Sékou Ouattara
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Seku Watara (ou Sékou Ouattara, Shaykh Umar Watara ; né vers 1670 à Ténégéra — mort en 1745 à Kong) est le fondateur et premier faama de l’Empire de Kong, le plus vaste État jamais constitué sur le territoire de l'actuelle Côte d'Ivoire. Issu d'une lignée dioula de princes Kulibali (Coulibaly) de Kangaba (actuel Mali), contraints à l'exil depuis le XVIe siècle, il prit le pouvoir à Kong en 1710 après avoir renversé le souverain animiste Lasiri Gbombélé.
Il régna 35 ans sur un empire s'étendant sur environ 120 000 km² — couvrant le nord de la Côte d'Ivoire actuelle, le sud-ouest du Burkina Faso et des portions du Mali et du Ghana — et une population estimée entre 800 000 et 900 000 âmes. Guerrier intrépide, négociant accompli, réformateur politique et homme de foi, il est considéré comme l'une des figures majeures de l'histoire de l'Afrique de l'Ouest précoloniale.
L'historien Ki-Zerbo le qualifie de guerrier « intrépide et intègre ». Les griots du Kirina n'hésitaient pas à le comparer à l'empereur Sundyata Kéita. Il est le fondateur d'une dynastie — les Watara (Ouattara) — dont les descendants ont régné sur Kong jusqu'à la destruction de la ville par Samori Touré en 1897.
1. Identité et sources
Noms et titres
Seku Watara porta plusieurs noms au cours de sa vie :
- Abdel Kadr : son nom de naissance, qui tomba rapidement en désuétude ;
- Shaykh Umar (ou Cheikh Omar) : nom sous lequel il est connu des lettrés du Gonja et des traditionnistes de Kong et de Bobo-Dioulasso. Dans les zones préforestières, le titre Shaykh désigne une personne respectée pour ses qualités morales ou intellectuelles, ou un descendant du Prophète Muhammad ;
- Seku Watara : forme dioula de Shaykh, combinée au patronyme Watara (« les victorieux ») ;
- Faama : titre politique pris à l'avènement, distinguant le chef suprême du Kpon-Gènè des simples mâsa (chefs de province) ;
- Shaykh al-Islam : titre conféré par les milieux intellectuels musulmans, signifiant « prince des croyants ».
Dans ses correspondances officielles, il signait sultan ou sayyid, indiquant qu'il détenait le pouvoir temporel et spirituel.
Sources
La vie de Seku Watara est connue grâce à deux types de sources. Les sources écrites locales comprennent le Tarikh Mamalakat al-Watarayyin min Ghum (chroniques des Watara de Kong), les Chronicles from Gonja (IASAR/454 et IASAR/12), des manuscrits arabes conservés à Kong, Pongala et Bobo-Dioulasso, ainsi que les archives du roi Karamoko Ouattara. Les sources orales ont été recueillies entre 1970 et 1980 par l'historien Georges Niamkey Kodjo auprès de la cour royale de Kong (Karamoko Ouattara, Bassièri Ouattara, Badawa Bamba), de l'imam Marhaba à Bobo-Dioulasso, de Soma Ali à Sungaradagha, et de nombreux autres traditionnistes.
2. Généalogie
Les origines Kulibali de Kangaba
La généalogie de Seku Watara remonte aux Kulibali (ou Coulibaly) de Kangaba (Ka'ba), l'une des plus prestigieuses cités mandé du haut Niger. Les Kulibali masarin étaient étroitement assimilés aux Kéita, la famille impériale du vieux Mali.
Arbre généalogique de Seku Watara (lignée paternelle)
Mamari Kulibali (dit Simbo)
— Roi de Kangaba ; tué lors de guerres contre les Peuls
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Mambi Kulibali (Berna Kanda Kéita)
— Roi de Kangaba ; mort vers 1520 ; guerre de succession perdue contre Sundyata
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Maghan I
— Fils de Mambi ; contraint à l'exil ; mort vers 1549–1550
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Maghan II
— Continua l'errance familiale ; mort en exil, fin XVIe s.
