Sites archéologiques de Djerba

Carte archeologique de Djerba.

Les sites archéologiques de Djerba constituent un ensemble exceptionnel de vestiges antiques situés sur l'île de Djerba, au sud-est de la Tunisie. Témoins de plusieurs millénaires d'occupation humaine, ces sites reflètent la richesse historique, culturelle et religieuse d'une île qui fut un carrefour stratégique du bassin méditerranéen. De la Protohistoire à l'époque romaine, en passant par les périodes punique et numide, Djerba conserve des traces remarquables d'urbanisme, de cultes, d'activités économiques et de pratiques funéraires.

Historique des recherches

Période pré‑archéologique

Durant cette période, Djerba n'a pas bénéficié de véritables recherches archéologiques : les contributions se limitaient surtout à la reprise des sources antiques et à des descriptions textuelles, sans fouilles ni analyses systématiques.

1853

Mobilier archéologique (Borj Ghazi Mustapha).

Edmond Pellissier de Reynaud évoque Meninx et mentionne les ruines situées au sud-est de l'île, qui ne présentent que des amas confus de décombres. Certains membres de la famille Ben Ayed entreprennent de fouiller ces lieux dans le but d'en extraire des matériaux pour construire une maison (actuellement connue comme Ksar Ben Ayad). Plusieurs parties d'un vaste édifice sont ainsi mises au jour, qu'il s'agisse d'un temple ou d'un palais, où le marbre est utilisé en abondance. On y découvre notamment des fûts de colonnes, des chapiteaux, des frises richement ornées, des plaques de marbre destinées au revêtement des murs, deux statues colossales de marbre blanc sans tête (celles d'un empereur et d'une impératrice), ainsi qu'une inscription gravée sur un piédestal[1].

1860

Victor Guérin retrace le voyage qu'il entreprend et y rapporte plusieurs découvertes archéologiques majeures. Il mentionne notamment des débris d'un monument de forme carrée dans les jardins de Taorit, ainsi que l'existence d'un village antique situé dans un lieu appelé Thala. Il décrit également les vestiges d'une vaste cité entourée d'une enceinte d'environ cinq kilomètres de périmètre, comprenant un château fort, des citernes, des colonnes et des statues. Guérin souligne par ailleurs que des visiteurs anglais emportent des marbres précieux provenant de ces sites, tandis que le kaïd Saïd Ben Ayed utilise de beaux matériaux pour la construction de son palais. Enfin, il recense plusieurs édifices fortifiés, parmi lesquels Bordj-el-Kantara, Bordj-el-Bab, Bordj-Tarik-el-Djemal, Bordj-Rhir (Aghir) et Bordj-Kastil[2].

1882

Deux notes sont adressées à l'Académie des inscriptions et belles-lettres par Marie Henry Charles Hussenet, médecin majeur, résidant à Djerba.

La première note signale que des fouilles menées dans les vestiges de l'ancienne Meninx par un détachement du 78e de ligne, sous la supervision du lieutenant Le Hello, porte sur une basilique située à l'extrémité orientale du site, à environ 1 500 m d'un vaste temple. L'édifice, entièrement dallé, est bordé de tombeaux remarquables. Les recherches y mettent au jour une inscription provenant d'une sépulture placée sous la première nef latérale droite. Ce tombeau est construit en belles dalles de pierre ; l'une d'elles, taillée en pyramide quadrangulaire tronquée et ornée d'une croix latine, constituait une partie du couvercle[3].

La deuxième note mentionne deux édifices chrétiens de la Gaule situées à Girba (Meninx), et les fait remonter à l'époque romaine ou byzantine. Cette note est accompagnée de deux plans dressés par le lieutenant Le Hello[4].

1884

Charles-Joseph Tissot note que l'île de Djerba fait l'objet de multiples visites et fouilles. Parmi les découvertes archéologiques figurent un grand baptistère en marbre, des statues en grès rouge, ainsi qu'une mosaïque représentant quatre chevaux aux têtes ornées de panaches[5].

1885

Jean-Marie Brulard rapporte une légende selon laquelle le nom de Djerba viendrait d'une statue en or très vénérée, découverte dans une église aujourd'hui en ruine à l'ouest d'El‑Kantara, lorsque la région était occupée par les Grecs. Il décrit aussi les ruines de Meninx, dont subsistent quelques pans du mur d'enceinte, un bordj romain, des vestiges de bains et plusieurs citernes bien conservées, ainsi que des fragments d'édifices sacrés et profanes. Il mentionne Henchir Borgo, réduit à un mur isolé, Rhabat Taorit avec un monument funéraire à niches, et Thala, avec quelques débris d'une ville antique où les habitants honorent un marabout[6].

