Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria

Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria
Image illustrative de l’article Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria
Le temple à puits.
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Sardaigne
Province Sud-Sardaigne
Type Temples, bâtiments communautaires, habitations
Coordonnées 39° 25′ 31″ nord, 9° 03′ 44″ est
Altitude 662 m
Superficie 3 ha
Géolocalisation sur la carte : Sardaigne
(Voir situation sur carte : Sardaigne)
Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria
Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria

Le sanctuaire nuragique de Santa Vittoria (en italien, Santuario nuragico di Santa Vittoria) est un site archéologique nuragique situé près de Serri, dans la province de Sardaigne du Sud, en Italie.

Le site comporte plusieurs temples, dont un « temple à puits », des bâtiments communautaires destinés à l'accueil des pèlerins et des habitations. Le site était un très important sanctuaire religieux qui a été détruit lors d'un violent incendie à l'époque romaine républicaine. L’abondant et riche matériel archéologique retrouvé lors des fouilles témoigne de sa renommée durant toute la période nuragique.

Histoire

Antonio Taramelli explore le site en . Les premières fouilles archéologiques sont entreprises à partir de 1909 par Taramelli avec la collaboration de Filippo Nissardi et de Raffaele Pettazzoni du musée préhistorique de Rome. Ils mettent à jour l’enceinte du sanctuaire, le temple à puits et la « salle de l'assemblée ». L’importance des découvertes conduit Taramelli à entreprendre une nouvelle campagne de fouilles en 1919‑1920 au cours de laquelle sont découverts le « temple hypèthre », des édifices adjacents et d’abondantes offrandes votives en bronze. Entre 1922 et 1929, les fouilles mettent au jour la « cabane du chef », l’« enclos des fêtes », le groupe d’édifices du secteur est/sud-est et l’« enclos du double bétyle ». Taramelli publie une série de rapports préliminaires sur ces découvertes de 1914 et 1931[1].

En 1963, Ercole Contu entreprend la restauration de l’« enclos des fêtes », du temple à puits et du « temple hypèthre », travaux au cours desquels il découvre de nombreuses céramiques nuragiques ainsi que des restes de repas[1].

En 2021, le site fait partie des 31 sites nuragiques sardes candidats à l'inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO[2].

Plan du site dressé par Taramelli.
Plan du secteur sud-ouest : temples et annexes.

Le site

Le nom du site est issu de la petite église de style roman qui est bâtie au-dessus d'un lieu de culte romain à quelques mètres du temple nuragique[1].

Le sanctuaire de Santa Vittoria s’étend sur environ trois hectares et demi. Il a été édifié à l’extrémité sud‑ouest d'un plateau, la Giara de Serri, qui s’élève à 662 m d’altitude et constitue un puissant bastion naturel, entre les basses plaines de Mandas, Gergei et Escolca au sud, et celle Isili au nord. Le site comporte, sur son front sud-sud-ouest, une paroi abrupte et imprenable, tandis que sur son côté nord‑ouest, en pente plus douce, le rebord naturel a été renforcé par un mur cyclopéen. Giovanni Lilliu décrit le site de la Giara de Santa Vittoria comme un « autel » vers lequel devaient se tourner les populations nuragiques de la Trexenta, de la Marmilla et du Sarcidano, avec un sentiment religieux comparable à celui qui animait les communautés grecques envers les célèbres sanctuaires panhelléniques d’Olympie et de Delphes[3].

Le site se compose de quatre groupes principaux d’édifices : au sud-ouest, un premier groupe constitué des temples et de leurs annexes ; un peu plus au centre, un vaste ensemble constitué par l’« enclos des fêtes » où les pèlerins devaient se restaurer et se reposer ; plus à l'est, un troisième groupe correspondant à l’« enclos du double bétyle » et, à l'est-sud-est, un dernier groupe correspondant à une zone d'habitats. Deux édifices singuliers sont situés en position isolée : la « cabane du chef » au nord-ouest et la « salle de l'« assemblée » au sud-est[3].

Le mur d'enceinte du sanctuaire est constitué de blocs basaltiques grossièrement équarris. Son épaisseur varie de 1,20 à 2,60 m. Il est percé d'une ouverture légèrement évasée, mesurant 1,30 m de largeur à l’extérieur et 1,93 m à l’intérieur. Du côté faisant face à la zone des temples, le mur comporte un banc en dalles calcaires, conservé sur 12,30 m de longueur. Une cabane remplissant probablement la fonction de poste de garde (capanna del custode) ou de cabane d’entrée est incorporée dans le mur côté sud‑est de l’entrée (16). Elle correspond à un espace circulaire (6 m de diamètre) construit en blocs de basalte. La couverture de la cabane devait être conique, avec un revêtement végétal. La porte, large de 0,90 m, s’ouvre vers la zone des temples avec une légère évasure interne. La fouille de cet espace a livré une abondante céramique nuragique ainsi qu’un anneau de suspension de vase en bronze[4].

Plan du temple à puits selon Taramelli.
Escalier du temple à puits.

Temple à puits

Le « temple à puits » (13) fut le premier monument à être reconnu et fouillé par Taramelli dès 1909, sa construction circulaire parfaite affleurant au milieu des ruines. Selon Taramelli, « avant le début de la fouille, le puits, construit sans chaux avec une technique murale d’une maîtrise exceptionnelle, aurait pu être attribué non pas aux rudes bâtisseurs de nuraghes, mais aux délicats maîtres de Pise, héritiers du magistère romain ». Compte tenu de la maîtrise technique qui se manifeste dans la construction, E. Pais, historien spécialiste du monde romain, datait le monument de l’époque carthaginoise, tandis que le paléo-éthnologue Giovanni Pinza y voyait une construction, destinée au rite du baptême par immersion, contemporaine de l'église primitive de Santa Vittoria[5].

