Social-traître

Dans le vocabulaire léniniste, social-traître est le nom donné à un social-démocrate, dont la ligne politique est accusée de trahir les intérêts de la classe ouvrière qu'elle prétend représenter. Le qualificatif est utilisé comme une injure visant à discréditer les sociaux-démocrates, surtout au cours de la « troisième période » du Komintern, devenu stalinien (1928-1943).

Définition

Selon l'Encyclopædia Universalis :

« en politique, tout socialiste ou communiste ayant des idées divergentes du communisme stalinien dans les années 1920 à 1950 »

[1].

Le terme, utilisé pour la première fois par Vladimir Ilitch Lénine en 1918, est issu du russe « социал-предателей »[2].

Histoire

Dès 1914, Lénine et Grigori Zinoviev accusent les sociaux-démocrates de trahison lorsqu'ils se rallient à l'union sacrée[3]. C'est le , cinq jours après le traité de Brest-Litovsk, que Lénine utilise ce terme pour la première fois[4]. L'utilisation de termes dérivés de social-démocrate, comme social-patriote et social-pacifiste, était courante depuis 1914 et les divisions entre socialistes russes[5].

Le terme apparaît lors de la fondation de l'Internationale communiste de 1919, pour désigner les partis ouvriers qui se sont ralliés à l'union sacrée au début de la Première Guerre mondiale[6]. Lors du Premier congrès de l'Internationale communiste, le texte précise : « il est nécessaire d'établir une séparation franche entre les éléments révolutionnaires prolétariens et les éléments sociaux-traîtres ». Dès lors le terme est largement diffusé[7].

À partir du congrès de Tours en 1920 qui marque la séparation entre socialistes et communistes en France, le terme est utilisé par les communistes comme insulte contre les socialistes, accusés de servir la bourgeoisie[6]. Le terme est particulièrement utilisé sous Staline, pour dénoncer aussi bien socialistes que communistes qui s'éloignent de la doctrine du stalinisme puis tombe en désuétude après les années 1950.

L'expression « social-traître » connaît cependant un regain d'intérêt en France lors de les années 2010, notamment sur les réseaux sociaux, et vise particulièrement le Parti socialiste et la gauche de gouvernement[6]. François Hollande, critiqué pour l'orientation de sa politique jugée de « gauche convertie au néolibéralisme », est souvent qualifié de social-traître[2],[8]. Ce qualificatif est également proféré comme insulte contre Benoît Hamon et Karim Bouamrane, contre le Parti communiste français ou contre la Confédération générale du travail[9],[10],[11],[12].

Dans les années 2020 le terme est régulièrement employé envers le Parti socialiste, notamment par les membres et partisans de La France insoumise et de la gauche radicale, pour fustiger leur supposée tendance à trahir les alliances et promesses faites durant les élections, pour s'aligner avec la droite macroniste dans les faits[13].

Analyse

Pour le sociologue Marc Lazar, le retour de cette expression est un marqueur de la division de la gauche, sans que ses utilisateurs lui donnent forcément un sens précis[6].

Culture populaire

Références

  1. « Définition de social-traître - étymologie, synonymes, exemples » Accès libre, sur Encyclopædia Universalis (consulté le ).
  2. Thibaut Rioufreyt, « Le social-libéralisme, du label politique au concept scientifique », Raisons politiques, vol. 61, no 1,‎ , p. 115–127 (ISSN 1291-1941, DOI 10.3917/rai.061.0115, lire en ligne, consulté le ).
  3. Georges 2021, p. 9.
  4. Georges 2021, p. 10.
  5. Georges 2021, p. 14.
  6. Lucile Berland et Cédric Rouquette, « «Social-traître», le réveil d'une insulte vintage » Accès libre, sur Slate, (consulté le ).
  7. Georges 2021, p. 15.
  8. « Il fallait oser... Social-traître », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  9. « "Social traître", "le banquier d'abord" : la permanence du parti communiste de Besançon recouverte de tags hostiles » Accès libre, sur Francetvinfo, (consulté le ).
  10. Frantz Durupt, « Reportage 1er mai : «Dès qu’on a l’occasion de manifester, on manifeste» » Accès libre, Libération, (consulté le ).
  11. Maxime Bourdier, « "Social-traître!": Rencontre tendue entre Hamon et des partisans de Mélenchon » Accès libre, sur Huffingtonpost, (consulté le ).
  12. Michel Revol, « Karim Bouamrane : « On m’a accusé d’être un social-traître » », Le Point, (consulté le ).
  13. « En ne censurant pas le budget, le PS renvoyé à l’image du « social-traître » », sur 20 Minutes, (consulté le ).
  14. CLH et Maïlys Maury, « 20 ans de hurlements... De Léo » Accès libre, sur France 3 Nouvelle-Aquitaine, (consulté le ).

Annexes

Bibliographie

  • Martin Georges, « Du social-démocrate au social-traître : Un essai de généalogie », Les Cahiers d’AGORA,‎

Articles connexes

Citations

  • « Hugo : Ce qu'il veut, ce qu'il pense, je m'en moque. Ce qui compte, c'est ce qu'il fait […] Il agit comme un social-traître. » (Jean-Paul Sartre, Les Mains sales, 1948)
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