Sanctuaire de Loubers
| Sanctuaire de Loubers | |
Plan simplifié du site. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Occitanie |
| Département | Tarn |
| Commune | Loubers |
Le sanctuaire de Loubers est un site antique dans la commune de Loubers, dans le département français du Tarn, en région Occitanie.
Trois bâtiments, dont au moins deux temples, se succèdent dans la même enceinte de la fin de l'époque gauloise au IIIe siècle. Après son abandon, le site est temporairement réoccupé au IVe siècle comme abri de fortune.
Les fouilles partielles réalisées entre 1968, date de découverte du sanctuaire, et 1975 sont les seules conduites sur ce site.
Localisation
Le site occupe, au sud-ouest du territoire communal de Loubers, un plateau calcaire recouvert, à l'époque contemporaine, de chênes des garrigues. Il est protégé au nord par un épaulement ; à l'est et à l'ouest, le plateau se termine par des pentes abruptes[1]. La pente naturelle du terrain, vers le sud-ouest, est compensée par un nivellement la partie nord-est du site, surcreusée dans le substrat[2]
Dans l'Antiquité, il est rattaché au territoire des Rutènes[3].
Historique
Un établissement laténien à la fonction indéterminée est identifié[1]. Un premier temple semble édifié au début du Ier siècle apr. J.-C. ; il lui succède au même emplacement et occupe le centre d'une enceinte. Un second fanum, accompagné d'un bâtiment annexe, est construit vers le milieu du Ier siècle apr. J.-C. alors que le premier temple est détruit ; dans le même temps, l'enceinte est agrandie vers l'ouest. Le sanctuaire semble volontairement détruit, peut-être par un incendie, au IIIe siècle[4]. Le site est réoccupé de manière temporaire, sans doute au IVe siècle : un abri sommaire (fosses et trous de piquets) est aménagé dans l'angle nord-est de la galerie[5] mais cette occupation n'a probablement plus rien à voir avec des activités cultuelles[6].
Le site est signalé en 1968[7]. Dégagé de la végétation, il est partiellement fouillé jusqu'en 1975[7].
Description
Architecture
Le site est circonscrit par une enceinte maçonnée qui affecte dans sa configuration finale la forme d'un trapèze rectangle allongé de l'ouest à l'est. Mesurant 70 × 42 m2, elle possède une entrée au nord et une autre au sud[1]. Une galerie couverte est reconnue dans l'angle nord-est de cette enceinte qui bénéficie par ailleurs de l'abri naturel constitué par l'épaulement naturel de la roche. Elle mesure environ 4 m de large et sa toiture, en tuiles, repose sur une charpente supportée côté extérieur par le mur de l'enceinte et côté intérieur par des colonnes cylindriques en grès ; un caniveau recueille les eaux de pluie[8].
Plusieurs bâtiments prennent place dans cette enceinte.
Peu de choses subsistent du premier édifice. Seuls un hérisson de pierres liées avec de la terre et une bordure maçonnée au mortier témoignent de son existence. Il semble être construit, au moins partiellement, avec des matériaux périssables. Ni ses dimensions ni son utilisation ne sont connues[9].
Un temple est édifié au même emplacement, mais selon une orientation légèrement différente. Il mesure 11,20 × 8,40 m ; un mur de refend transversal le sépare en deux espaces. Ses parois sont larges de 0,75 à 0,80 m et leurs fondations recoupent le hérisson du tout premier bâtiment[10].
Le second temple se compose d'une cella entouré d'une galerie, l'ensemble mesurant 12,80 × 12,40 m. Ses murs sont parementés en petit appareil régulier et il s'ouvre à l'est par un porche ou un auvent dallé dont la couverture est supportée par deux colonnes[11] ; ce porche précède une porte à deux vantaux[4]. Un aménagement prend place au centre de la cella ; de forme carrée, mesurant 1,26 m de côté, son sol est rose et ses parois sont épaisses de 5 cm[12]. La découverte de tuiles (antéfixes et tegulae) et de très nombreux clous de fixation laisse peu de doutes sur le type de toiture de ce temple[13].
Un autre bâtiment accompagne le second temple. Utilisant la même architecture que le temple, il mesure 6,70 × 6,10 m. Il s'ouvre au sud[14].
Décor et mobilier
Le mur de la galerie couverte est revêtu de panneaux uniformément rouge sombre séparés par des filets clairs[15]. L'intérieur du premier temple est certainement décoré de lambris peints ; sur un fond de couleur sont représentés des personnages difficilement identifiables mais deux d'entre eux pourraient être des choreutes[1] ou des musiciennes[16] mais cette interprétation reste incertaine[17]. Les parois de l'aménagement occupant le centre de la cella du second temple portent extérieurement un décor géométrique[18].
De très nombreux tessons de céramique sont retrouvés. Parmi eux, la production de céramique sigillée issue d'ateliers régionaux à Montans (Tarn) ou La Graufesenque (Aveyron) tient une place importante[19].
Des fragments d'une statue en bronze sont retrouvés dispersés ; cette statue trônait certainement au centre de la cella du second temple[20]. Les figurines en terre blanche sont nombreuses. L'un d'entre elles est vraisemblablement un chien courant, type exceptionnellement représenté sur ce type de statuettes[21].
