Rudolf Poch

Rudolf Pöch
Image illustrative de l’article Rudolf Poch

Naissance
Tarnopol (Galicie)
Décès (à 50 ans)
Innsbruck
Nationalité autrichienne

Découvertes principales preuve formelle de l'existence des Pygmées
Première expédition Nouvelle-Guinée (1901-1906)
Dernière expédition Afrique du Sud (1907-1909)
Hommage Rue Rudolf Pöch à Vienne
Autres activités photographe, pionnier du cinéma ethnologique

Rudolf Pöch (Tarnopol (Galicie), - Innsbruck, ) est un médecin,ethnologue, anthropologue et explorateur autrichien. Précurseur de l'anthropologie visuelle, il est le fondateur de l'Institut d'anthropologie de Vienne. Il est connu pour ses travaux dans la Nouvelle-Guinée allemande et auprès des San d'Afrique du Sud, mais plus récemment, a été mis en cause pour la manière dont il a constitué sa collection de dépouilles humaines lors de ces deux expéditions.

Biographie

Rudolf Pöch a fait ses études en médecine à l'Université de Vienne, obtenant le titre de docteur en médecine en 1895. Lors d'un séjour à l'Université de Zurich en 1891, il s'initie aux techniques de la microscopie auprès de Justus Gaule et fait la connaissance d'Alfred Ploetz, promoteur de l'hygiène raciale allemande. Jusqu'au tournant du siècle, il travaille comme médecin auxiliaire à la clinique de l'Université de Vienne, publie un article en lien avec la radiographie des poumons, et participe à une mission de l'Académie autrichienne des sciences à Bombay dans laquelle il est chargé d'établir une documentation photographique de l'épidémie de peste. Il s'engage aussi dans le mouvement international de lutte contre l'alcoolisme[1].

En 1900-1901, Pöch décide de changer d'orientation et s'inscrit comme étudiant en ethnologie et anthropologie auprès de Felix von Luschan. Ses travaux pour l'Institut de Berlin l'inspirent à initier une expédition dans la Nouvelle-Guinée allemande de 1901 à 1906. De cette expédition, il rapportera la preuve formelle de l'existence des Pygmées, en même temps que Samuel Phillips et après Albert Bushnell. Grâce à un matériel de prise de vue perfectionné, il obtient de nombreux témoignages visuels et sonores des peuples indigènes de Nouvelle-Guinée, et auxquels il ajoute des mesures précises d'individus ainsi que plusieurs douzaines de reliques humaines[2].

Il entreprend sa deuxième expédition en Afrique australe de 1907 à 1909, pour y étudier les peuples San (qualifiés à l'époque de Bushmen). Il arrive en Sud-Ouest africain allemand en plein génocide des Héréros et des Namas, puis progresse vers l'actuel Botswana et séjourne finalement dans la partie Sud-Africaine du Désert du Kalahari. Une fois encore, ses études anthropologiques incluent la documentation visuelle et sonore, des mesures corporelles précises, ainsi que la collecte de spécimens de la flore et faune locale, ainsi que d'objets tels que des échantillons d'art rupestre. Il y ajoute une quantité considérable de squelettes humains, estimée entre 150 et 170[3].

De retour à Vienne, il publie d'un rapport exhaustif sur ses travaux en Nouvelle-Guinée allemande, puis une thèse sur les crânes des indigènes d'Australie ; Pöch est alors nommé Professeur extraordinaire d'anthropologie et d'ethnographie à l'Université de Vienne. Pendant cette période, Rudolf Pöch fut directeur de thèse de Marianne Schmidl (1890-1942), première femme autrichienne à obtenir un doctorat en ethnologie. Sous sa supervision, elle rédige sa thèse intitulée « Nombres et calcul en Afrique » (1915), développant une approche historico-culturelle des pratiques mathématiques en Afrique[4].

Lors de la Première Guerre mondiale, la Société d'Anthropologie de Vienne confie à Pöch la tâche d'effectuer des études ethnologiques sur les prisonniers de guerre. En complément de la méthode d'Alphonse Bertillon, Pöch développe une procédure supplémentaire de photographie des personnes à un angle de trois-quarts, permettant de documenter des traits et caractéristiques supplémentaires, avec entre autres l'objectif de détecter des caractéristiques raciales. L'institut qu'il dirige appliquera cette méthode à 7 000 prisonniers de guerre[1], et la méthode sera généralisée dans l'après-guerre notamment pour « l'étude de la race ».

Ses collections sont exposées au Muséum d'histoire naturelle de Vienne et au Filmarchiv Austria (de).

Il est inhumé au cimetière central de Vienne.

Hommage

Une rue de Vienne (14e arrondissement) a été nommée en son honneur en 1931.

