège et de l'État de la Cité du Vatican.

L'anneau du pêcheur, un autre élément des insignes papaux, est un anneau en or avec une représentation de saint Pierre dans un bateau lançant son filet, entouré du nom du pape régnant. La plus ancienne source le mentionnant date de 1265 dans une lettre du pape Clément IV à son neveu, qui écrit que les papes avaient l'habitude de sceller les documents publics avec une « bulle » de plomb et les lettres privées avec « le sceau du Pêcheur ». Ainsi au XVe siècle, l'anneau du pêcheur était utilisé pour sceller les brefs papaux. L'anneau du pêcheur est placé au doigt du pape nouvellement élu par le camerlingue de la Sainte Église romaine ; à la mort du pape, la tradition impose au cardinal chambellan de défigurer et de briser l'anneau du pêcheur avec un marteau comme représentation symbolique de la fin de l'autorité du pape défunt.

Les papes modernes portent la férule papale, un bâton surmonté d'un crucifix, plutôt qu'une crosse, bâton pastoral courbé inspiré d'une houlette de berger. L'utilisation de la férule papale est une coutume ancienne, établie avant le XIIIe siècle, bien que certains papes depuis cette époque, notamment le pape Léon XIII, aient utilisé un bâton semblable à une crosse.

L’utilisation d’autres éléments des insignes papaux a été abandonnée, bien qu’ils n’aient pas été abolis. La Sedia gestatoria, un trône ou fauteuil portable porté par douze valets de pied (palafrenieri) en uniformes rouges, était accompagnée de deux assistants portant la flabella, grand éventail de cérémonie en plumes d'autruche blanches. La sedia gestatoria était utilisée pour l'entrée solennelle du pape dans une église ou une salle et pour son départ à l'occasion de célébrations liturgiques telles qu'une messe papale, ainsi que pour les audiences papales. L'utilisation de la flabella a été abandonnée par le pape Paul VI, et celle de la sedia gestatoria par le pape Jean-Paul II.

Vêtements

Le pape Benoît XVI en vêtements pontificaux : la mitre, le pallium, le fanon et la chasuble.

Le pape porte le pallium sur sa chasuble lorsqu'il célèbre la messe. Le pallium est une bande circulaire de tissu d'environ cinq centimètres de large, d'où pendent deux bandes de trente centimètres de long, un à l'avant et un à l'arrière. Il est orné de six petites croix noires réparties sur les épaules, la poitrine et le dos, et est fixé en place par trois épingles d'or, symboles des clous avec lesquels le Christ a été crucifié. Seul le pape à le droit de porter le pallium, et il peut le porter à toutes les cérémonies ecclésiastiques sans restriction. Dans le rite latin/occidental de l'Église, les métropolitains (c'est-à-dire les archevêques qui sont les évêques principaux d'une province ecclésiastique) portent également une forme du pallium dans leur propre province, qu'ils doivent recevoir du pape, soit personnellement, soit lors d'une cérémonie présidée par un autre évêque délégué par le pape. Le pape Benoît XVI, lors de son investiture en 2005, a introduit un type spécial de pallium qui ne peut etre porté que par le pape. Le nouveau pallium papal est basé sur la forme antérieure du pallium, semblable à l'omophorion, qui est toujours porté par les évêques chrétiens orientaux. Ce pallium papal est plus large et plus long que le pallium ordinaire et est doté de croix rouges. À l'occasion de la fête des saints Pierre et Paul en 2014, le pape François est revenu à l'usage du pallium noir habituel. Un vêtement réservé au pape seul est le fanon, composé de bandes alternées d'argent et d'or. Le fanon est semblable à un châle dont une extrémité est passée sous l'étole et la seconde sur la chasuble ; le pallium est ensuite placé sur le fanon. Le fanon n'est plus couramment utilisé, mais les papes Jean-Paul II et Benoît XVI l'ont porté à quelques occasions.

