Salon Bleu

Le Salon Bleu est un des principaux salons d'apparat au sein de Palais royal de Bruxelles.

Vue du "Salon Bleu" en 1897 (Archives du Palais royal, Bruxelles).

Signification

Le Salon Bleu du Palais royal de Bruxelles a acquis une renommée particulière, du fait qu'il offrait à certaines familles de la haute noblesse le privilège d'y rencontrer les membres de la famille royale en compagnie exclusive. Ce privilège prit parfois des proportions mythiques dans l'imaginaire collectif. Il faisait partie d'un ensemble de mesures symboliques visant à rapprocher les cercles dirigeants du jeune pays de la nouvelle monarchie.

Le Salon s'est surtout fait connaître grâce à ce rôle politique que l'on lui fit jouer, en en faisant le lieu de rencontre habituel du monarque avec les principaux représentants de l'ancienne noblesse, qui furent ensuite surnommés les « Princes du Salon Bleu ».

Situation

Jusqu'en 2023, on pensait que l'actuel « Salon aux Pilastres » était l'ancien Salon Bleu[1],[2]. Des recherches menées par Baudouin D'Hoore, archiviste d'État et archiviste des archives royales, ont démontré que cela était inexact. C'est l'actuel « Salon des Ambassadeurs » qui portait autrefois le nom de « Salon Bleu »[3]. Le roi y recevait les représentants de plusieurs grandes et anciennes familles de la noblesse. Cette tradition, tombée en désuétude, fut supprimée au début de règne du roi Baudouin.

Description

Fragment du damas couvrant les murs du Salon Bleui

Le palais de Bruxelles fut la résidence du roi Guillaume Ier à chaque fois où il résidait à Bruxelles. Lorsqu'il y organisait des réceptions, les invités empruntaient l'escalier d'honneur de l'époque (aujourd'hui connu sous le nom d'escalier Vénétien) pour accéder au premier étage où se trouvaient deux salons donnant sur le jardin : le « Salon jaune » (qui devint le « Salon rouge » sous Léopold Ier, puis le « Salon du Vase ») et le « Salon bleu » (aujourd'hui le «Salon des Ambassadeurs»).

Ces salons se trouvaient dans la partie du palais réservée aux appartements de la reine Wilhelmine. À côté du Salon Bleu se trouvait son boudoir, qui fut plus tard intégré au Salon Bleu. Les murs de ce salon étaient recouverts d'un papier peint en damas bleu orné de couronnes royales jaunes. Les rideaux étaient en satin bleu et les chaises et fauteuils Empire étaient recouverts de satin bleu. Le salon méritait donc bien son nom, qui ne devait rien à la tradition du « sang bleu » de la noblesse.

Utilisation

Après 1830, les deux premiers rois, Léopold Ier et Léopold II, choisirent le Salon Bleu comme l'un des principaux salons de leur palais. Leurs filles s'y marièrent. En 1857, le mariage civil de la princesse Charlotte de Belgique avec l'archiduc Maximilien d'Autriche y fut célébré. En 1875, ce fut au tour de la princesse Louise, fille aînée de Léopold II, de s'y marier avec le prince Philippe de Saxe-Cobourg-Gotha.

Le Salon Bleu servait également de décor aux cérémonies d'intronisation des rois dans l'ordre de la Toison d'or et dans l'ordre de la Jarretière. Les réceptions du Nouvel An y étaient également organisées.

Les princes du Salon Bleu

La nouvelle cour qui s'était constituée après 1830 devait s'affirmer par des règles et des coutumes qui correspondaient à celles en vigueur dans les autres cours européennes. Pour ce faire, elle s'inspira de ce qui était habituel sous l'Ancien Régime. L'un de ses buts consistait à veiller à ce que la noblesse reconnaisse la nouvelle dynastie et s'unisse autour d'elle.

Une partie non négligeable de la noblesse, même de l'ancienne haute noblesse, n'était pas enthousiaste à l'idée de la scission du royaume uni des Pays-Bas. Certains étaient restés fidèles à la maison d'Orange, comme les familles de Gavre, Limburg Stirum, Trazegnies, Ligne, Lalaing et bien d'autres. Certaines familles s'étaient réfugiées dans une prudente neutralité. Il s'agissait pour le jeune État, encore particulièrement fragile, et pour la nouvelle dynastie, encore insuffisamment acceptée, de tirer le meilleur parti possible de l'influence encore très importante de la noblesse au sein de la société belge.

Ce fut dans ce but qu'un groupe restreint d'anciennes familles nobles fut sélectionné, à qui fut offert le privilège d'entretenir des relations plus intimes avec les membres de la famille royale. Afin d'organiser régulièrement des rencontres, Léopold Ier choisit le Salon Bleu comme endroit habituel.

Après avoir étudié les coutumes en vigueur sous l'Empire autrichien et identifié les familles nobles privilégiées de l'époque, une liste des personnes pouvant prétendre au « privilège du Salon Bleu » fut établie. Dans l'ordre protocolaire, il s'agissait des familles suivantes :

L'ordre hiérarchique ne s'appliquait qu'au chef de famille. Les autres membres de la famille étaient classés selon un protocole complexe, ce qui donnait parfois lieu à de vives disputes.

Même si les membres de ces familles jouissaient tous du même droit à être invités au Salon Bleu, ils veillaient jalousement au respect des règles de priorité qui déterminaient la hiérarchie entre eux.

Des problèmes surgirent à ce sujet car, en dehors de l'ordre hiérarchique, le roi Léopold Ier avait une affection particulière pour les familles de Merode et de Ligne qui avaient activement contribué à la création du royaume de Belgique, alors que les Arenberg et les Croÿ étaient restés passifs.