1888

Le lieutenant Jean Servonnet et le Dr Fernand Lafitte reprennent les mêmes observations précédentes, en ajoutant qu'une grande partie des antiquités d'El‑Kantara, à demi enfouies dans le sable, est récemment enlevée par l'aviso français le d'Estrée puis transportée à Tunis pour le nouveau musée du Bardo. Parmi ces pièces figurent huit statues en marbre, dont deux monumentales, toutes mutilées et privées de leurs têtes, mains et pieds. Les habitants de Djerba racontent qu'en 1862 ou 1863, des officiers anglais auraient détaché ces parties pour les emporter. Un baptistère byzantin est transféré à La Goulette en 1884 par la canonnière L'Étendard[7]. Déposés en vrac, les blocs sont restés sept ans sur place avant de pouvoir être transportés au Bardo[8].

1892-1904

Paul Gauckler est probablement le premier à entreprendre des fouilles à Meninx, notamment le déblaiement sommaire des deux basiliques chrétiennes et publie deux planches des églises, celle de Henchir El Kanatara (Meninx) et celle de Henchir Boumerdes[9].

1908

François Gendre signale l'existence d'imposantes ruines romaines connues sous le nom d'Henchir Rhardaia. Elles se présentent sous la forme d'un massif cubique en grand appareil, haut d'environ 3 m et large de 12 m de côté. À l'intérieur subsistent un puits ainsi que deux salles voûtées, dont l'une voit sa voûte s'effondrer. Les traces de bassins et de conduits encore visibles sur la terrasse, ainsi que les vestiges d'un canal circulaire entourant autrefois l'édifice, laissent penser qu'il s'agit d'un château d'eau. Entre le souk de Sedouikech et Henchir Rhardaia (Ghardaïa), on rencontre les vestiges d'un ancien mausolée, que les habitants appellent Dar Rhoula (Ghoula), « la maison de l'ogresse ». Plus au nord, les ruines d'Henchir Thala, situées près de la route d'El-Kantara, sont accompagnées de restes de canalisations qui longeaient autrefois cet axe. Quant aux ruines de l'antique Meninx, elles livrent d'abondants fragments de marbre — chapiteaux, corniches, colonnes, statues — ainsi que de nombreuses citernes, dont certaines sont réaménagées, des traces de mosaïques et les vestiges d'une basilique[10].

1942

Paul-Marie Duval reprend les fouilles et signale l'absence de remparts, la présence d'hypogées puniques situés à environ un kilomètre du port d'el Kanatara en direction de Guellala. Il identifie les ruines de deux thermes, un amphithéâtre à 400 m de la ville, deux basiliques grossièrement déblayées auparavant par Gauckler, ainsi qu'une vaste esplanade probablement liée au forum. Duval mentionne qu'en 1901, huit piliers scuplté en calcaire rosé sont transportés au musée de bardo. La fouille met au jour outre divers fragments architectoniques remarquables par leur matière, leurs couleurs et leur décor, dont une rangée de douze colonnes — six encore en place —, des éléments de deux corniches et cinq fragments représentant des personnages adossés à des piliers trés probablement des « barbares »[11].

Période actuelle

Plusieurs campagnes de fouilles sont menées à Djerba, initiées par les équipes de l'Institut national du patrimoine ou conduites en collaboration avec des institutions internationales.

1996-2000

À la fin du XXe siècle, un tournant majeur est marqué par la prospection systématique menée par une équipe conjointe de l'université de Pennsylvanie, de l'American Academy in Rome et de l'INP. Cette mission, dirigée par Renata Holod (en), Elizabeth Fentress (en) et Ali Drine, ratisse l'ensemble de l'île selon des transects réguliers, identifie plus de 400 sites, monuments ou artefacts et offre pour la première fois une vision d'ensemble de l'occupation humaine de Djerba[12].

