En mathématiques , la somme des n premiers carrés , qui est le n -ième nombre pyramidal carré , s'exprime par un polynôme de degré 3 :
S
n
=
1
2
+
2
2
+
3
2
+
⋯
+
n
2
=
n
3
3
+
n
2
2
+
n
6
=
n
(
n
+
1
)
(
2
n
+
1
)
6
{\displaystyle S_{n}=1^{2}+2^{2}+3^{2}+\cdots +n^{2}={\frac {n^{3}}{3}}+{\frac {n^{2}}{2}}+{\frac {n}{6}}={\frac {n(n+1)(2n+1)}{6}}}
.
On peut retenir que
3
S
n
{\displaystyle 3S_{n}}
est égale à
2
n
+
1
{\displaystyle 2n+1}
fois la somme des
n
{\displaystyle n}
premiers entiers.
Cette identité constitue un cas particulier de la formule de Faulhaber .
Les valeurs de
S
n
{\displaystyle S_{n}}
pour les premiers entiers naturels sont : 0, 3, 15, 42, 90, 165, 273, 420, 612, 855, 1155 , etc. (suite A059270 de l'OEIS ).
Historique
Démonstrations
Preuve par récurrence
Cette démonstration nécessite de connaitre la formule à l'avance[ 1] .
On constate que cette propriété est vraie pour
n
=
1
{\displaystyle n=1}
; puis on suppose (hypothèse de récurrence) que
S
n
−
1
=
n
(
n
−
1
)
(
2
n
−
1
)
6
{\displaystyle S_{n-1}={\frac {n(n-1)(2n-1)}{6}}}
. Alors :
S
n
=
S
n
−
1
+
n
2
=
n
(
(
n
−
1
)
(
2
n
−
1
)
6
+
n
)
=
n
(
2
n
2
+
3
n
+
1
6
)
=
n
(
n
+
1
)
(
2
n
+
1
)
6
{\displaystyle S_{n}=S_{n-1}+n^{2}=n\left({\frac {(n-1)(2n-1)}{6}}+n\right)=n\left({\frac {2n^{2}+3n+1}{6}}\right)={\frac {n(n+1)(2n+1)}{6}}}
, ce qui achève la récurrence.
Preuves visuelles
Dans son livre sur les preuves sans mots[ 2] , Nelsen répertorie 9 preuves visuelles de calcul de la somme des
n
{\displaystyle n}
premiers carrés[ 3] , [ 4] .
Par exemple, il représente la somme sous forme de trois escaliers :
n
n
n
⋯
⋯
n
n
−
1
n
−
1
n
−
1
⋯
n
−
1
⋱
⋱
⋮
⋱
⋱
⋮
2
2
1
⏟
∑
k
=
1
n
k
2
+
1
2
⋯
⋯
n
−
1
n
2
⋯
⋯
n
−
1
n
⋱
⋱
⋮
⋱
⋱
⋮
n
−
1
n
n
⏟
∑
k
=
1
n
k
2
+
n
n
−
1
n
−
2
⋯
⋯
1
n
n
−
1
n
−
2
⋯
2
⋱
⋱
⋮
⋱
⋱
⋮
n
n
−
1
n
⏟
∑
k
=
1
n
k
2
=
2
n
+
1
2
n
+
1
2
n
+
1
⋯
⋯
2
n
+
1
2
n
+
1
2
n
+
1
2
n
+
1
⋯
2
n
+
1
⋱
⋱
⋮
⋱
⋱
⋮
2
n
+
1
2
n
+
1
2
n
+
1
⏟
∑
k
=
1
n
k
(
2
n
+
1
)
=
1
2
n
(
n
+
1
)
(
2
n
+
1
)
{\displaystyle \underbrace {\begin{matrix}n&n&n&\cdots &\cdots &n\\&n-1&n-1&n-1&\cdots &n-1\\&&\ddots &\ddots &&\vdots \\&&&\ddots &\ddots &\vdots \\&&&&2&2\\&&&&&1\end{matrix}} _{\displaystyle \sum _{k=1}^{n}k^{2}}\,+\,\underbrace {\begin{matrix}1&2&\cdots &\cdots &n-1&n\\&2&\cdots &\cdots &n-1&n\\&&\ddots &\ddots &&\vdots \\&&&\ddots &\ddots &\vdots \\&&&&n-1&n\\&&&&&n\end{matrix}} _{\displaystyle \sum _{k=1}^{n}k^{2}}\,+\,\underbrace {\begin{matrix}n&n-1&n-2&\cdots &\cdots &1\\&n&n-1&n-2&\cdots &2\\&&\ddots &\ddots &&\vdots \\&&&\ddots &\ddots &\vdots \\&&&&n&n-1\\&&&&&n\end{matrix}} _{\displaystyle \sum _{k=1}^{n}k^{2}}=\underbrace {\begin{matrix}2n+1&2n+1&2n+1&\cdots &\cdots &2n+1\\&2n+1&2n+1&2n+1&\cdots &2n+1\\&&\ddots &\ddots &&\vdots \\&&&\ddots &\ddots &\vdots \\&&&&2n+1&2n+1\\&&&&&2n+1\end{matrix}} _{\displaystyle \sum _{k=1}^{n}k(2n+1)={\frac {1}{2}}n(n+1)(2n+1)}}
Preuve par somme télescopique
Elle utilise le fait que
∑
k
=
0
n
k
=
n
(
n
+
1
)
/
2
{\displaystyle \sum _{k=0}^{n}k=n(n+1)/2}
.
