Sosso Bala
L'espace culturel du Sosso-Bala *
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En , l'ancien balatigui, El Hadji Sékou Kouyaté (-), joue du Sosso Bala lors d'une cérémonie solennelle. | |
| Pays * | |
|---|---|
| Liste | Liste représentative |
| Année d’inscription | 2008 |
| Année de proclamation | 2001 |
| * Descriptif officiel UNESCO | |

Le Sosso Bala (« balafon du Sosso » en malinké) est un balafon sacré historique conservé dans le village de Niagassola, en Guinée (préfecture de Siguiri, région de Kankan).
L'épopée de Soundiata date sa création en sous Soumaoro Kanté, roi de Sosso. Il est réputé être le premier de tous les balafons, le balafon originel, l'étalon dont tous les autres ne seraient que des copies[1].
L'actuel balatigui, gardien du balafon, est Siraman Dokala Kouyaté, intronisé le .
Tradition
D'après l'épopée de Soundiata, transmise par la tradition orale des Mandingues, cet instrument daterait au moins du début du XIIIe siècle et aurait été la propriété de Soumaoro Kanté, roi du Sosso. Le souverain l'avait confié à son prisonnier Balla Fasséké, envoyé de Soundiata Keïta. Cette délégation malencontreuse de l'instrument magique allait faire partie des diverses causes menant à la défaite du roi de Sosso face au futur fondateur de l'empire du Mali. Après la victoire de Kirina, Soundiata s'attribua l'instrument et en laissa la garde à son griot Balla Fasséké Kouyaté[2].
Conservation
L'emplacement de ce balafon a changé au cours des temps, étant régulièrement déplacé entre les actuels Mali et Guinée. Ces déplacements ne posent pas de problème jusqu'à la colonisation française, et pas beaucoup plus ensuite, le Soudan (nom du Mali sous domination française) et la Guinée faisant tous deux partie de l'Afrique-Occidentale française[3]. Mais après la décolonisation, respectivement en et , le Sosso Bala devient un enjeu entre les deux pays. Ainsi, dans les années , le président guinéen, Ahmed Sékou Touré, s'oppose à son déplacement vers le Mali, sans que le président malien, Moussa Traoré, ne parvienne à le convaincre[3].
Il se trouve depuis lors en Guinée, et le classement de son espace culturel par l'UNESCO en empêche définitivement son transfert vers le Mali[3].
Il est actuellement dans le village de Niagassola, à proximité de la frontière avec le Mali. Il y est conservé par les descendants de Balla Fasséké Kouyaté[4] dans une case sacrée[5]. Il est sous la responsabilité du patriarche qui porte le titre de balatigui (« maître du balafon ») et qui n'en joue que pour enseigner aux enfants ou dans des occasions particulières.
En , un bâtiment est inauguré à Niagassola par Sanoussy Bantama Sow, ministre guinéen de la Culture, des Sports et du Patrimoine historique, pour abriter le Sosso Bala[6].
En , Moussa Moïse Sylla, ministre de la Culture, du Tourisme et de l'Artisanat, visite la case-musée du Sosso Bala à Niagassola et assiste à la sortie de l'instrument[7],[8].
En , le Sosso Bala est déplacé à Labé où il est présenté pendant deux jours au musée du Fouta Djallon puis au Centre universitaire de Labé[9],[10].
Cérémonies
Une cérémonie a lieu tous les ans avec ce balafon. Des danses et chants accompagnent le rituel.
Description
Ce balafon est composé de 20 lamelles dont la largeur est comprise entre 45 et 75 cm, supportées par une table de 1,24 × 0,49 m, pour une hauteur de 32 cm au grand bout[11].
Patrimoine culturel immatériel de l'humanité
En , l'UNESCO proclame parmi les « chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité » l'espace culturel du Sosso Balla, incluant l'instrument et les traditions orales et musicales qui y sont liées[12]. En , il est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité[13].
Postérité
Il existe un enregistrement rare du Sosso Bala, dans l'album Guinée : Récits et épopées, publié en par Ocora[14],[15]. Cet enregistrement a été effectué en et apparaît dans un documentaire télévisé d'Yves Billon et Robert Minangoy, intitulé Musiques de Guinée[16].
Un autre documentaire est tourné pour France 3 du au lors de l'intronisation du balatigui El Hadj Sékou Kouyaté[17].
Nissi Jaonny Traoré, réalisateur burkinabais, commence en le tournage d'un documentaire sur le Sosso Bala[18]. Il est en compétition au FESPACO en [19].
Balatigui
La liste non exhaustives des balatigui du balafon :
| N° | Nom et prénom | Début | Fin |
|---|---|---|---|
| 01 | Fadjimba Kouyaté | ||
| 02 | Elhadj Filani Sékou Kouyaté | [1] | |
| 03 | Siriman Dokala Kouyaté[20] | En cours |
Notes et références
- « Culture : Décès d'Elhadj Filani Sékou Kouyaté, célèbre détenteur du Sosso Bala », sur La Guinée info, (consulté le ).
- ↑ Youssouf Tata Cissé et Wa Kamissoko, La grande geste du Mali, vol. 1 : Des origines à la fondation de l'empire, traditions de Krina aux colloques de Bamako, Paris, Karthala et Association pour la recherche scientifique en Afrique noire, coll. « Hommes et sociétés », , 2e éd. (1re éd. 1988), XI-426 p. (ISBN 978-2-86537-206-5), p. 165 [lire en ligne].
- Hadrien Collet, Le sultanat du Mālī : Histoire régressive d'un empire médiéval, XXIe – XIVe siècle, Paris, CNRS Éditions, coll. « Zéna », , 479 p. (ISBN 978-2-271-13979-5, 978-2-271-14127-9 et 978-2-271-14128-6), p. 132 [lire en ligne], citant Francis Simonis, L'Afrique soudanaise au Moyen Âge : le temps des grands empires, Ghana, Mali, Songhaï, Marseille, SCÉRÉN-CRDP de l'Académie d'Aix-Marseille, , 199 p. (ISBN 978-2-86614-489-0), p. 30–31.
- ↑ (en) « Preserving the Sosso Bala », sur jumbierecords.com (version du sur Internet Archive) : une collecte record de dons pour la préservation de cet instrument.
- ↑ Kourouma 2005.
- ↑ Mohamed Barry, « Siguiri/Niagassola : Le Sosso Bala dispose désormais d'un abri digne de nom », sur kalenews.org, (version du sur Internet Archive).
- ↑ Mohamed Lamar Diallo, « À la découverte du patrimoine culturel de Niagassola : Le Ministre Moussa Moise Sylla explore le Sosso Bala, joyau inscrit au patrimoine immatériel de l'UNESCO », Radio Guinée, .
- ↑ « Découverte du Sosso Bala à Niagassola par le ministre Moussa Moïse Sylla », sur YouTube, .
- ↑ « Labé : Ouverture des Journées Nationales du Sosso Bala les et », sur InfosBruts, .
- ↑ « Labé accueille le Soso Bala : un moment historique pour la culture guinéenne », sur asguinee.org, Académie des sciences de Guinée, .
- ↑ Djibril Tamsir Niane, « Histoire et tradition historique du Manding », Présence africaine, no 89, , p. 59–74 [63] (DOI 10.3917/presa.089.0059, lire en ligne).
- ↑ Veg 2001.
- ↑ « L'espace culturel du Sosso-Bala », Patrimoine culturel immatériel, UNESCO.
- ↑ Vincent Zanetti, « Nouveautés et rééditions africaines et créoles chez OCORA : Guinée : Récits et épopées », Cahiers d'ethnomusicologie, no 6 « Polyphonies », , p. 240 (JSTOR 40240178, lire en ligne).
- ↑ (en) Eric S. Charry, Mande Music : Traditional and Modern Music of the Maninka and Mandinka of Western Africa, Chicago, University of Chicago Press, coll. « Chicago Studies in Ethnomusicology », , 500 p. (ISBN 0-226-10161-4 et 0-226-10162-2), p. 143 [lire en ligne] + discographie p. 448 [lire en ligne].
- ↑ (en) « Kouyates of Niagassola », sur mandebala.net.
- ↑ Francis Simonis, « Le griot, l'historien, le chasseur et l'UNESCO », Ultramarines, no 28, , p. 12–31 [20–22] (lire en ligne [PDF]).
- ↑ Nissi Joanny Traoré et Emmanuel Sama, « Tournage d’un documentaire sur la légende du balafon : Entretien avec Moussa Traoré, ancien Président du Mali », Association des critiques de cinéma du Burkina, .
- ↑ « La sélection complète du Fespaco , Ouaga », sur imagesfrancophones.org, Organisation internationale de la francophonie, .
- ↑ Aboubacar Sylla, « L'intronisation du nouveau Ballatigui de Niagassola : le gouvernement guinéen donne le feu-vert à la notabilité », sur Guinée Culture Magazine, (version du sur Internet Archive).
Voir aussi
Bibliographie
- [Kourouma 2005] Sékou Kobani Kourouma, chap. 10 « La case sacrée du Sosso Bala à Niagassola : Valeurs et pratiques de conservation », dans Thierry Joffroy (dir.), Les pratiques de conservation traditionnelles en Afrique, Rome, ICCROM, coll. « ICCROM Conservation Studies » (no 2), (ISBN 92-9077-192-5, lire en ligne [PDF]), p. 68–73.

