Sanctuaire de Juvigné
| Sanctuaire de Juvigné | |
Statuette de cervidé (Ier siècle av. J.-C. ?). | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Pays de la Loire |
| Département | Mayenne |
| Commune | Juvigné |
| Coordonnées | 48° 15′ 25″ nord, 0° 59′ 43″ ouest |
| Histoire | |
| Époque | IIe siècle av. J.-C. au IVe siècle apr. J.-C. |
Le sanctuaire de Juvigné est un sanctuaire gaulois puis antique dans la commune de Juvigné, dans le département français de la Mayenne, en région Pays de la Loire.
Le site se caractérise par une succession, dans le même périmètre, d'édifices cultuels depuis l'âge du fer jusqu'à la fin de l'Antiquité. Des fouilles et des sondages sont réalisés entre 1987 et 1989 puis en 2014 et 2016.
Localisation

Le site archéologique est situé dans la commune de Juvigné, dans la partie nord-ouest du département de la Mayenne. Au nord du chef-lieu communal, il se trouve en bordure de la D 29, dont la construction au XIXe siècle recoupe ses vestiges et en détruit une partie, entre les lieux-dits « la Fermerie » et « Mérolle »[1].
Il est implanté sur un terrain dont la pente douce s'incline vers le nord-est[2]. Le sous-sol est composé de schiste (siltite et argilite) qui se décompose en argile en surface[1].
Dans la géographie gauloise puis antique, il est rattaché au territoire des Aulerques Diablintes mais se trouve proche de la « frontière » supposée avec les Riedones. Le sanctuaire semble isolé, aucun vestige de l'âge du fer ou de l'époque antique n'étant identifié dans les environs : l'agglomération antique la plus proche pourrait être Ernée à 7 km au nord-est, mais l'existence de cette ville n'est pas certaine[2],[3].
Historique
Chronologie
Les premiers objets retrouvés sur le site sont datés du IIIe siècle av. J.-C., voire de la fin du IVe siècle av. J.-C.[4]. C'est aux IIe et Ier siècles av. J.-C. que le sanctuaire s'organise avec le creusement d'un fossé et certainement l'élévation d'un talus qui délimitent une enceinte dans laquelle des pratiques cultuelles, encore mal cernées, ont lieu[5]. Le sanctuaire est totalement reconstruit dans la seconde moitié du Ier siècle apr. J.-C. avec un mur maçonné qui remplace le fossé comblé et, dans l'enceinte sacrée, la construction de deux temples successifs, le premier circulaire sans galerie et le second carré avec une galerie[6]. L'abandon du site est mal daté, mais l'activité semble devenir très faible voire inexistante entre la fin du IIe siècle et le IVe siècle[7].
La démolition du site, accompagnée de la récupération de ses matériaux les plus utiles, est certainement très progressive et doit durer jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Des tessons de céramique datés de cette période sont retrouvés sur place[8] ; sur un plan du cadastre napoléonien de 1813, un fossé recoupe le site qui semble mis en culture[9].
Découverte et études
Aucun vestige du sanctuaire ne demeure en élévation au début du XIXe siècle[9].
Le site est redécouvert dans les années 1980 par l'agriculteur exploitant le terrain, les labours mettant au jour du mobilier archéologique. Il fait l'objet de prospection pédestre et de sondages entre 1987 et 1989 à l'initiative de Jacques Meissonnier, conservateur du patrimoine au Service régional de l'archéologie à Nantes[10]. En 1992, la pose d'une canalisation qui traverse le site permet de compléter les connaissances sur la partie occidentale du sanctuaire. Le réexamen complet de la documentation est réalisé en 2014 dans le cadre d'un travail universitaire. De nouvelles investigations ont lieu en 2015 et en 2016, conjuguant fouilles sur deux secteurs du site et prospection géophysique[11],[12].
