René Charles Duvivier

René Charles Duvivier, né à Ernée (Mayenne) le et mort à Paris le , est un général et député français.

Biographie

Jeunesse et formation

René-Charles Duvivier naît le à Ernée, dans le département de la Mayenne. Elève payant du Prytanée militaire de Saint-Cyr[1], il est admis à l’École spéciale militaire de Fontainebleau le . Il fait partie de la première promotion comprenant 40 élèves-officiers[1] de l'École militaire créée par Napoléon Bonaparte (future école de Saint-Cyr)

« Attentif et laborieux, conduite régulière, belle tenue, Noté avantageusement dans ses cours, caporal le 12 frimaire an XII[1]. »

On trouve dans cette promotion : Charles Marie Denys de Damrémont, Michel Ordener.

Il en sort Sous-lieutenant au 39e régiment de ligne le [2].

Carrière militaire sous le Premier Empire

Campagnes napoléoniennes

René Charles Duvivier participe activement aux campagnes napoléoniennes: il a fait les campagnes des ans XII, XIII et XIV (cette dernière campagne est comptée double) à bord de la flottille ; la Campagne de Prusse et de Pologne (1806-1807) et celle de 1808 à la Grande armée, celles de 1809, 1810 et 1811 lors de la Guerre d'indépendance espagnole et des Invasions françaises du Portugal.

Tout d'abord lieutenant[3], il devient capitaine au 39e régiment de ligne, et fait partie du camp de Boulogne, qu'il quitte pour faire la Campagne d'Allemagne (1805) avec le corps du maréchal Ney[4]. Il est grièvement[1] blessé d'un coup de feu à la Bataille d'Elchingen le [5].

Il est lieutenant le [2]. Il participe à la Bataille d'Iéna, et à la Bataille d'Eylau[4]. Il est blessé à nouveau près d'Ulm, d'un autre coup de feu à l'avant-bras droit, à la bataille de Friedland, le . L'Abbé Angot indique qu'on raconte qu'à une revue, son colonel présenta à l'Empereur le lieutenant Duvivier, déjà chevalier de la Légion d'honneur, pour le grade de capitaine. « C'est trop jeune, dit l'Empereur. — Sire, interrompt le jeune homme, le général Bonaparte, à vingt-cinq ans, avait conquis l'Italie. »[6].

Il est promu capitaine-adjudant-major le [2]. Il sert comme aide de camp du général Marcognet, pendant la Guerre d'indépendance espagnole où il est de nouveau blessé d'une balle à la cuisse gauche à la Bataille de Tamames[3], le [3]. En 1811, alors capitaine, aide de camp[7], il est initié à la loge maçonnique La Constance à l'Orient de Laval. Cette loge va disparaître sous la Seconde restauration vers 1819.

Grande Armée

Chef de bataillon au 124e de ligne, le [3], il rejoint la Grande Armée, et participe aux campagnes de 1812 et à la Campagne d'Allemagne (1813) dans ses rangs ; il se signale spécialement à la défense de Szczecin.

En 1813, René-Charles Duvivier fait partie de la garnison de Szczecin et joue un rôle marquant pendant le siège de la ville[8]. Au début du blocus, aucune mesure d’approvisionnement n’a été prise. À la tête du 40e bataillon du 124e régiment et d’un bataillon du 65e, commandé par le chef de bataillon Martin-Jean de Roye de Wichen, Duvivier mène une sortie hors des remparts[8]. Pendant vingt-quatre heures, malgré les attaques de la cavalerie russe, il parvient à ramener dans la ville plus de sept cents têtes de bétail, des fourrages, des grains et des prisonniers, dont cinq cosaques avec leurs chevaux[8].

Cette opération a lieu en . Quelques jours plus tard, sous le feu des batteries ennemies, il incendie des maisons utilisées comme abri par les assiégeants pour tirer sur les postes français. Avec moins de quatre cents hommes, il affronte six mille Prussiens pendant trois heures, leur infligeant de lourdes pertes. Il ne se replie qu’après en avoir reçu l’ordre. Lors de cet engagement, cinquante-neuf de ses soldats sont mis hors de combat, un officier est tué et un autre grièvement blessé. Duvivier et le chef de bataillon Castillon, arrivé en renfort, reçoivent les félicitations du général gouverneur, qui souligne leur conduite dans un ordre du jour[8].