Architecture

Le temple à puits est orienté nord-est/sud-ouest. Il est composé des trois sections canoniques de ce type d’édifice : le vestibule (ou atrium), l’escalier et le puits. Le temple est inclus dans un enclos approximativement elliptique, faisant office de témenos et séparant l’espace principal du culte du reste du sanctuaire. L’enclos, construit en appareil cyclopéen, avait selon Taramelli pour fonction de soutenir un tumulus adossé à la base du temple à puits, lequel se serait élevé au sommet de ce relief artificiel. Dans l’espace compris entre l’enclos et l’aile gauche de l’atrium, fut identifié lors de la fouille, puis détruit, un grand bassin en trachyte reposant sur un socle annulaire, probablement destiné à des ablutions ou libations sacrées, semblable à ceux visibles à Pesarla et Nuracciana (Santa Giusta), San Salvatore et Cannevadosu (Cabras) et Su Nuraxi (Barumini)[5].

Le vestibule du temple à puits est de plan carré (2 m × 2 m). Son pavement est constitué de dalles polygonales blanches en calcaire d’Isili, soigneusement ajustées sans mortier. Sur le côté nord‑est de l’atrium, près de l’escalier, se trouve un autel rectangulaire, muni d’une cavité centrale dotée d’un trou d’évacuation. Cet autel était manifestement destiné à des sacrifices particuliers impliquant l’écoulement d’un liquide qui, ne devant pas se mélanger aux eaux sacrées du puits, s’écoulait dans une petite canalisation aménagée sous le pavement et se terminant dans une cuvette creusée dans la roche près de l’entrée de l’atrium. La découverte sous le pavement d'un fragment de coupe attique datée de 470‑450 av. J.‑C. suggère que le pavement actuel fut installé au cours du Ve siècle av. J.-C. en remplacement d’un ancien pavement[5].

Deux banquettes murales, formées de blocs calcaires moulurés dans leur partie supérieure, sont adossés aux ailes du temple. Taramelli pensait que ces banquettes, outre leur fonction évidente de sièges pour les officiants, pouvaient aussi servir de supports pour l’exposition des ex‑voto[5].

Un escalier de treize marches, soigneusement taillées dans le basalte, conduit au fond du puits. Le puits, presque cylindrique (2 m de diamètre), possédait à l’origine une couverture en tholos d’environ 5 m de hauteur (conservée sur 3 m). La chambre du puits est creusée dans le sol basaltique jusqu’au niveau des tufs trachytiques sous‑jacents, où fut creusée une large cuvette destinée à recueillir l’eau infiltrée depuis l’extérieur par des trous de drainage aménagés dans la paroi interne. Cette paroi est réalisée avec une régularité surprenante, en vingt assises de blocs de lave noire, parfaitement travaillés au marteau sur la face externe, tandis que la face interne est taillée en biseau pour adhérer à la roche, avec l’aide d’un mortier de terre. Le tambour du puits, actuellement élevé d’environ 1,2 m au‑dessus du sol, mesure 2 m épaisseur. Il est formé d’un parement externe en blocs grossièrement équarris à la base avec des assises isodomes alternant calcaire et basalte dans les niveaux supérieurs, produisant un remarquable effet bichromatique. La couche de destruction de l’atrium a livré divers éléments architecturaux et sculpturaux appartenant vraisemblablement à l’élévation du temple : une frise en calcaire décorée de « dents de scie » et deux protomés taurins en calcaire. On ignore malheureusement l’aspect de la façade du temple à puits mais par analogie avec celui de Su Tempiesu, on peut imaginer un fronton triangulaire. Les protomés pouvaient appartenir à la décoration de la façade ou constituer des simulacres de culte, voire des offrandes prestigieuses, à l’instar du taureau androcéphale en bronze de Nule[5].

Matériel archéologique

Le temple, comme le reste du grand village‑sanctuaire, semble avoir été profané et incendié lors d’une violente action datée de la période romaine. Taramelli découvrit de riches offrandes votives dans une couche de cendres et de charbons, le feu ayant tordu de grands vases en tôle de bronze et noirci des statuettes. Le matériel votif était abondant autour du temple : protomés taurines, navicelles en bronze, figurines animales (chevreau, cerf, taureau, colombe), boutons décorés, manche de miroir ajouré, épingles à tête d’ivoire importé, vases en tôle de bronze, scalpels, épées votives, poignards, élément de mors de chevaux ainsi que de nombreuses céramiques votives, lisses ou décorées au tampon et à l’incision (IXe et VIIe siècles av. J.-C.) et de nombreux modèles de nuraghes‑autels en calcaire[5].

Temple hypèthre

Ce petit édifice de plan quadrangulaire (7) fut fouillé entre 1919 et 1921 par Taramelli qui pensait qu'il s’agissait d'un sacellum à ciel ouvert, et pour cette raison il le baptisa « temple hypèthre ». L’hypothèse d’un temple à ciel ouvert paraît pourtant peu probable car elle n’aurait pas permis la conservation des centaines d’ex‑voto, souvent en bronze et donc sujets à une rapide détérioration. L'édifice a été endommagé au Moyen Âge et à des époques ultérieures lors de la récupération de blocs taillés pour la construction et la restauration de l’église voisine de Santa Vittoria. Il faut donc envisager l'existence d'une couverture originelle, peut‑être à double pente[6].

Le temple hypèthre.

Architecture

L’édifice présente un plan rectangulaire (5,80 m × 4,80 m), orienté nord‑sud. L’accès originel semble se situer sur le côté méridional. La structure, en blocs de basalte grossièrement équarris, montre de larges remaniements avec l’emploi de blocs calcaires taillés au marteau. Le côté nord s’ouvre vers un espace pavé. L’épaisseur des murs varie entre 1,60 et 2 m[6].