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Dé-Maghan (Maghan III)
— S'établit à Ténégéra vers 1610 ; tisserand et négociant ; fondateur de la lignée watara à Kong
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Tyèba Watara
— Fils de Dé-Maghan ; kèrè-mâsa de Ténégéra ; reçut le patronyme Watara ; tué vers 1670
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SEKU WATARA
— Né vers 1670 ; fondateur du Kpon-Gènè (1710) ; mort 1745
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Samanogo ▪ Kumbi ▪ Mori Maghari ▪ Salia Sanu ▪ Zan Bakari ▪ Dyoridyan ▪ Bakari Ulé ▪ Karakara… (~12 enfants)
Mamari Kulibali (dit Simbo)
Arrière-arrière-arrière-grand-père de Seku Watara. Roi de Kangaba, il trouva la mort lors de guerres contre les Peuls du Nord.
Mambi Kulibali (Berna Kanda Kéita)
Fils de Mamari. Roi de Kangaba. À sa mort vers 1520, une guerre fratricide éclata entre ses fils : son fils cadet Sundyata vainquit son aîné Maghan et le contraignit à l'exil.
Dé-Maghan (grand-père), fondateur de la lignée à Ténégéra
Vers 1610, guidé par le négociant Dao Dabila, Dé-Maghan arriva aux portes de Kong. Les autorités traoré lui en interdirent l'accès — une humiliation que Binger retrouva encore dans les mémoires à la fin du XIXe siècle. Il s'établit à Ténégéra, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Kong, chez un chef local du même nom, et se lança dans le tissage et le commerce. Sa fortune était considérable vers 1630. Il épousa Somè, la fille de son bienfaiteur, dont naquirent Dabila et Tyèba.
Tyèba Watara (père)
Fils de Dé-Maghan. Guerrier au service des Kulibali de Limbala, puis traître à leur cause au profit des Traoré de Kong, il reçut en récompense le titre de kèrè-mâsa et le patronyme Watara. Populaire auprès des musulmans qui le voyaient comme un libérateur prédestiné, il fut tué vers 1670 dans un conflit avec le souverain animiste Lasiri Gbombélé, laissant ses fils orphelins en bas âge.
Le patronyme Watara : trois strates historiques
| Strate | Période | Signification | Acteurs |
|---|---|---|---|
| Surnom sénoufo | Avant le XVe s. | « Les victorieux », « les maîtres » — donné par les populations locales aux Traoré-Samasoko, forgerons-guerriers spécialistes des lances tamba | Populations sénoufo / Traoré-Samasoko |
| Dyamu politique | XVe–XVIIe s. | Adopté par les souverains traoré ; étendu sous Da Toro à toutes les familles d'autorité (Falafala, Myoro, Gben, Komono…) | Rois Traoré / Da Toro |
| Récompense militaire | Vers 1660–1670 | Accordé à Tyèba Kulibali après sa victoire sur les Kulibali de Limbala ; transmis à Seku | Tyèba Watara → Seku Watara |
Le traditionniste Bassièri Ouattara confirme :
« Le nom Watara a été porté avant Seku ; les étrangers qui l'ont porté sont des Samasoko. Les autochtones les appelaient watara, mais le vrai dyamu des Tondosama est Traoré. »
3. Naissance et formation (vers 1670–1700)
D'après les traditions de Kong recoupées avec les Chronicles from Gonja (qui situent la mort du souverain en 1745 après 35 ans de règne), Shaykh Umar naquit vers 1670. Il naît cinq ans avant son frère cadet Famaghan. Son prénom de naissance, Abdel Kadr, tomba très rapidement en désuétude.
Formation auprès de Dau Dabila (père adoptif)
Orphelin de père, le jeune Shaykh Umar fut recueilli par Dau Dabila, petit-fils du négociant ami de son grand-père. Ce père adoptif lui donna une triple formation :
- Agricole : initiation aux travaux des champs ;
- Artisanale : apprentissage du tissage. Il aurait été le premier à confectionner les Dadyi (ou al-Harattafe), pagnes tissés qui firent la renommée de Kong aux XVIIIe et XIXe siècles ;
- Militaire : confié ensuite au chef de guerre Yirikuma à Ténégéra.
Formation islamique auprès de Karamogo Dibi
L'érudit Karamogo Dibi prit en charge sa formation intellectuelle et religieuse. Shaykh Umar mémorisa intégralement le Coran et passa des heures à le commenter à ses compagnons. Les sources orales le décrivent comme un élève studieux dont les questions déroutaient ses professeurs. Il se lia d'une solide amitié avec le cadi de Tombouctou — probablement Sayyid Ahmed, décédé en –1699 — avec lequel il échangeait des esclaves contre des ouvrages islamiques.