Controverse

Au 21e siècle, diverses critiques se sont fait entendre concernant les travaux de Pöch. D'une part, ses théories selon lesquelles les Aborigènes d'Océanie et les San d'Afrique Australe représenteraient des peuples situés à un degré moindre d'évolution humaine, et pour cette raison voués à une extinction imminente, se sont révélées non seulement fausses, mais racistes[5].

D'autre part, une étude récentes des documents sonores recueillis en Afrique australe révèle que les sujets de son étude ont participé sous la contrainte et dans un climat de peur[6].

Enfin et surtout, les méthodes utilisées pour recueillir un aussi grand nombre de reliques humaines posaient déjà problème à l'époque et sont a fortiori décriées de nos jours[7]. Les historiens suspectent qu'il s'est probablement livré à un trafic de reliques humaines avec des fermiers allemands dans le Sud-Ouest africain allemand et ont établi qu'en Afrique du Sud, Pöch et son assistant Menharto ont déterré un nombre important de corps, dont certains fraîchement décédés, de leurs tombes, et ont séparé les os par ébullition[3] - à l'exception d'un couple âgé dont les dépouilles encore récentes ont été conservées dans un tonneau empli de sel[8]. Un certain nombre de plaintes des proches des défunts ont été retrouvées, qui à l'époque ont donné lieu une enquête policière qui, bien que ces pratiques aient été illégales, est restée sans suite[5].

Rapatriement de dépouilles confisquées

Depuis 2009, un certain nombre des dépouilles humaines confisquées par Pöch lors de ses expéditions ont été rendues à leur pays d'origine. Cela inclut une cinquantaine d'ancêtres Aborigènes, rapatriés entre 2009 et 2023, le plus grand nombre ayant été rapatriés en 2011[2]. Quant aux dépouilles provenant d'Afrique du Sud, à ce jour seules celles de Klaas et Trooi Pienaar, un couple de personnes âgées, ont été rapatriées en 2012 et ont fait l'objet d'une réinhumation au cimetière de Kuruman, donnant lieu à des excuses officielles du gouvernement autrichien à l'Afrique du Sud[9],[10].

Écrits

  • Reprints of Papers on the Bushman Tribes, 1910
  • Reisen im Innern Südafrikas zum Studium der Buschmänner in den Jahren 1907 bis 1909, 1910
  • Über die Kunst der Buschmänner, 1911

Notes et références

  1. (de) Maria Teschler-Nicola, « Pöch, Rudolf », sur Deutsche Biographie, (consulté le )
  2. (en) Angus Mackintosh, « Aboriginal remains stolen by ethnologist from graves in 1905 repatriated from Austrian science academy », sur ABC, (consulté le )
  3. (en) S. Schasiepen, Southern African human remains as property: Physical anthropology and the production of racial capital in Austria (Thèse de doctorat), University of the Western Cape, (lire en ligne)
  4. (de) Katja Geisenhainer, « Verfolgung, Deportation und Ermordung: Die letzten Lebensjahre von Marianne Schmidl », dans Andre Gingrich et Peter Rohrbacher, Völkerkunde zur NS-Zeit aus Wien (1938–1945) : Institutionen, Biographien und Praktiken in Netzwerken, Vienne, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, (ISBN 978-3-7001-8670-0, lire en ligne), p. 1553-1582.
  5. (en) R. Bitsch, « Unburied Podcast Season 1: Built from Bones », sur ARC Docs, (consulté le )
  6. (en) Anette Hoffmann, Listening to Colonial History. Echoes of Coercive Knowledge Production in Historical Sound Recordings from Southern Africa, Basler Afrika Bibliographien, (présentation en ligne)
  7. (en) R. Bitsch & N. Liddell, « The scientist who robbed the Kalahari of its dead », sur Minority Africa, (consulté le )
  8. (en) M. Legassick, C. Rassool, Skeletons in the Cupboard, South African museums and the trade in human remains 1907-1917, Cape Town, 2015 (2e édition)
  9. (de) « Österreich restituiert Gebeine aus Südafrika. », Wiener Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. (en) « Moving ceremonies around restitution of Pienaars' bodies. », sur SADOCC, (consulté le )

Annexes

Bibliographie

  • M. Weninger, Pöch Rudolf, in Österreichisches Biographisches Lexikon 1815–1950 (ÖBL), vol.8, Académie autrichienne des sciences, Vienne, 1983, p. 138-139
  • Martin Legassick, Ciraj Rassool, Gestörte Totenruhe. Dr Pöchs Umtriebe in Südafrika und Österreichs moralische Verpflichtung zur Repatriierung, Indaba no 58, 2008, p. 20–23
  • Andrew D. Evans, Anthropology at War: World War I and the Science of Race in Germany, p. 136-140 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • François Angelier, Dictionnaire des voyageurs et explorateurs occidentaux : du XIIIe au XXe siècle, Paris, Pygmalion, , 766 p. (ISBN 978-2-7564-0156-0, OCLC 914506759), p. 551 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes

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