Robert Bell (Brooklyn College)

Robert Bell
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Robert Bell (né à Chicago en 1942) est professeur en management et président du Département des sciences financières du Brooklyn College de la City University of New York.

Biographie

Robert Bell est né en 1942 à Chicago.

A la suite d'un doctorat en cybernétique à l'Université Brunel, dans l’Ouest de Londres (1972), il retourne aux États-Unis, à New York, où il publie plusieurs ouvrages sur la théorie des jeux, des systèmes et des relations sociales.

Après un poste de professeur assistant en management à l'Université Fordham (New York), il intègre en 1986 le Brooklyn College (City University of New York) en tant que professeur associé. Nommé professeur de management en 1991, il a été également président du département des sciences économiques de 2003 à 2010, quand les différents départements ont été séparés. Il a été président du département de la finance jusqu'en 2013.

Robert Bell oriente son expertise sur les liens qui unissent la recherche scientifique, les projets technologiques de grande envergure et le mode de décision politique et économique (gouvernances).

En 1992, il publie Impure science, un essai dans lequel il explique comment la quête du profit, de la reconnaissance et du compromis ont corrompu la recherche scientifique aux États-Unis. « Les scientifiques ne peuvent pas mener leurs travaux sans argent. Aussi, dans la pratique, le fait d’obtenir de l’argent devient une caractéristique pour être reconnu dans la communauté scientifique. » (Impure Science, Introduction, p.xii)

Dans cette même approche qui analyse les conflits d'intérêts, Robert Bell s’intéresse six ans plus tard aux grands projets européens comme le lanceur Ariane 5, le réacteur nucléaire français Superphénix ou le tunnel sous la Manche. La parution en 1998 au Seuil des Péchés capitaux de la haute technologie dans lequel il donne la parole aux pompiers britanniques qui redoutent une catastrophe sous la Manche lui vaut un procès qu’il gagne contre la société Eurotunnel (Jugement du TGI de Boulogne-sur-Mer du ). Le juge avait demandé des dommages pour Robert Bell et son éditeur. Eurotunnel n’ayant pas fait appel, ce jugement a fait jurisprudence en France dans le droit de critiquer des entreprises d’utilité publique sur des questions de sécurité. Le livre est structuré en sept chapitres : l'abolition des contrôles, construire avant de concevoir, la mainmise des fournisseurs, le non-partage des risques, la technologie politicienne, la fraude et la compromission, et enfin le secret[1].

Son article dans La Recherche () sur l’inutilité totale du système de défense antimissile « Star Wars » du président américain de l’époque, George W. Bush, publié 10 jours avant l’attentat terroriste du , avertissait que la véritable menace pour les États-Unis était une attaque terroriste et que le World Trade Center constituait une cible probable. C’était la seule publication mensuelle nationale en vente en France à avertir d’une attaque le jour même de l’attentat.

Depuis les années 2000, il étudie ce qu’il nomme « la bulle verte », c’est-à-dire les spéculations sur les énergies renouvelables qui devraient assurer la transition énergétique après ou avant l’épuisement des énergies fossiles comme le pétrole. En français, l’expression « bulle verte » issue du titre de son livre The green bubble (2007) publié simultanément en France est entrée dans le langage courant pour décrire l’investissement massif et rapide des technologies écologiques.

Selon Antoine Reverchon (Le Monde Economie, ) « Il s’agit (peut-être) de la première tentative de raconter le scénario de ce que sera « l'après-pétrole » en mêlant des considérations relatives à l’énergie ou à la géopolitique (ce qui a déjà été fait maintes fois) avec celles, plus rares, touchant au fonctionnement des entreprises de marchés, aux mœurs de la société américaine et aux mouvements idéologiques qui la traversent. »

Pour Robert Bell, le changement climatique va bouleverser l'économie. Il considère que nous allons entrer dans une période d'investissements et de spéculation intenses autour des énergies vertes. Une croissance qui n'est pas sans fondements, car ces technologies vertes comme les éoliennes sont celles qui nous affranchirons de la dépendance au pétrole.

Sur le thème de cette révolution économique, technologique et énergétique, Robert Bell donne de nombreuses conférences en Europe, particulièrement en France. En 2009, il est notamment intervenu au MIPIM 2009[2] et aux Universités d'été du MEDEF 2009. Il collabore également à la revue en ligne ParisTechReview consacrée à l’impact de ces nouvelles technologies sur les entreprises, l’économie, la société et les individus.

Lors d’un discours d’ouverture prononcé au G20 de Séoul en , il proposa que la société civile — organisations religieuses, fondations, entreprises privées et fondations familiales — crée des Fonds de Rédemption Verte à très long terme, destinés à financer la viabilité et la sauvegarde de la planète.