Le caractère cultuel de la construction est attesté par la présence de deux autels. Le premier, situé sur le côté nord, est un banc rectangulaire de 3,40 m × 1,50 m, constitué d’un soubassement en blocs de basalte sur lequel reposent des dalles calcaires destinées aux sacrifices, laissant au centre un espace sub-triangulaire destiné à recueillir le sang des victimes. Les dimensions importantes de cet autel suggèrent des sacrifices de bovins et de cervidés. Le second autel se trouve sur le côté oriental du petit temple. Il s’agit également d’un banc rectangulaire (2,60 m × 1,30 m) en grandes dalles calcaires, avec un réceptacle triangulaire central pour le sang ou les libations. Ses dimensions plus modestes suggèrent des sacrifices d’animaux plus petits (porcins ou ovins). L’écoulement des liquides était assuré par une petite canalisation creusée dans un bloc, similaire à celle du temple à puits de Predio Canopoli à Perfugas. À côté du petit autel se trouve un espace rectangulaire (3,70 m × 2 m), séparé de la cella par un mur en blocs équarris conservé seulement dans sa partie inférieure. Ce petit espace servait peut‑être de dépôt pour les objets votifs ou de pièce de service[6].

Matériel archéologique

L’objet de culte du petit temple devait être un bétyle en calcaire de forme tronconique (hauteur 31 cm) comportant une protubérance également tronconique à son sommet. Les objets votifs ont été retrouvés en abondance dans le sacellum. Les objets en bronze et, exceptionnellement, en argent, or, ivoire, ambre, ainsi que des monnaies, couvrent une large période chronologique. Les plus anciens sont des perles d’ambre à contour rectangulaire et section ovale, décorées de côtes transversales. Un disque en argent, correspondant à un couvercle de pyxide ou à une reproduction miniaturisée d'un bouclier, et une plaquette en os décorée de cercles et demi‑cercles, retrouvées dans le temple sont clairement d'origine étrusque et peuvent être datés de 700‑675 av. J.‑C. Un clou en bronze à tête hémisphérique dorée (VIIᵉ‑VIᵉ s. av. J.‑C.) provient aussi probablement d’Étrurie. De grands vases en tôle de bronze, qui furent brisés par les profanateurs romains, ne subsistent qu’en petits fragments mais l’un d’eux présente un bord décoré d’une tresse, attribuable à un atelier de Caere (vers 650 av. J.‑C.)[6].

La limite inférieure de l’usage cultuel de l’édifice est donnée par des monnaies puniques et romaines dont un as républicain très usé, utile pour dater la fin violente du culte dans le temple. Les très nombreux ex-voto en bronze sont donc datés d'une période comprise entre les deux extrêmes (Bronze final – période romaine républicaine). Les bronzetti nuragiques du IXe et VIIe siècles av. J.-C. sont représentés par un chef de tribu au large manteau et au poignard suspendu à une bandoulière, ainsi que par trois guerriers en prière ou en offrande. De nombreuses figurines tiennent des offrandes votives (des peaux, un porcelet, un panier contenant un poisson). Les figurines animales en bronze sont également abondantes (colombes, rapace, renard et plusieurs cerfs incomplets). Parmi les autres bronzes miniaturisés figurent un vase à deux anses, une corbeille en osier, un modèle de torche, une poignée de poignard, une hampe d’archer et un fragment de char à deux roues. Les offrandes d’armes en bronze sont également nombreuses : pointes de flèches et de javelots, poignards et épées à nervure centrale[6].

Des restes de repas sacrificiels (bovins, ovins, porcins, valves de mollusques) ont été retrouvés sous le pavement du temple. Parmi la vaisselle, huit petits vases sont attribuables à la phase ultime du Bronze final / début du premier âge du fer[6].

Bâtiments annexes

Cabane n°6

Elle correspond à un espace circulaire de 11,50 m de diamètre, comportant une maçonnerie à double parement en blocs de basalte, dont le rang supérieur est fini au marteau. Du côté sud s’ouvre une entrée de 1,20 m de largeur, munie de deux marches permettant de descendre dans la pièce, pavée de dalles irrégulières soigneusement ajustées. L’intérieur renferme un siège annulaire (50 cm de hauteur) et un bloc surélevé, interprété comme une base d’autel. Au cours de la fouille furent mis au jour des céramiques nuragiques, des épingles, des petits poignards en bronze et une figurine de prêtresse enveloppée dans son grand manteau[6].

Cabane du prêtre

La « cabane du prêtre » (8) est de forme circulaire (8 m de diamètre). Elle a été construite avec des blocs de basalte grossièrement équarris, liés par un mortier de terre. Elle était originellement couverte d’un toit conique en matériaux végétaux. Elle dispose d'un atrium rectangulaire (2,40 m × 2,80 m), pourvu d’un large siège sur le côté occidental. La fouille de l’atrium a livré des vaisselles nuragiques, des restes de repas (os de porc), un petit poignard en bronze à lame triangulaire, ainsi qu’une statuette en bronze très singulière représentant un mutilé offrant sa béquille aux divinités . Des ex‑voto anatomiques (membres inférieurs) en terre cuite ont aussi été découverts lors des fouilles du site et sont exposés au Musée archéologique de Cagliari[7].

Tour nuragique

L'édifice mesure 7,50 m de diamètre extérieur. Il comporte des meurtrières évasées vers l’intérieur, mesurant 0,12 à 0,20 m de largeur à l’extérieur. La structure est construite en assises de blocs basaltiques grossièrement équarris. De cette tour part un couloir de 1 m de largeur sur 18 m de longueur rejoignant le mur d’enceinte sur le rebord nord‑occidental du plateau. Entre ce mur et le couloir furent identifiées une série de structures cyclopéennes appartenant, très probablement, à un pseudo‑nuraghe. Sur cet amas de ruines fut installé, à l’époque romaine, un escalier en grandes dalles de calcaire blanc menant à un petit édifice rectangulaire (2,50 m × 3,10 m), construit avec de petits blocs de pierre liés au mortier de chaux. À l’intérieur, la pièce était sub-circulaire (diamètre 2,10 m). Taramelli pensait que ce modeste édifice était un petit sanctuaire dédié à la déesse Victoire (aedes Victoriae), en mémoire de la violente destruction de l’ancien sanctuaire nuragique[8].