2015

Une initiative conjointe entre l'Institut d'archéologie classique de l'université Louis-et-Maximilien de Munich et l'Institut national du patrimoine (Tunisie) donne naissance à un programme de recherche archéologique consacré à Meninx[13]. L'objectif principal est de mieux comprendre l'évolution urbaine de cette cité antique[14]. Les premières étapes consistent en une prospection géophysique de grande envergure, permettant de révéler l'organisation interne de la ville[15]. Par la suite, deux campagnes de fouilles ciblées sont menées en 2017 et 2018. Ces interventions mettent au jour une grande diversité de vestiges et d'objets, offrant un aperçu précieux des modes de vie urbains à travers les différentes phases historiques de Meninx, depuis l'époque punique jusqu'à l'Antiquité tardive, soit du IVe siècle av. J.-C. au VIIe siècle[16]. En complément des recherches terrestres, des explorations sous-marines sont entreprises pour la première fois, apportant un éclairage inédit sur les infrastructures portuaires de la ville, autrefois réputée pour sa production de pourpre et son rôle commercial majeur dans le bassin méditerranéen[17].

Meninx

Plan de Meninx.

Située au sud-est de Djerba, près d'El Kantara, Meninx est l'un des sites les plus vastes et les plus riches de l'île. Fondée comme comptoir phénicien, elle devient une métropole romaine florissante.

Marché (macellum)

Le macellum de Meninx, situé immédiatement au sud du forum, constitue l'un des édifices les mieux conservés et les plus caractéristiques de la ville. Construit entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle, il adopte un plan carré d'environ 60 m de côté, organisé autour d'une vaste cour pavée. Au centre se trouvait une rotonde circulaire, probablement destinée à la vente de produits de valeur. Tout autour, une série d'échoppes s'ouvrait sur un axe de circulation majeur, témoignant d'une activité commerciale intense. L'ensemble illustre la prospérité de Meninx, fondée notamment sur la pourpre et les produits maritimes[18].

Entrepôts (horrea)

Horrea de Meninx.

Au sud du macellum, en bordure immédiate de la mer, s'étend un vaste complexe d'entrepôts couvrant plus de 2 800 m2. Ces horrea se composent de longues séries de pièces rectangulaires, de portiques, de cuves et de citernes[19]. Leur organisation suggère des fonctions multiples : stockage des salaisons, du garum, de la pourpre, mais aussi du vin et d'autres denrées. La proximité du rivage confirme le rôle portuaire et commercial de Meninx, qui est l'un des centres économiques majeurs de la région[20].

Forum

Forum de Meninx.

Le forum, cœur civique de la cité, présente des dimensions plus modestes que celles attendues pour une métropole aussi active. Il est néanmoins entouré de deux portiques, d'une basilique civile et de deux temples. Les fouilles ont livré un mobilier sculpté remarquable, dont une tête d'Antonin le Pieux et des fragments liés au culte de Sarapis. Cet ensemble reflète l'intégration de Meninx dans les modèles urbains romains tout en conservant des spécificités locales[21].

Basiliques

Plan de la basilique Ouest.

Trois basiliques sont identifiées : la basilique civile[22], la basilique Est[3] et la basilique Ouest[23]. Elles présentent des plans à nefs colonnades, absides monumentales, sols mosaïqués et dispositifs liturgiques ou administratifs. Leur diversité architecturale témoigne de l'évolution des fonctions civiques et religieuses de la ville entre le Haut‑Empire et l'Antiquité tardive[22].

Sanctuaires

Corniche du temple Sud.

Les sanctuaires de Meninx, dont le temple Nord[24], le temple Sud[21] et le sanctuaire d'Isis[25], suivent le modèle africain du templum cum porticibus. Ils révèlent une vie cultuelle variée, mêlant traditions locales, influences puniques et cultes gréco‑romains. Le sanctuaire d'Isis, en particulier, souligne l'importance des divinités orientales dans la cité[25].

Thermes

Vue des grands thermes.

Deux complexes thermaux ont été identifiés, dont les thermes Nord[26], les mieux conservés et ceux situés à proximité du forum qui associent salles chauffées, bassins, hypocaustes, mosaïques et parfois statuaire réemployée. Leur présence multiple indique une ville densément peuplée et dotée d'infrastructures publiques élaborées[23].

Habitats résidentiels

Les quartiers résidentiels montrent une grande variété : maisons néo‑puniques, demeures romaines à péristyle, habitations dotées de citernes, cours, peintures murales[27] et installations artisanales. Cette diversité reflète une société stratifiée et un tissu urbain complexe[28].

Citernes et aqueducs

Le système hydraulique comprend de vastes citernes, dont le complexe des citernes Nord[29], ainsi que plusieurs aqueducs[30] datés des IIe et IIIe siècles. Ces infrastructures témoignent d'une maîtrise technique avancée et d'un approvisionnement en eau adapté à une ville côtière en expansion.

