Sebastiaan Tromp

Sebastiaan Tromp, né le à Beek (Pays-Bas) et mort le à Rome, est un prêtre jésuite néerlandais, théologien et latiniste, plus connu pour assister le pape Pie XII dans ses encycliques théologiques ainsi que le pape Jean XXIII dans la préparation du deuxième concile œcuménique du Vatican. Il est l'assistant du cardinal Alfredo Ottaviani durant le concile et professeur de théologie catholique à l'Université pontificale grégorienne de 1929 à 1967.

Biographie

Sebastian Tromp naît en d'un professeur néerlandais, Cornelis Gerardus Tromp (en allemand : Kornelius Gerhard Tromp) ainsi que de Maria Catherina Lörper[1]. Il s'agit de leur premier enfant[1]. Sa mère est issue d'une famille allemande expatriée, renvoyée pendant le Kulturkampf.

Carrière ecclésiastique

Après avoir obtenu l'équivalent du baccalauréat en 1907, Tromp entre chez les Jésuites au Canisius College de Nimègue[1]. Il étudie au noviciat de Mariëndaal, puis poursuit des études de philosophie pendant trois ans à Oudenbosch. Latiniste exceptionnel, Tromp accomplit un doctorat de langue classique de l'Université d'Amsterdam en 1921. Il est ordonné prêtre le et devient, par conséquent, prêtre jésuite ; il achève ses études théologiques en 1926 à l'Université pontificale grégorienne.

Jusqu'en 1929, Tromp enseigne le latin, le grec et la théologie fondamentale au Theologium en tant que professeur de l'Ordre jésuite à Maastricht, lorsqu'il est muté à l'Université grégorienne en tant que professeur de la même matière[1]. Tromp attire rapidement l'attention et, en 1936, est nommé consultant du Dicastère pour la Doctrine de la foi. Tromp a déjà exposé en détail les dangers du nazisme dès 1937, et traduit et cite l'encyclique Mit brennender Sorge (traduit en français : Avec une brûlante inquiétude) de 1937 contre les erreurs ainsi que les dangers de l'État national-socialiste[1]. Il est nommé visiteur apostolique et effectue des visites apostoliques auprès des professeurs des grands séminaires néerlandais ainsi que l'Université Radboud de Nimègue en 1939, après la fin de la seconde guerre mondiale, et en 1955[1]. L'objectif de ces visites est d'exposer l'enseignement des propositions théologiques néo-modernistes-surtout celles directement condamnées dans l'encyclique Pascendi Dominici gregis de 1907. Il est critiqué pour le zèle avec lequel il mène ces examens[1].

En 1951, Tromp est nommé membre de la Royal Academies for Science and the Arts of Belgium. Bien que les théologiens progressistes méprisent son orthodoxie doctrinale, il n'est pas pour autant un universitaire dépourvu d'humour, et il devient un prédicateur très apprécié lors des réunions annuelles du petit séminaire de Rolduc[1]. Il possède également une véritable personnalité pastorale, ayant aidé plusieurs couples à obtenir l'annulation de leurs précédents mariages au Vatican, mais seulement après une enquête rigoureuse ; même les annulations valides étaient souvent rejetées comme impies et pécheresses dans le climat catholique strict des paroisses néerlandaises avant 1960.

Deuxième concile œcuménique du Vatican

Lors du Deuxième concile œcuménique du Vatican, Tromp occupe le poste de secrétaire de la Commission théologique préparatoire à la demande expresse du pape Jean XXIII, puis celui de secrétaire de la Commission doctrinale sous le cardinal Alfredo Ottaviani[2]. Ses préparatifs — ou schémas — sont mis de côté, après que certains pères conciles d'Europe occidentale aient fait appel au pape Jean XXIII pour un débat totalement libre sur toutes les questions[2]. Karl Rahner considère Tromp comme un adversaire théologique redoutable lors des débats du concile, et affirme avec douceur que « [Tromp] pensait que ses schémas n'auraient besoin que de la bénédiction des pères conciliaires et que cela suffirait pour le concile. Mais tous ses schémas ont disparu ; pas un seul n'a été discuté[2]. »

Ratzinger et Tromp

D'autres s'opposent également à Tromp. Lors du concile, Karl Rahner est rejoint par Joseph Ratzinger (le futur pape Benoît XVI), Alois Grillmeier, Otto Semmelroth et Hans Küng, tous travaillent pour les cardinaux allemands Joseph Frings de Cologne et Julius Döpfner de Munich et Freising. Certains d'entre eux s'opposent aux schémas élaborés par la commission préparatoire d'Ottaviani et de Tromp, et lorsque le groupe parvient à faire mettre de côté ces schémas, cela signifie que les Pères conciliaires n'ont plus aucune base écrite de préparation et, par conséquent, que les évêques conciliaires n'ont plus aucune structure, stratégie ou programme sur lesquels s'appuyer.