Cabane du chef

La cabane du chef : atrium et entrée.

Cet édifice se trouve à l’extrémité nord‑ouest du site, dans une position plus élevée que les autres édifices du complexe cultuel. La construction est composée d’une structure circulaire précédée d’un atrium rectangulaire qui furent édifiées en même temps comme l’indique la mise en œuvre de blocs d’angle entre le corps central et le parement interne de l’aile droite de l’atrium[9].

L’atrium mesure 5,50 m × 5,30 m à l’extérieur et 5,10 m × 3 m à l’intérieur. Les ailes de l’atrium, encore conservées sur 1,65 m de hauteur. Le sol de l’atrium est soigneusement dallé avec des dalles basaltiques. Les deux banquettes latérales, également en basalte, sont composées de cinq blocs bien taillés et disposés côte à côte de chaque côté. On ignore si l’atrium était à l’origine couvert, mais à l’époque romaine il fut doté d’un toit en tuiles soutenu par une charpente en bois. Depuis l’atrium, on accède à la construction circulaire, édifiée en assises de blocs basaltiques grossièrement équarris et conservée jusqu’à 4 m de hauteur[9].

La fouille a montré que la couverture originelle était du type tholos. Cet espace circulaire présente un diamètre extérieur de 8,40 m, réduit à 5,50 m à l’intérieur. Dans l’épaisseur du mur s’ouvrent cinq niches à architrave, de dimensions et de hauteurs variables. La fouille de la chambre a révélé un important niveau d’occupation romaine et dans la couche sous‑jacente, des cendres et charbons, des restes de repas composés d’os et de mâchoires de porcs, bovins et ovins, des céramiques nuragiques (pots, plats, écuelles, lampes en forme de barque décorées de motifs géométriques), des fragments d’épées à nervure centrale, des anneaux, un bracelet en bronze, des restes de figurines en bronze, un petit poignard en bronze, une petite hache en jadéite (probablement néolithique), un petit creuset lithique et des scories de bronze[9].

L’enclos des fêtes

C'est le plus grand édifice du site (73 m × 50 m), de plan elliptique, il comprend une vaste (50 m × 40 m) cour centrale (17), sur laquelle s’ouvrent des pièces, de plan circulaire ou quadrangulaire, destinés à accueillir les pèlerins[10].

Plan de l'« enclos des fêtes » dressé en 1931 par Taramelli.
Portique sud-ouest.
Portique ouest.

Le complexe possède deux accès, le principal au sud‑ouest, et l’autre au sud‑est[10]. L'entrée sud-est (26) comporte deux montants calcaires délimitant une ouverture de 1,55 m de largeur, probablement fermée à l'origine par un solide portail en bois. On pénètre ensuite dans un couloir rectangulaire (6 m × 2,20 m), pavé d’éclats calcaires posés sur un sol d’argile battue, qui donne directement sur la cour centrale et, par deux portes d’environ 1,80 m de largeur, sur les secteurs occidental et sud‑occidental[10]. L'entrée secondaire (23), ouverte au sud‑est, mesure 1,55 m de largeur et est tout à fait semblable à l’entrée principale[11].

Portiques

Le portique sud‑ouest (25) est situé à droite en entrant, il s’étend sur 15,70 m de long et environ 4 m de large. Il comporte quatre piliers en blocs de basalte et calcaire, qui soutenaient des poutres en bois portant une couverture à un seul versant, inclinée vers l’intérieur. Le toit était constitué de poutres de bois supportant de larges dalles calcaires, retrouvées lors des fouilles à l’intérieur du portique. Taramelli découvrit sous la couche d’effondrement, probablement liée à l'incendie ayant détruit le complexe, une grande quantité d’ossements d’animaux, surtout de bœuf, de mouton et de porc qu'il interpréta comme étant les restes d'un banquet. Avec ces restes de repas se trouvaient des outils domestiques (meules et molettes), de la vaisselle romaine, quelques objets d’ornement (anneaux, bouton en bronze) et une monnaie (un as de l’époque républicaine). Les niveaux plus anciens du portique livrèrent des céramiques puniques, des productions nuragiques plus anciennes, ainsi que des parures féminines sardes (boutons en ambre, perles de collier en bronze, une fibule en bronze à arc datée du IXᵉ siècle av. J.‑C.)[10].

Le portique occidental (26–27), à gauche de l’entrée principale, est beaucoup plus long. Il comporte des sièges adossés contre la face interne du mur. Les onze piliers sont reliés à la base par un muret destiné à empêcher l’eau de pluie de pénétrer sous le portique. Le sol est constitué par la roche affleurante ou, là où elle manquait, par un dallage calcaire. La couche archéologique ce portique, identique à celle du portique sud‑ouest, confirme l’existence d’une couverture en grandes dalles calcaires[10].

Le portique nord‑occidental (29) comporte six bases de piliers, il est divisé en deux parties par une cloison intermédiaire séparant deux espaces quadrangulaires : un premier espace (3 × 3 m) entouré sur trois côtés de banquettes en blocs équarris et un second espace doté d’un siège mural et d’une grande table calcaire (1,20 m × 1 m). Ces pièces étaient manifestement destinées à des personnes ou groupes de haut rang. Les fouilles révélèrent, sous les dalles du toit effondré, les restes habituels de repas (os de bovins, ovins, porcins, bois de cerf) et de nombreuses valves de mollusques marins (huîtres, coques), probablement apportés du golfe de Neapolis. Le reste du matériel archéologique se compose de molettes, de pierres à aiguiser, d'une hache en bronze ainsi que de vaisselles romaines (amphores, cruches, lampes, petits vases en verre). Les niveaux plus anciens livrèrent des céramiques puniques, des productions nuragiques, des aiguilles, des anneaux et une fibule en bronze à arc simple[10].