Description
Architecture

La Tène
Le site est constitué, à l'époque laténienne, d'un vaste enclos sensiblement rectangulaire mesurant environ 65 × 80 m pour une superficie de 3 500 à 4 000 m2[13]. Il est délimité par un fossé dont les terres de creusement ont probablement servi à élever un talus. Ce fossé, dans les secteurs où il a été fouillé, est large de 4 à 5 m pour une profondeur d'un peu plus de deux mètres[14]. L'entrée de cet enclos n'est pas identifiée, mais il est possible qu'elle se trouve à l'est au même emplacement que la porte du sanctuaire romain qui lui a succédé[15].
Au centre de cet enclos une zone riche en mobilier archéologique et qui présente de nombreuses fosses et trous de poteaux témoigne d'une forte activité mais il n'est pas possible de la définir précisément. Les trous de poteaux sont peut-être les vestiges de bâtiments en matériaux périssables et les fosses ont recueilli des objets très variés probablement liés aux activités religieuses[16].
Antiquité
Dans l'Antiquité, le même périmètre accueille successivement deux fanums. Le plus ancien (temple A) possède une cella circulaire sans galerie périphérique ; d'un diamètre de 11,30 m, il n'en subsiste que la tranchée de fondation[17]. Il est détruit pour faire place, au même endroit, à un temple (15,50 × 14,50 m) dont la cella carrée de 7 m de côté est entourée d'une galerie (temple B) ; de manière inhabituelle, cette cella n'est pas centrée dans sa galerie, mais déplacée vers l'ouest, du côté opposé à l'entrée[18]. Parmi les débris épars sur le site se trouvent des matériaux ayant pu appartenir à ces temples : moellons de granite, fragments d'enduit portant parfois des lignes rouges, clous de charpente, tegulae[19]. Il n'est pas exclu que certains matériaux de démolition du premier temple aient servi à la construction du second[20]. Les noms de la ou des divinités honorées dans ce sanctuaire restent inconnus[21].
Un péribole, dont le mur reprend, au moins partiellement, le tracé de l'enclos laténien, délimite un espace sacré autour des temples ; de forme rectangulaire ou trapézoïdale, il mesure 60 à 70 m de côté et sa superficie est de 4 000 m2 au maximum[22]. La face orientale, la mieux connue, montre que le mur principal du péribole, centré sur le fossé, est accompagné, à l'extérieur comme à l'intérieur, d'un mur aux fondations plus légères supportant très vraisemblablement des galeries ; l'ensemble est fermé au nord par un mur pignon[23]. Cette façade monumentale paraît s'interrompre en son milieu, dans l'axe du temple[24].
Au nord-est du site, les vestiges d'un chemin empierré, creusé d'ornières et orienté du nord-ouest au sud-est peuvent être considérés comme un accès au sanctuaire[17].
Mobilier archéologique
Le mobilier archéologique retrouvé sur le site est très riche et correspond à toutes les époques d'occupation du sanctuaire ; le musée archéologique de Jublains en expose une partie.

Cinq fibules ou fragments de fibules sont retrouvés ; ils remontent à La Tène moyenne ou récente[25]. De cette dernière époque datent des pièces d'armement (épées ou fragments d'épées, fourreau d'épée, agrafes de ceinturon)[26].

Une statuette en alliage cuivreux représente une cervidé ; son style un peu fruste et la disproportion de la tête et de la ramure par rapport au reste du corps suggèrent une fabrication de La Tène final ou du début de l'ère augustéenne[27]. Deux autres statuettes, en alliage également, représentent Mars et un autre personnage difficilement identifiable, probablement une divinité ; plus récentes que la précédente, elles sont datables de la seconde moité du Ier siècle apr. J.-C.[28].
Près de 400 monnaies sont retrouvées sur le site mais une centaine d'entre elles sont trop détériorées ou usées pour être exploitées. En outre, elles sont en grande majorité issues de ramassage de surface et ne peuvent être utilisées comme élément datant d'une strate archéologique définie[29]. Les monnaies gauloises, dans leur ensemble semblent avoir circulé vers le milieu du Ier siècle av. J.-C.. Les monnaies romaines, abondantes jusqu'au règne de Claude, sont par la suite très peu nombreuses jusqu'aux IIIe et IVe siècles, témoignant certainement de la désaffection du site[30]. Certaines de ces monnaies sont mutilées (entaille, écrasement, impression de contremarque). Si la signification de ces mutilations n'est pas clairement connue, il semble qu'il faille y voir la volonté d'ôter aux monnaies leur valeur commerciale tout en garantissant leur fonction d'offrande, sans doute au(x) dieu(x) tutélaire(s) du sanctuaire : elles ne se rencontrent que dans des temples ou des sanctuaires[31].