4. Portrait physique et moral
| Portrait de Seku Watara selon les sources | |
|---|---|
| Teint | Clair, presque celui d'un Peul (selon les traditions) |
| Taille | Grand, bien bâti, allure sportive |
| Force physique | « Un grand lutteur, le meilleur des jeunes gens de son époque » (anonyme des Watara) |
| Marques | Trois incisions en éventail de chaque côté de la bouche (scarifications mandé-dioula) |
| Regard | « Franc, doux et accueillant » (traditions orales) |
| Caractère | Sobre, généreux, intègre dans le partage des prises de guerre (Ki-Zerbo) |
| Goûts | Faste, belles étoffes, tapis d'Orient ; maison ouverte à tous |
| Foi | Hafiz du Coran ; pieux sans fanatisme ; n'effectua jamais le hadj (mort de son ami le cadi de Tombouctou l'en empêcha) |
Binger, qui rencontra plus tard son successeur la Mori Ba — considéré comme son sosie — le décrit comme :
« Un grand bel homme, ayant quelque ressemblance avec nos traitants wolof [...]. Lamory est un homme très intelligent et le système des tergiversations est inutile avec lui. »
5. Carrière militaire et exil (vers 1695–1700)
Intégré dans l'armée régulière de Ténégéra, Shaykh Umar révéla rapidement des qualités de stratège. Le caractère foudroyant de ses attaques obligeait souvent ses adversaires à livrer bataille dans des conditions défavorables.
Le coup d'État manqué (vers 1700)
Vers 1700, il organisa un complot pour assassiner le souverain animiste Lasiri Gbombélé — l'homme qui avait causé la mort de son père — en profitant d'une cérémonie du Nayawu (danse royale). Une centaine d'hommes déguisés, armés de sabres et de lances, prirent d'assaut la fête. Plusieurs princes du sang furent massacrés, mais Lasiri s'échappa de justesse grâce à la vigilance de sa garde royale.
Maghan Watara, mâsa de Ténégéra et protecteur de Shaykh Umar, négocia sa grâce au prix de 600 esclaves, « une grande quantité d'or et l'exil du fautif ». Shaykh Umar fut banni et se convertit au commerce.
6. La vie de commerçant (1700–1710)
Banni, Shaykh Umar constitua une caravane privée protégée par une milice de plusieurs centaines de cavaliers et 600 porteurs. Entre 1700 et 1710, il parcourut le Worodugu, le Mango, l'Anno, Bittugu (Bondoukou), le pays Lobi, le Dagomba et le Gonja (marché de Salaga). Les produits échangés : tapis, barres de sel, noix de kola, or, esclaves, tissus. À la veille de la prise du pouvoir, sa fortune était considérable et sa réputation dépassait les frontières du nord de la Côte d'Ivoire.
L'alliance décisive avec le roi Abbas du Gonja (janvier–mai 1709)
À Niando (est de Bouna), Shaykh Umar croisa le roi Abbas du Gonja, rentrant victorieux du sac de Bouna. L'épouse du roi étant en travail difficile depuis trois jours, la femme de Shaykh Umar (Kamisa Ulé / Ma Siri / Ma Firé selon les versions) porta secours à la parturiente. En récompense, Abbas offrit :
- Un âne chargé d'or (12 000 mitqal selon les chroniques du Gonja) ;
- 300 fusiliers d'élite gonjas comme garde personnelle.
Les Chronicles from Gonja permettent de dater cet épisode entre le 15 janvier et le 25 mai 1709.
7. La prise du pouvoir (1710)
Le ribat de Patoni (1705–1709)
Dès 1705, Shaykh Umar s'associa au marabout Dibi Karamogo (dit Karamogo Ba) qui avait construit le ribat de Patoni dans les monts Gorowi, protégé par trois enceintes (dyasa) percées d'ouvertures pour le tir. Le marabout recruta le mercenaire peul du Macina Al-Barn Basham, génie militaire et érudit malikite, qui forma en quatre ans :
- 500 à 700 cavaliers équipés de fusils ;
- 1 000 à 1 500 fantassins (lances et flèches) — les woj (en nabé) / woj-woj (en zazéré) : « la mort, rien que la mort ».
Le financement vint des marchands musulmans de Kong : Baro Baniko équipa 120 cavaliers, Bédiako Traoré arma 380 hommes, Shaykh Umar prit en charge l'essentiel des dépenses.