Cette initiative a ensuite servi de fondement à un nouveau projet : en 2013, dans le cadre de la transition énergétique il soutient, avec l'eurodéputée Corinne Lepage, la création d'un fond de développement dit « fond de régénération intergénérationnel », qui pourrait jouer un rôle de tiers investisseur et serait alimenté par les économies permises par l'efficience énergétique et en particulier par le stockage de l'électricité sous forme de gaz issu de la méthanation. Cette proposition d’ensemble, consacrée au réchauffement climatique et à l’indépendance énergétique dans le cadre de la transition énergétique française, fut baptisée Projet Volt Gas Volt.

Il est également connu en France pour avoir montré que le boom du pétrole et du gaz de schiste aux États-Unis était largement dû à des avantages fiscaux. Ses articles sur ce sujet ont été publiés dans Les Échos () et La Tribune ().

Ses articles consacrés aux avantages fiscaux pour l’investissement dans les énergies renouvelables sont parus dans La Croix (), Le Monde () et Les Échos ().

En , lors de SolutionsCOP21 au Grand Palais à Paris, il fut le seul intervenant du panel principal à défendre une approche positive fondée sur l’investissement et les incitations fiscales comme principale solution à la crise du réchauffement climatique (https://robertibell.com/videos/[3]).

Il a réaffirmé cette approche dans un entretien accordé à Paris Tech Review (). Jusqu’à ces interventions, le débat international mettait principalement l’accent sur les taxes carbone comme voie privilégiée pour lutter contre le réchauffement climatique. Cependant, l’administration Biden aux États-Unis a par la suite mis en avant cette même approche — consistant à récompenser ce que l’on souhaite encourager plutôt que punir ce que l’on veut décourager — dans le cadre de son Inflation Reduction Act[4].

En , lors de la conférence célébrant le dixième anniversaire de l’organisation E5t à La Rochelle, Robert Bell a proposé que les eaux usées humaines, transformées en biogaz par digestion anaérobie dans les stations d’épuration, puis valorisées grâce au procédé décrit dans le Projet Volt Gas Volt, puissent non seulement réduire significativement la pollution de l’eau, mais aussi constituer, dans certains territoires, une composante notable du mix énergétique. Selon lui, les stations d’épuration, qui nécessitent actuellement une consommation énergétique importante, pourraient produire jusqu’à une fois et demie l’énergie qu’elles consomment[5].

En , il publie dans Le Monde une tribune consacrée aux moyens par lesquels le constructeur automobile Volkswagen pourrait réparer les conséquences du scandale lié à la falsification de ses tests d’émissions. La même année, il propose le « ratio espoir/déluge » (hope/doom ratio), un indicateur destiné à mesurer l’évolution des investissements face à la crise climatique. Ce ratio consiste à comparer le montant total des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables à celui des investissements dans les énergies fossiles. Selon lui, cette mesure n’avait pas été évoquée dans le débat public avant la publication de cet article dans Le Monde. Elle est par la suite reprise comme indicateur par Bloomberg L.P. et d’autres organisations.

Dans une tribune publiée dans Le Monde en , il avertit également que l’Union Européenne est engagée dans une compétition d’investissement avec les USA dans le contexte de la transition énergétique, estimant que ces derniers pourraient prendre l’avantage.

Lors de la crise diplomatique liée à l’annulation du contrat de sous-marins entre la France et l’Australie dans le cadre de l’accord AUKUS, Bell explique dans une tribune publiée dans Le Monde en , en s’appuyant sur ses travaux consacrés aux contrats du Pentagone, que le secret constitue souvent le principal mécanisme permettant à un projet coûteux et contesté de devenir « trop avancé pour être arrêté ».

Dans un article publié dans Le Monde le , il soutient que la manière la plus rapide et la moins coûteuse pour l’Union Européenne — et non seulement pour la France — de remplacer une grande partie du gaz naturel alors importé de Russie consisterait à lancer un vaste programme de construction de parcs éoliens terrestres et de centrales solaires.

Dans un article de publié dans Le Monde, à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il explique que la conversion des déchets organiques en méthane, à l’aide de technologies similaires à celles proposées dans le projet Volt Gas Volt, pourrait contribuer à mettre fin aux importations de gaz russe.

Dans une tribune publiée en dans Le Monde, il analyse le plan de lutte contre l’inflation de l’administration de Joe Biden, estimant qu’il favorise une transformation écologique reposant sur des incitations à l’investissement, par opposition aux politiques fondées principalement sur la taxation du carbone. Il rejette, dans un article publié en , les critiques européennes à l’encontre des subventions américaines à la transition énergétique et suggère que l’Europe pourrait s’inspirer de cette approche.

