Sagartzi harrikatze

Le sagartzi harrikatze est une pratique agraire traditionnelle du Pays basque. Étudiée par des ethnographes et des agronomes, elle se situe à l'interface entre croyances populaires et techniques culturales. Son interprétation oscille entre un geste à portée symbolique, parfois rapproché de rituels anciens, et une méthode empirique destinée à favoriser la fructification des arbres.
Entre symbolisme et héritage rituel
Le terme basque sagartzi harrikatze signifie « lapidation du pommier ». Il désigne une pratique agraire traditionnelle observée dans certaines régions du Pays basque, consistant à jeter ou déposer des pierres sur un pommier qui ne produit pas de fruits.
Selon les descriptions ethnographiques, lorsque l'arbre est jugé improductif, on procède à une forme de « fécondation » au moyen de pierres[1]. Celles-ci sont soit accumulées au pied du tronc, comme à Ithorrotz, soit placées dans les branches ou au sommet de l'arbre, parfois en utilisant des pierres provenant d'un autre village, comme à Sare, au Labourd.
Cette pratique est attestée dans la littérature ethnographique basque, notamment dans les travaux de Pierre Lafitte et de José Miguel de Barandiarán, où elle est décrite comme une coutume rurale liée aux pratiques traditionnelles de culture des arbres fruitiers[2]).
Certains auteurs évoquent une possible confusion avec le verbe basque harrikatu (« jeter des pierres »), tout en soulignant que l'idée de « lapider » un arbre pourrait être interprétée symboliquement, comme un vestige de rituels anciens d'expulsion du mal ou des esprits nuisibles[3].
Une technique agricole empirique
Cette pratique semble avant tout relever d'une technique agricole ancienne plutôt que d'un rituel symbolique. Elle consiste notamment, lorsque l'arbre est jeune (entre 3 et 7 ans), à suspendre des pierres à l'extrémité des branches principales afin d'en modifier l'angle de croissance[3].
Une autre variante consiste à placer une pierre plate entre les branches principales, en l'ajustant au fur et à mesure de leur développement. Ce type de procédé est déjà mentionné dans des traités agricoles antiques, notamment dans Historia Plantarum de Théophraste (IVe siècle av. J.-C.).
Des travaux agronomiques modernes, notamment ceux de l'agronome français Lespinasse au XXe siècle[4], ont montré que l'inclinaison des branches réduit la croissance du bois au profit de la formation de fleurs, en ralentissant la circulation de la sève. L'angle optimal pour favoriser la fructification est d'environ 60°[3].
Cette technique n'est pas limitée au pommier et peut également être appliquée à d'autres arbres fruitiers comme l'abricotier, le cerisier ou d'autres espèces[3].
Étymologie
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Sagarondo signifie « pommier » en basque de sagar (« pomme ») et ondo (« l'arbre qui porte le fruit »). Le suffixe a désigne l'article : sagarondoa se traduit donc par « le pommier ».
Pommier et ses variétés
Divers termes basques et variantes dialectales désignent le pommier cultivé[5] : sagarrondo, sagar-hondo (L), sagar-orpo (B), sagartze (BN, S). Le fruit se nomme paba, pabana (git.)[6].
La terre destinée à la culture d'un pommier, encore utilisée comme mesure agricole dans certaines localités telles qu'Ainhoa ou Sare, est désignée par le terme sagarlur (S). L'almaciga (plantation ou pépinière de pommiers) se nomme sagarsabi (G)[6].
Une expression poétique illustre la valeur du pommier : nola sagarrondoa oihaneko zuhaitzen artean, hala ene bihotzekoa gizasemeen artean (Duv.), que l'on peut traduire par « comme le pommier parmi les arbres de la forêt, ainsi ma bien-aimée parmi les jeunes hommes[6] ».
Pommier sauvage
Le pommier sauvage est également appelé magoillo, et se dit sagar basaka (G, AN, L, BN), basate (G, L), sagar-basa (L), ou sagarkoatze (R)[6].
Le fruit du pommier sauvage possède plusieurs appellations : basa-sagar (BN), sagar-makatz (B, G), makatz (AN), sagar min (G), basati (AN), sagarko, basako (R), ou encore oilokaka-sagar (L, BN, S)[6].
Notes et références
- ↑ (eu) Pierre Lafitte, Atlantika-Pirene-etako sinheste zaharrak, Gure Herria,
- ↑ José Miguel Barandiaran et traduit et annoté par Michel Duvert, Dictionnaire illustré de mythologie basque [« Diccionario Ilustrado de Mitología Vasca y algunas de sus fuentes »], Donostia, Baiona, Elkarlanean, , 372 p. [détail des éditions] (ISBN 2903421358 et 9782903421359, OCLC 416178549)
- (es) « Sagartzi harrikatze », Sagardoaren Lurraldea (consulté le )
- ↑ (en) Jean Marie Lespinasse, Apple Tree Management in Flat, Vertical-axis and Palmette Forms, by Cultivar Fruiting Type: Experiments with Other Species: Plum, Peach, Pear, Cherry, Bordeaux, Institut national de la recherche agronomique, Centre de recherches de Bordeaux, Station d'arboriculture fruitiere, , 42 p.
- ↑ (eu) « harrikatze », Euskaltzaindia, Euskaltzaindia – Akademia (consulté le )
- (eu) Auñamendi Eusko Entziklopedia Donostia-San Sebastián, « Manzano », Eusko Ikaskuntza (consulté le )
Bibliographie
- José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, Aubéron, (1re éd. 1879), 328 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Jean-François Cerquand, Légendes et récits populaires du Pays Basque : Recueillis dans les provinces de Soule et de Basse-Navarre, Bordeaux, Aubéron, (1re éd. 1876), 338 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980937 et 9782844980939, OCLC 68706678, lire en ligne)
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