Notes et références
- Bossard 2024, al. 2.
- Bossard, Aubin et Meissonnier 2016, p. 26.
- ↑ « Ernée », sur Société d'archéologie et d'histoire de la Mayenne (consulté le ).
- ↑ Bossard 2024, al. 73.
- ↑ Bossard 2024, al. 75-77.
- ↑ Bossard 2024, al. 78-80.
- ↑ Bossard 2024, al. 80.
- ↑ Bossard 2021, vol. II, p. 390.
- Bossard 2024, al. 35.
- ↑ Bossard 2021, vol. II, p. 386.
- ↑ Bossard et Dufay-Garel 2023, p. 149-150.
- ↑ Bossard 2024, al. 6.
- ↑ Bossard 2024, al. 7.
- ↑ Bossard et Dufay-Garel 2019, p. 243.
- ↑ Bossard 2024, al. 10-20.
- Bossard 2024, al. 24.
- ↑ Bossard 2024, al. 31.
- ↑ Bossard 2024, al. 34.
- ↑ Bossard 2021, vol. II, p. 389.
- ↑ Bossard et Dufay-Garel 2023, p. 157-158.
- ↑ Bossard 2024, al. 23.
- ↑ Bossard 2024, al. 21.
- ↑ Bossard 2024, al. 22.
- ↑ Bossard 2024, al. 60.
- ↑ Bossard 2024, al. 76.
- ↑ Bossard, Aubin et Meissonnier 2016, p. 35.
- ↑ Bossard, Aubin et Meissonnier 2016, p. 36.
- ↑ Bossard, Aubin et Meissonnier 2016, p. 29.
- ↑ Bossard, Aubin et Meissonnier 2016, p. 29-30.
- ↑ Bossard, Aubin et Meissonnier 2016, p. 31-34.
Voir aussi
Bibliographie
- Stanislas Bossard, Gérard Aubin et Jacques Meissonnier, « Le sanctuaire de la Fermerie à Juvigné (Mayenne), de l’âge du Fer à l’époque romaine », Gallia, vol. 73, no 2, , p. 25-53 (DOI 10.4000/gallia.2721, lire en ligne [PDF]).
- Stanislas Bossard et Yann Dufay-Garel (avec la collaboration de Adrien Camus, Vivien Mathé, Nicolas Garnier), « Le sanctuaire de Juvigné (Mayenne) : organisation et pratiques rituelles de l’âge du Fer », dans Philippe Barral et Matthieu Thivet, Sanctuaires de l’âge du Fer. Actes du 41e colloque international de l’Association française pour l’étude de l’âge du Fer (Dole, 25-28 mai 2017), AFEAF, coll. « Collection AFEAF » (no 1), , 492 p. (ISBN 978-2-9567-4070-4, lire en ligne), p. 243-247.
- Stanislas Bossard, Cultes et sanctuaires du centre et de l’ouest de la Gaule Lyonnaise : des antécédents gaulois à la fin des dieux (IIe s. av. n. è. – Ve s. de n. è.), vol. I et II, Université de Nantes, , 826 et 1368 p. — Thèse de doctorat publiée en 2024 par les Presses universitaires de Rennes
- Stanislas Bossard et Yann Dufay-Garel (avec la collaboration d'Adrien Camus et Vivien Mathé), « Un sanctuaire du nord-ouest de la Gaule : Juvigné (Mayenne) », Annales de Normandie, , p. 149-258 (lire en ligne).
- Stanislas Bossard et al., « De nouvelles données sur un sanctuaire diablinte : le site de la Fermerie à Juvigné (Mayenne) du IIe s. av. n. è. au IVe s. de n. è. », Revue archéologique de l'Ouest, vol. 40 « Varia », (DOI 10.4000/12nao).
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Articles connexes
Liens externes
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