Steppe d'Anatolie centrale

Steppe d'Anatolie centale
Écorégion terrestre - Code PA803
Description de cette image, également commentée ci-après
Le lac Tuz en janvier 2018.
Classification
Écozone Paléarctique
Biome Prairies, savanes et terres arbustives tempérées
Géographie et climat
Superficie
24 934 km2
Conservation
Statut
Vulnérable
Aires protégées
0 %

Localisation

Description de l'image Ecoregion PA0803.png.

La steppe d'Anatolie centrale est une écorégion terrestre en Asie définie par le WWF, appartenant au biome des prairies, savanes et terres arbustives tempérées, dans l'écozone paléarctique. Elle couvre un espace discontinu dans le centre de l'Anatolie en Turquie.

Géographie et climat

L'Anatolie forme un haut plateau à une moyenne de 1000 m d'altitude, coupé de fleuves, le Sakarya et le Kızılırmak, et de lacs salés dont le plus vaste est le lac Tuz[1]. La steppe d'Anatolie centrale est partagée en trois bassins : celui du lac Tuz, incluant la vallée moyenne du Kızılırmak, celui des plaines de Karapınar et Konya au sud du lac Tuz, et celui des vallées moyennes du Sakarya et du Porsuk Çayı, au nord-ouest du lac Tuz, formant un fer à cheval autour de l'extrémité des monts Sündiken[2].

Le climat continental de l'écorégion est caractérisé par des hivers froids et des étés chauds et secs. Les précipitations annuelles sont assez faibles, de 400 à 500 mm, descendant à 300 mm dans certaines zones[1]. L'évaporation forme une croûte de sel qui atteint 30 cm d'épaisseur[1]. En hiver, le refroidissement du haut plateau attire les hautes pressions asiatiques ; au printemps, les basses pressions alimentent des pluies de convection atmosphérique avec une saison humide assez brève tandis que l'été méditerranéen est chaud et sec[3]

Histoire

Pendant le Pléistocène, les glaciers recouvraient en partie les chaînes montagneuses du nord et du sud de l'Anatolie. Le climat du plateau anatolien au Tardiglaciaire est nettement plus froid et plus sec qu'aujourd'hui : ce n'est qu'à partir de 14 000 avant le présent (AP) qu'il se réchauffe suffisamment pour permettre la croissance des arbres sur ses périphéries montagneuses tandis que les bassins centraux restent steppiques. Des lacs beaucoup plus étendus qu'aujourd'hui couvrent le bassin du lac Tuz et la plaine de Konya : la baisse de niveau depuis le dernier maximum glaciaire atteint 35 m à Acıgöl, 15 à 30 m à Konya, 70 m à Burdur. La plaine de Konya formait un lac de 4 340 km² alimenté par des rivières venues du Taurus. L'ancien bassin du Sultansazlıği, au sud du mont Erciyes, a connu plusieurs phases lacustres avant de s'assécher complètement. Le lac Tuz, à 910 m d'altitude, endoréique et alimenté par des sources, est devenu hypersalin. Ce n'est que pendant l'Holocène, entre 6 000 et 5 000 AP, que s'établit le climat actuel avec un écosystème de steppe et forêts claires (en)[3].

L'écosystème de l'Anatolie a été profondément modifié par l'intervention humaine depuis le Néolithique : les forêts qui pourraient couvrir 70% de la surface de l'Anatolie, partout où les précipitations dépassent 500 mm/an, n'en occupent plus que 20%[3]. L'étude palynologique des sites néolithiques indique un ancien couvert forestier de Cèdre du Liban, Pin sylvestre, Sapin de Cilicie, Genévrier, Châtaignier, Bouleau, Peuplier et Tilleul. L'urbanisation des royaumes antiques d'Anatolie puis de l'Asie mineure romaine, byzantine et musulmane a entraîné une demande accrue de bois pour le chauffage, la construction, les bains et l'artisanat, dépassant le renouvellement naturel du couvert forestier[4].

Flore

La flore de l'Anatolie centrale se rattache principalement à celle de la région irano-touranienne. Les espèces les plus courantes de la steppe d'Anatolie intérieure sont Artemisia herba-alba, Artemisia fragrans, Stipa et Bromus[3]. Le sol salé nourrit une végétation halophyte avec plusieurs espèces endémiques comme Hypericum salsugineum, Gladiolus halophilus et Acantholimon halophilum[1]. La steppe de Karapınar est coupée de petits lacs salés et de zones humides saisonnières avec une végétation de Petrosimonia brachiata, Alhagi pseudoalhagi, Salsola crassa, Petrosimonia nigeensis et Frankenia hirsuta[2].