Avant les réformes liturgiques du concile Vatican II, il existait un certain nombre d’autres vêtements qui étaient portés uniquement par le pape :

  • Le sous-cinctorium — une bande de tissu brodé semblable à un manipule qui était suspendue à la ceinture. Il était brodé d'une croix et de l'Agnus Dei.
  • La falda — un vêtement papal particulier qui forme une longue jupe s'étendant sous l'ourlet de l'aube. Les jupes de la falda étaient si longues que le pape avait des porteurs de traîne devant et derrière lorsqu'il devait se déplacer.
  • Le mantum — une très longue chape portée uniquement par le pape. À l'origine de couleur rouge, il a été adapté par la suite pour correspondre aux couleurs liturgiques.
  • Un manipule spécial, de forme très similaire aux manipules autrefois portés par les prêtres, mais avec des fils rouges et dorés entrelacés pour symboliser l'union des Églises d'Orient et d'Occident.

Lorsque le pape se tenait sur son trône ou à la sedia gestatoria, la falda et le mantum descendaient tous deux jusqu'aux marches inférieures, ce qui avait pour effet de faire paraître le pape bien plus grand que les autres dignitaires présents. Ces trois vêtements ont aussi été abandonnés sous le règne du pape Paul VI.

Robe de chœur

Lorsqu'il ne célèbre pas de services religieux, le pape porte simplement une soutane. La tenue de chorale est portée lorsqu'il participe, sans les célébrer, aux offices ainsi qu'aux occasions formelles, telles que les audiences. L'élément le plus rapidement repérable est une soutane blanche et un zucchetto (calotte). La soutane avait autrefois une traîne, mais le pape Pie XII a mis fin à cette tradition. Pour plus de commodité, celle-ci pouvait être repliée et fixée à l'arrière de la soutane. Il portait autrefois une fascia (sorte de ceinture blanche attachée autour de la taille, dont les extrémités touffues descendent jusqu'aux genoux et sont souvent brodées des armoiries du pape), jusqu'à ce que Paul VI la remplace par une ceinture à franges plus simple. Auparavant, la fascia touffeté (terminé par des glands dorés) était porté avec la tenue de chœur, et la fascia à franges (terminé par une frange dorée plus simple) était porté avec la tenue ordinaire. Par dessus sa soutane, le pape portera un rochet de dentelle. Par-dessus le rochet est portée la mosette (mozzetta) papale rouge, une cape d'épaule avec un col et, boutonnée sur le devant. Cette couleur rouge est un vestige de l'époque où l'écarlate était la couleur papale (le blanc n'ayant été associé à la papauté qu'après les guerres napoléoniennes). La mosette papale avait une petite capuche dans le dos, qui a disparu après Vatican II à l'époque du pontificat de Léon XIV. En hiver, la mosette papale est en velours rouge bordée d'hermine (cette dernière est également tombée en désuétude après Vatican II, mais le pape Benoît XVI a recommencé à porter une mozzetta d'hiver bordée de fourrure d'hermine), en été, la elle est en satin rouge. Le pape porte une croix pectorale suspendue à un cordon d'or au-dessus de la mosette. Il peut également choisir de porter une étole rouge avec une broderie dorée par dessus la mosette, même lorsqu'il n'officie pas lors d'un office.

Traditionnellement, pendant l'Octave de Pâques, le pape porte la mosette pascale blanche, qui est en soie damassée blanche garnie d'hermine. De même, bien qu'elle soit tombée en désuétude sous le pontificat de Jean-Paul II, elle a été remise en usage en 2008 par le pape Benoît XVI. Depuis le XIIIe siècle, de nombreux portraits papaux montrent aussi le pontife portant le camauro, un bonnet de velours rouge qui couvre les oreilles et est garni d'hermine ou de fourrure blanche. Là encore, le camauro est tombé en désuétude avec la mort du pape Jean XXIII, mais a été relancé par le pape Benoît XVI. Traditionnellement, le pape portait des pantoufles papales en satin rouge ou en velours lorsqu'il était en intérieur, et des chaussures papales en cuir rouge à l'extérieur. Les chaussures papales étaient traditionnellement rouges,symboles des sacrifices des fidèles, bien que le pape Jean-Paul II portait parfois des chaussures en cuir noires ou marron. C'est aussi le pape Benoît XVI qui a rétabli l'usage des chaussures papales rouges traditionnelles, mais le pape François est revenu aux chaussures noires, que le pape Léon XIV a continué à porter.