Le , Duvivier dirige son bataillon, sous les ordres du général Simon Camille Dufresse, et repousse les Prussiens sur tous les points d’attaque, et « couvrit de leurs morts le terrain sur lequel ils s'étaient avancés ». Pendant toute la durée du siège, il fait preuve d’intrépidité et de dévouement, affrontant chaque jour de nouveaux dangers[8]. Pendant tout le siège, « il étonna ses ennemis et se fit admirer de la garnison française par l'audace de ses entreprises ». Ses succès et son audace lui valent d’être reconnu comme l’un des défenseurs les plus efficaces de Stettin.

C'est à la suite de cette campagne qu'un décret impérial du lui conféra la croix d'officier de la Légion d'honneur[6]. Cependant, son nom n’est pas mentionné dans le rapport que le général Simon Camille Dufresse publia dans le Moniteur[8].

Pendant la Campagne de Russie, il est mis trois fois à l'ordre de l'armée pour sa valeur et son intrépidité dans la Retraite de Russie[4]. Il est fait prisonnier et conduit en Russie.

Retour en France

Il rentre en France le [5]. Il est mis en non-activité avec demi-solde et la décoration du Lys le [1]. Il ne se rallie pas lors des Cent-Jours et aurait apposé un non formel sur le registre ouvert lors du plebiscite pour l'approbation de l'Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire du 22 avril 1815[9],[10].

Malgré cette position, et en dépit de rapports favorables des autorités du département de la Mayenne[1], il reste en non activité jusqu’en 1817 suite probablement, pour le général Levavasseur[3] à son dévouement à la cause de l'Empereur Napoléon Ier[4].

Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet

Rappelé le [4], il commande successivement des bataillons dans plusieurs régiments : un bataillon à la Légion du Puy-de-Dôme, le 33e régiment de ligne[5].

En poste à Grenoble en 1819, il écrit à son ami Constant Paillard-Ducléré

« Un nouveau ministère va oser porter une main sacrilège et parjure sur notre contrat social. Nous paraissons rentrer à pas de géant dans la route des révolutions et, partant des guerres civiles. Qu'il est imprudent et coupable l'audacieux ministre qui nous gouverne ainsi ! L'inaltérable fermeté de la Chambre pour le maintien de nos lois constitutionnelles peut seule sauver la France.[11] »

Il est promu lieutenant-colonel au 10e léger, le [2] où il participe à l'Expédition d'Espagne[5].

Il est colonel du 32e de ligne, le [2], puis maréchal de camp le [2] au début du règne de Louis-Philippe Ier[12]. A l'inspection de 1835, il était ainsi noté « officier d'une grande distinction sous les rapports de la capacité, de l'instruction, de l'énergie et de la conduite. Il est bien digne d'être promu au grade de maréchal de camp »[5].

Il commande le département de la Mayenne le [5]. Le . il est signalé comme habitant Place de Hercé à Laval, et visiteur de la loge maçonnique La Constance des Amis-Unis de Laval[13].

René-Charles Duvivier a été promu au grade de lieutenant-général, le [2]. Il reçoit le commandement de la 13e Division Militaire de Rennes le [2], avec le titre d'inspecteur général de l'infanterie[1]. Il participe en au rétablissement de l'ordre suite à l'« émeute »[14] de Rennes des 9 et [15].

Il prend la tête de la 15e Division Militaire de Rouen en 1847. Il est par la suite inspecteur général d'infanterie[5] et commandera la 1re Division Militaire[2]. retraite le et replacé l'an suivant dans la section de réserve[5].

Engagement politique

Le , il est élu député de la Mayenne au Corps législatif, comme candidat de l'administration[1], sélectionné par le préfet de la Mayenne[16], lors des Élections législatives de 1852, où il rejoint la majorité gouvernementale[12]. Il meurt à Paris le , peu après l'arrivée du Second Empire. Un de ses anciens concurrents, Jules Leclerc d'Osmonville le remplace comme député[12].

« Il conservait avec bonheur le souvenir d'avoir été décoré deux fois par l'Empereur sur les champs de bataille[6],[17]. »

Ses obsèques ont lieu à l'Église Saint-Thomas-d'Aquin de Paris ; les cordons du drap mortuaire étaient tenus par le maréchal Bernard Pierre Magnan, par Adolphe Billault, Président du Corps législatif, le général Levavasseur[18]et par le comte Eugène Auguste de Caffarelli[1]. Son éloge funèbre prononcé par le général Levavasseur est reproduit dans L'Écho de la Mayenne du .