Les monnaies, nombreuses, peuvent être réparties en deux séries. La première concerne celles déposées accidentellement ou déposées à titre d'offrande dans le sanctuaire ; ces monnaies couvrent la période allant de la seconde moitié du Ier siècle av. J.-C. à la seconde moitié du IIe siècle apr. J.-C.[22]. La seconde série comprend les monnaies liées à la réoccupation de l'angle nord-est de la galerie ; ces pièces sont pour le plus grand nombre des imitations de types connus, émis entre 330 et 402[23]. Tous types de monnaies confondus, les ateliers les plus représentés sont ceux d'Arles, Lyon et Trèves[24].
Le site livre une douzaine de fibules, entières ou cassées. Leur ornementation est très variée ; certaines d'entre elles sont datables de La Tène II ou III[25],[26].
La plus grand partie du matériel archéologique retrouvé lors des fouilles est déposée au musée Charles-Portal à Cordes-sur-Ciel ; les objets les plus significatifs sont exposés[19].
Notes et références
- Collectif 1995, p. 154.
- ↑ SAVC, « Camp Ferrus (Loubers) : 2000 ans d'histoire (1e partie) », Bulletin de la Société des amis du Vieux Cordes, no 14 (premier semestre), , p. 3 (lire en ligne [PDF]).
- ↑ Philippe Gruat et Lionel Izac-Imbert, « Les Rutènes de la fin de l'âge du Fer : études d'histoire et d'archéologie entre Celtique et Méditerranée », dans Philippe Gruat, Jean-Marie Pailler et Daniel Schaad (dir.), Les Rutènes - Du peuple à la cité - De l’indépendance à l’installation dans le cadre romain 150 a.C. – 100 p.C, Ausonius, coll. « Aquitania » (no 25 (supplément)), , 699 p. (ISBN 978-2-9107-6326-8, lire en ligne [PDF]), p. 126.
- Collectif 1995, p. 155.
- ↑ Collectif 1995, p. 156.
- ↑ Paul Van Ossel, Établissements ruraux de l'Antiquité tardive dans le nord de la Gaule, FeniXX (1re éd. 1992), 480 p. (ISBN 978-2-2711-0697-1, lire en ligne), p. 39.
- Bessou 1978, p. 187.
- ↑ Bessou 1978, p. 187-188.
- ↑ Bessou 1978, p. 190.
- ↑ Bessou 1978, p. 191.
- ↑ Fauduet 1993, p. 83.
- ↑ Bessou 1978, p. 191-192.
- ↑ Bessou 1978, p. 193.
- ↑ Bessou 1978, p. 193-194.
- ↑ Bessou 1978, p. 198.
- ↑ (en) Eric Moormann, Divine Interiors: Mural Paintings in Greek and Roman Sanctuaries, Taylor & Francis, , 268 p. (ISBN 978-1-0407-9015-1, lire en ligne), p. 41.
- ↑ Fauduet 1993, p. 79.
- ↑ Bessou 1978, p. 192.
- SAVC, « Camp Ferrus (Loubers) : 2000 ans d'histoire (2e partie) », Bulletin de la Société des amis du Vieux Cordes, no 15 (premier semestre), , p. 4 (lire en ligne [PDF]).
- ↑ Fauduet 1993, p. 85.
- ↑ Micheine Jeannin, « Les figurines en terre cuite », dans Colette Pommeret (dir)., Le sanctuaire antique des Bolards à Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or), Artehis éditions, coll. « Supplément à la Revue archéologique de l'Est » (no 16), , 410 p. (ISBN 978-2-9510-2391-8, lire en ligne), al. 71.
- ↑ Depeyrot 1978, p. 213.
- ↑ Depeyrot 1978, p. 213-216.
- ↑ Depeyrot 1978, p. 217.
- ↑ Michel Feugère, Les fibules en Gaule méridionale : de la conquête à la fin du Ve s. ap. J.-C., FeniXX (1re éd. 1985), 712 p. (ISBN 978-2-2711-3092-1, lire en ligne), p. 156.
- ↑ Bessou 1978, p. 208.
Voir aussi
Bibliographie
- Collectif (Comité départemental d'archéologie du Tarn), Le Tarn, Académie des inscriptions et belles-lettres, coll. « Carte archéologique de la Gaule » (no 81), , 298 p. (ISBN 2-8775-4038-3, lire en ligne).
- Marius Bessou, « Le fanum du Camp-Ferrus à Loubers (Tarn) », Gallia, t. 36, no 1, , p. 187-212 (DOI 10.3406/galia.1978.1592).
- Georges Depeyrot, « Les monnaies de Camp-Ferrus - annexe de "Le fanum du Camp-Ferrus à Loubers (Tarn)" », Gallia, t. 36, no 1, , p. 213-218 (DOI 10.3406/galia.1978.1593).
- Isabelle Fauduet, Les temples de tradition celtique en Gaule romaine, Paris, Errance, , 159 p. (ISBN 978-2-8777-2074-8).
Articles connexes
Liens externes
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