Ratzinger s'oppose à cette initiative radicale du groupe Rahner, croyant qu'en réalité, elle fait capoter le concile. Dans ses mémoires, il présente une vision équilibrée des schémas de Tromp :

[Le cardinal Joseph Frings] a commencé à m'envoyer [le schéma] régulièrement dans le but d'avoir mes critiques et suggestions d'amélioration. J'ai bien sûr émis des réserves sur certains points, mais je n'ai trouvé aucune raison de rejeter radicalement les propositions. Il est vrai que les documents ne portaient que de faibles traces du renouveau biblique et patristique des dernières décennies, ce qui leur conférait une impression de rigidité et d'étroitesse d'esprit, due à leur dépendance excessive à l'égard de la théologie scolastique. Autrement dit, elles reflétaient davantage la pensée des érudits que celle des pasteurs. Mais je dois dire qu'elles reposaient sur des fondements solides et avaient été élaborées avec soin[3].

Influence théologique

L'une des contributions les plus notables de Tromp est son soutien au pape Pie XII en écrivant en tant que prête-plume l'encyclique Mystici Corporis Christi en 1943[1]. Les encycliques de cette époque composées de formules similaires (par exemple, Mediator Dei et Humani generis) ont peut-être également été influencées par lui, mais l'étendue de cette influence est inconnue. Il ressent également un lien intellectuel profond avec saint Robert Bellarmin[1].

Subsistit in dans Lumen gentium

La théologie de Tromp a récemment suscité un certain intérêt en lien avec la définition, par Vatican II, de l'identité de l'Église catholique avec le Corps du Christ, qu'il influence. Le concile affirme que « l'Église du Christ subsiste dans (subsistit in) l'Église catholique ». Le père Karl J. Becker, professeur à l'Université grégorienne, a soutenu que l'expression « subsiste dans » était voulue par Tromp « pour réaffirmer que l'Église du Christ, avec la plénitude des moyens institués par le Christ, perdure à jamais dans l'Église catholique ». Pour certains, cette interprétation signifie le recul du concept d’« Église ouverte », tandis que pour d’autres, elle témoigne d’une cohérence dans la théologie de Sebastian Tromp ainsi que l'Église catholique dans son ensemble[4].

Mariologie

Avant Vatican II, Tromp engage un débat avec Gabriel Roschini concernant la position de Marie dans le Corps mystique du Christ.

Roschini démontre que de nombreux écrivains, en commançant par Raoul Ardent, emploie la métaphore d'un « cou » pour indiquer le rôle de Marie, et que même le réformateur protestant Jean Œcolampade utilise cette image afin de décrire Marie en tant quer médiatrice de toute grâce[5]. (Le cou a été employé à travers les siècles comme une allégorie de la communication vitale au sein du corps.) Roschini cite Bernardin de Sienne à cet effet : « Marie est le cou de notre tête, par lequel tous les dons sont donnés à son corps mystique. » Le pape Pie X considère également le cou comme la meilleure image, comme il l'a fait remarquer dans son encyclique Ad diem illum de 1904[5].

Tromp, cependant, considère le cœur, supérieur à toutes les parties du corps, comme une meilleure image. Pour sa défense, il cite Thomas d'Aquin ainsi que le pape Léon XIII. Selon Tromp, le cœur, incomparable à bien des égards aux autres parties du corps, illustre le fait qu'aucun membre de l'Église ne peut être comparé à Marie. Le cœur, poursuit Tromp, est consubstantiel avec la tête et le corps, de même que la nature humaine de Marie participait à celle du Christ ainsi que les membres de son corps. Tromp conclut qu'en raison de son amour maternel pour le Christ et pour tous les membres de son corps, elle mérite d'être identifiée au cœur[5].

Or, Roschini s'y oppose catégoriquement. Le cœur a une influence sur la tête, et compte tenu de la nature du Christ, cela est impossible : « Après lui avoir donné la nature humaine, la Vierge Marie n'a aucune influence sur le Christ en tant que chef de l'Église »[5]. Dans Mystici corporis, Pie XII évite la question, appelant simplement Marie la « mère » du corps mystique. Elle était déjà mère de la tête, écrivait-il, mais sous la croix, elle fut nommée mère de toutes ses parties[5].

Il est membre fondateur de l'Académie pontificale mariale internationale.

Références

  1. (nl) « Tromp, Sebastiaan Peter Cornelis (1889-1975) » Accès libre, sur Académie royale néerlandaise des arts et des sciences
  2. (de) Karl Rahner, Bekenntnisse : Rückblick auf 80 Jahre [« Confessions : Retour sur 80 ans »], Munich,
  3. (en) Benoît XVI, Milestones : Memoirs 1927-1977 [« Moments marquants : Mémoires 1927-1977 »], Ignatius Press, , 160 p. (ISBN 9780898707021)
  4. (en) John L. Allen Jr., « Reform rollback or emerging ‘sane modernity’ : Evangelical Catholicism triumphant, Vatican watcher states » [« Recul des réformes ou émergence d’une « modernité raisonnable » : le catholicisme évangélique triomphe, selon un observateur du Vatican. »], National Catholic Reporter,‎
  5. (de) Anton Bodem, « In Mystischer Leib », dans Marienlexikon,

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