Théâtres, amphithéâtres, remparts et stades

Un théâtre de 105 m de diamètre[31] et un amphithéâtre périphérique, encore peu fouillés, confirment l'existence d'un programme monumental ambitieux[32]. Des segments de remparts[33] et des structures interprétées comme des stades[34] complètent ce paysage urbain, révélant une cité dotée d'équipements civiques, défensifs et ludiques comparables à ceux des grandes villes africaines de l'Empire.

Nécropoles et monuments funéraires

Henchir Bourgou

Mausolée numide de Henchir Bourgou.

Situé au nord de l'axe reliant Houmt Souk à Midoun, et en bordure méridionale d'un vaste ensemble archéologique d'environ 700 m de rayon, le site témoigne d'une occupation durable s'étendant du IVe–IIIe siècle av. J.-C. jusqu'au IVe siècle[35].

La première mention connue remonte au début du XIXe siècle, lorsque Abou Ras el Jerbi y voit les restes d'une ancienne fortification. Par la suite, plusieurs voyageurs, dont Guérin en 1862 et Brulard en 1885, décrivent un mur élevé en grands blocs soigneusement ajustés. Ce n'est qu'en 1903 que Barué, alors contrôleur civil, procède aux premiers dégagements. Il interprète alors le monument comme un mausolée de plan carré surmonté d'une pyramide à degrés, une lecture influencée par les grands tombeaux numides tels que le Medracen ou le tombeau de la Chrétienne[36].

Après cette intervention, le monument subit de nombreuses dégradations, notamment l'enlèvement de pierres et de crampons en plomb. Il faut attendre 1981 pour que les fouilles dirigées par J. Akkari Weriemmi permettent de restituer précisément l'architecture du bâtiment, révélant un édifice remarquable tant par son originalité que par la qualité de son appareillage. Le mausolée repose sur un soubassement hexagonal alternant faces droites et concaves. Ce socle, construit en grands blocs parfaitement taillés, porte une superstructure haute de 4,52 m. La façade ouest, entièrement dégagée, comporte l'entrée aménagée dans l'un des côtés rectilignes[37]. L'accès se fait par un couloir étroit et ouvert vers le ciel, menant à une antichambre puis à la chambre funéraire rectangulaire. Le plafond de cette dernière reproduit des couvertures en troncs de palmier, un procédé connu dans les traditions libyco puniques et parfois dans le monde hellénistique. Les parois sont surmontées d'une corniche massive d'inspiration punique, renforçant l'aspect solennel de l'ensemble[38]. Par son plan, ses techniques et son décor, ce mausolée constitue un exemple remarquable de l'architecture funéraire nord africaine de la fin du IIIe siècle av. J.-C., mêlant influences régionales et traditions locales[39].

Dar el Ghoula

Mausolée de Dar Al Ghoula.

Ce monument a été cité à plusieurs reprises par les explorateurs français à la fin du XIXe siècle.

En 1860, Victor Guérin signale au Henchir Tawrirt une grande quantité de pierres entassées de manière confuse, au milieu des vestiges d'habitations détruites. Parmi ces ruines se dressent les restes d'un monument carré de huit mètres de côté. L'édifice, bâti en belles pierres de taille dont les assises sont légèrement en retrait les unes par rapport aux autres, semble avoir été un ancien mausolée. Privé de sa partie supérieure, il conserve à l'intérieur huit petites niches cintrées, probablement destinées à recevoir des urnes cinéraires[2].

En 1888, le lieutenant Servonnet et le Dr Lafitte signalent à cet endroit les ruines informes d'une petite ville antique dont le nom reste inconnu. Parmi ces vestiges subsistent les restes d'un édifice carré de huit mètres de côté, bâti en pierres de bel appareil. Par son aspect et par les niches aménagées à l'intérieur des murs, la construction évoque un ancien mausolée de type columbarium[7].

Le monument de Dar al‑Ghoula se présente comme un édifice funéraire romain à base carrée, construit en grands blocs de pierre de taille disposés en parement double avec un remplissage de moellons. Ses murs extérieurs, élevés en assises légèrement en retrait les unes des autres, contrastent avec les parois internes parfaitement alignées. L'intérieur, de plan cubique, est rythmé par huit niches cintrées taillées dans les blocs de la base, destinées à recevoir des urnes cinéraires, confirmant l'usage de l'incinération. L'édifice est couvert d'une toiture voûtée dont subsistent des vestiges sur les façades nord et ouest, tandis que l'entrée originelle, aujourd'hui disparue, devait se situer probablement à l'est. Identifié comme un columbarium collectif, il est daté de l'époque romaine impériale, entre le IIe et le IVe siècles apr. J.‑C., avant la disparition définitive du rite de l'incinération[40].