Il conclut des alliances avec Nabé-Syé (roi des Nabé) et Dyowokè (mâsa de Dyangbanaso) en leur promettant le trône de Kong et la moitié du trésor de Lasiri.
La bataille et l'exécution de Lasiri (début 1710)
Fin janvier–début , Shaykh Umar lança ses armées sur trois fronts :
- 1re armée : son frère Famaghan ;
- 2e armée : Al-Barn Basham ;
- 3e armée : Shaykh Umar en personne.
Après trois jours de durs combats à une dizaine de kilomètres au sud de Kong, les forces de Lasiri furent mises en déroute. Lasiri Gbombélé, porté dans un hamac, fut capturé à Walagata et ramené à Kong.
Il fut décapité avec ses fils et ses collaborateurs. Sa tête fut enterrée sous un portique — le mur des Baro — que Binger observa encore en 1888. Shaykh Umar entra dans la ville acclamé Shaykh al-Islam et Shaykh Watara.
La guerre du Ban-kèlè (mars–novembre 1710)
L'exécution des prêtres animistes et des mâsa alliés déclencha une seconde guerre civile, le Ban-kèlè (la révolte). Dyowokè — allié de Shaykh lors de la première guerre — mourut empoisonné via un burnous que ce dernier lui avait offert. Son fils Forogo-Syé prit la tête de la résistance et faillit l'emporter grâce à des archers nabé, tyèfo et komono attaquant pendant les fortes pluies (mai-juin). Seku perdit son fils Dyoridyan lors de ces combats. Finalement, en octobre–, à la bataille de Borokuruso, il écrasa les dernières résistances et fit raser Kalgbinin.
8. Le règne (1710–1745)
La fondation du Kpon-Gènè
Seku Watara supprima le système des kafu (chefferies autonomes) et créa un État unifié nommé Kpon-Gènè. À son apogée, il couvrait 120 000 km², s'étendant sur 400 km (NW→SE) et 300 km (W→E). Ses limites : au nord le Léraba et le Lakono ; à l'ouest le haut Bandama et le Nzi ; à l'est le Comoé jusqu'à la confluence du Nzi et du Bé.
Organisation de l'armée
Il créa à Daghara (actuel Dambaira, à 30 km au NW de Kong) un vaste camp militaire de 20 000 à 30 000 âmes. L'armée comprenait : les sunangi (élite, serment de ne jamais fuir), les diouladyon (esclaves-fantassins, gros de la troupe) et les bambadyon (900 fusiliers + 1 500 archers, garde royale). La grande armée de réserve (foro-ba) comptait ~10 000 hommes. Il développa une industrie indigène d'armement dirigée par l'armurier Bèma Ulé.
Politique commerciale (à partir de 1720)
Sa devise : paix, sécurité et commerce. Il établit des points d'appui militaires le long des routes caravanières, allégea les taxes (dôlo-songo), supprima le gabalat (droits sur les marchés) pour attirer les commerçants étrangers. Son nom devint un sauf-conduit dans toute la région : « Nous sommes connus partout, et quand on vient de Kong on peut aller partout » (notable de Kong à Binger).
Administration du Kpon-Gènè
Il divisa le royaume en trois grandes provinces (gènè) confiées à ses fils : Taburu-koko (Kumbi et Mori Maghari), Koba-koko (Samanogo), Kolon-koko (destiné aux descendants de Dyoridyan). Il créa trois conseils : le Dugutigiya (justice et administration), le Dyamaa (assemblée mensuelle), le Barola (affaires islamiques, créé pour son ami l'imam Baro).
Victoire contre les Ashanti (1740)
En 1740, les Ashanti d'Opoku Waré envahirent le Gyaman et marchèrent sur Kong. Les troupes des Watara les écrasèrent. Cette victoire marqua l'apogée de l'Empire : Seku Watara contrôlait toutes les routes commerciales de Djenné au nord à Grumanya au sud.
La réforme successorale (1735)
Après une retraite méditative à Nafana, Seku Watara prit la décision historique de régler sa succession de son vivant, en accord avec l'érudit al-Hajj Muhammad b. al-Mustafa :
« En accord avec les ulémas, je décide que le sinzebu doit revenir à l'aîné de mes enfants, et plus tard à l'aîné de mes petits-fils ou arrière-petits-fils, c'est-à-dire aux fa de ma famille. »
Il institua le lasnadu royal — registre d'état civil enregistrant les naissances des princes du sang — et fit jurer les bambadyon sur le Coran de transmettre loyalement les emblèmes du pouvoir. Cette décision écartait de facto son frère Famaghan du trône.