Enclos pour le bétail et fonderie

L’enclos pour le bétail (30) est situé à l’extérieur du complexe. C'est un espace semi‑circulaire (8 m × 9 m), fermé par un mur simple avec accès à l’est, destiné probablement au bétail pour les sacrifices et les banquets. Une petite cabane circulaire (2 m de diamètre) incluse dans l'enclos pourrait correspondre à la cabane du gardien[12].

Taramelli baptisa « fonderie » (18) une cabane monocellulaire de 6,70 m de diamètre interne, dont la maçonnerie en assises de blocs basaltiques est assez régulière. La découverte de nombreuses dalles du toit a permis de restituer une couverture en poutres de bois revêtues de pierres minces. Un banc annulaire, en blocs de basalte équarris, court le long des parois de l’édifice. À gauche de l’entrée se trouve une vasque parallélépipédique en calcaire, dont la surface porte les traces d’une exposition prolongée au feu. La découverte de scories de fusion de plomb et de cuivre, de couches épaisses de cendres et de supposés creusets en trachyte conduisit Taramelli à y voir un atelier de fonderie[13]. Selon Liliu, le caractère monumental de la structure et la quantité d’objets retrouvés plaident plutôt pour un espace destiné à accueillir des représentants d'un groupe aristocratique[14].

Le marché.
Cabane de la hache bipenne.

Marché

Neuf « box » ou étals (31), de plan rectangulaire (4 m × 2 m), délimités par le mur d’enceinte et par des cloisons transversales, sont visibles dans la partie nord-ouest de l'enceinte. Un siège en « U », constitué de blocs de calcaire, court sur trois côtés des étals ouverts sur la place. Dans deux cas, on observe encore la grande dalle destinée à l’exposition et à la vente des marchandises. Ce « marché » à l’intérieur du sanctuaire devait constituer un lieu d’échange aussi bien entre les peuples locaux qu’entre les Sardes et les marchands extérieurs (Phéniciens, Étrusques et, peut‑être, Grecs). Outre les objets prestigieux de l’artisanat phénicien (candélabres phénico‑chypriotes) ou étrusque (chaudrons en bronze décorés au repoussé, coupe orientalisante ornée de motifs zoomorphes et phytomorphes), qui pourraient relever de l’échange de dons entre chefs, il faut souligner l’abondante présence, dans le village‑sanctuaire de Serri, d’objets d’origine étrusque (vaisselle, ossements, bronzes utilitaires et ornementaux) ou phénicienne (colliers en pâte de verre, céramiques). La découverte, dans divers secteurs du sanctuaire, de monnaies puniques frappées en Sicile dans la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C., témoigne de l’introduction de l’économie monétaire[15].

Cabane de la hache bipenne

Taramelli baptisa ainsi la cabane (19), immédiatement contiguë au « marché », où il découvrit une hache bipenne. L’édifice, presque circulaire (6,95 m × 6,65 m), est délimité par un mur en blocs basaltiques (2 m de hauteur, environ 1,30 m d'épaisseur) ouvrant au sud par une entrée évasée vers l’intérieur. La couverture était assurée par des dalles calcaires soutenues par une charpente radiale en troncs d’arbre, retrouvée carbonisée à la suite d’un incendie. Le long des parois internes de la cabane, on distingue un banc mural constitué de blocs basaltiques équarris. Le sol est formé d’un dallage de pierres calcaires et d’éclats basaltiques. Sur le côté gauche s’élevait un soubassement d’autel composé de blocs de basalte en remploi, surmontés d’une calotte hémisphérique en calcaire. Au pied de l’autel furent retrouvés un petit pilier s’insérant dans une base à dentelure supérieure, également en calcaire, et une grande hache bipenne en bronze (longueur 27 cm). La pratique de sacrifices sur place est attestée par la découverte d'amas de cendres, particulièrement abondants près de l'autel, et par des ossements d'animaux et restes de repas sacrés (os de bovins, suidés, ovidés, gibier et mollusques des genres Cardium et Mytilus)[16].

Selon Taramelli, la cabane devait être associée au culte de la labrys, culte d’origine mycénienne qui persista jusqu’à l’époque hellénistique. Un sondage sous le pavement de dalles calcaires permit de découvrir un pavement primitif, également constitué de dalles lithiques. La couche de terre comprise entre les deux pavements contenait un matériel archéologique exclusivement nuragique (céramique, fragments de petits poignards, anneaux de statuettes en bronze, une main de statuette en terre cuite et un petit modèle de bipenne emmanchée). La présence de cette petite hache semble confirmer la pratique pérenne sur place d'un culte de la hache bipenne[16].

Cabane avec siège

La « cabane avec siège » (20) est de forme presque circulaire (6,65 m × 6,20 m). Elle a été édifiée avec des blocs basaltiques et de grandes dalles calcaires soigneusement travaillées. La couverture originelle était constituée de poutres en bois disposées en rayons supportant des dalles calcaires. L’espace renferme un siège annulaire, avec un socle de base formé de blocs calcaires bien taillés. Le sol est pavé d’éclats calcaires et basaltiques. Cet espace, comme la «fonderie » devait être destiné à accueillir un groupe familial d'un rang social élevé. La cabane, comme tous les édifices de l'« enclos des fêtes », a subi un incendie : en témoignent le seuil d'entrée noirci par les flammes, les troncs carbonisés de la couverture et le mobilier domestique brisé par l’effondrement soudain des structures. Les céramiques restituées par la fouille sont abondantes, dont des vaisselles à vernis noir du type Campana A et de grandes amphores du type Dressel 1, couramment associés à la céramique campanienne. Les restes de repas découverts sont composés de viandes d’animaux d’élevage et de précieux mollusques provenant de la côte et des lagunes de l’Oristanese[11].