Voûte abritant un sarcophage.

Selon une étude plus récente (2014), il s'agit en fait d'un monument funéraire romain qui pourrait correspondre à un sepulchrum familiare lié à la villa de Henchir Tawrirt[41].

Des photographies plus récentes prises en 2025 révèlent un niveau inférieur du monument, situé sous les niches cinéraires précédemment identifiées. Ce niveau, récemment dégagé, présente huit larges voûtes réparties symétriquement — deux par mur — dont l'une abrite un sarcophage en pierre. L'agencement en arc plein cintre et la présence d'un bassin rectangulaire encastré dans le sol suggèrent une organisation architecturale plus complexe que celle initialement décrite. En l'absence d'étude officielle, ces éléments pourraient indiquer une fonction funéraire plurielle, combinant incinération et inhumation, et invitent à reconsidérer l'interprétation du monument[Interprétation personnelle ?][42].

Souk El Guebli

Nécropoles de Souk El Guebli.

Huit sépultures déjà dégagées sont identifiées sur le site. Une partie d'entre elles est mise au jour auparavant par des fouilles clandestines, réalisées à des dates inconnues et dans des conditions impossibles à préciser. Le reste est exploré de manière plus méthodique au début des années 1950 par Ratel Gontran, alors inspecteur de l'enseignement primaire à Jerba[43].

En , une tentative de pillage conduit à l'ouverture d'une nouvelle fouille portant sur l'une des tombes. Celle‑ci se distingue par son organisation pluricellulaire et se compose de trois espaces principaux : un dromos, une cour centrale ouverte et quatre chambres funéraires[44].

Le dromos, orienté nord‑est/sud‑ouest, est séparé de la cour par une herse insérée dans deux feuillures servant de système de fermeture. Ce couloir mesure 3,25 m de long pour une largeur variant entre 0,70 et 0,90 m[44].

Nécropole de Souk el Guebli.

La cour intérieure, approximativement carrée, présente des côtés de 2,04 m. L'absence de traces d'encoches ou de rainures dans la partie supérieure indique qu'elle n'était pas couverte. Sur chacun de ses côtés s'ouvrent les accès aux chambres funéraires[44].

Les chambres présentent des caractéristiques variées :

  • Chambre 1 : située à droite du dromos, est accessible par une petite baie et adopte un plan quadrangulaire (2,47 × 1,50 m). Elle était fermée par une dalle monolithe[45].
  • Chambre 2 : possède des dimensions proches et renferme une niche quadrangulaire ainsi qu'une auge creusée dans l'épaisseur du mur[46].
  • Chambre 3 : légèrement décalée par rapport à la cour, mesure 2,54 × 1,53 m et comporte une niche et une auge trapézoïdale horizontale[47].
  • Chambre 4 : rectangulaire (2,46 × 1,52 m), présente également une entrée décentrée[48].

Un tel agencement est inédit en Tunisie ; seuls quelques parallèles partiels existent à Thapsus et Rejiche. L'utilisation du caveau s'étend du IIIe siècle av. J.-C. au IIe siècle[47].

Cette découverte enrichit la compréhension du paysage funéraire punique de Jerba, déjà marqué par une grande diversité architecturale. Comparée aux nécropoles de Ghizène, Ouled Amor, Souq el‑Guebli, Mellita ou Agga, cette tombe se distingue par un caractère nettement plus hellénisé[49].

Mausolée-temple de Ghardaïa

Vue externe.

Le monument apparaît, vu de l'extérieur, comme un vaste bloc cubique à base carrée, aux parois aveugles élevées en grands orthostates de pierre soigneusement taillée. Cette plateforme quadrangulaire, large de 13,78 m de côté et conservée sur 4,16 m de hauteur, se compose de six assises nettement visibles. Chacune de ses faces est renforcée par un puissant contrefort[50].

Structures souterraines.

À l'intérieur, le soubassement renferme un ensemble de structures souterraines : deux chambres rectangulaires, initialement couvertes d'une voûte en plein cintre. La salle occidentale mesure 4,7 m de long pour 2,6 m de large et 3 m de haut. Elle communique avec la chambre orientale par une ouverture rectangulaire haute de 1,36 m et large de 70 cm, dont la partie supérieure adopte un arc en plein cintre formé de sept claveaux. La pièce orientale présente la même largeur et la même hauteur, mais une longueur plus réduite (3,1 m). Les deux salles partagent un niveau de sol identique. L'accès extérieur à cet ensemble reste inconnu ; tout indique qu'une fois construites et utilisées, les deux cryptes furent définitivement scellées[51].