La rupture avec Famaghan et la création du Gwiriko
La décision successorale provoqua la rupture définitive entre les deux frères. Les dernières paroles amères de Famaghan à son frère : « Regarde la plante de mon pied pour la dernière fois, il ne foulera plus jamais le sol de Kpon. » Cette promesse fut respectée par ses descendants pendant des générations.
Seku Watara lui confia néanmoins le gros de l'armée (~12 000 combattants dont 3 000 cavaliers) pour créer le Gwiriko (royaume de Bobo-Dioulasso), reconnaissant ainsi que Famaghan était la pierre angulaire de l'expansion impériale.
9. Vie privée, épouses et enfants
Épouse principale
Masira (aussi nommée Matiré, Ma-Kamisawulé, Kamisa Ulé ou Ma Firé selon les versions) est la seule épouse connue avant la prise du pouvoir. C'est sa femme qui facilita l'accouchement difficile de l'épouse du roi Abbas du Gonja en 1709 — épisode déclenchant l'alliance politique décisive. Devenu faama, Seku Watara épousa plusieurs femmes et entretint de nombreuses concubines (les kéréni), conformément au statut royal.
Enfants connus
| Nom | Statut | Rôle / Destin |
|---|---|---|
| Samanogo (dit Duga) | Fils aîné | Successeur immédiat (1745–1748) ; mort probablement empoisonné |
| Kumbi Watara | Fils | Successeur brillant (1748–~1770) ; diplomate ; vainqueur des Ashanti (avec Mori Maghari) |
| Mori Maghari (Dyangéna) | Fils | Héros de la guerre contre les Ashanti (1740) ; gouverneur Taburu-koko nord ; faama (1770–1800) |
| Salia Sanu | Fils | Commandant militaire au Sud ; sa mort précipita celle de Seku en 1745 |
| Zan Bakari (Dyan Bakari / Za Bakari) | Fils | Gouverneur de Loto-Loropeni ; mourut d'une flèche empoisonnée dans la bouche lors des guerres du Nord |
| Dyoridyan | Fils | Mort lors du Ban-kèlè (1710) à la bataille de Borokuruso ; ses terres transférées à Suma Ulé |
| Bakari Ulé | Fils | Mort vers 1720 lors des guerres du Nord |
| Karakara | Fils | Participant aux expéditions du Gwiriko avec Famaghan |
Seku Watara eut en tout une douzaine d'enfants.
10. Frères et famille immédiate
Famaghan Watara (frère cadet, né vers 1675)
Né environ cinq ans après Seku, Famaghan fut son compagnon d'armes indéfectible. Il conduisit les grandes campagnes du Nord (1720), créa les premiers relais commerciaux, et lança la marche vers la boucle du Niger (1738–1744), s'emparant de Sofara et atteignant les abords de Djenné et de Ségou. Il créa le Gwiriko (1735), dont la capitale Bobo-Dioulasso est aujourd'hui la deuxième ville du Burkina Faso. Il mourut à Bobo-Dioulasso vers 1750.
Entourage proche
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Bamba | Esclave et fidèle général, ministre de la guerre, gardien du sinzebu ; père des bambadyon |
| Imam Baro | Ami d'enfance, grand imam, créateur du Barola (haute cour islamique) |
| Karamogo Dibi | Marabout-mentor, organisateur du ribat de Patoni |
| Al-Barn Basham | Mercenaire peul du Macina, génie militaire, formateur de l'armée du ribat |
| Dau Dabila | Père adoptif, négociant, formateur |
| Bèma Ulé | Armurier en chef à Daghara, conseiller |
11. Descendants et successeurs
| Souverain | Période | Lien avec Seku | Remarque principale |
|---|---|---|---|
| Samanogo (Duga) | 1745–1748 | Fils aîné | Détesté des ulémas ; mort probablement empoisonné |
| Kumbi Watara | ~1748–1770 | Fils | Règne brillant ; traité de paix avec Bouna (1755) ; développement de l'enseignement islamique |
| Mori Maghari | 1770–1800 | Fils | Plus grande extension de l'empire ; contrôle du Dyimini, Dyamala, Anno, Tagwana |
| Somafi | 1800–1805 | Petit-fils | — |
| Asoroba | 1805–1810 | — | — |
| Sorifanghama | 1811–1818 | — | — |
| Ba Du Gutigi | 1818–1835 | — | — |
| Karamoko Dari | 1835–1850 | — | Père de Badyula |
| Sokolo Mori | ~1850–1897 | — | Dernier souverain ; âgé et malade lors de la destruction de Kong par Samori (1897) |
Sarah Watara (arrière-petite-fille)
Arrière-petite-fille de Seku Watara, Sarah épousa Abd-ar-Rahman, un chérif de Tombouctou. Son fils Abu Bakr écrivit : « My father's name was Kara Musa the Sharif, Watarawi, Tafsir... » Ce mariage de prestige renforça les liens avec les grandes villes du Sahel.