Par télescopage ,
∑
k
=
0
n
(
(
k
+
1
)
3
−
k
3
)
=
(
n
+
1
)
3
{\displaystyle \sum _{k=0}^{n}((k+1)^{3}-k^{3})=(n+1)^{3}}
.
Mais
∑
k
=
0
n
(
(
k
+
1
)
3
−
k
3
)
=
∑
k
=
0
n
(
3
k
2
+
3
k
+
1
)
=
3
S
n
+
3
n
(
n
+
1
)
/
2
+
n
+
1
{\displaystyle \sum _{k=0}^{n}((k+1)^{3}-k^{3})=\sum _{k=0}^{n}(3k^{2}+3k+1)=3S_{n}+3n(n+1)/2+n+1}
.
Donc
3
S
n
=
(
n
+
1
)
3
−
(
n
+
1
)
(
1
+
3
n
/
2
)
=
(
n
+
1
)
(
(
n
+
1
)
2
−
1
−
3
n
/
2
)
=
n
(
n
+
1
)
(
2
n
+
1
)
/
2
{\displaystyle 3S_{n}=(n+1)^{3}-(n+1)(1+3n/2)=(n+1)((n+1)^{2}-1-3n/2)=n(n+1)(2n+1)/2}
, d'où la formule.
Preuves par interversion de signes somme
1) Par interversion des signes de sommation, on a :
∑
k
=
1
n
k
2
=
∑
k
=
1
n
∑
q
=
1
k
k
=
∑
q
=
1
n
∑
k
=
q
n
k
=
∑
q
=
1
n
q
+
n
2
(
n
+
1
−
q
)
{\displaystyle \sum _{k=1}^{n}k^{2}=\sum _{k=1}^{n}\sum _{q=1}^{k}k=\sum _{q=1}^{n}\sum _{k=q}^{n}k=\sum _{q=1}^{n}{\frac {q+n}{2}}(n+1-q)}
.
En changeant
q
{\displaystyle q}
en
n
+
1
−
q
{\displaystyle n+1-q}
, on obtient :
2
∑
k
=
1
n
k
2
=
∑
q
=
1
n
(
2
n
+
1
−
q
)
q
=
(
2
n
+
1
)
∑
q
=
1
n
q
−
∑
q
=
1
n
q
2
{\displaystyle 2\sum _{k=1}^{n}k^{2}=\sum _{q=1}^{n}(2n+1-q)q=(2n+1)\sum _{q=1}^{n}q-\sum _{q=1}^{n}q^{2}}
, d'où
3
S
n
=
(
2
n
+
1
)
∑
q
=
1
n
q
{\displaystyle 3S_{n}=(2n+1)\sum _{q=1}^{n}q}
, ce qui donne la formule voulue[ 2] .
2) On sait que
k
2
=
1
+
3
+
⋯
+
(
2
n
−
1
)
=
∑
q
=
1
k
(
2
q
−
1
)
{\displaystyle k^{2}=1+3+\cdots +(2n-1)=\sum _{q=1}^{k}(2q-1)}
.
Donc de nouveau par interversion,
∑
k
=
1
n
k
2
=
∑
k
=
1
n
∑
q
=
1
k
(
2
q
−
1
)
=
∑
q
=
1
n
∑
k
=
q
n
(
2
q
−
1
)
=
∑
q
=
1
n
(
2
q
−
1
)
(
n
+
1
−
q
)
{\displaystyle \sum _{k=1}^{n}k^{2}=\sum _{k=1}^{n}\sum _{q=1}^{k}(2q-1)=\sum _{q=1}^{n}\sum _{k=q}^{n}(2q-1)=\sum _{q=1}^{n}(2q-1)(n+1-q)}
.
En changeant
q
{\displaystyle q}
en
n
+
1
−
q
{\displaystyle n+1-q}
, on obtient :
∑
k
=
1
n
k
2
=
∑
q
=
1
n
(
2
n
+
1
−
2
q
)
q
=
(
2
n
+
1
)
∑
q
=
1
n
q
−
2
∑
q
=
1
n
q
2
{\displaystyle \sum _{k=1}^{n}k^{2}=\sum _{q=1}^{n}(2n+1-2q)q=(2n+1)\sum _{q=1}^{n}q-2\sum _{q=1}^{n}q^{2}}
, d'où
3
S
n
=
(
2
n
+
1
)
∑
q
=
1
n
q
{\displaystyle 3S_{n}=(2n+1)\sum _{q=1}^{n}q}
[ 2] .