Puits.

À l'origine, l'édifice comporte au moins deux niveaux : le soubassement abritant les cryptes, et un étage supérieur doté d'aménagements hydrauliques en relation directe avec les structures souterraines. Au sommet du soubassement, on distingue à droite l'orifice circulaire d'un puits de 0,80 m de diamètre, profond de 7 m. Vers le nord, l'ouest et le sud, subsistent les traces d'un sol hydraulique appartenant à un bassin destiné à recueillir, entre autres, les eaux provenant du puits. Au sud-sud-est, une rigole en terre cuite, encadrée par deux rangées parallèles de blocs taillés, prend naissance. À l'extrémité occidentale, on observe les vestiges d'un autre canal creusé dans la roche. Une troisième conduite correspond à une adduction d'eau maçonnée et couverte[52].

Les deux cryptes ont très probablement une fonction funéraire. La présence d'un dispositif hydraulique aussi élaboré suggère un rituel complexe, conçu pour honorer la mémoire de défunts de haut rang, dont les corps sont déposés dans cette tombe collective monumentale. L'ensemble invite ainsi à envisager, au-delà du simple mausolée, un édifice sacré de type hérôon, un véritable temple-mausolée destiné à célébrer et sacraliser la mémoire de personnages illustres[53].

Hypogées de Meninx

En 1942, Paul‑Marie Duval mentionne des hypogées puniques s'ouvrant dans le roc, situés à un kilomètre du port de la chaussée romaine, en direction de Guellala[11].

Plan de l'hypogée.

Il s'agit de deux chambres funéraires, creusées dans un calcaire quaternaire très altéré, qui conservent malgré leur détérioration un plan lisible. Juxtaposées, orientées à l'ouest et de plan trapézoïdal, elles partagent une même conception funéraire, tout en présentant certaines différences[54].

Hypogée Sud

Hypogée Sud.

L'hypogée s'ouvre par une entrée rectangulaire menant à une chambre souterraine de 10 m de long, large de 1,95 m à l'entrée et 7 m au fond, et haute de 2,40 m[55]. Trois tombes sont creusées dans chacune des parois nord, est et sud ; celles du nord et du sud, taillées en auges‑sarcophages surmontées d'un toit en bâtière, présentent des rainures pour dalles de fermeture. Au fond, une colonnade de sept arcatures précède deux tombes avec une troisième en retrait, accessible par trois marches rupestres. À droite de l'escalier s'ouvre un puits carré entouré d'une bordure plate[55].

Hypogée Nord

Hypogée Nord.

Beaucoup moins bien conservé que la précédente, l'hypogée a complètement perdu sa toiture : il ne subsiste qu'une aire trapézoïdale à ciel ouvert, orientée vers l'ouest. Les parois nord, est et sud présentent une série d'arcosolia arrondis (quatre, trois et quatre). Dans la paroi est, la tombe centrale est précédée d'une niche creusée dans le roc. La chambre mesure 10 m au nord et au sud, 7 m à l'est et 4,50 m à l'ouest. Malgré l'état très dégradé, on distingue une banquette devant la niche et des arcosolia encadrés de piliers trapus sculptés en pseudo‑chapiteaux, formant une façade en arcature sur trois côtés[56].

Ouled Amor

Découverts à Trifa, au nord-est de Djerba, ces trois haouanet constituent les seuls vestiges protohistoriques connus sur l'île. Datées de l'époque numide, ces sépultures rupestres creusées dans le roc présentent des formes et agencements singuliers — absence de niches, banquettes atypiques, forme ovale — qui suggèrent une adaptation locale des modèles funéraires libyques. Leur originalité éclaire les traditions rupestres régionales et enrichit la connaissance des pratiques funéraires nord-africaines[57].

Ghizène

Située près de Mezraya, au nord-est de Djerba, cette nécropole libyco-punique est occupée du IVe siècle av. J.-C. au VIe siècle. Les tombes rupestres, souvent tripartites (puits, escalier, chambre), présentent des formes variées et témoignent de rites d'inhumation et d'incinération. Le mobilier funéraire comprend céramiques, amphores, lampes, monnaies et unguentaria. La présence de murex indique une activité artisanale liée à la pourpre. Ce site illustre une synthèse entre traditions libyques et influences puniques, révélant l'importance de Ghizène dans le paysage funéraire et économique de l'île[58].