Au début de l'année 1855, le duc Prosper d'Arenberg apprit que ses fils ne figureraient désormais dans l'ordre protocolaire qu'après le prince de Ligne et ne pourraient donc plus prétendre à la même préséance que celle qui revenait au chef de famille d'Arenberg. Il protesta contre cette décision, mais le roi la maintint. En conséquence, la famille d'Arenberg ne se présenta pas au bal suivant.

L'année suivante, la princesse Constance de Croÿ Solre (1789-1869), épouse du prince Ferdinand de Croÿ (1791-1865), protesta parce que Marie d'Arenberg, qui avait épousé le comte Charles de Merode, avait gardé la priorité sur elle. Elle n'obtint pas gain de cause, car, lui fut-il répondu, le roi souhaitait exprimer son affection envers la famille de Merode.

En 1879, ce fut le prince de Ligne qui essuya un refus lorsqu'il tenta de faire passer ses fils avant le duc d'Ursel et le comte de Merode Westerloo.

En 1885, ce furent les princes Antoine et Charles d'Arenberg qui tentèrent à nouveau de se placer tout devant. Une fois encore, le roi refusa toute modification qui aurait été préjudiciable aux d'Ursel et aux Merode.

Après quelque temps, les ambassadeurs des pays amis furent également admis au Salon Bleu. Il en fut de même à partir de 1858 pour les ministres d'État belges. Le Salon Bleu s'avéra bientôt trop petit pour accueillir tous les invités. « Le cercle du Salon Bleu » déménagea dans la « Salle de marbre » voisine, mais le nom fut conservé.

Pendant longtemps, les nobles admis au Salon Bleu conservèrent un lien particulier avec la maison royale. Ainsi, en cas de décès dans ces familles, le grand maréchal de la cour rendait visite à la mortuaire et un représentant du roi assistait aux funérailles. Les membres du Salon Bleu sollicitaient souvent une audience privée, généralement sous prétexte de venir présenter leurs vœux de Nouvel An. Cette coutume s'est maintenue jusqu'à peu avant la Seconde Guerre mondiale.

Les privilèges comportaient même des éléments assez insignifiants, d'après les normes actuelles. L'un d'entre eux était que les princes du Salon Bleu avaient droit à une place assise lors des bals royaux, tandis que les autres participants devaient rester debout. Cela s'inspirait du "privilège du tabouret" qui se pratiquait à Versailles sous l'Ancien Régime.

L'ancienne noblesse s'accrochait à ces privilèges symboliques, sinon puérils, qui la distinguaient du commun des mortels, y compris des membres de la noblesse qui ne bénéficiaient pas du privilège du Salon Bleu.

Sous le règne du roi Baudouin, ces privilèges d'un autre âge furent supprimés. Lors de grands événements, tels que la réception pour les 80 ans de la reine Élisabeth, les membres du Salon Bleu étaient certes invités, mais au même titre que d'autres. En 1958, pour la première fois depuis 1934, un grand bal fut organisé au palais royal à l'occasion de l'ouverture de l'Exposition universelle de 1958. Là encore, les membres du Salon Bleu furent invités, comme beaucoup d'autres, mais sans réception « Salon Bleu ». Ce fut d'ailleurs le dernier bal organisé au palais.

Le Salon des Ambassadeurs

Après la mort du roi Albert Ier, d'importants travaux furent entrepris au palais, sur initiative de la reine Astrid. Le Salon Bleu fut réaménagé et les revêtements muraux datant de l'époque de Wilhelmina disparurent. Il ne restait plus rien de bleu et il fut décidé de donner un nouveau nom au salon. Il devint le « Salon des Ambassadeurs ».

Avec le « Salon du Vase », l'ancien Salon Bleu se trouve entre les deux appartements réservés aux chefs d'État en visite. Le roi Albert II prit pour habitude d'offrir un déjeuner à ces chefs d'État dans ce salon. En 1999, c'est dans ce salon que le prince Philippe et la princesse Mathilde reçurent leurs invités royaux le jour de leur mariage, avant de se rendre dans la salle du Trône pour le banquet.

Voir aussi

Article connexe

Liens externes

Bibliographie

  • Thierry de la Kethulle de Ryhove, Emile Vandewoude et Anne van Yperseele de Strihou, Le Palais royal de Bruxelles, Bruxelles, .
  • André Molitor, Gustaaf Janssens, Martine Vermeire et Guy de Greef, Le Palais Royal Bruxelles, Bruxelles, Musea Nostra, Crédit Commuinal de Belgique, .
  • (nl) Gita Deneckere, « De plundering van de orangistische adel in april 1834 », Revue d'histoire contemporaine, vol. 26, nos 3-4,‎ , p. 29-64 (lire en ligne [PDF], consulté le ).
  • Els Witte, « L’aristocratie belge et l’orangisme (1815-1850) », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 93, no 2,‎ , p. 439–486 (ISSN 0035-0818, DOI 10.3406/rbph.2015.8841, lire en ligne, consulté le )
  • (nl) Els Witte, « De Belgische orangistische adel, deel II. De rol van de adel in het Belgisch orangisme (1830-1850) », Virtus, vol. 26,‎ , p. 93–117 (ISSN 1380-6130 et 1380-6130, DOI 10.21827/5e021047bb2b0, lire en ligne, consulté le )
  • (nl) Baudouin D'Hoore, Het Blauwe Salon van het Koninklijk Paleis, Museum Dynasticon, 2023a, p. 31-41.
  • Baudouin D'Hoore, « Le Salon Bleu du Palais Royal », Bulletin de l'Association de la noblesse du royaume de Belgique,‎ octobre 2023b, p. 23-40.

Notes et références

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