Statue de Léonce Élie de Beaumont

Statue de Léonce Élie de Beaumont
Carte postale représentant la statue au début du 20e siècle
Présentation
Type
Créateur
Matériau
Hauteur
2,8 m
Propriétaire
Ville de Caen (d)
Localisation
Pays
Département
Commune
Coordonnées
49° 10′ 58″ N, 0° 22′ 08″ O
Carte

La statue de Léonce Élie de Beaumont est une ancienne sculpture représentant Léonce Élie de Beaumont, éminent géologue originaire de Normandie. Installée à Caen en 1876, elle est déboulonnée pour être fondue en 1942 dans le cadre de la mobilisation des métaux non ferreux.

Localisation

La statue est située sur la place Saint-Sauveur, une des principales places de la ville. La place est située à proximité du palais des facultés de Caen, dans lequel se trouvait le muséum d'histoire naturelle de Caen[note 1].

Histoire

L'installation du monument

Léonce Élie de Beaumont meurt le au château de Canon[1]. Le , la Société linnéenne de Normandie, dont il était un membre éminent, décide de solliciter la municipalité de Caen en vue de rebaptiser une des rues de la ville en son honneur et émet l'idée d'une souscription pour financer un monument à sa mémoire[2],[3]. Lors du conseil municipal du , la Ville de Caen décide que la rue Neuve-des-Cordeliers prenne le nom d'Élie-de-Beaumont[4] et vote, comme le conseil général du Calvados, une subvention pour participer au financement du monument[2]. En dix-huit mois, le comité réussit à récolter 22 576,65 francs venant de 418 particuliers, ainsi que 59 collectivités et institutions ; plusieurs contributions viennent de l’étranger, notamment de la part de l'empereur du Brésil[A 1] Pierre II. Grâce à l'intervention du directeur des Beaux-Arts, Charles-Philippe de Chennevières-Pointel, natif de Falaise, l'État fournit le bronze et paie la fonte de la statue[A 1]. Le , le conseil municipal donne son accord au projet et le suivant un décret présidentiel autorise l'érection de la statue[2].

La réalisation de la statue est confiée à Louis Rochet, sculpteur apprécié par le directeur des beaux-arts et connu dans la région pour la statue de Guillaume le Conquérant à Falaise (1851) et le monument en l'honneur de François Richard-Lenoir à Villers-Bocage (1865)[note 2],[A 1]. En , le modèle en plâtre est terminé[2]. Le , la fonte en bronze est commandée à la fonderie Thiébaut Frères par le ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts[2].

Le monument est inauguré le [A 1],[5]. À cette occasion, plusieurs discours sont lus d'Hervé Faye, François-Edmond Pâris, Charles Sainte-Claire Deville et Gabriel Auguste Daubrée[6]. L'installation du groupe et du monument s'inscrit dans le mouvement de statuomanie à l’œuvre en France dans la deuxième partie du XIXe siècle[7].

La statue sur la place Saint-Sauveur.

La destruction du monument

Lors de l'Occupation, les forces allemandes exigent en la mobilisation des métaux non ferreux. La loi du relative à l'enlèvement des statues et monuments métalliques en vue de la refonte prévoit que « sera procédé à l'enlèvement des statues et monuments en alliage cuivreux sis dans les lieux publics et dans les lieux administratifs, qui ne présentent pas un intérêt artistique ou historique »[B 1],[8]. La statue est inscrite dans la liste des monuments à envoyer à la fonte. L'instruction complémentaire à la loi du prévoit que des moulages peuvent être exceptionnellement effectués et que « si les moulages ont été autorisés, le paiement sera assuré par l'État »[B 2]. Le moulage de la statue d'Élie de Beaumont est autorisé[B 3]. L’œuvre est retirée le [9] et fondue. Il est difficile de savoir si le moulage en plâtre a effectivement été réalisé et conservé du fait des destructions consécutives aux bombardements de Caen[B 4]. Un article du Journal de Normandie de précise toutefois : « après Élie de Beaumont, Demolombe[note 3] a été, samedi, entouré d'un échafaudage et enduit de terre glaise par les soins diligents de trois hommes de l'art »[10], ce qui laisse donc penser que le moulage a bien été réalisé. Le piédestal avec ses plaques est conservé sur place[A 2].

