Stéphanie St. Clair

| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Noëline Stéphanie Adélaïde Saint-Clair |
| Surnom |
Madame Queen |
| Nationalité | |
| Domicile | |
| Activité |
Chef de gang |
| Père |
Pierre Saint-Clair |
| Mère |
Ambroisine Mathor |
Noëline Stéphanie Adélaïde Saint-Clair, plus connue sous le nom de Stéphanie Saint-Clair (née le selon les sources à Fort-de-France en Martinique, et morte en à New York), est une femme chef de gang qui a dirigé de nombreuses entreprises criminelles à Harlem à New York.
Bien qu'elle ait cherché pendant plusieurs années à résister à l'emprise de la mafia après la fin de la Prohibition, elle a finalement opéré sous son contrôle.
Biographie
Enfance et jeunesse
En 2014, Stewart publie le livre The World of Stéphanie St. Clair : An Entrepreneur, Race Woman and Outlaw in Early Twentieth Century Harlem. Elle y révèle enfin la véritable biographie de la mafieuse. Jusqu’ici, les différentes sources à son sujet allaient de contradiction en contradiction. Dans leur Histoire sociale du crime organisé afro-américain, Rufus Schatzberg et Robert J. Kelly situent sa naissance à Marseille, au cours des années 1880. À rebours des écrivaines Helen Lawrenson et Katherine Butler Jones, qui citent la Martinique, le journaliste Henry Lee Moon rappelle que « Madame Queen » a selon lui toujours clamé venir de France continentale.
En réalité, Stéphanie St. Clair est née le dans la commune de Fort-de-France en Martinique. La Martinique passe sous drapeau français en 1635, quand la Compagnie des îles d’Amérique y établit une colonie pour cultiver du tabac, du café et de la canne à sucre. Moins d’une décennie plus tard, les premiers esclaves y sont débarqués. Au bout de quelques années, les femmes prennent l’habitude de quitter les champs pour vendre leurs produits au marché un jour par semaine. Une partie du profit revient à leur maître, mais elles acquièrent ainsi un sens certain du commerce.
À la naissance de Stéphanie St. Clair, l’esclavage est interdit depuis près d’un demi-siècle. Mais les femmes « émancipées » ne peuvent prétendre au statut de citoyennes qu’à condition de se marier. La mort de sa mère, en 1908, représente donc une catastrophe : privée de mère, la famille ne compte plus aucun représentant officiel. Enfant unique de Félicienne Saint Claire, originaire du Vauclin, Stéphanie décide de partir en 1910. Plutôt que la France, où une épidémie de choléra vient de se déclarer, elle embarque pour les États-Unis. On y recherche des domestiques francophones.
Afin de prendre place à bord du Virginie, l’adolescente ment. Selon ses documents de voyage, elle est née en 1887 à Marseille, un vieillissement de dix ans obtenu avec la complicité des autorités douanières. Sans doute apprend-elle là à parvenir à ses fins en passant quelques billets sous le manteau. Arrivée le à New York, la migrante met le cap sur Montréal. Avec un Dominicain rencontré entre ses heures de ménage, elle retourne sur ses pas cinq ans plus tard.
Arrivée à New-York
Dans les années 1910, à la faveur de l’extension de la ligne de métro, le quartier de Harlem accueille une foule d’Afro-Américains en provenance des rues congestionnées de Tenderloin et San Juan Hill. On en dénombre ainsi 73 000 en 1920. Ils sont suivis par près de 40 000 Caribéens d’ici à 1930. Ce chambardement draine un vaste mouvement culturel : la Harlem Renaissance traduit les aspirations et les tiraillements de descendants d’esclaves en art, en littérature ou en mode.
Dans le monde de la criminalité
Avec la Grande Dépression et la fin de la prohibition, les gangsters blancs ont vu leurs profits décroître nettement et décidèrent alors d'être plus présents sur la scène du jeu à Harlem, afin de compenser leurs pertes. Dutch Schultz y fait une entrée musclée, tuant certains des responsables du jeu en place. St. Clair et son homme de main et amant, Ellsworth Johnson dit Bumpy Johnson, refusent de se laisser faire par Schultz, mais la vague de violence les épuise. St. Clair se plaint aux autorités locales de harcèlement par la police new-yorkaise (NYPD), et comme celle-ci n'en tient pas compte, elle publie des avertissements dans les journaux de Harlem, accusant des officiers de la police de corruption. La police réplique alors en l'arrêtant pour des motifs forgés de toutes pièces, en réponse de quoi elle témoigne à la commission Seabury qui démet plus d'une douzaine d'officiers.
Cependant, la guerre des territoires continue, et son homme de main Ellsworth Johnson se rapproche de Lucky Luciano, lui proposant de renforcer l'influence de la mafia en supervisant les bookmakers et jeux à Harlem. Il tente de persuader Stéphanie St. Clair de le rejoindre dans cette voie, ce qu'elle refuse ; Johnson fait de son mieux pour protéger son ancien patron jusqu'à ce qu'ils réalisent tous deux que cela ne pouvait plus durer ainsi, et ils conclurent une trêve avec Schultz. St. Clair est ensuite autorisée à vivre tant qu'elle paye la taxe aux Italiens.