Karamoko Ouattara (XXe siècle)
Dernier roi de Kong au moment des enquêtes de Kodjo (1974–1980), Karamoko Ouattara était le principal dépositaire de la mémoire de Seku Watara et gardien des archives royales de Kong.
12. Mort et sépulture (1745)
Seku Watara mourut en 1745, après trente-cinq ans de règne, confirmé par les Chronicles from Gonja. Il était épuisé, « usé par le pouvoir ». La mort de son fils Salia Sanu semble avoir précipité sa fin. Les circonstances exactes ne sont pas révélées par les sources.
Sa mort fut accueillie à Kong et dans tout le Gyaman avec une profonde tristesse. Conformément au protocole qu'il avait lui-même instauré, il fut inhumé dans la plus grande discrétion — les bambadyon gardant le secret absolu jusqu'à l'avènement de son successeur. Le lieu exact de sa sépulture reste inconnu : certaines sources indiquent Ténégéra, d'autres Nafana.
13. Héritage
Seku Watara est le fondateur du premier État de la région reposant sur un territoire géographiquement défini plutôt que sur une base ethnique, anticipant en cela les constructions étatiques modernes. Il contribua à forger le peuple dioula et à diffuser le parler dioula comme lingua franca commerciale dans toute l'Afrique de l'Ouest.
La fête nationale du Kurubi, célébrée chaque année le vingt-septième jour du Ramadan à Kong, commémore encore aujourd'hui sa victoire sur Lasiri Gbombélé.
La destruction de Kong par Samori Touré en 1897 mit fin à près de deux siècles de rayonnement. L'officier français Gaden, visitant les ruines le , trouva « plus de deux mille crânes en partie cachés par les herbes ». La population de l'empire, estimée entre 800 000 et 900 000 âmes, perdit 97 % de ses membres dans la catastrophe.
14. Sources et bibliographie
Source principale
Kodjo, Georges Niamkey, Le royaume de Kong (Côte d'Ivoire). Des origines à la fin du XIXe siècle, Paris, L'Harmattan, coll. « Études africaines », 2006, 377 p.
Sources primaires
- Tarikh Mamalakat al-Watarayyin min Ghum, IASAR/454, Legon (Accra)
- Chronicles from Gonja (Levtzion, Wilks, Haight), Cambridge University Press, 1986
- Archives royales de Kong (Karamoko Ouattara)
- Manuscrits arabes de Pongala (Badawa Bamba, 1979) et Kong (Bassièri Ouattara)
- Archives nationales de Côte d'Ivoire, fonds C.I.
- Tarikh el-Fettach et Tarikh es-Soudan (trad. Houdas)
Bibliographie complémentaire
- Binger, Louis-Gustave, Du Niger au Golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, Paris, Hachette, 1892, 2 vol.
- Bernus, Edmond, « Kong et sa région », Études éburnéennes, n° VIII, 1960
- Ki-Zerbo, Joseph, Histoire de l'Afrique noire, Paris, Hatier, 1972
- Person, Yves, Samori : une révolution dyula, Dakar, IFAN, 1968–1975, 3 vol.
- Terray, Emmanuel, Une histoire du royaume abron du Gyaman, Paris, Karthala, 1995
- Levtzion, Nehemia, Ancient Ghana and Mali, London, Methuen, 1973
- Kodjo, G. N., Le Royaume de Kong, des origines à 1897, thèse d'État, Aix-en-Provence, 1986, 4 vol.
Catégories : Souverain africain du XVIIIe siècle • Personnalité de la Côte d'Ivoire • Roi de Kong • Islam en Afrique de l'Ouest • Peuple dioula • Commerce transsaharien • Coulibaly • Ouattara (patronyme) • Décès en 1745 • Naissance en 1670
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