En , le préfet du Calvados inscrit la statue dans une liste des monuments devant faire d'un remplacement, adressée au Secrétaire d'État à l'Éducation nationale[B 4]. Mais dans la liste nationale établie en , la statue n'apparait plus[B 5]. En 1953, une statue de François de Malherbe, réalisée en pierre par Raymond Martin d'après une ébauche par Robert Wlérick[note 4],[A 3], est installée sur le piédestal du monument[A 2]. Les plaques en l'honneur d’Élie de Beaumont, devenues inadaptées, sont tout de même conservées sur place[11].

Le , l'ensemble est retiré[9],[note 5] afin d'y ériger la statue de Louis XIV qui se trouvait devant le lycée Malherbe (ancienne abbaye aux Hommes)[A 4]. Le piédestal et la grille sont alors détruits[2]. Les plaques quant à elles sont entreposées dans le dépôt du musée de Normandie[A 5].

Description

Haute de 2,80 mètres, la statue en bronze florentin[12] pèse 825 kilos[A 1],[B 6].

Le savant est représenté debout avec son costume de l'Institut de France. Sa main gauche est posée sur une carte sur laquelle il est écrit « géologie de la France », alors que sa main droite est représentée en mouvement, en pleine démonstration. Derrière lui, se déploient divers attributs scientifiques (une sphère, des livres)[A 1].

La statue de Louis Rochet repose sur un piédestal, réalisé en granit de Vire. Il est dessiné par Gustave Auvray[A 1],[note 6]. Sur ce socle, sont apposées des plaques. Sur la face principale (côté place Fontette), il est inscrit[A 1],[2] :

« ÉLIE DE BEAUMONT
INSPECTEUR GÉNÉRAL DES MINES
PROFESSEUR AU COLLÈGE
DE FRANCE
SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
GRAND-OFFICIER
DE LA LÉGION D'HONNEUR
NÉ À CANON (CALVADOS)
1798-1874 »

Sur une seconde plaque, sur le pied du piédestal est inscrit :

« ÉRIGÉ PAR SOUSCRIPTION SUR L'INITIATIVE
DE LA
SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE NORMANDIE
1876 »

Sur le socle de la face postérieure du socle (côté église du Vieux-Saint-Sauveur), est inscrit[2] :

« CARTE GÉOLOGIQUE DE LA FRANCE
1825-1848
LE MONT ETNA
1835
THÉORIE DES SOULÈVEMENTS
SYSTÈMES DES MONTAGNES
1829-1852
ÉMANATIONS VOLCANIQUES
ET MÉTALLIFÈRES
1847
RÉSEAU PENTAGONAL
1851-1874 »

Le monument est entouré d'une grille.

Notes et références

Notes

  1. ↑ Ce bâtiment a été détruit pendant la bataille de Caen en 1944.
  2. ↑ Cette statue a été fondue pendant la Seconde guerre mondiale.
  3. ↑ Il est ici fait référence au monument à Demolombe, situé place de la République.
  4. ↑ La statue en bronze de François de Malherbe, réalisée en 1847 par Antoine Laurent Dantan pour la cour du palais des facultés, rue Pasteur, est fondue pendant la guerre. En juin 1943, le comité supérieur commande une nouvelle statue en pierre pour la remplacer. Robert Wlérick est préféré à des artistes locaux comme Robert Delandre ou Pierre Godard. Après s'être rendu à Caen pendant l'été 1943, il propose de rester fidèle à l'esprit de la statue d'origine. Le musée Despiau-Wlérick à Mont-de-Marsan possède plusieurs œuvres préparatoires datant de 1943. Le sculpteur meurt le 7 mars 1944 et son élève et proche collaborateur, Raymond Martin, reprend le projet. L'œuvre finale est fidèle à l’étude, mais la pierre choisie ne rend pas la précision et le vibrant du plâtre d'origine[A 3]. La nouvelle statue est installée place Saint-Sauveur, le palais des facultés ayant été détruit pendant le bombardement de Caen.
  5. ↑ Cette statue se trouve depuis 1973 place Pierre-Bouchard[A 3].
  6. ↑ Gustave Auvray est né à Laize-la-Ville en 1823. Il est admis le 23 décembre 1842 aux Beaux-Arts de Paris où il intègre l'atelier de Léon Vaudoyer. Il sort de l'école en 1848. Il est nommé en 1853 chef du bureau des travaux publics de la ville de Caen. Il devient architecte adjoint de la ville en 1854, puis architecte en chef en 1861. Il décède brutalement en 1886[13],[14],[15].

