Rosalinde (Comme il vous plaira)
| Rosalinde | |
| Personnage de fiction apparaissant dans Comme il vous plaira. |
|
(en) Rosalind par Henry Nelson O'Neil. | |
| Famille | Orlando (futur mari) Duc aîné (père en exil) Célia (cousine) |
|---|---|
| Entourage | Pierre de Touche (Touchstone) (bouffon et auxiliaire) |
| Ennemi de | Duc Frédéric (oncle et usurpateur) |
| Créé par | William Shakespeare |
| Pièces | Comme il vous plaira |
Rosalinde est une protagoniste et l'héroïne de la pièce Comme il vous plaira, comédie écrite en par William Shakespeare.
Personnage
Rosalinde est la fille du duc aîné, détrôné et frappé d’exil par son frère cadet Frédéric. Elle apparaît comme une jeune femme intelligente et spirituelle[1] ; élevée à la cour de l’usurpateur Frédéric, surveillée par Olivier, favori de Frédéric, elle est pourtant fidèle au souvenir de son père qui, de son côté, dans sa retraite de la forêt d’Arden, ne semble guère penser à elle[2]. Elle tombe amoureuse d’Orlando, frère cadet d'Olivier qui le déteste, le brime et lui refuse l’éducation digne d’un gentilhomme. Rosalinde s’éprend d’Orlando quand il remporte un match de lutte contre le champion recruté par Olivier[3]. Elle lui fait présent de la chaîne d’or qu’elle porte autour du cou et qui deviendra, par la suite, le symbole du lien qui les unit, voire, dans la bouche du dieu de l’Hymen, le lien qui unit le Ciel et la Terre[3]. Orlando, pour échapper à la colère d’Olivier, doit s’enfuir dans la forêt tandis que Rosalinde, que sa fidélité au duc aîné rend suspecte, décide de s’enfuir après lui ; elle est accompagnée par sa cousine Célia et son bouffon Pierre de Touche[4]. Rosalinde, pour sa sécurité et celle de sa cousine, décide de s'habiller en homme : elle est plutôt grande et, armée d'une lance et d'une dague, elle peut prendre l'air brave et tenir à distance les rôdeurs en masquant son esprit craintif de femme. Rosalinde reprend ici à son compte les clichés sur la poltronnerie féminine tout en ajoutant que beaucoup d'hommes, à cet égard, ne valent pas mieux qu'elle[5].
Orlando erre dans la forêt, affamé et perdu jusqu’à ce qu’il rencontre le duc aîné et sa compagnie qui lui font bon accueil[4]. Rosalinde et Celia arrivent à leur tour : Rosalinde, déguisée en jeune homme, a pris le nom de Ganymède, l’écuyer de Jupiter. Elle rencontre Orlando : celui-ci est éperdument amoureux de Rosalinde, il écrit des poèmes à son nom qu'il accroche sur les arbres, sans la reconnaître sous son déguisement masculin. « Ganymède » prétend le guérir de son amour en jouant le rôle de Rosalinde pour la montrer sous son pire jour[6],[2]. Célia est choquée par cette image caricaturale de la femme et reproche à Rosalinde d’être comme un oiseau qui souille son propre nid[7],[2] mais Orlando avoue que malgré les caprices et railleries dont la vraie-fausse Rosalinde l’abreuve, il ne peut se passer d’elle[2]. « Ganymède » jouant Rosalinde insiste sur le fait que ce n’est ni une farce, ni une parodie : cette femme excessive et d’humeur bigarrée est celle qu’Orlando et Célia doivent aimer[2].
Caractère
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Shakespeare reprend le canevas de la Rosalynde de Thomas Lodge et, dans les grandes lignes, le personnage reste le même : sa vivacité, son esprit moqueur, son caractère romanesque qui la fait tomber amoureuse d’Orlando à première vue, son plaisir du déguisement. Cependant, la Rosalynde de Lodge domine beaucoup moins l’action et sa courtise est en partie éclipsée par celle d’Alinda (nom adopté par Célia). Dans Shakespeare, l’addition du personnage de Pierre de Touche vient encore renforcer le caractère central de Rosalinde : le bouffon se moque à la fois d’elle et d’Orlando en parodiant les déclarations amoureuses de celui-ci[6]. Elle se sert du bouffon pour tourner en dérision le pessimisme de Jaques, le lugubre compagnon du duc aîné : « J’aime mieux, dit-elle, avoir un fou pour me faire rire qu’une expérience pour me rendre triste » (IV.1.27-29)[6]. Cependant, elle peut aussi se montrer brusque et désagréable envers Silvius et Phébé, un couple de bergers dont l’un courtise la bergère en termes maladroits et convenus, parodie de la poésie pastorale, tandis que l’autre, tombée amoureuse de « Ganymède », repousse son soupirant : ce couple mal assorti la renvoie à ses propres doutes sur l’amour que lui porte Orlando, malencontreusement en retard à son rendez-vous[8]. Aussi, quand Orlando se présente enfin, elle le presse de « l'épouser » sans plus attendre et demande à Célia de tenir le rôle du prêtre pour prononcer les formules sacramentelles : cette scène est souvent mal comprise des spectateurs modernes qui ignorent qu'en droit anglais du temps de Shakespeare, cet engagement verbal a la valeur d'un vrai mariage, ce qui montre, sous l'apparence d'un jeu scénique, la sincérité des intentions de la jeune fille[9].