Distinctions et héritage

René-Charles Duvivier est Commandeur de la Légion d’honneur, Grand officier de la Légion d’honneur en 1850, et titulaire de plusieurs ordres étrangers. Il est reconnu pour sa bravoure, son énergie et son dévouement à la patrie. Un buste en marbre, réalisé par Joseph Félon en 1870[19], perpétue sa mémoire. Il était propriétaire du château de la Bas-Maignée[20] à Montenay près de Vautorte. Un boulevard porte son nom à Ernée.

Décorations françaises

Décorations étrangères

Drapeau de l'Espagne Espagne

Famille Duvivier

Son parrain est Charles Duvivier, avocat au Parlement, conseiller du roi, procureur au grenier à sel de Sablé[1]. René Charles Duvivier se marie en 1829 à Clermont-Ferrand avec Louise Augustine Françoise Bruneteau de Sainte Suzanne ( - Brest † - Paris)[21].

  • René-Yves Duvivier, praticien, secrétaire de la municipalité d'Ernée, 1790, vice-président du directoire d'Ernée, juin 1794, administrateur du district, démissionnaire le 28 germinal an III[6] x Anne Poulain
    • René Charles Duvivier
      • Charles-René-Adolphe Duvivier (, Rennes-, Icheriden), sous-lieutenant au 1re Zouaves en 1852, capitaine au 2e Zouaves, il est mort de ses blessures en Algérie[1], à la bataille d'Icheriden, âgé de 27 ans.
      • Anne Elisabeth Duvivier (1831-1921) x Frédéric Prosper Charles Huyn de Verneville, militaire
      • Ernest-Hippolyte-Alexandre Duvivier (, Nantes-1894), élève de l'école militaire de Saint-Cyr, fit, comme aide de camp du maréchal Edmond Le Bœuf, la Guerre franco-allemande de 1870, commanda comme colonel le 23e Dragons à Nantes ; il est admis à la retraite le après 36 ans de services. Il meurt au château de la Bas-Maignée à Montenay le . Il a été inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris. Il est Chevalier de la Légion d'Honneur le [1].
      • Caroline-Christine-Amélie Duvivier (1835-1915) x de Félix-Barthélemy-Marie Guillo du Bodan, auditeur an conseil d'État
      • Pauline Augustine Rosalie Duvivier (, Laval-1908)
      • René Duvivier (1850)

Notes et références

  1. Bernard Sonneck, Les Décorés de la Légion d'honneur de la Mayenne, Éditions Régionales de l'Ouest, 2007, volume 1, p. 378.
  2. « René Charles Duvivier », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition]
  3. L'Écho de la Mayenne, . Eloge funèbre du Général Levavasseur.
  4. Le Pays : journal des volontés de la France (Paris), 1 janvier 1853.
  5. Bulletin de la Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord. Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord. Imprimerie Charles Zamith & Cie (Alger), 1905, p. 607
  6. « René Charles Duvivier », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne)
  7. ↑ Marius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton) p. 158.
  8. L'Héritier, Les fastes de la gloire ou Les braves recommandés à la postérité, monument élevé aux défenseurs de la Patrie, Volume 5, 1822, p. 204.
  9. ↑ Michel Denis, Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne, 1977, p. 131.
  10. ↑ Archives départementales de la Mayenne, M, état des officiers en disponibilité, 1816.
  11. ↑ Archives départementales de la Sarthe, 6 J 52, lettre de Duvivier à Paillard-Ducléré, 8 décembre 1819.
  12. Dictionnaire des parlementaires français... : depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1889.... II., Bourloton (Paris), 1889-1891.
  13. ↑ Marius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton) p. 215.
  14. ↑ L'« émeute » de Rennes des 9 et 10 janvier 1847, Yvonne Le Brun, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1982, pp. 479-509
  15. ↑ L'Indépendant de l'Ouest, 15 janvier 1847.
  16. ↑ Michel Denis, Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne, 1977, p. 323.
  17. ↑ Une semaine dans le Monde, 15 mai 1948.
  18. ↑ L'Indépendant de l'Ouest, 7 janvier 1853.
  19. ↑ Louis Clément de Ris, Notice du Musée historique de Versailles, 1881, p. 23.
  20. ↑ Voir en ligne.
  21. ↑ Contrat de mariage du davant Me Cavy.

Voir aussi

Sources partielles

Liens externes

  • icône décorative Portail de la Mayenne
  • icône décorative Portail de l’histoire militaire
  • icône décorative Portail du Premier Empire
  • icône décorative Portail de la Grande Armée
  • icône décorative Portail de la politique française