René Thom

René Thom
René Thom à Nice, en 1970.
Fonction
Président
Fondation Louis-de-Broglie
-
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Vieux cimetière de Bures-sur-Yvette (d)
Nom de naissance
René Frédéric Thom
Nationalité
Formation
Lycée Saint-Louis (jusqu'en )
École normale supérieure (-)
Université de Paris (jusqu'en )
Activités
Enfant
Autres informations
A travaillé pour
Institut des hautes études scientifiques (-)
Université de Strasbourg (d) (-)
Université Grenoble-Alpes (-)
Centre national de la recherche scientifique (-)
Membre de
Maître
Directeur de thèse
Distinctions
Œuvres principales
Théorie des catastrophes, théorème de Dold–Thom, Thom–Sebastiani Theorem (d), isomorphisme de Thom, conjecture de Thom (d)
signature de René Thom
Signature.

René Thom, né à Montbéliard le et mort à Bures-sur-Yvette le , est un mathématicien et épistémologue français, fondateur de la théorie des catastrophes[1]. Il reçoit la médaille Fields en 1958. Il est élu à l'Académie des sciences en 1976.

Biographie

Formation

Fils d'un épicier[2], René Thom fait ses études au lycée Saint-Louis, puis à l'École normale supérieure (promotion 1943 Sciences)[3].

Agrégé de mathématiques en 1946[4], il obtient son doctorat à Paris en 1951, sous la direction d'Henri Cartan[5]. Il est boursier au Princeton University Graduate College (en) en 1951-1952.

Carrière universitaire

À Strasbourg, en 1946, avec Henri Cartan, il commence à étudier les travaux de Kiyoshi Oka[6]. Il participe aussi, en 1946, à un séminaire organisé par Charles Ehresmann qui l'introduira aux « notions les plus importantes de la topologie algébrique »[7].

Maître de conférences à la faculté des sciences de Grenoble en 1953, il est ensuite maître de conférences et professeur à la faculté des sciences de Strasbourg de 1954 à 1963[8].

De gauche à droite : René Thom, Jean Arbault, Jean-Pierre Serre, Josiane Serre, Jean Braconnier, Georges Reeb, à l'Institut de recherches mathématiques d'Oberwolfach en 1949.

Son premier travail est une systématisation de la théorie de Morse.

Il résout le problème du cobordisme en 1954[9], travaux pour lesquels il reçoit la médaille Fields en 1958[6] ainsi que pour des travaux antérieurs sur la topologie différentielle[10] (qui inclut la théorie du cobordisme).

Il devient professeur permanent à l'Institut des hautes études scientifiques de 1963 à 1990 — il sera nommé professeur émérite en 1988.

En 1966, il donne (un peu empiriquement) la liste des 7 singularités qui apparaissent avec un déploiement de dimension inférieure ou égale à 4.

C'est aussi à partir de ce moment-là qu'il se désintéresse un peu des mathématiques pour s'engager dans la théorie des catastrophes[7], qu'il développe entre 1968 et 1972[11].

René Thom est un des directeurs du Séminaire de philosophie et mathématiques, créé en 1972 à l'École normale supérieure, qui a pour objet la confrontation des idées vivantes sur les rapports entre la philosophie et les mathématiques ; il s'intéresse à l'épistémologie des mathématiques et à la philosophie d’Aristote. Par son approche multidisciplinaire des problématiques, il est, avec Gilles Gaston Granger et Jules Vuillemin, un des plus grands épistémologues français du XXe siècle.

Ami de François Le Lionnais, il est l'invité d'honneur de l'Oulipo en 1973[12].

Il préside la Fondation Louis-de-Broglie de 1991 à 2000, fondation créée en 1973 au Conservatoire national des arts et métiers, et qui a pour objet la recherche fondamentale en physique[13].