Cabanes n°21 et 22

La cabane (21), de plan rectangulaire (4,20 m × 2,90 m) avec des angles arrondis, est contiguë à la « cabane avec siège ». Les murs, en petit appareil et d'épaisseur modeste soutenaient un toit constitué de poutres de bois et de dalles calcaires. L’entrée à l’ouest est marquée par deux montants soigneusement finis. Une niche rectangulaire est visible dans le mur du fond, face à l'entrée. La couche archéologique a livré des restes de repas mêlés à de la vaisselle romaine et un as en bronze de l’époque romaine républicaine a été découvert sur place[11]. La cabane (22), de plan rectangulaire (2,50 m × 2,90 m) est comprise entre la cabane n°21 et l’entrée secondaire de l'« enclos des fêtes ». Elle pourrait correspondre à une guérite pour le gardien de l’accès[11].

Cuisine

La construction ainsi désignée (24) est un espace quadrangulaire (6,45 m × 6,75 m) aux angles arrondis, construit en grands blocs basaltiques. Comme pour toutes les autres pièces, la couverture était constituée de poutres en bois et de dalles lithiques. La paroi du fond comporte une large niche, correspondant à trois blocs basaltiques d’environ 0,75 m de hauteur, perpendiculaires au mur, que Taramelli considérait comme des chenets de cuisine. Cette fonction était suggérée, par la présence lors de la fouille, d'une masse de cendres et de restes d’os d’animaux domestiques et d'un grand vase en terre cuite placé près des chenets. Le local a aussi livré des vases de cuisson non décorés et de la céramique romaine. Sur le côté opposé, près de la porte, un plan de travail formé de deux grandes dalles de pierre liées par un mortier d’argile devait servir à découper la viande[17].

Cabane du petit autel

La « cabane du petit autel » est située à 5 mètres au sud‑est du mur extérieur de l'« enclos des fêtes », en face de la « cuisine ». La cabane est de plan circulaire (6,75 m de diamètre interne). L’entrée s’ouvre, avec un évasement vers l’intérieur, sur le côté sud‑ouest. La couverture était constituée d’une armature de poutres en bois soutenant des dalles de calcaire et de basalte. Deux sièges sont visibles de part et d'autre de l'entrée. Près du siège de gauche, la fouille a mis au jour une petite structure cylindrique en calcaire, dotée d’un canal vertical et pourvu à la base de quatre éléments cubiques faisant saillie vers l’extérieur. L'ensemble a été interprété comme une petite cippe-autel, autour de laquelle furent découverts dans des cendres, des os d’animaux (bovins et ovins), des valves de mollusques, un petit poignard en bronze, des fragments d’épées et une petite tête de guerrier nuragique en bronze. À proximité de la cippe‑autel, a été découverte une petite fosse contenant une petite jarre, à deux anses à collet, et un plat, surmontés d’un disque (0,74 m de diamètre) et d’un segment sphérique, tous deux en calcaire. Il pourrait s'agir d’un dépôt de fondation[18].

Enclos du double bétyle

Le « double-bétyle » lors de sa découverte.

Le complexe, fouillé lors des campagnes de 1927 et 1928, se compose de six espaces à la planimétrie variée, reliés par une place rectangulaire au sol soigneusement nivelé. L’édifice le plus remarquable du complexe est la « cabane du double bétyle » (48), située au nord-nord-ouest de la petite place. Il s’agit d’un espace sub-circulaire de 6 m de diamètre, à l’origine couvert de matériaux végétaux, avec une entrée orientée au sud-sud-est (1,40 m de largeur), précédée par deux grandes dalles calcaires (1 × 0,80 × 0,20 m), supposées être des bétyles. Le sol de la pièce est en partie recouvert de dalles calcaires complétant le sol naturel. En face de la porte, près du mur du fond, fut identifié un socle en calcaire qui devait soutenir le cippe calcaire haut d’un mètre, composé de deux petites colonnes tronconiques, reliées aux deux tiers de leur hauteur par une bande en relief, dotée de moulures inférieures et de trois encoches quadrangulaires, aujourd’hui conservé au Musée archéologique de Cagliari. Ce petit monument a été interprété soit comme un « double bétyle », soit comme un modèle réduit d’un édifice nuragique à fonction d’autel. On observe sur le cippe des trous destinés à l’insertion d’ex‑voto en bronze. Lors des fouilles, des ossements d’animaux et un vase (ziro) brisé, restauré dans l’Antiquité avec des agrafes en plomb, ont été découverts dans une couche de cendres[19].

Sur le côté gauche de « l’enclos du double bétyle », on peut voir un modeste espace rectangulaire de 3,30 × 3,90 m, aux murs en pierres basaltiques et calcaires. Dans cette pièce, la fouille a livré, mêlés à une couche de cendres, des os de bovins et d’ovins, des bois de cerf, une meule lithique et de la céramique nuragique (notamment de grands vases)[19]. Sur le côté droit de la « cabane du double bétyle » s’ouvre un espace circulaire de 3,85 m de diamètre, comportant une petite niche dans la paroi gauche. La fouille y a livré de la céramique nuragique, des os d’animaux et une couche de cendres et de charbons. Les deux pièces suivantes sont de dimensions plus réduites : la première de plan trapézoïdal mesure 2,10 × 3,50 m et la seconde de forme elliptique (2,60 × 3,35 m) donne sur le couloir d’entrée[19].

Une pièce de plan elliptique (4,80 × 3,90 m) est visible entre les deux passages d’accès à la petite place. Cet espace est situé à un niveau inférieur par rapport à la place centrale, et on accède à l'intérieur par trois marches. À l’intérieur, furent découverts quelques céramiques nuragiques et un bloc calcaire singulier, doté de deux cavités, interprété avec prudence comme un possible autel à libations. Sur le côté occidental de la place, on peut voir trois pièces circulaires reliées par une cour centrale[19].