Preuve algébrique
La suite
(
S
n
)
{\displaystyle (S_{n})}
est la solution s'annulant en 0 de la récurrence linéaire avec second membre polynomial
u
n
+
1
−
u
n
=
(
n
+
1
)
2
{\displaystyle u_{n+1}-u_{n}=(n+1)^{2}}
.
On cherche une solution polynomiale de degré 3 de la forme
u
n
=
a
n
3
+
b
n
2
+
c
n
{\displaystyle u_{n}=an^{3}+bn^{2}+cn}
, ce qui mène à la relation :
3
a
n
2
+
(
3
a
+
2
b
)
n
+
a
+
b
+
c
=
n
2
+
2
n
+
1
{\displaystyle 3an^{2}+(3a+2b)n+a+b+c=n^{2}+2n+1}
, puis au système linéaire :
(
3
a
=
1
,
3
a
+
2
b
=
2
,
a
+
b
+
c
=
1
)
{\displaystyle (3a=1,3a+2b=2,a+b+c=1)}
, de solution
(
a
=
1
/
3
,
b
=
1
/
2
,
c
=
1
/
6
)
{\displaystyle (a=1/3,b=1/2,c=1/6)}
; on obtient la solution
S
n
=
n
3
3
+
n
2
2
+
n
6
{\displaystyle S_{n}={\frac {n^{3}}{3}}+{\frac {n^{2}}{2}}+{\frac {n}{6}}}
sous forme développée.
Preuve combinatoire
On peut démontrer cette identité par un raisonnement combinatoire utilisant une preuve par double dénombrement .
Pour
n
⩾
2
{\displaystyle n\geqslant 2}
, on définit l'ensemble :
A
:=
{
(
a
,
b
,
c
)
∈
{
1
,
…
,
n
}
3
|
a
>
b
,
a
>
c
}
{\displaystyle A:=\{(a,b,c)\in \{1,\ldots ,n\}^{3}\,|\,a>b,a>c\}}
.
Premier dénombrement
On considère l'ensemble des triplets
(
a
,
b
,
c
)
{\displaystyle (a,b,c)}
de
A
{\displaystyle A}
tel que
a
=
n
{\displaystyle a=n}
. Alors, comme il existe
n
−
1
{\displaystyle n-1}
possibilités pour
b
,
c
{\displaystyle b,c}
, le nombre total de tels triplets est de
(
n
−
1
)
2
{\displaystyle (n-1)^{2}}
. De la même manière le nombre de triplets tels que
a
=
n
−
1
{\displaystyle a=n-1}
est de
(
n
−
2
)
2
{\textstyle (n-2)^{2}}
. Ainsi en continuant le raisonnement on trouve que :
|
A
|
=
(
n
−
1
)
2
+
(
n
−
2
)
2
+
…
+
1
2
=
S
n
{\displaystyle |A|=(n-1)^{2}+(n-2)^{2}+\ldots +1^{2}=S_{n}}
Deuxième dénombrement
On va maintenant distinguer les cas en fonction des relations d'égalités entre
b
,
c
{\displaystyle b,c}
:
Cas 1 :
b
=
c
{\displaystyle b=c}
Dans ce cas là, il y a
(
n
2
)
{\displaystyle {\binom {n}{2}}}
possibilités. En effet une fois choisis les 2 nombres, le plus grand des 2 sera la valeur de
a
{\displaystyle a}
et l'autre la valeur commune de
b
,
c
{\displaystyle b,c}
.
Cas 2 :
b
≠
c
{\displaystyle b\neq c}
On choisit 3 entiers distincts dans
{
1
,
…
,
n
}
{\displaystyle \{1,\ldots ,n\}}
:
(
n
3
)
{\displaystyle {\binom {n}{3}}}
choix. Le plus grand ira en
a
{\displaystyle a}
. Les 2 autres seront assignés librement aux positions
b
,
c
{\displaystyle b,c}
.
Le nombre total de triplets de ce sous-cas est donc :
2
(
n
3
)
{\displaystyle 2{\binom {n}{3}}}
Ainsi :
|
A
|
=
(
n
2
)
+
2
(
n
3
)
=
n
(
n
−
1
)
(
1
2
+
n
−
2
3
)
=
n
(
n
−
1
)
(
2
n
−
1
)
6
{\displaystyle {\begin{aligned}|A|&={\binom {n}{2}}+2{\binom {n}{3}}\\&=n(n-1)\left({\frac {1}{2}}+{\frac {n-2}{3}}\right)\\&={\frac {n(n-1)(2n-1)}{6}}\end{aligned}}}
D'où la formule.
Ce résultat est un cas particulier de celui donnant les sommes des premières puissances en fonction des nombres de surjections .
Notes et références
↑ APMEP , « La récurrence à toutes les sauces », sur APMEP , 22 mars 2016 (consulté le 10 février 2025 )
Roger B. Nelsen, Preuves sans mots , Hermann, 2013 , p. 169-177
↑ Preuves en images, tome 1 , ACL, 2015 , p. 7
↑ Preuves en images, tome 2 , ACL, 2015 , p. 19-21
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
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