Habit ordinaire

La tenue ordinaire du pape (également appelée tenue de maison), portée quotidiennement en dehors des célébrations liturgiques, se compose d'une soutane blanche ceinte d'une fascia blanche à franges (souvent avec les armoiries papales brodées dessus), d'une croix pectorale suspendue à un cordon d'or, des mules papales rouges et d'une calotte blanche[6],[7]. Lors d'occasions plus formelles, le pape peut porter une cape rouge semblable au ferraiuolo, sans sa décoration dorée. Il peut aussi porter à la place une cape rouge avec une cape d'épaule attachée. À l'extérieur, le pape peut porter le cappello romano, ou saturne, un chapeau à larges bords utilisé par tous les grades du clergé. Alors que la plupart des autres membres du clergé portent un cappello romano noir, celui du pape est généralement rouge (bien qu'il puisse également être blanc).

Emblème

L'embleme de la papauté consiste en deux clés croisées, une en or et une en argent, reliées par un cordon rouge. Elles représentent les « clés du Royaume des cieux » (Matthieu 16:19 ; cf. Isaïe 22:22) et est à bien des égards le symbole par excellence de la papauté en tant qu'institution et de son rôle central au sein de l'Église catholique. La déclaration de Jésus à Simon Pierre, « tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel », est comprise dans la théologie catholique romaine comme établissant deux juridictions, le Ciel et la Terre : elles sont représentées par ces clés d'argent et d'or. Ainsi la clé d'argent symboliserait le pouvoir de lier et de délier sur Terre, et la clé d'or le pouvoir de lier et de délier au Ciel (une autre interprétation dit que la clé d'argent représente « lier » et la clé d'or représente « délier »).

L'emblème principal de la papauté est constitué de ces deux clés sous un trirègne (tiare papale). Les armes personnelles du pape sont ainsi surmontées de ces deux clés en sautoir derrière l'écusson (une clé en argent et une clé en or, attachées avec un cordon rouge), et au-dessus d'elles le trirègne en argent portant trois couronnes en or et des infulae rouges (les pans qui pendent de l'arrière de la tiare et tombent sur les épaules lorsqu'elle est portée). Cette tradition remonte au XVe siècle, et le symbolisme des clés de Pierre fut utilisé pour la première fois par le pape Nicolas V (élu en 1447).

Les trois derniers papes (en 2025 : Benoît XVI, François et Léon XIV) ont remplacé sur leurs armoiries la tiare par une simple mitre sur laquelle est représentée la croix à trois niveaux de la papauté, rappelant les trois niveaux de la tiare[8]. Une liste des armoiries des papes peut être trouvée à l'adresse suivante : armoiries papales.

Le drapeau jaune et blanc de la Cité du Vatican utilise également cet emblème sur le côté droit dans la moitié blanche du drapeau. Ces couleurs jaune et blanche furent adoptées pour la première fois en 1808 comme drapeau de la garde personnelle de Pie VII, lorsque le reste des forces de ce qui avaient été les États pontificaux furent placées sous le contrôle de Napoléon : Le drapeau précédent était rouge et or, les couleurs de la ville de Rome. Le drapeau de 1808 n'est toutefois pas identique à celui utilisé par la Cité du Vatican, qui n'a vu le jour qu'en 1929.