René Thom a consacré la suite de sa vie scientifique à l'étude de la biologie théorique et mathématique avec l'application de la topologie différentielle à la morphogenèse. Il eut, sur cette complexe question, un stimulant mais vif et contradictoire débat avec le biologiste Antoine Danchin (né en 1944) dont on retrouve l'écho dans l'important recueil de textes paru sous le titre Apologie du logos[14]. Il est notamment l'auteur de Stabilité structurelle et morphogenèse[15], ouvrage destiné à présenter au grand public la théorie des catastrophes en termes relativement simples.

Sur l'origine des structures syntaxiques

Dans un entretien en 1978 avec Jean Petitot-Cocorda, Jean-Claude Milner, Antoine Culioli, Jean-Pierre Desclès, Jacques-Alain Miller et Jacques Lacan, René Thom engage un échange sur l'origine des structures syntaxiques. Il soutient :

« Ce qui fait que lorsqu'on parle d'intentionnalité du psychisme à l'égard de l'objet, il ne faut pas seulement penser à l'intention du sujet vis-à-vis de l'objet. Il faut aussi penser que, dans son identification à l'objet, le sujet lui confère une certaine intentionnalité. Autrement dit, il y a non seulement intentionnalité du sujet, mais intentionnalité conférée à l'objet. Je suis tenté de croire que l'aspect fondamental de la signification est celui-là : l'identification du sujet avec une forme extérieure[16]. »

Ainsi, le langage « en usage normal » n'est pas ambigu puisque « à l'intérieur d'une même communauté linguistique émission et réception fonctionnent de manière duale »[17]. Antoine Culioli lui donnera la réplique en précisant que « l'émetteur étant son propre récepteur, il va y avoir un brouillage[18]. »

Famille

Il est le père de l'historienne et soviétologue Françoise Thom. Son épouse Suzanne est morte en 2010.

Décorations

[réf. nécessaire]

Distinctions

Prix

Doctorats honoris causa

Membre d'académies

René Thom est élu membre titulaire de l'Académie des sciences de Paris en 1976 ; il membre correspondant de l'Academia Brasileira de Ciencias (1967), membre étranger de l'Académie américaine des arts et des sciences (1975), membre de la Deutsche Akademie der Naturforscher Leopoldina (1978), membre titulaire de l'Académie internationale de philosophie des sciences de Bruxelles (1978), membre de l'Académie polonaise des sciences (1988).

Hommages

Salvador Dalí présenta deux hommages à René Thom, l'une à sa théorie dans La Queue d'aronde, l'autre dans L'Enlèvement topologique d'Europe.[réf. nécessaire]

Postérité

En philosophie

Jean Petitot présenta la pensée de René Thom au séminaire du Collège de France sur L’Identité[19] organisé par Claude Lévi-Strauss. Cocorda, dans son exposé Identité et catastrophes — topologie de la différence, a notamment essayé de reprendre les travaux de Thom, pour traiter de l'identité topologique, afin d'expliquer la différence comme événement idéel. Il mobilise notamment la théorie des catastrophes élémentaires et le cusp afin d'expliquer la dynamique du système linguistique et du fonctionnement de l'inconscient (lacanien).

En mathématiques

Parmi les continuateurs des travaux de René Thom figure Erik Christopher Zeeman.