Rosalinde est le plus long des rôles féminins du théâtre de Shakespeare[2]. Suivant l’usage de l’époque, il est joué par un jeune garçon dont la voix n’a pas encore mué : c’est donc un garçon qui joue le rôle d’une fille qui, par supercherie, se déguise en garçon pour feindre de jouer le rôle d’une fille[1]. Ce personnage particulièrement complexe constitue une performance majeure pour les actrices qui l’incarnent. La championne olympique Audrey Williamson déclare avoir vu Edith Evans dans ce rôle comme l’actrice shakespearienne qui « l’a le plus impressionnée » par la variété et la volatilité de ses émotions : « Elle était capricieuse et gaie, grave et aimante en un instant ; aussi changeante qu’un jour d’avril, avec une lueur dans le cœur aussi brillante que celle de Juliette (Roméo et Juliette)[6] ».
Rosalinde est un des personnages les plus fameux de Shakespeare, généralement reconnu pour sa résilience, sa vivacité et sa beauté[10]. Rosalinde est un personnage essentiel de Comme il vous plaira. Le plus souvent vue en compagnie de sa bien-aimée cousine Célia, Rosalinde est aussi une amie fidèle, meneuse et astucieuse[11]. Elle reste fidèle à sa famille et à ses amis à travers toute l'histoire, peu importe les conséquences[12]. Dans la scène finale, Rosalinde apparaît comme une magicienne accomplie, supérieure même à Prospero dans La Tempête, quand elle invite les autres personnages à entrer dans son cercle magique pour accomplir leurs vœux et fait son apparition finale en habit féminin, accompagnée de musique et du dieu Hymen en personne[6].
Représentation scénique
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Rosalinde a été jouée par plusieurs actrices reconnues, incluant Ada Rehan, Elisabeth Bergner dans un film de 1936, donnant la réplique à Laurence Olivier dans le rôle d'Orlando[13]. Vanessa Redgrave accéda à la notoriété en jouant cette pièce en avec la Royal Shakespeare Company, Helen Mirren dans une adaptation pour la BBC réalisée par Basil Coleman en [14] et Helena Bonham Carter dans celle de pour BBC Radio 4[15].
L'actrice américaine Patti LuPone joue ce rôle au théâtre Guthrie de Minneapolis[Quand ?], après son portrait récompensé d'Eva Peron lors de la première de la comédie musicale Evita à Broadway[16].
Adrian Lester a gagné une récompense du magazine Time Out pour sa performance d'interprétation du rôle dans la production de de Cheek by Jowl[17]. Un acteur masculin, comme ça eut été la norme au temps de Shakespeare, renforce la confusion des rôles : dans l'une des scènes, c'est alors un acteur masculin interprétant une femme qui prétend être un homme jouant le rôle d'une femme.
Origines du nom et du pseudonyme
Rosalynde est l'héroïne de (en) Rosalynde, Euphues Golden Legacie écrit par Thomas Lodge. George Fletcher écrit dans ses citations :
« La belle Rosalinde avait cependant acquis à cette époque une nouvelle renommée poétique, comme objet de l'attachement de Spenser, célébrée dans son Shephearde's Calendar de 1579, et dans Colin Clouts Come Home Againe en 1595. Celle de Rosa-Linda (« belle rose ») semble être la plus élégante, et ainsi la plus digne de ce caractère de beauté idéale que le dramaturge assigne ici à sa princesse imaginaire[18]. »
Ganymède, le nom qu'elle endosse lorsqu'elle se déguise en jeune homme pour aller dans la forêt, est, rappelle-t-elle, celui du page de Jupiter (I, iii, 127). D'après la mythologie, il était le plus beau de tous les mortels, fils du héros Tros et de la naïade Callirrhoé : il est choisi par Jupiter pour être son échanson et résider parmi les dieux en tant que son servant favori[19]. Dans la littérature du temps de Shakespeare, ce nom a souvent un sous-entendu homosexuel à cause de la relation supposée entre Jupiter et son échanson[5].
Références
- Britannica, Rosalinde
- Bachrach
- Berry, II
- Britannica, Rosalind
- Véronique Gély, Ganymède ou l’échanson, Presses universitaires de Paris Nanterre, (ISBN 978-2840160106, DOI 10.4000/books.pupo.1753, lire en ligne), « Introduction »
- Berry, I
- ↑ Berry, III
- ↑ Berry, IV
- ↑ A.José Axelrad, « Un point de droit élizabéthain sur la scène dramatique », Revue du Nord, t. 36, no 142, , p. 192-197 (DOI 10.3406/rnord.1954.2119, lire en ligne)
- ↑ Stephen Greenblatt, Will in the World, W.W. Norton & Company, 2004, p. 245.
- ↑ Bloom 2004, p. 310.
- ↑ Emma Smith, Shakespeare's First Folio, Cambridge University Press, 2016, p. 159.
- ↑ (en) « Elisabeth Bergner - Actors and Actresses », sur Film Reference (consulté le )
- ↑ (en) « As You Like It (TV Movie 1978) », sur Internet Movie Database (consulté le )
- ↑ BBC Radio 4 Archive, As You Like It, 2000 production notes.
- ↑ Jones, Kenneth, "Patti LuPone Stars in Guthrie's 'As You Like It' in Minneapolis", Playbill, 2008.
- ↑ Time Out London Archives, 1991.
- ↑ George Fletcher, « Studies of Shakespeare (p. 200) » (consulté le )
- ↑ Ovide, Métamorphoses, Livre X.
Bibliographie
- Encyclopaedia Britannica, « As you like it - Rosalind, fictional character », n.d.
- (en) Hailey Bachrach, « 'The unexpressive she': Who is Shakespeare's Rosalind? », Shakespear’s Globe,, (lire en ligne)
- (en) Edward I. Berry, « Rosalynde and Rosalind », Shakespeare Quarterly, vol. 31, no 1, , p. 42-52 (lire en ligne)
- (en) Harold Bloom, Shakespeare: The Invention of the Human, Chelsea House, (ISBN 978-1438113661, lire en ligne)
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