La cabane n°53 est située à cinquante mètres au nord de l'« enclos du double bétyle », c'est l’édifice le plus septentrional du village‑sanctuaire. La cabane correspond à un espace circulaire (diamètre 6 m) construit en blocs basaltiques (à la base) et calcaires (en élévation) qui devait être surmonté d'une couverture végétale. Le sol est pavé de petits blocs calcaires disposés régulièrement. Deux sièges sont aménagés à gauche de l’entrée et sur le côté opposé. L’accès est très large (1,60 à 1,70 m) et devait être fermé par un portail en bois à deux battants, comme l’indiquent des encoches pour les montants fixes et le gond de fermeture visibles dans les parois. À droite de l’entrée, une grande dalle calcaire est interprétée comme table ou autel. Lors de la fouille, deux petits piliers furent retrouvés près de cette table, dont l’un décoré d'un motif en « arêtes de poisson ». La découverte d'une lentille de cendres, renfermant des os d’animaux et des vases en tôle de bronze, a conduit à supposer un usage cultuel de la pièce. Les matériaux les plus récents (céramique romaine et as républicains) témoignent d’une utilisation tardive de cette cabane, mais un sondage profond a révélé une phase d’implantation primitive, d'époque nuragique[19].

Bâtiments du secteur est/sud-est

Ces bâtiments ont été mit au jour en 1927 par Taramelli. Du nord au sud, on peut distinguer six structures architecturales (n°41, 42, 39‑40, 37‑38, 34, 36), disjointes les unes des autres[20].

Bâtiment n°41

Le bâtiment est constitué d’un corps circulaire, subdivisé en trois pièces, et d’un ensemble de deux espaces situés sur le côté nord‑est du corps principal. La structure est réalisée en maçonnerie sèche avec des pierres basaltiques de taille moyenne. La couverture devait être conique, avec une armature de poteaux en bois et un revêtement de matériaux végétaux pour le noyau central, tandis que les deux pièces latérales devaient probablement disposer d’un toit à une seule pente. Les trois pièces du corps central suggèrent des fonctions différenciées pour chacune d’elles. La plus interne, de plan circulaire (diamètre 1,50 m), présente un parement mural très soigné en petits blocs de basalte. L’entrée (largeur 0,80 m) est délimitée par deux montants également en basalte et le sol est constitué par la roche basaltique naturelle. Les deux pièces extérieures présentent un plan irrégulier : la première, de plan semi‑circulaire, comporte une grande niche creusée dans l’épaisseur du mur et la seconde, accessible depuis l’extérieur, est de plan quadrangulaire[20].

Selon Taramelli, en raison de la proximité du bâtiment avec la « salle de l'assemblée », celui-ci devait être un « enclos des supplices » car « dans ce très bref enclos étaient enfermés les individus frappés par le jugement, et qu’ils y subissaient la peine corporelle ou capitale, par égorgement ou décapitation entre les deux piliers de l’entrée  » (sic). Cette hypothèse est désormais abandonnée au profit d'une interprétation plus simple, celle d'un bâtiment d'habitation, peut‑être agrandi ultérieurement par l’ajout des pièces latérales. La petite pièce circulaire pourrait être apparentée aux « rotondes » connues dans divers villages nuragiques (Su Nuraxi, Sa Mandra ’e Sa Giua, Bangiu, Santa Barbara di Turre) et datées entre le début de l’âge du fer et le VIIe siècle av. J.-C.[20]

Bâtiments n°42, n°39-40, n°37-38, n°34 et n°36

Le bâtiment 42 est un modeste espace rectangulaire (5 m × 3 m) avec une entrée sur le côté sud‑est[21].

Les deux bâtiments n°39 et 40 correspondent à une unique habitation composée de deux pièces : la première de plan rectangulaire (3,90 m × 2,10 m), avec une entrée précédée d’une sorte d’atrium large, qui desservait également la seconde pièce de plan elliptique (4 × 2,10 m). Le mobilier archéologique retrouvé dans cette habitation est exclusivement nuragique  (pilons lithiques, poinçons en bronze et vaisselle du Bronze final et du Premier Âge du Fer)[21].

Les bâtiments n° 37 et 38 sont deux habitations de plan sub-circulaire reliées par un mur transversal. La cabane n°37 est subdivisée en deux pièces par un mur de séparation. L’accès aux espaces est assuré par deux entrées externes (largeur 0,80 m) et par une ouverture pratiquée dans la cloison interne. Deux grandes niches ont été aménagées dans l’espace sud‑sud‑est, dans l’épaisseur du mur. La cabane n°38 (8,10 m de diamètre) possède un unique accès orienté au sud‑sud‑est, évasé vers l’intérieur. Une large niche rectangulaire s’ouvre à droite de l’entrée. Les deux cabanes, pavées de dalles basaltiques, devaient être couvertes par une charpente en bois[21].

À quarante mètres au sud de la double habitation n°37‑38, à proximité du rebord du plateau, se trouve une cabane isolée (n°34) de plan circulaire (diamètre interne 5,50 m), avec une entrée orientée au nord. La couverture comportait probablement une charpente en bois[22]. En avançant le long du rebord du plateau, vers le sud‑est, on rencontre, après une soixantaine de mètres, la cabane n°36. Cette habitation se compose de deux pièces qui ne communiquent pas entre elles : le plus grand espace, de forme semi‑elliptique (6,90 m × 7,70 m), présente un siège aligné contre le mur d’entrée. Le petit espace, accolé à droite de l’entrée, est de plan trapézoïdal, avec une modeste porte ouverte sur le même côté que la pièce adjacente[21].

Salle de l'assemblée

Candélabre de style phénico-chypriote.

Cet édifice, le plus oriental du sanctuaire, a été dégagé lors de la campagne de fouilles de 1909‑1910. C'est un bâtiment circulaire de 11 m de diamètre intérieur (14 m de diamètre extérieur), construit avec des blocs de basalte. L'édifice comporte une unique entrée (2,40 m de largeur), orientée au sud‑sud‑est. Le sol est constitué d’un pavage en pierres basaltiques recouvert d’une couche compacte d’argile noire. Tout autour du périmètre intérieur court un siège composé de blocs essentiellement calcaires (0,35 m de haut, 0,55 m de largeur en moyenne) pouvant accueillir une cinquantaine de personnes. À 3 m au‑dessus du sol, une série de dalles blanches en calcaire de Zaurrai, qui à l’origine étaient fixées obliquement vers le haut dans la paroi interne, devaient former une sorte de baldaquin au-dessus des sièges[23].