Dans une tribune publiée en dans Le Monde, il s’interroge sur la capacité d’une grande compagnie pétrolière à contribuer à la sortie mondiale du pétrole. À partir des cas de Shell plc, BP et de l’Abu Dhabi National Oil Company, il avance que les grandes compagnies pétrolières peinent à se reconvertir véritablement dans les énergies renouvelables. Dans un article publié en dans Le Monde, il affirme que ces entreprises utilisent parfois l’énergie éolienne et solaire pour soutenir leurs activités pétrolières et gazières, qu’il présente comme des stratégies de communication environnementale (greenwashing).

Dans un article publié en dans Le Monde, il observe que vingt-cinq fonds d’investissement, majoritairement américains, détiennent entre 38 % et 50 % des actions de grandes compagnies pétrolières telles que Chevron Corporation, ExxonMobil, TotalEnergies, BP et Shell plc. Selon lui, cette concentration de l’actionnariat expliquerait en partie les difficultés rencontrées par ces entreprises pour se transformer en sociétés principalement orientées vers les énergies renouvelables. Cet article conduit le directeur du groupe de réflexion Institut Rousseau, également responsable de la recherche à l’Assemblée nationale, à lui commander cet article publié en  : « Une poignée d’investisseurs contrôle les plus grandes entreprises pétrolières : que faire ? ».

L’Institut Rousseau résume ainsi la solution qu’il propose : "dans un contexte où les grandes compagnies pétrolières mondiales sont dominées par un nombre restreint d’investisseurs institutionnels, une réforme fiscale combinant crédits d’impôt et taxation différenciée des rachats d’actions pourrait contribuer à réorienter leurs investissements vers les énergies renouvelables[6]."

Le , l’Institut Rousseau publie une note de Bell s’interrogeant sur les motivations possibles de Donald Trump concernant les attaques de juin contre les installations nucléaires iraniennes : « Trump a-t-il autorisé Israël à attaquer l’Iran pour sauver ses producteurs de pétrole ? [7]»

L’Institut précise que cette analyse lui avait été transmise le , soit quelques jours avant l’attaque israélienne contre l’Iran dans la nuit du 12 au . Il souligne que ce texte évoquait déjà certaines des motivations possibles d’un tel conflit, notamment l’idée selon laquelle les producteurs de pétrole américains pourraient avoir un intérêt direct à une hausse des prix du pétrole sur le marché international.

En , lors de la conférence de l’organisation e5t à La Rochelle, Bell expose sa vision de la stratégie qu’il juge nécessaire pour répondre à l’urgence de la crise climatique. Cet entretien s’inscrit dans une série intitulée « 100 Leaders for the Planet [8]».

Œuvres

  • (en) Robert Bell, The Green Bubble : Waste Into Wealth : the New Energy Revolution, Abbeville Press Publishers, , 320 p. (ISBN 978-0-7892-0955-9)
  • Robert Bell (trad. de l'anglais), La bulle verte : la ruée vers l’or des énergies renouvelables, Paris, Scali, , 296 p. (ISBN 978-2-35012-068-3)
  • Robert Bell (trad. de l'anglais), Les péchés capitaux de la haute technologie : Superphénix, Eurotunnel, Ariane 5, Paris, Seuil, , 344 p. (ISBN 2-02-023705-9)
  • (en) Robert Bell, Impure science : fraud, compromise, and political influence in scientific research, New York, Wiley, , 301 p. (ISBN 0-471-52913-3)
  • (en) Robert Bell, Surviving the 10 ordeals of the takeover, New York, American Management Association, , 189 p. (ISBN 0-8144-5902-1)
  • (nl) Robert Bell, Beursbedrog : De windhandel op de aandelenmarkt, Amsterdam, De Arbeiderspers, , 197 p. (ISBN 90-295-0440-4)
  • (nl) Robert Bell, De bodemloze put : megaprojecten en manipulatie, Rotterdam, Aristos, , 223 p. (ISBN 90-6935-016-5)

Notes et références

  1. [action=noteDetail&tx_mcxapc_pi1[idNote]=247&cHash=2d42b6cb9387a20da1af31dad5c445f1 intelligence-complexite.org]
  2. MIPIM
  3. (en) Robert Bell, « L'économie circulaire »
  4. (en-US) « Videos », sur Robert I. Bell (consulté le )
  5. (en-US) « Videos », sur Robert I. Bell (consulté le )
  6. robert bell, « investisseurs pétroles »
  7. robert bell, « instititut rousseau israel iran petrole »
  8. « Interview avec Robert Bell : une vision mondiale des enjeux énergétiques »

Liens externes

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