Salle Lénine

La Salle Lénine est une salle de spectacle art déco des années 1920.
Aujourd'hui restaurée sous le nom Le Solaris, elle se situe au deuxième étage du 25 de la rue Boyer dans le 20e arrondissement de Paris sur les hauteurs de Ménilmontant.
Histoire

La coopérative ouvrière de la Bellevilloise - fondée dès 1877 - fait construire en 1910 sa Maison du Peuple rue Boyer, aux numéro 19-21, lieu regroupant alors un grand magasin de vente au public, des bureaux, un café, une salle de répétition, des salles de réunion et une salle des fêtes. Ajourd'hui connu sous le nom de La Bellevilloise
En 1927, son architecte Emmanuel Chaine livre une extension au no 25 de la même rue. En sous-sol, se tenaient des installations frigorifiques ; au rez-de-chaussée, un garage pour la remise et l’entretien des véhicules de la coopérative ; au premier étage, des bureaux et la bibliothèque de l'université de la Semaille, et enfin au dernier étage, la Salle Lénine (aujourd'hui connue sous le nom Le Solaris) dotée d’un balcon aux rambardes de fer forgé, d’une grande scène et de baies vitrées[1].
Dans la salle Lénine, dès , auront lieu des soirées d’initiation musicale autour d’œuvres de Satie, de Ravel ou encore de Debussy.
S'organiseront aussi des projections de films soviétiques : le Cuirassé Potemkine, L’Aurore, la Prise du Palais d’Hiver, etc.
La salle devient ensuite un cinéma public, le Bellevillois, au début des années 1930. La projection des films sans visa de censure étant réservés au jour de relâche[2].

Le fonds de commerce sera vendu en 1936, mais une programmation notamment des productions de Ciné Liberté continuera jusqu’en . Après la guerre, la salle sera louée à des exploitants indépendants comme cinéma sous l’enseigne Les Etoiles, puis Stella, jusqu’à sa fermeture, le .

Après sa fermeture comme cinéma, la salle servit de réfectoire d'entreprise pour Philips[3]. Elle accueillit ensuite des compagnies de danse, puis le Théâtre-École du Passage de Niels Arestrup, de 1988 à 1999[4],[5]. Le no 25 rue Boyer a également servi de lieu de tournage pour le clip Étienne de Guesch Patti (1987) ainsi que pour le film Fréquence meurtre (1988) d'Élisabeth Rappeneau, avec Catherine Deneuve[réf. nécessaire]. Le lieu fut ensuite abandonné pendant près de vingt ans avant sa réhabilitation à partir de 2018.
Ils en ont parlé
Ai Qing, le père d'Ai Weiwei, en parle dans son autobiographie: « Le printemps 1929 je suis parti en France (...) J’ai mené la vie d'un étudiant pauvre à Paris. Ma famille ne voulant pas me financer, je travaillais dans une petite usine des Arts et Métiers, je faisais des croquis de nus dans un «atelier libre » de Montparnasse. J'ai également lu quelques ouvrages de philosophie et de littérature que j'ai traduits en chinois, des romans russes qui portaient un jugement critique sur le réalisme, et des romans et poésies de la révolution soviétique d’Octobre. Parfois, j'allais voir des films censurés dans la « Salle de Lénine» du quartier des ouvriers. »[6]
Le , André Gide y assistait ainsi à la projection de Potemkine et de la Ligne générale. « Gide ! Parmi les ouvriers en costume de travail – beaucoup gardaient la casquette sur la tête -, parmi les vestons étriqués et les tricots à col roulé, Gide... » raconte Pierre Courtade dans la Place rouge[7]


De nos jours
Au no 25, le Solaris, en lieu et place de l'ancienne Salle Lénine, est ouvert depuis 2018 pour des tournages et prises de vues. Après avoir décroché le bail en 2018, Julien Courtois réhabilite le lieu pour faire revivre son héritage artistique[4]. Cyprien Chabert a contribué à ajouter des touches contemporaines à la salle, notamment des gravures sur vitres. Le lieu a notamment accueilli les tournages des films Le Dindon, Les Traducteurs et Revoir Paris[4].
Officiellement inauguré en 2020, Le Solaris ouvre ses portes aux événements en 2022, proposant la privatisation de ses 300 m2 utiles pour des mariages, séminaires, conférences, cocktails et soirées d'entreprise, avec une capacité d'accueil de 200 personnes en configuration cocktail ou conférence[4],[3]. Le lieu est recensé à l'Inventaire général du patrimoine culturel d'Île-de-France comme un « témoignage et un exemple rare, encore conservé à ce jour, des lieux de spectacle des coopératives ouvrières de la première moitié du XXe siècle »[8].
Références
- ↑ Publié par Alain Rustenholz, « C'est là que les Bellevillois Bellevilloise » (consulté le )
- ↑ « HISTOIRE », sur La Bellevilloise (consulté le )
- « Le Solaris, l'adresse Art déco pour vos events », sur Meet In, (consulté le )
- « Pépite art déco : l'ancienne Salle Lénine devient Le Solaris (et se loue pour des événements) », sur Mon Petit 20e, (consulté le )
- ↑ « Theatre Ecole du Passage, Niels Arestrup, Paris », sur Trombi.com (consulté le )
- ↑ Ai, Qing, 1910-1996. et 艾青, 1910-1996, Ai Qing shi xuan., Pékin, Ren min wen xue chu ban she, , 325 p. (ISBN 7-02-002410-6 et 9787020024100, OCLC 15390841, lire en ligne)
- ↑ Courtade, Pierre, La place Rouge : roman, Paris, Éd. Français Réunis, , 317 p. (ISBN 2-201-01486-8 et 9782201014864, OCLC 251796124, lire en ligne)
- ↑ « Lénine (Paris, 20e arrondissement) salle, actuel espace Solaris », sur Inventaire général du patrimoine culturel, Région Île-de-France (consulté le )
Bibliographie
- Jean-Jacques Meusy (dir.), La Bellevilloise (1877-1939). Une page de l’histoire de la coopération et du mouvement ouvrier français, Paris, Créaphis, 2001.
- Renaud Wattwiller, « Une Bellevilloise sans histoire », Le Tigre, no 19, juillet-
Voir aussi
Articles connexes
Lien externe
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