La salle de l'assemblée.

Les murs abritent des niches destinées à la conservation d’objets liés à des pratiques rituelles. La niche principale est située à droite de l’entrée, à un mètre du sol et deux petites niches quadrangulaires, de dimensions moindres sont visibles sous le baldaquin. Deux niches supplémentaires sont aménagées dans la paroi à gauche de l’entrée : dans la plus grande on peut voir une petite cuve en calcaire, de forme trapézoïdale (0,70 × 0,65/0,45 m). Un bétyle tronconique (haut de 0,48 m) en calcaire fut découvert devant cette niche et à côté de la petite cuve fut également identifié un modeste autel cubique en calcaire au sommet creusé. Un bassin en trachyte décoré sur deux côtés a été découvert à gauche de l’entrée. Une couche de cendre (environ 2 m de diamètre et 0,40 m d’épaisseur) s’étendait autour de l’autel et du bétyle. Elle contenait les restes de sacrifices d'animaux (bovins, chèvres et sangliers) et de la vaisselle brisée, d'origine sarde ou punique, interprétée comme un service rituel utilisé lors des cérémonies[23].

Le matériel archéologique découvert comprend divers objets en bronze : des figurines animales (taureau, vache, sanglier, bouc), des « navicelles » fragmentées, un petit modèle de panier, des épingles à tête moulurée, un petit poignard, une lime. De nombreux vases en tôle de bronze, peut‑être en partie importés de l’Étrurie méridionale, ainsi qu’un candélabre phénico‑chypriote (daté de la fin du VIIIᵉ – première moitié du VIIᵉ siècle av. J.‑C.) furent également mis au jour. Le candélabre, à fût cylindrique décoré de trois corolles florales, est semblable à des exemplaires découverts dans des dépôts nuragiques (San Vero Milis, S’Uraki, Tadasuni), dans la nécropole phénicienne d'Othoca, à Caere et dans diverses localités de la Péninsule Ibérique, de Grèce, de Chypre et du Proche‑Orient. Les objets les plus récents retrouvés sur place sont des monnaies puniques en bronze, frappées en Sicile (fin du IVᵉ – début du IIIᵉ siècle av. J.‑C.) et en Sardaigne entre 241 et 238 av. J.‑C.[23].

La position isolée de l’édifice par rapport aux autres centres cultuels du sanctuaire, ainsi que la présence du siège annulaire et des principaux éléments liturgiques caractéristiques des « assemblées » nuragiques (Su Nuraxi, Palmavera), ont conduit à identifier le bâtiment comme étant la « salle de l'assemblée » où devait se réunir des représentants des communautés nuragiques des territoires entourant la giara de Santa Vittoria. Ces assemblées devaient comporter des rites sacrés comprenant des sacrifices d'animaux et des libations. La présence d'un candélabre indique peut-être que certaines assemblées se déroulaient de nuit ou qu'un rituel exigeait la présence d'une flamme ardente[23].

La fouille a montré que l’édifice a subi une destruction violente qui endommagea également les anciens objets cultuels, probablement aux débuts de la domination romaine de l’île[23].

Notes et références

  1. Zucca 1988, p. 11-15.
  2. ↑ Les sites candidats selon l'Unesco, lire en ligne
  3. Zucca 1988, p. 15-19.
  4. ↑ Zucca 1988, p. 23.
  5. Zucca 1988, p. 26-40.
  6. Zucca 1988, p. 42-46.
  7. ↑ Zucca 1988, p. 46-47.
  8. ↑ Zucca 1988, p. 49.
  9. Zucca 1988, p. 49-52.
  10. Zucca 1988, p. 52-59.
  11. Zucca 1988, p. 63.
  12. ↑ Zucca 1988, p. 52-56.
  13. ↑ Zucca 1988, p. 57-58.
  14. ↑ Zucca 1988, p. 59.
  15. ↑ Zucca 1988, p. 60.
  16. Zucca 1988, p. 60-63.
  17. ↑ Zucca 1988, p. 64-65.
  18. ↑ Zucca 1988, p. 66.
  19. Zucca 1988, p. 78-81.
  20. Zucca 1988, p. 67-69.
  21. Zucca 1988, p. 69-71.
  22. ↑ Zucca 1988, p. 69-70.
  23. Zucca 1988, p. 71-76.

Voir aussi

Bibliographie

  • (it) M.G. Puddu, Recenti sondaggi di scavo a Santa Vittoria di Serri. In : La Sardegna nel Mediterraneo fra il Bronzo Medio e il Bronzo Recente. Atti del III Convegno di Studi, Selargius, Cagliari, 1987/1992, 145-156.
  • (it) Antonio Taramelli, Scavi nella citta preromana di Santa Vittoria. In: Ausgrabungsnotizen, , 412-423 p..
  • (it) Antonio Taramelli, Ricerche nell acropoli di Santa Vittoria e nel recinto sacro. In: Ausgrabungsnotizen, , 291-312.
  • (it) Antonio Taramelli, Tempio nuragico e i monumenti primitivi di Santa Vittoria di Serri. In: Mon. Ant. Lincei 23, , 313-440.
  • (it) Antonio Taramelli, Nuovi scavi nel santuario nuragicu presso la chiesa di Santa Maria della Vittoria sull' altiplano della Giara. In: Ausgrabungsnotizen, , 296-334.
  • Antonio Taramelli, Nuove ricerchi nel santuario nuragico di Santa Vittoria di Serri. In: Mon. Ant. Lincei 34, , 5-122.
  • (it) Raimondo Zucca, Il Santuario nuragico di Santa Vittoria a Serri, Sassari, Carlo Delfino Editore, , 90 p. (lire en ligne)

Liens internes


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