- [Kouyaté 1992] Namankoumba Kouyaté, « Le sosso bala ou l'encyclopédie de la tradition orale », dans Ahmed Ben Naoum (dir.), Actes du colloque international sur l'oralité africaine, t. I (colloque à Alger, - ), Centre national d'études historiques, , p. 233–242.
- [Kouyaté 2001] Namankoumba Kouyaté, « Méthodes traditionnelles de transmission de l'oralité : l'exemple du Sosso-Bala », dans Peter Seitel (dir.), Safeguarding Traditional Cultures : A Global Assessment (actes de la conférence A Global Assessment of the Recommendation on the Safeguarding of Traditional Culture and Folklore: Local Empowerment and International Cooperation, à la Smithsonian Institution à Washington, - ), Washington, Center for Folklife and Cultural Heritage, Smithsonian Institution, , XIII-399 p. (ISBN 0-9665520-1-6, lire en ligne), p. 204–215 [lire en ligne].
- [Stein 2024a] (en) Eliot Stein, chap. 1 « The Living Libraries of West Africa », dans Custodians of Wonder : Ancient Customs, Profound Traditions, and the Last People Keeping Them Alive, New York, St. Martin's Press, , 325 p. (ISBN 978-1-250-28109-8 et 978-1-250-28110-4, présentation en ligne, lire en ligne
). - [Stein 2024b] (en) Eliot Stein, « In Search of the 800-Year-Old Instrument That Keeps West African Tradition Alive », Rolling Stone, .
- [Veg 2001] Sebastian Veg, chap. 9 « L'espace culturel du Sosso-Bala », dans Première proclamation des chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité (préf. Kōichirō Matsuura), Paris, UNESCO, , 32 p. (lire en ligne), p. 17.

Articles connexes
Liens externes
- UNESCO, « L'espace culturel du Sosso-Bala », sur YouTube, .
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