Agga

Situées près de la mosquée Jama El Kébir, au nord-ouest de Djerba, les tombes représentent un rare exemple d'architecture funéraire bâtie d'époque phénico-punique. Construites en calcaire gréseux, elles comportent une chambre funéraire unique, accessible par une baie rectangulaire surmontée d'un fronton triangulaire. La toiture en bâtière repose sur des corniches latérales, avec une niche encastrée au fond. Datées du IIe siècle av. J.-C., elles reflètent une adaptation locale des modèles carthaginois et une présence punique durable sur l'île[59].

Mellita

Au nord-ouest de Djerba, le paysage funéraire de Mellita livre plusieurs sépultures rupestres d'époque punique, aujourd'hui disparues. Trois caveaux sont documentés : un à puits oblong et escalier latéral ; un autre à plan en L avec deux chambres ; et l'« hypogée de Mellita », fouillé en 1969, doté d'une chambre trapézoïdale avec niches murales. Le mobilier retrouvé (amphores, urnes, lampes, unguentaria) témoigne d'une tradition punique tardive, avec réemploi à l'époque romaine. Ces structures illustrent la diversité typologique des sépultures et la continuité culturelle entre les périodes punique et impériale[60].

Marguène

Découverte fortuitement en 2006, la tombe de Marguène est un complexe funéraire exceptionnel datant de l'époque républicaine romaine (IIe–Ier siècle av. J.-C.). Elle se compose d'un dromos, d'une salle centrale précédée d'un accès surmonté d'une auge à libation, et de deux chambres sépulcrales. Malgré des perturbations modernes, l'ensemble conserve des éléments architecturaux et rituels révélateurs des pratiques funéraires pré-augustéennes en Afrique. La tombe est réutilisée au Ier siècle apr. J.-C. pour de nouvelles inhumations et des cérémonies commémoratives, témoignant d'une continuité cultuelle et familiale[61].

Sites ruraux et défensifs

Henchir Lalla Thala

Fortin de Lalla Thala à Djerba.

Situé sur la route entre Sedouikech et El Kantara, ce poste de surveillance antique occupe une position stratégique en surplomb d'un axe reliant l'intérieur de l'île à la cité antique de Meninx. Construit en terre de taille, l'édifice présente une architecture sobre et fonctionnelle, typique des installations défensives de l'Antiquité tardive. Il comprend deux salles souterraines voûtées et un puits central, éléments caractéristiques des fortins militaires rudimentaires. D'une superficie de 14 × 9 m, le bâtiment subit des modifications, probablement à l'époque vandale, suggérant une réutilisation à des fins de contrôle territorial. Ce type de structure illustre les dispositifs modestes mais efficaces mis en place pour surveiller les voies d'accès aux centres urbains et commerciaux de Djerba[62].

Mezraya

Situé sur la côte nord-est de Djerba, le site de Mezraya révèle, lors de fouilles préventives menées en 2018, une séquence d'occupation continue s'étendant de la Protohistoire à l'époque romaine impériale. Les niveaux les plus anciens livrent des structures domestiques et de la céramique modelée, témoignant d'un habitat enraciné dans les traditions locales. Dès la période punique, le site s'ouvre aux échanges méditerranéens, comme l'attestent les amphores importées et les objets de vaisselle fine. À l'époque romaine, Mezraya devient un établissement rural structuré, probablement lié à l'agriculture et à l'artisanat textile, avec des vestiges en opus africanum, des citernes et des installations de stockage. Abandonné au IIIe siècle apr. J.-C., le site illustre l'évolution d'un habitat vernaculaire vers une intégration progressive aux réseaux économiques antiques de Djerba[63].

Henchir Tawrirt

Le site de Henchir Tawrirt, situé au sud-est de l'île de Djerba, révèle une occupation pluristratifiée s'étendant de la Protohistoire à l'époque romaine. Les recherches archéologiques menées entre 2006 et 2008 permettent d'identifier trois secteurs principaux :

  • Secteur protohistorique : caractérisé par des fonds de cabanes à poteaux porteurs, des foyers, des fosses de stockage et une culture matérielle originale. Le mobilier archéologique comprend notamment de la céramique à empreintes de vannerie, des meules, des pesons et des objets lithiques, témoignant d'une société agro-pastorale bien structurée.
  • Secteur punique : marqué par la construction d'un mur en arête de poisson, des amphores d'importation carthaginoises et grecques, et des indices d'ouverture commerciale vers la Méditerranée dès le Ve siècle av. J.-C.
  • Secteur romain : dominé par une villa rurale édifiée entre la fin du Ier et le début du IIe siècle apr. J.-C., avec des installations de production agricole et des fours pour la fabrication d'amphores[41].