Références

  • Emmanuel Luis, Direction de l'inventaire général du patrimoine culturel de la Région Normandie, Portraits en ville : les hommages sculptés à Caen, Lyon, Lieux dits, coll. « Parcours du patrimoine », (ISBN 978-2-36219-128-2)
  1. Luis 2016, p. 12.
  2. Luis 2016, p. 51.
  3. Luis 2016, p. 61.
  4. ↑ Luis 2016, p. 52.
  5. ↑ Luis 2016, p. 11.
  • Emmanuel Luis, « Entre envois à la fonte et souci de sauvegarde, la statuaire publique sous le régime de Vichy dans le Calvados », Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, vol. LXXV (2016),‎ , p. 9-48
  1. ↑ Luis 2018, p. 11.
  2. ↑ Luis 2018, p. 19.
  3. ↑ Luis 2018, p. 20.
  4. Luis 2018, p. 41.
  5. ↑ Luis 2018, p. 42.
  6. ↑ Luis 2018, p. 38.
  • Autres références :
  1. ↑ « Acte de décès de Léonce Élie de Beaumont » Accès libre, sur Archives départementales du Calvados (consulté le )
  2. « Monument à Élie de Beaumont » Accès libre, sur À nos grands hommes (consulté le )
  3. ↑ Bulletin de la Société Linnéenne de Normandie, Caen, Société Linnéenne de Normandie, (lire en ligne Accès libre), p. 3.
  4. ↑ « Conseil municipal de Caen », Journal de Caen, no 757,‎ (lire en ligne Accès libre).
  5. ↑ « Inauguration de la statue d’Élie de Beaumont », Journal de Caen, no 1237,‎ (lire en ligne Accès libre)
  6. ↑ Inauguration de la statue de Élie de Beaumont à Caen, le dimanche 6 août 1876, Paris, impr. de Firmin-Didot, , 37 p. (lire en ligne Accès libre)
  7. ↑ Maurice Agulhon, « La « statuomanie » et l'histoire », Ethnologie française, vol. 8, nos 2/3,‎ , p. 145-172 (ISSN 0046-2616, lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  8. ↑ « Lois », Journal officiel de l'État français, no 283,‎ (lire en ligne Accès libre)
  9. « 20e siècle » Accès libre, sur site de l'association Cadomus (consulté le )
  10. ↑ « Le dernier jour des condamnées », Journal de Normandie, no 334,‎ (lire en ligne Accès libre)
  11. ↑ « Quand François de Malherbe usurpe les droits de M. Élie de Beaumont », Paris-Normandie,‎
  12. ↑ « La statue d’Élie de Beaumont », Journal de Caen, no 1238,‎ 7-8 août 1873 (lire en ligne Accès libre)
  13. ↑ Philippe Lenglart, Le nouveau siècle à Caen, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, , p. 203-209
  14. ↑ « Auvray, Gustave » Accès libre, sur base Agorha (consulté le ).
  15. ↑ « Acte de décès de Gustave Auvray » Accès libre, sur Archives départementales du Calvados (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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