Faune

Un petit mammifère, la gerboise de Williams (Allactaga williamsi), est devenue emblématique de l'écorégion. On y trouve aussi le Hamster de Turquie et des reptiles tels que Stellagama stellio, Xerotyphlops vermicularis et Hemorrhois nummifer. Mais elle abrite surtout une grande variété d'oiseaux, sédentaires ou migrateurs, dont le Flamant rose, l'Alouette de Heine (en), la Grande Outarde, l'Outarde canepetière, ainsi qu'un poisson endémique, le Pseudophoxinus crassus[1],[2],[5].

Exploitation humaine et menaces

La steppe est traditionnellement une terre de pâturage pour les nomades mais le surpâturage entraîne un épuisement des sols. Récemment, l'irrigation a permis le développement des cultures de betterave à sucre, résistantes au sel, de céréales et de tournesol. Le bassin du lac Tuz est le principal centre de production de sel gemme en Turquie avec une moyenne de 750 000 tonnes par an mais la pollution par les eaux usées entraîne sa dégradation bien que son bassin soit classé comme zone de protection spéciale[1]. Le lac Tuz a été éprouvé par une forte sécheresse en 2021 ; son étendue a diminué de 30% depuis les années 1930 et il pourrait disparaître d'ici une trentaine d'années si les mesures nécessaires ne sont pas prises. Le gouvernement turc s'efforce de préserver les populations d'oiseaux du lac Tuz, notamment les flamants roses, d'un grand attrait touristique : un conduit de 4 km de long a été construit pour fournir en eau douce les parties les plus menacées d'assèchement[6],[7]. Cependant, dans le même temps, il fait agrandir les installations de stockage du gaz naturel près du lac Tuz, alimentées par énergie solaire ; leur capacité devrait passer de 1,2 milliards de m³ en 2024 à 3,5, voire 5,4 milliards en 2028[8].

Voir aussi

Bibliographie

  • Burhan Aytuğ, « Arkeolojik Araştırmaların Işığı Altında İç Anadolu Stebi » [2]
  • Catherine Kuzucuoglu et Neil Roberts, « Évolution de l'environnement en Anatolie de 20 000 à 6 000 BP. », Paléorient, vol. 23, no 2. Paléoenvironnement et sociétés humaines au Moyen-Orient de 20 000 BP à 6 000 BP.,‎ , p. 7-24 (DOI 10.3406/paleo.1997.4649, lire en ligne)
  • Catherine Kuzucuoglu et Sylvie Servain, « Évolution des zones humides d'Anatolie intérieure : exemple de la plaine de Konya, Turquie », Cybergeo: European Journal of Geography,‎ (DOI 10.4000/cybergeo.620, lire en ligne)
  • (en) Kurt Latif et al., « Synoptic View of the Steppe Vegetation of Central Anatolia (Turkey) », Asian Journal of Plant Sciences, no 5,‎ , p. 733-739 (DOI 10.3923/ajps.2006.733.739, lire en ligne)

Liens externes

  • One Earth, Central Anatolian steppe, [3]
  • WWF, Central Anatolian steppe

Références

  1. One Earth
  2. WWF
  3. Neil Roberts, « Évolution de l'environnement en Anatolie de 20 000 à 6 000 BP. », Paléorient, vol. 23, no 2. Paléoenvironnement et sociétés humaines au Moyen-Orient de 20 000 BP à 6 000 BP.,‎ , p. 7-24 (DOI 10.3406/paleo.1997.4649, lire en ligne)
  4. ↑ Burhan Aytuğ, « Arkeolojik Araştırmaların Işığı Altında İç Anadolu Stebi » [1]
  5. ↑ Birds of the World, « Turkestan Short-toed Lark / Alaudala heinei »
  6. ↑ (en) « ‘Ministry extending efforts to conserve flamingos in Lake Tuz’ », Hürriyet Daily News,‎ (lire en ligne)
  7. ↑ Nadda Osman, « Cinq lacs du Moyen-Orient menacés d’assèchement », Middle East Eye,‎ (lire en ligne)
  8. ↑ (en) « Gas storage facilities to build more renewables capacity », Hürriyet Daily News,‎ (lire en ligne)
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