Schultz finit tué sur les ordres de Lucky Luciano en 1935. St. Clair, n'ayant rien à voir avec ce meurtre, laisse tout de même le souvenir d'avoir envoyé un télégramme depuis son lit d'hôpital: "As ye sow, so shall ye reap" (on récolte ce qu'on a semé). Cet incident fait les gros-titres à travers le pays.
Vie post-criminelle et incarcération
Après que Saint-Clair se soit retirée du jeu des nombres, elle commence une nouvelle ère dans le monde de la politique. À la fin des années 1930, elle rencontre son futur mari, Sufi Abdul Hamid, connu sous le nom de « Hitler noir » pour son activisme antisémite et nazi. Hamid était un militant et elle est juive
égalment le chef d'un culte bouddhiste islamique. Le mariage de Saint-Clair et Hamid se dégrade rapidement lorsque ce dernier entame une relation avec une diseuse de bonne aventure noire connue sous le nom de "Fu Futtam" (de son vrai nom Dorothy Matthews, que Hamid épousera par la suite avant de fonder avec elle un temple bouddhiste).
Hamid et Futtam/Matthews tentent d'ouvrir une entreprise avec l'argent de Saint-Clair, mais Hamid se fait assassiner fin 1938. Saint-Clair est alors accusée d'avoir tiré sur lui puis passera 10 ans dans le Bedford Hills Correctional Facility for Women à New York.
Après sa sortie de prison, Saint-Clair poursuit son travail d'information de la communauté sur ses libertés civiques. Elle rédige des articles dans le journal local sur la discrimination, la brutalité policière, les perquisitions illégales et d'autres problèmes auxquels la communauté noire était alors confrontée.
En 1969, toujours riche, elle décède tranquillement dans sa demeure, à l'âge de 82 ans. "Bumpy" Johnson, qui était revenu vivre avec elle et écrire de la poésie, étant quant à lui décédé un an plus tôt.
Dans la culture
Elle est jouée par Novella Nelson dans le film Cotton Club de Francis Ford Coppola en 1984, Cicely Tyson dans Hoodlum (1997) et Fulani Haynes dans la pièce 409 Edgecombe Ave, The House on Sugar Hill[1] (2007) de Katherine Butler Jones.
L'écrivain martiniquais Raphaël Confiant lui consacre en l'ouvrage Madame St-Clair, reine de Harlem, Paris, Mercure de France, [2],[3].
En 2017, la comédienne Isabelle Kancel adapte le roman de Raphaël Confiant pour le théâtre, sous le titre Stéphanie Saint Clair, reine de Harlem ; le texte est publié aux éditions Caraïbes. La pièce est créée en à l’Artchipel, scène nationale de Guadeloupe, mise en scène par Nicole Dogué, avec Isabelle Kancel qui interprète Stéphanie St Clair à différents âges. En , elle est jouée aux Tropiques Atrium scène nationale de Martinique en présence de Raphaël Confiant. Le théâtre du Petit Louvre l'accueille lors du festival off d’Avignon en . Stéphanie Saint Clair, reine de Harlem sera de nouveau jouée lors des Festivals Off d'Avignon en au théâtre Roseau Teinturiers[4], et lors des festivals de 2022 et 2023 au Théâtre des Corps Saint[5],[6].
En 2021, deux bandes dessinées lui sont consacrées : Queenie, la marraine de Harlem, aux éditions Anne Carrière, scénarisée par Aurélie Lévy et Elizabeth Colomba qui signe aussi les illustrations[7] ; et Harlem, aux éditions Dargaud, scénario et dessin de Mikaël.
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Stephanie St. Clair » (voir la liste des auteurs).
- ↑ A story from the street where she lived - The Boston Globe
- ↑ Alba Pessini, « Raphaël Confiant, Madame St-Clair Reine de Harlem », Studi Francesi, vol. 179, no 2, (lire en ligne).
- ↑ Anaïs Stampfli, « Madame St-Clair : reine de Harlem. Emblème du renouveau littéraire confiantien », Archipélies « Les vies de Raphaël Confiant ou les multiples facettes de l’œuvre d’un écrivain créole », nos 11-12, (lire en ligne).
- ↑ « Accueil », sur www.cequejeuveut.com (consulté le )
- ↑ « Stéphanie St Clair », sur www.cequejeuveut.com (consulté le )
- ↑ « Stéphanie Saint Clair, l’histoire vraie de la plus Française des gangsters Américaines », sur Art Scène Radio, (consulté le )
- ↑ Marie Rogatien, « La reine du crime oubliée », Le Figaro Magazine, , p. 99.
Bibliographie
- (en) LaShawn Harris, « Playing the Numbers: Madame Stephanie St. Clair and African American Policy Culture in Harlem », Black Women, Gender + Families, vol. 2, no 2, , p. 53-76.
- (en) Shirley Stewart, The World of Stephanie St. Clair: An Entrepreneur, Race Woman and Outlaw in Early Twentieth Century Harlem, Peter Lang, .
Liens externes
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