Songe du Vieux Pèlerin
| Songe du Vieux Pèlerin | |
Première page du Songe du Vieux Pèlerin de Philippe de Mézières. | |
| Auteur | Philippe de Mézières |
|---|---|
| Genre | Traité |
| Date de parution | 1389 |
Le Songe du Vieux Pèlerin est un traité écrit par Philippe de Mézières en moyen français en 1389[1]. C'est un traité allégorique, contenant un prologue et divisé en trois livres. Ce texte s'inscrit dans une lignée d'ouvrages de la fin du Moyen Âge rédigés par des intellectuels autres que cléricaux[2]. Il existe huit manuscrits de l’œuvre[3]. L'ouvrage est divisé en trois livres et contient un grand prologue.
Contexte
Le Songe du Vieux Pèlerin n'est pas la première œuvre de Philippe de Mézières. En effet, conformément à son fort contact avec la chrétienté catholique, ce dernier écrit pour créer un ordre de chevalerie, celui de la Passion de Jésus Christ. On le retrouve dans Nova religio Passionis, rédigé en deux fois (1368 et 1384). Cela nous renseigne sur les ambitions de croisade de Philippe de Mézières, ce qui occupe une grande importance dans sa vie et donc dans la rédaction du Songe.
Mais ce qui a une incidence encore plus considérable sur la production-même du Songe, ce sont les voyages de l'auteur à travers l'Europe. Quand ce dernier devient le chancelier de Pierre Ier de Chypre en 1361, ils entament un tour d'Europe dans l'objectif de solliciter les princes chrétiens et de plaider pour les croisades. Le but est de créer une alliance chrétienne sans division et acquérir une puissance militaire suffisante pour que la chrétienté puisse se propager efficacement. Ce sont en grande partie ces voyages qui lui octroient les connaissances dont il dispose pour élaborer et écrire le Songe.
Lors de ces voyages, Philippe de Mézières achève de construire sa pensée politique. En effet, c'est l'occasion pour lui d'observer les différentes pratiques du pouvoir et de prendre position. Par exemple, ses passages à Venise et Gênes l'instruisent sur la république et le principe électif ; tandis que la Prusse le renseigne sur les pratiques du pouvoir des ordres militaires comme l'ordre teutonique. La Scandinavie (royaumes de Norvège, Suède, et Danemark), quant à elle, le questionne sur le poids des familles aristocratiques dans la bonne pratique du pouvoir.
Si Pierre Ier de Chypre est assassiné en 1369, la qualité de conseiller de Philippe de Mézières est de nouveau mise à profit. En effet, il est de retour en France et devient le conseiller du roi de France, Charles V. Il est aussi chargé de l'éducation du dauphin, futur Charles VI. C'est dans ce contexte qu'il se met à écrire : si le Songe traite largement de la bonne pratique du pouvoir, il s'adresse directement à Charles VI qu'il surnomme dans l'œuvre "Faucon Pèlerin Blanc au bec et pattes dorés"[4].
Plus largement, Philippe de Mézières cherche à mettre ses réflexions sur la bonne pratique de la politique au profit de ce qu'il estime être le but de cette bonne pratique : l'horizon des croisades. Le Songe est en fait une sorte de manuel allégorique pour les princes chrétiens afin de les guider en tant que rois, mais surtout dans la perspective de s'allier pour étendre la chrétienté. La bonne pratique du pouvoir est vue par Philippe de Mézières comme un moyen et une condition pour mener à bien les croisades.
Prologue
Dans le Songe, le prologue a une visée pédagogique : la structure allégorique est très complexe et y est expliquée. Le prologue met en scène l'allégorie Providence Divine qui charge Ardent Désir (désignant Philippe de Mézières, aussi dit "Pauvre Pèlerin") de la mission de la "réforme du monde".
Voici la table allégorique : Providence Divine (qui définit cette même table en s'adressant au pèlerin), Bonne Espérance (sœur d'Ardent Désir), les dames Charité, Sapience, Vérité, Bien Vivre (reines des vertus). Dame Vérité (aussi dite "reine Vérité" et "Riche Précieuse") est accompagnée de trois dames : Paix (aussi nommée "Allégresse"), Miséricorde (aussi nommée "l'Amoureuse") et Justice (aussi nommée "Bonne Aventure"). Dans le Songe, c'est dame Vérité et ses dames qui voyagent, accompagnées de chambrières.
Livre I
Le premier livre de ce traité est consacré à une invitation faite par l'auteur de partir en pèlerinage. Ainsi on y retrouve les reines, Charité, Sagesse, Miséricorde, Paix, Vérité, Justice", qui quittent la terre alors plongée dans les ténèbres (image du pèlerinage). Leur départ entraîne une pluie de maux sur la terre (elles protègent la terre).
Livre II
Le deuxième livre décrit la mauvaise phase des juristes. On retrouve ici la critique des juristes également présente dans la pensée d'hommes comme Nicole Oresme. Ce dernier décrivant les juristes comme des "idiots politiques". Philippe de Mézières dans son traité indique que les juristes souhaitent un tyran pour gouverner : « Les Français doivent au prince (…) servir le roi selon sa volonté absolue ». Le Prince est ici supérieur aux lois.
Livre III
Le troisième livre est consacré au Roi, à travers la nouvelle figure allégorique de l'échiquier royal à 64 cases. Cet échiquier permet à Philippe de Mézières de développer son idée de réforme de manière thématique, à travers les quatre vertus principales : Vérité, Justice, Paix, et Miséricorde. Pour ce faire, le Roi doit être érudit, respecter la loi divine, civile, morale, saints usages du Royaume. Il doit respecter la loi ou la réformer pour qu'elle soit meilleure. Il décrit donc une vision du Roi aux antipodes du Roi guerrier ou chasseur. En effet, il soutient que le Roi doit s'instruire, lire des traités de politique, être vertueux et prudent. Il soutient que le Roi doit respecter la liberté de ses sujets, il soutient la policie royale. Le Roi reste cependant souverain en son royaume, mais la limite de cette souveraineté, c'est l'amour de ses sujets et le respect de leurs avis. Il y prône d'ailleurs la mise en place d'un grand conseil (réunissant les trois ordres).
Notes et références
- ↑ « Songe du vieil pelerin | Biblissima », sur portail.biblissima.fr (consulté le ).
- ↑ Antoine Calvet, « Philippe de Mézières, Songe du Vieux Pèlerin », Cahiers de recherches médiévales et humanistes. Journal of medieval and humanistic studies, (ISSN 2115-6360, DOI 10.4000/crm.11484, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Gisela Naegle, « Resveillier ceulx qui dorment en pechié : Philippe de Mézières et la tradition des miroirs du prince », Le Moyen Age, vol. CXVI, nos 3-4, , p. 625–643 (ISSN 0027-2841, DOI 10.3917/rma.163.0625, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Joël Blanchard, Philippe de Mézières: Un monde rêvé : d'Orient en Occident, Humensis, (ISBN 979-10-404-0472-9, lire en ligne)
Éditions modernes
- Philippe de Mézières, Songe du Vieux Pèlerin, coll. « Pocket / Agora », 1024 p. (ISBN 2266157116)
- Philippe de Mézières, Songe du Viel Pelerin, Paris, Droz, , 1920 p. (ISBN 978-2-600-01835-7)
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