Les armoiries du Saint-Siège et celles de la Cité du Vatican utilisent également cet emblème papal. Les armes du Saint-Siège se blasonnent ainsi : de gueules, à deux clefs passées en sautoir d'or et d'argent, entrelacées dans les anneaux d'or, sous une tiare d'argent couronnée d'or. Cela signifie : sur un champ rouge sont placées deux clés, croisées comme dans la lettre X, l'une j'arrive, l'autre blanche, reliées par un cordon d'or passé à travers les anneaux, et, au-dessus des clés, la tiare blanche avec des couronnes jaunes. Les armoiries de la Cité du Vatican sont identiques, à l'exception des clés d'or et d'argent inversées[9] et du cordon rouge (« gueules ») entrelacé à l'intersection des deux clés, comme illustré dans l'annexe B de la Loi fondamentale de l'État de la Cité du Vatican, du [10].

L'umbraculum ou ombrellino (forme latine pour petite ombrelle) est un dais ou ombrelle (constitué de bandes alternées rouges et dorées, couleurs traditionnelles de la ville de Rome et donc, jusqu'en 1808, de la papauté) dont la fonction originelle était tout simplement de fournir de l'ombre. Comme il était traditionnellement une prérogative royale de marcher sous un dais, le pape Alexandre VI a commencé à utiliser l'umbraculum pour symboliser les pouvoirs temporels de la papauté ; il était autrefois porté par un homme debout derrière le pape. Il figurait ainsi dans les anciennes armoiries des États pontificaux. La pratique de marcher avec l'umbraculum a été abandonnée, bien qu'il continue de figurer dans l'héraldique ecclésiastique et reste l'insigne d'une basilique, généralement affiché à droite de l'autel principal. Il est parfois porté lors des processions en signe de dignité d'une basilique. Il figure également actuellement dans les armoiries du camerlingue de la Sainte Église romaine, et remplace la tiare sur les armoiries du Saint-Siège pendant un sede vacante, car c'est le camerlingue qui administre les biens du Saint-Siège lorsqu'il n'y a pas de pape en fonction : il n'y a donc pas d'insigne papal, et l'ombrellino représente les pouvoirs du Saint-Siège, qui ne cessent pas en cas de sede vacante, puisqu'ils sont confiés à l'Église elle-même.

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Papal regalia and insignia » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) Charles L. Stinger, The Renaissance in Rome, Indiana University Press, (ISBN 978-0253212085, lire en ligne), p. 216.
  2. (en) Dusan Skvarna, Julius Bartl, Viliam Cicaj, Maria Kohutova, robert Letz et Vladimir Seges (trad. du slovaque par David P. Daniel), Slovak History: Chronology & Lexicon, Bolchazy-Carducci Publishers, (ISBN 9780865164444, lire en ligne), p. 285.
  3. (en) Gabirel Flynn, Yves Congar: Theologian of the Church, Peeters Publishers, (ISBN 9789042916685, lire en ligne), p. 261.
  4. (en) George Seldes, The Vatican: yesterday, today, tomorrow, Taylor & Francis, (lire en ligne), p. 97.
  5. (en) Kenneth Brighenti et John Jr. Trigilio, The Catholicism Answer Book: The 300 Most Frequently Asked Questions, Sourcebooks, (ISBN 978-1402208065, lire en ligne), p. 381.
  6. (en) Eric J. Lyman, « 18th-century tailor shop prepares clothes for Francis », USA Today,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. (en) « Like Benedict, bookstore will be retiring papal figure », The Beacon News,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  8. (en) Lanza di Montezemolo, « Coat of Arms of His Holiness Benedict XVI », Vatican Press Office : « The Holy Father Benedict XVI decided not to include the tiara in his official personal coat of arms. He replaced it with a simple mitre which is not, therefore, surmounted by a small globe and cross as was the tiara. »
  9. « Vatican City (Holy See) », Flags of the World, (consulté le ).
  10. (it) « All. B. Stemma Ufficiale dello Stato della Città del Vaticano » [archive du ] (consulté le ).
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