Guellala

Identifié à l'antique Haribus mentionnée dans la Table de Peutinger[64], le site de Guellala est situé sur la côte sud-ouest de l'île de Djerba, au sud du golfe de Boughrara. Les prospections archéologiques menées en 2018 révèlent une occupation continue du site depuis le Ve siècle av. J.-C. jusqu'à la seconde moitié du VIIe siècle. Par son emplacement stratégique sur la route maritime reliant Djerba à la Tripolitaine, Guellala joue un rôle actif dans les échanges méditerranéens, comme en témoignent les céramiques importées d'Afrique et d'autres régions[65].

Le site présente une organisation spatiale complexe, structurée en trois secteurs archéologiques principaux :

  • Secteur punique : situé sur le rivage, il témoigne d'une occupation dense dès le Ve siècle av. J.-C., avec des vestiges liés à des activités artisanales et commerciales, notamment la production de pourpre[66].
  • Secteur portuaire : récemment localisé à environ 300 m de la côte actuelle, il comprend une jetée rectangulaire en blocs de pierre locale, indiquant l'existence d'un port antique facilitant les échanges maritimes[67].
  • Secteur romain : regroupant le centre public antique, des ateliers de fabrication de briques et une nécropole située dans le village moderne de Tlet, ce secteur illustre l'extension urbaine et funéraire du site à l'époque impériale. Deux tombes taillées dans l'argile ont été identifiées, dont l'une fouillée en 2014[68].

Mahboubine

Un puits antique situé à environ un kilomètre de la localité de Mahboubine, est construit avec les pierres tendres caractéristiques de la région. Il présente un diamètre de 0,95 mètre et une profondeur initiale estimée à près de 35 m, comparable à celle des puits contemporains. Les tentatives de dégagement menées par les habitants sont interrompues à 16 m, en raison de la dégradation de la maçonnerie dans les niveaux inférieurs[69].

Notes et références

  1. ↑ Edmond Pellissier de Reynaud, Exploration scientifique de l'Algérie pendant les années 1840, 1841, 1842, t. XVI : Description de la régence de Tunis, Paris, Imprimerie impériale, , 455 p. (lire en ligne), p. 308.
  2. Victor Guérin, Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, t. 1, Paris, Henri Plon, , 438 p. (lire en ligne), p. 215-216.
  3. Marie Henry Charles Hussenet, « Inscription tumulaire chrétienne découverte dans les ruines de l'ancienne Meninx », CRAI, vol. 26, no 3,‎ , p. 180 (DOI 10.3406/crai.1882.68792, lire en ligne, consulté le ).
  4. ↑ Marie Henry Charles Hussenet, « Note sur deux édifices chrétiens de la Gaule situés à Girba (Meninx) », CRAI, vol. 26, no 3,‎ , p. 185 (DOI 10.3406/crai.1882.68796, lire en ligne, consulté le ).
  5. ↑ Charles-Joseph Tissot et Salomon Reinach, Exploration scientifique de la Tunisie : géographie comparée de la province romaine d'Afrique, t. 2, Paris, Imprimerie nationale, , 868 p. (lire en ligne).
  6. ↑ Armand Brulard, Monographie de l'île de Djerba, Besançon, Imprimerie Delagrange, , 42 p. (lire en ligne), p. 13.
  7. Jean Servonnet et Fernand Lafitte, En Tunisie : le golfe de Gabès en 1888, Paris, Challamel, , 434 p. (lire en ligne).
  8. ↑ René du Coudray de La Blanchère (dir.), Collections du musée Alaoui, Paris, Firmin-Didot, , 153 p. (lire en ligne).
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  14. ↑ Ritter et Ben Taher 2022, p. 29.
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  42. ↑ En l'absence d'études récentes publiées, cette analyse s'appuie sur l'interprétation des photographies réalisées en 2025.
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  67. ↑ Ben Tahar 2019, p. 19.
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  69. ↑ Georges Balut, « Île de Djerba », dans Paul Gauckler (dir.), Enquête sur les installations hydrauliques romaines en Tunisie, t. III, Tunis, Imprimerie rapide, (lire en ligne).

Bibliographie

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