Publications

  • « Espaces fibrés en sphères et carrés de Steenrod »[20], Annales scientifiques de l'École normale supérieure (3), 69, 1952, p. 109-182
  • « Quelques propriétés globales des variétés différentiables »[21], Commentarii mathematici Helvetici, 28, 1954, p. 17–86.
  • « Ensembles et morphismes stratifiés »[22], Bulletin of the American Mathematical Society, 75, 1969, p. 240–284
  • Stabilité structurelle et morphogenèse, InterÉditions, Paris, 1972 ; 1977 (ISBN 2-7296-0081-7)
  • Modèles mathématiques de la morphogenèse, 320 p., coll. « 10/18 », Union générale d'éditions, Paris, 1974 Recueil de 14 textes, certains parus antérieurement dans des revues.
  • Alexandre Grothendieck, Anders Kock, Jan Waszkiewick, L. D. Gaslan, René Thom, J. L. Bell, Ross Skelton, Daniel Sibony, Jean Coulardeau et Pierre Samuel, Alan Slomson, Georges Wilmers, Aldo Ursini, Serge Moscovici, Pourquoi la mathématique ?, Paris, 10/18, , 316 p.
  • Morphogénèse et imaginaire, avec Claire Lejeune et Jean-Pierre Duport, CIRCÉ, Série Méthodologie de l'imaginaire 8-9, 1978 (ISBN 2-256-90794-5)
  • Paraboles et catastrophes, Flammarion, Paris, 1983
  • « Esquisse d'une sémiophysique : Physique aristotélicienne et théorie des catastrophes », InterÉditions, Paris,
  • Apologie du logos, Hachette, Paris, 1990
  • Prédire n'est pas expliquer, avec Émile Noël, Flammarion, Paris, 1993 (ISBN 2080812882)
  • « Pour une théorie de la morphogénèse » (chapitre 14, p. 174 à 188) dans Les Sciences de la forme aujourd'hui, Éditions du Seuil, Paris, 1994
  • « Les chemins du sens à travers les sciences », in: Michel Cazenave (sous la dir. de), Science et symboles. Les voies de la connaissance. Colloque de Tsukuba, Éditions Albin Michel, Paris, 1986, p. 361-370 (ISBN 978-2226025449)

Notes et références

  1. « Wikiwix's cache », sur archive.wikiwix.com (consulté le )
  2. Sophie Dougnac, « Les grands scientifiques (4/6) - Le Montbéliardais René Thom, lauréat de la médaille Fields/ René Thom : le fils d’épiciers devient prix Nobel », L'Est républicain,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. « Wikiwix's cache », sur archive.wikiwix.com (consulté le ).
  4. « Thom René Frédéric », sur serge.mehl.free.fr (consulté le ).
  5. (en) « René Thom », sur le site du Mathematics Genealogy Project.
  6. E Vieillard Baron, « Cours de mathématiques supérieures », sur les-mathematiques.net (consulté le ).
  7. Paraboles et catastrophes, Flammarion, Paris, 1983.
  8. Prédire nest pas expliquer, avec Émile Noël, Flammarion, Paris, 1993.
  9. Théorème de Thom : Si deux variétés différentielles de même dimension ont mêmes nombres de Stiefel-Whitney, alors elles sont cobordantes.
  10. Branche des mathématiques qui étudie les propriétés des variétés différentielles à partir de celles des fonctions différentiables à valeurs dans des variétés différentielles.
  11. « Théorie des catastrophes », sur universalis.fr (consulté le ).
  12. « Invités d'honneur de l'Oulipo », sur oulipo.net (consulté le ).
  13. Fondation Louis-de-Broglie.
  14. Notamment p. 618 et suiv. ; Apologie du logos, éditions Hachette, 1990.
  15. « Images des mathématiques », sur images.math.cnrs.fr (consulté le ).
  16. Foucault, Duby, Dumézil, Changeux, Thom : cinq grands entretiens au Champ freudien, Navarin éditeur, (ISBN 978-2-916124-69-8), p. 54-55.
  17. Foucault, Duby, Dumézil, Changeux, Thom…, p. 58.
  18. Foucault, Duby, Dumézil, Changeux, Thom…, p. 60.
  19. Lévi-Strauss, L'Identité, Paris, Éditions Grasset / PUF, Quadrillage, 1re édition, 1983 ; 7e édition coll. « quadrillage », mai 2019 ; 3e tirage, juillet 2021, 347 p. (ISBN 978-2-13-081859-5), p. 109-156
  20. Voir sur archive.numdam.org.
  21. Voir sur retro.seals.ch.
  22. Voir sur ams.org.

Voir aussi

Bibliographie

Généralités

Autres

Radio

Vidéo

Articles connexes

Bases de données et dictionnaires


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